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Il faut que nous fournissions ensemble aux océans les soins dont ils ont besoin

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Il faut que nous fournissions ensemble aux océans les soins dont ils ont besoin

UN News
Afrique Renouveau: 
9 Juin 2022
Par: 
Les ambassadeurs Martin Kimani du Kenya et Ana Paula Zacarias du Portugal au siège de l'ONU
UN Photo/Mark Garten
Les Ambassadeurs Ana Paula Zacarias du Portugal et Martin Kimani du Kenya, co-organisateurs de la Conférence des Nations Unies sur les océans à Lisbonne.

À la fin du mois, des dirigeants mondiaux, des jeunes, des entrepreneurs et la société civile se réuniront à Lisbonne, au Portugal, pour la deuxième Conférence des Nations Unies sur les océans, pour mobiliser l'action et lancer des solutions innovantes fondées sur la science.

Co-organisé par le Portugal et le Kenya, l'événement sera une plate-forme pour relever efficacement les défis auxquels l'océan est actuellement confronté.

L'Ambassadrice Ana Paula Zacarias, Représentante permanente du Portugal auprès de l'ONU, et l'Ambassadeur Martin Kimani, Représentant permanent du Kenya auprès de l'ONU, partagent une passion pour l'océan et la mission d'assurer la conservation et l'utilisation durable des océans, des mers et des ressources marines pour le développement durable pour tous.

Avant de se rendre au Portugal, ils se sont entretenus avec ONU Info à New York, pour parler de la Conférence et de ce que l'événement - et ses résultats - signifient pour leurs pays et le monde.

Cet entretien a été modifié pour des raisons de longueur et de clarté.

ONU Info : Que représente la Conférence des Nations Unies sur les océans pour le Kenya et le Portugal – et quelles sont les principales attentes à son égard ?

Ana Paula Zacarias : C'est une conférence fondamentale pour le Portugal. L'océan est très lié à notre histoire, à notre culture, à notre paysage physique, à notre économie. Il y a aussi un lien avec notre engagement à renforcer le multilatéralisme et à avancer sur l'agenda Océan, ainsi que sur les questions liées au changement climatique.

Nous espérons avoir environ 12.000 participants du monde entier. Et nous avons déjà reçu la confirmation de 15 chefs d'État et de gouvernement, ainsi que de nombreuses organisations non gouvernementales, des acteurs de la société civile, des universitaires, des organisations de jeunesse et des communautés locales. Même certaines célébrités – [l'envoyé spécial des États-Unis pour le climat] John Kerry, et le célèbre Aquaman, [acteur et écologiste] Jason Momoa, seront à Lisbonne, ce qui est particulièrement important pour donner de la force à la voix des jeunes.

Martin Kimani : La Conférence représente en effet une opportunité et une responsabilité importantes. Une opportunité de développement économique durable, d'amélioration de la sécurité alimentaire et d'emplois pour les jeunes du monde entier. Et une responsabilité car nous devons veiller à ce que les océans soient protégés de la pollution et des effets du changement climatique. En tant que co-organisateurs, le Kenya et le Portugal souhaitent qu'un programme océanique mondial audacieux et positif émerge de la conférence.

Il est de plus en plus reconnu que nous devons inverser le déclin de la santé des océans et atteindre l'objectif de développement durable 14. Pour tirer parti de cela, le Kenya et le Portugal, en collaboration avec les Nations Unies, préparent le terrain pour des décisions qui permettront d'intensifier l'action océanique basée sur sur la science et l'innovation.

ONU Info : Les océans sont des pourvoyeurs – la population côtière des zones rurales du Kenya se consacre principalement à la pêche et à l'agriculture pour sa subsistance ; et le Portugal avec sa longue côte a aussi une relation forte et fructueuse avec l'océan. Comment pouvons-nous nous assurer que nous protégeons les communautés côtières et leurs moyens de subsistance ?

Martin Kimani : Le littoral du Kenya est doté de riches ressources naturelles qui comprennent des forêts de mangroves, des récifs coralliens, des forêts terrestres, des plages de sable et des herbiers marins. Celles-ci génèrent une grande biodiversité et des eaux productives qui, à leur tour, soutiennent les économies et les moyens de subsistance.

Travaillant en étroite collaboration avec les communautés côtières, le gouvernement a donné la priorité à l'amélioration du bien-être des communautés côtières en termes d'opportunités économiques, de protection sociale, de résilience aux catastrophes naturelles et d'impact du changement climatique, et de réduction du risque de surexploitation et de méthodes risquées d'utilisation des ressources des océans.

Par exemple, le projet Mikoko Pamoja, qui signifie « mangroves ensemble » en kiswahili, est un projet communautaire de crédit de carbone bleu dans le comté de Kwale, sur la côte sud du Kenya. Avec l'appui technique du Kenya Marine and Fisheries Research Institute (KMFRI) et d'autres partenaires, les communautés côtières travaillent à replanter, gérer et restaurer les mangroves dégradées, dont il a été prouvé qu'elles luttent contre le changement climatique grâce à la capture et au stockage du carbone.

Mikoko Pamoja commercialise des crédits de carbone de mangrove depuis 2013. Les revenus générés sont utilisés pour soutenir des projets communautaires dans les domaines de l'eau et de l'assainissement, de l'éducation et de la conservation de l'environnement.

Concrètement, cela signifie que les populations locales sont habilitées à prendre des décisions démocratiques en matière de dépenses et d'investissements, telles que l'achat de nouveaux manuels scolaires, de mobilier et la fourniture de points d'eau. Au moins 73% des 6.000 habitants des villages de Gazi et de Makongeni dépendent des points d'eau fournis par le projet.

Et ce projet innovant de compensation carbone est maintenant reproduit et étendu dans les mangroves voisines de Vanga dans le comté de Kwale et dans d'autres zones de mangroves en Afrique.

Ana Paula Zacarias : Ce [projet] met en évidence une question fondamentale au centre de cette Conférence. Nous devons montrer et prouver avec des données qu'il existe un lien entre les océans et le climat, d'autant plus que ces deux éléments sont fondamentaux pour ce que nous voulons atteindre avec les communautés locales, qui se sentent souvent menacées par la situation combinée du changement climatique et de la montée des eaux. Leur implication dans la recherche de solutions est essentielle.

Et ces solutions doivent être durables et tenir compte de leurs moyens de subsistance. Nous devons établir un dialogue fort avec les parties prenantes mais aussi avec les gouvernements locaux et régionaux, car ils ont aussi leur mot à dire sur ce que nous pouvons faire. C'est pourquoi nous organisons un événement spécial pendant la conférence. Cet événement, Localizing Action for the Ocean: Local and Regional Governments (Localiser l’action pour l’océan : les gouvernements locaux et régionaux), se concentre sur la manière dont nous pouvons interagir avec les communautés locales, apporter leurs connaissances et discuter avec elles des moyens de devenir plus durables, d'avoir une pêche plus durable et un tourisme côtier plus durable.

Aerial view of shipbuilders on the southern coast of Haiti.
Des constructeurs de bateaux sur la côte sud d'Haïti.
Unsplash/Caleb George

ONU Info : Comment vos pays travaillent-ils vers une économie bleue, et comment la Conférence contribuera-t-elle à cet objectif ?

Ana Paula Zacarias : Les océans sont fondamentaux pour la vie sur Terre, ils sont pourvoyeurs de nourriture, mais aussi de tant d'autres éléments importants de notre vie. Nous pouvons utiliser les océans pour le plaisir, pour le tourisme, pour le sport, pour le transport maritime, et il y a tellement de façons dont les océans sont des fournisseurs de durabilité pour la vie des communautés.

J'espère vraiment que cette conférence stimulera cela. Nous tiendrons un dialogue interactif sur l'économie bleue durable - lorsque nous parlons d'économie bleue durable, nous devons penser à la pêche, à la biodiversité, ainsi qu'à toute la richesse qui se trouve au fond de la mer.

L'océan offre une immense richesse dont nous pouvons tous profiter, mais nous devons faire très attention à ne pas interférer avec les écosystèmes délicats. Nous devons tenir compte des problèmes de pollution et nous assurer que nous recevons les mains ouvertes toute cette richesse, et en même temps nous fournissons tous les soins dont les océans ont besoin.

Martin Kimani : Le Kenya a donné la priorité à l'utilisation durable des ressources de l'océan et de l'économie bleue en tant que catalyseur de notre Vision 2030. [Le Kenya est] une frontière économique émergente, et l'économie bleue devrait contribuer à notre développement économique grâce à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, le développement côtier et rural et les revenus le long des chaînes de valeur aquatiques, le transport maritime et le tourisme.

Outre les efforts nationaux, le Kenya reste un partenaire volontaire de la communauté régionale et internationale pour élaborer une position commune sur la manière de faire face aux menaces et aux défis liés aux océans. Les deux tiers des eaux mondiales se trouvent dans des zones situées au-delà de la juridiction nationale des zones économiques exclusives [ZEE]. Cela nécessite, bien sûr, que nous travaillions tous ensemble pour coordonner le partage des connaissances et des données et le financement du développement.

Boat docked at beach at sunset.
Les écosystèmes côtiers et marins fournissent de la nourriture, des moyens de subsistance et une protection côtière à plus d'un milliard de personnes dans le monde.
CNUCED

ONU Info : Le rôle de la jeunesse sera central à Lisbonne, avec de jeunes entrepreneurs travaillant sur des solutions innovantes et fondées sur la science à des problèmes critiques, une partie importante du dialogue. Comment voyez-vous la participation et l'implication des jeunes dans la sauvegarde de nos océans ?

Martin Kimani : Reconnaissant le rôle des jeunes, nous organiserons également le Forum des jeunes sur les océans, un événement spécial en marge de la Conférence qui fournira une plate-forme pour l'action océanique et la mise en œuvre de solutions dirigées par les jeunes à grande échelle pour répondre à l'ODD14. Nous devons offrir aux jeunes un espace pour participer et contribuer au secteur de l'économie bleue en pleine croissance.

Le chômage, en particulier le long des côtes du Kenya, prédispose les jeunes au crime, à la drogue et à la radicalisation vers l'extrémisme violent propice au terrorisme.

Les unités de gestion des plages (BMU), qui travaillent au niveau communautaire en recrutant des jeunes ayant suivi une éducation formelle et informelle, leur offrent une formation en conservation et créent de modestes opportunités d'entreprises sociales et des revenus stables dans l'aquaculture.

Le gouvernement du Kenya s'est également engagé à éduquer et à motiver les jeunes dans le domaine maritime afin d'améliorer les avantages commerciaux des ressources océaniques.

Ana Paula Zacarias : Nous avons vu la pertinence de la participation des jeunes dans tout ce qui concerne l'action climatique. Je pense que la jeune génération comprend très bien le défi que cela représente pour sa vie, pour son avenir et pour la vie de ses enfants.

Il est donc absolument fondamental d'impliquer également les jeunes dans la conversation sur l'utilisation durable des océans. Et comme l'a mentionné l'Ambassadeur Kimani, le Forum des jeunes sera utilisé comme un forum d'innovation, où nous visons à rassembler tous les jeunes de différents domaines de connaissances et d'action et à leur donner la capacité de penser de manière innovante sur les océans et leur pertinence.

C'est vraiment très important [d'avoir] de jeunes entrepreneurs et de jeunes militants du climat et des océans. Ils peuvent apporter une énorme contribution à cet agenda. Ainsi, nous espérons que par leur implication dans ce forum, ils pourront apporter des solutions qui pourront être utilisées non seulement par les gouvernements, mais aussi au niveau de l'ONU.

Sea turtle on ocean floor.
Les Seychelles ont décidé en mars 2020 de protéger 30% de l'environnement marin.
ICS/Craig Nisbet

ONU Info : La Conférence de cette année déterminera également le niveau d'ambition de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable. Quelles sont les prochaines étapes, pour s'assurer que nous continuons à travailler pour un océan sain, après Lisbonne ?

Martin Kimani : La science nous dit que les océans sont essentiels pour l'avenir de l'humanité et que les activités humaines sont la plus grande menace pour le bien-être des océans. Nous continuons à soumettre les systèmes océaniques à un stress immense qui compromet les vastes opportunités et le potentiel des ressources océaniques auxquelles nous faisons souvent référence.

Les nations doivent s'engager dans un mécanisme mondial urgent et un cadre de mise en œuvre limité dans le temps et étayé par des preuves scientifiques qui obligeraient les pays à trouver un équilibre entre la conservation et l'exploitation en les tenant responsables de leurs actions.

Nous avons également besoin d'investissements dans la recherche scientifique qui contribue à la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale, à la planification de l'espace maritime et à la gestion du changement climatique.

Comme je l'ai dit, la Conférence sur les océans évaluera notre niveau d'ambition pour apporter un changement transformateur. Le monde a cruellement besoin de bonnes nouvelles pour offrir de l'espoir aux populations qui peinent sous le fardeau d'une pandémie, des guerres et des effets du changement climatique. Ils doivent considérer notre réunion de Lisbonne comme une torche éclairant la voie vers une action multilatérale efficace et percutante. Nous ferons tout notre possible, en tant que Kenya, pour que cela se produise.

 Ambassadors Ana Paula Zacarias at left and Martin Kimani at right.
Les Ambassadeurs Ana Paula Zacarias du Portugal et Martin Kimani du Kenya, co-organisateurs de la Conférence des Nations Unies sur les océans à Lisbonne.
UN Photo/Mark Garten

Ana Paula Zacarias : C'est en effet, pour nous et pour nos amis du Kenya, une entreprise majeure alors que nous accueillons cette Conférence. A l'heure où la marée monte, comme on nous le rappelle souvent, c'est le moment d'évoquer les océans et d'évoquer tous ces éléments dans le contexte du climat, du développement durable, des migrations et de la sécurité.

Par exemple, lorsque nous examinons la situation dans plusieurs îles du Pacifique, nous voyons les difficultés auxquelles les gens sont confrontés et les possibilités d'augmentation des conflits en raison des défis auxquels ils sont confrontés, ayant moins de ressources.

Cette Conférence est la deuxième grande manifestation organisée sur ce sujet, et nous espérons qu'il y en aura au moins une autre, et une troisième conférence devrait être organisée dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques.

De plus, dans le cadre des négociations sur le changement climatique et la biodiversité, la [conférence des Nations Unies sur le climat] et la convention sur la biodiversité se réuniront maintenant, nous devons donc rassembler tous ces éléments et être en mesure de continuer à travailler non pas en silos mais dans une approche holistique manière à ce que tous ces agendas puissent fonctionner en même temps. C'est fondamental si nous voulons avoir un monde meilleur, un monde plus sûr, un monde plus durable pour les générations futures.