Lutte des entreprises zambiennes contre le sida

Août - Novembre 2019

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Lutte des entreprises zambiennes contre le sida

Programmes lancés sur le lieu de travail pour protéger la capacité de production
Afrique Renouveau: 
Lusaka
Les entreprises zambiennes intensifient la lutte anti-sida parmi leurs employés. Photo: Still Pictures/Ron Giling

Les entreprises de Zambie commencent à entrevoir la réalité : si elles n'adoptent pas des mesures efficaces de lutte contre le VIH/sida, elles courent le risque de voir leur main d'oeuvre décimée. "L'effet dévastateur du VIH/sida sur les ressources humaines de l'entreprise est une grande préoccupation", explique Chileshe Kapwepwe, directrice de la National Airports Corporation Limited (NACL), société publique chargée de la gestion des aéroports zambiens. En effet, dit-elle, il y a de plus en plus de victimes parmi les employés, y compris parmi les éléments "les plus qualifiés, les plus expérimentés et les plus productifs". Cette situation a encouragé la NACL à joindre un nombre croissant d'entreprises zambiennes qui adoptent des mesures et des programmes destinés à faire face aux conséquences économiques et sociales de la maladie.

Dans un pays où une personne sur cinq appartenant au groupe d'âge actif sur le plan sexuel et productif sur le plan du travail est séropositive, les ménages, les églises, l'administration et les autres institutions ne sont pas seuls à être affectés par le VIH/sida. Le secteur des entreprises est également touché par ce phénomène. Le taux croissant de mortalité enregistré chez les employés a de graves répercussions économiques, qui se manifestent par le nombre d'heures de travail perdues, par les indemnités versées aux travailleurs malades et mourants et à leurs survivants, et par la hausse des coûts de la formation réservée aux nouveaux employés.

Protéger l'investissement

Comme l'épidémie a tendance à emporter les éléments les plus qualifiés et les plus productifs de la population, elle entrave sérieusement les efforts de l'ensemble de l'économie zambienne pour élargir l'assise de ses ressources humaines et accroître la productivité globale. Les chefs d'entreprise savent bien qu'ils doivent non seulement faire face à la perte de leurs propres ressources humaines, mais également aux risques que représente le VIH/sida pour l'investissement et la croissance en général.

Les taux de mortalité élevés liés à la maladie risquent par ailleurs d'avoir des effets négatifs sur les actionnaires et de les faire hésiter à investir dans les entreprises, craint pour sa part Albert Wood, président du Conseil d'administration de la State Insurance Corporation de Zambie. A son avis, "il devient impératif d'éviter cette menace imminente à l'investissement et à la croissance économique". Sa société a donc adopté une série de mesures contre la pandémie et distribue notamment des préservatifs masculins et féminins sur le lieu de travail. Comme d'autres programmes similaires, celui-ci garantit la confidentialité aux employés.

Pour sa part, la Electricity Supply Corporation de Zambie (ZESCO), société qui a le monopole énergétique dans le pays, redoute que sa position de fournisseur unique d'énergie hydroélectrique soit remise en question si l'épidémie poursuit ses ravages dans les effectifs. Pour y parer, la société a lancé un programme qui comprend la distribution d'antirétroviraux aux employés infectés et à leurs conjoints. La société assume 75 % des frais encourus et les travailleurs 25 %.

"La direction a examiné la manière dont nous perdions notre personnel expérimenté", a indiqué un porte-parole de la société, Angela Cifire. A ceux soucieux du coût du programme, elle réplique que "ce qui est important ce n'est pas le coût, mais ce qu'il peut nous rapporter".

Pour consolider et coordonner ces efforts, les sociétés privées ont formé la Business Coalition contre le VIH/sida de Zambie (ZBCA). Cette association a été constituée après la visite d'un groupe de chefs d'entreprise zambiens à la Business Coalition de la Thaïlande, qui s'est déroulée en 2000 sous les auspices de l'ONU. Les objectifs de la ZBCA comprennent la mobilisation des milieux d'affaires contre le VIH/sida, l'adoption de mesures visant à atténuer l'impact de la maladie sur les effectifs des entreprises, le renforcement et le soutien accordé aux campagnes de prévention et de contrôle du virus VIH et la facilitation des contacts entre les entreprises et les services techniques et communautaires.

Sous la direction de l'ancien président Kenneth Kaunda, devenu un militant farouche contre le sida, la Coalition regroupe plus d'une quarantaine de sociétés (de nombreuses autres entreprises, dont des PME, ont adopté certaines formes de programmes anti-VIH/sida). La Coalition dispense par ailleurs une formation aux éducateurs des filiales des sociétés membres, qui deviennent des poins de contact pour toutes questions ayant trait à la prévention, aux soins et aux antirétroviraux.

Les syndicats zambiens appuient les initiatives des entreprises. Leurs représentants siègent dans les commissions mixtes direction-personnel chargées de revoir les programmes de soins. "Si les ouvriers souffrent du VIH/sida, les employeurs seront tentés de les licencier pour cause de manque de rendement", redoute le chef du Congrès des syndicats zambiens, Leonard Hikaumba.

Lutter contre la discrimination

L'ostracisme dans lequel la société zambienne maintient les personnes atteintes du VIH/sida demeure un obstacle de taille. Faute d'aborder ce problème, estime le directeur général du ZBCA, Chileya Nkandu, la simple introduction de programmes antirétroviraux et d'autres mesures anti-sida risque de ne régler cette question qu'à "moitié".

Pour encourager les employés infectés à s'associer à ces efforts, les programmes mis en place par les entreprises s'engagent à respecter la confidentialité des informations fournies par les employés et à éviter la discrimination à leur égard s'ils sont contaminés.

La National Airports Corporation Limited, par exemple, qui distribue des antirétroviraux aux employés infectés et à leurs conjoints, s'engage par ailleurs à ne soumettre aucun employé potentiel au test de dépistage du sida au moment de l'embauche. Tout en encourageant son personnel à se soumettre volontairement aux séances d'orientation et aux tests médicaux, l'entreprise s'engage à n'adopter aucune mesure discriminatoire à l'encontre du personnel séropositif dans sa politique de promotion, de formation, de mutation ou d'attribution d'avantages sociaux.

Les autorités reconnaissent par ailleurs que la discrimination peut nuire aux efforts de lutte contre la maladie. "On sait bien que les problèmes d'ostracisme et de discrimination, s'ils ne sont pas abordés, risquent de compromettre nos efforts pour vaincre l'épidémie", déclare le Vice-Président zambien Nevers Mumba. "C'est parce que l'ostracisme, le silence et la discrimination, de même que le manque de confidentialité, contribuent à affaiblir les programmes de prévention, de soins et de traitement anti-VIH", précise-t-il.

Aucune loi n'interdit à présent la discrimination à l'égard des personnes atteintes du VIH; cependant, dans le droit zambien, une telle discrimination peut entraîner des sanctions pénales. Pour leur part, les autorités se sont engagées à faire respecter les mesures anti-discriminatoires d'ici à 2005. De leur côté, des associations de défense des victimes du VIH/sida font pression pour l'adoption d'une loi interdisant expressément la discrimination basée sur la séropositivité d'une personne.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) convient qu'il est important de sauvegarder les droits pour rendre les programmes anti-sida plus efficaces. "Le traitement doit être fondé sur le respect des droits de l'homme", affirme la représentante de l'OMS pour la Zambie, le Dr Stella Anyangwe.

Réponse multisectorielle

Les autorités encouragent les initiatives des milieux d'affaires et ont elles-mêmes adopté des mesures anti-sida pour leurs propres employés. En fait, tous les ministères ont des programmes et appliquent des mesures dans ce domaine. "Les programmes anti-VIH/sida sont coûteux", souligne le Ministre de la santé, Brian Chituwo, "mais seulement en apparence, car les bénéfices tirés sont considérables". Tous les ministères importants reçoivent des antirétroviraux du Ministère de la santé et disposent aussi d'une enveloppe budgétaire pour financer les campagnes de sensibilisation de leur personnel à l'épidémie.

Au mois de décembre 2003, 4,5 millions de dollars avaient été déboursés pour financer les programmes VIH/sida, indique le Ministre des finances et de la planification nationale, Ng'andu Magande. Dans le cadre du Programme national de réduction de la pauvreté, six millions de dollars supplémentaires ont été affectés l'année dernière à l'achat de médicaments.

Selon l'étude la plus récente menée par le Ministère des finances et de la planification nationale, le taux de prévalence du VIH en Zambie en 2001-2002 était de 18% pour les femmes et de 16% pour les hommes d'âge adulte. Par ailleurs, il y a environ 800 000 orphelins du sida dans le pays, et la moitié des lits d'hôpital du pays sont occupés par des malades de l'épidémie.

"Un problème global exige une solution globale", affirme Margaret Mwanakatwe, présidente du Conseil national contre le sida, organisme officiel qui coordonne les activités anti-sida sur le plan national. En l'absence d'un remède, les efforts portent sur la prévention et les soins.

A ce jour, 10 000 Zambiens reçoivent des antirétroviraux, mais les autorités espèrent faire passer ce nombre à 100 000, en vertu de la campagne 3 x 5 de l'OMS qui prévoit que trois millions de personnes recevront des antirétroviraux d'ici à 2005. Pour que le nombre de récipiendaires puisse augmenter en Zambie, les autorités ont demandé 600 millions de dollars de plus au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Si cette demande est acceptée, les organisations non gouvernementales qui ont des projets réalisables recevront probablement une part importante de ce montant, compte tenu du rôle important qu'elles jouent dans la lutte contre le fléau, en coopération avec les autorités. Dans ce cadre, les programmes de lutte contre le sida mis en place par les entreprises sur le lieu de travail permettront de dégager des renseignements précieux à l'élaboration de projets visant à soigner et prolonger les vies d'autres Zambiens atteints du VIH/sida.

Campagnes de sensibilisation anti-VIH dans les entreprises

Un sondage conduit auprès de plus de 7000 cadres à travers le monde sur l'impact du VIH/sida sur leurs entreprises révèle que les responsables du secteur privé en Afrique sont plus conscients du danger de ce fléau que leurs collègues d'ailleurs. L'étude réalisée par l'Initiative mondiale pour la santé (IMS) du Forum économique mondial qui siège en Suisse indique que 89 % des 1620 entreprises africaines sondées, dont 59 sociétés zambiennes, sont "gravement" préoccupées par les effets du sida. Pas moins de 60 % de ces entreprises déclarent prévoir des problèmes "considérables" à l'avenir, et près de la moitié d'entre elles avoir constaté un ralentissement de la productivité et une augmentation des coûts liés à l'embauche et à la formation à mesure que les ouvriers qualifiés tombent malades et meurent.

"Les milieux d'affaires africains sont les plus sensibles du monde au problème du VIH et à l'impact du virus sur la main d'oeuvre", a affirmé le 2 juin la directrice de l'IMS Kate Taylor lors d'un Sommet économique africain qui se tenait à Maputo (Mozambique). Bien que 12 % seulement des entreprises africaines aient pris des mesures officielles de lutte contre la maladie sur le lieu de travail, a-t-elle souligné, ce pourcentage représentait néanmoins deux fois plus en moyenne que le nombre d'entreprises qui ont appliqué des mesures similaires ailleurs dans le monde. En outre, l'étude indique que les entreprises africaines qui ont lancé des programmes d'éducation, de prévention et de soins sur le lieu de travail sont parmi les plus efficaces du monde, capables d'atteindre, au-delà des employés, leurs familles et leurs communautés. De l'avis de Mme Taylor, "si les milieux d'affaires africains pouvaient faire bénéficier de leurs expériences en matière de lutte contre ce fléau des chefs d'entreprise d'autres pays moins avancés du monde en développement et développé, cela représenterait un progrès considérable".           

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