Alimentation en eau des zones rurales

Avril - juillet 2019

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Alimentation en eau des zones rurales

Le gouvernement s'engage à fournir de l'eau à tous d'ici à 2008
Afrique Renouveau: 
Environ 10 millions de Sud-Africains de plus qu'il y a 10 ans ont accès à l'eau salubre. Photo: iAfrika Photos/Eric Miller

Alors que l'Afrique du Sud fête 10 années de liberté, sa réussite en matière d'alimentation en eau des zones rurales est citée en exemple aux autres pays en développement. D'ici la fin de l'année, 10 millions de Sud-Africains, privés d'eau salubre il y a 10 ans, y auront désormais accès.

"Nous avons dépassé les objectifs de développement du Millénaire", nous affirmait en avril Ronnie Kasrils, Ministre des eaux et des forêts de l'époque. "En l'an 2008, tous les habitants du pays auront accès à l'eau salubre." M. Kasrils, nommé depuis responsable des services de renseignements généraux de son pays, se trouvait à New York pour participer à la 12e session de la Commission du développement durable de l'ONU.

Un droit fondamental

En 1994, quelque 14 millions sur les 40 millions d'habitants que compte le pays n'avaient pas accès à l'eau potable et 21 millions de personnes ne disposaient pas de systèmes d'assainissement acceptables. Pour relever ce défi, l'Afrique du Sud a inscrit dans sa constitution des dispositions qui stipulent que l'accès à la nourriture et à l'eau est un droit fondamental. Le gouvernement a adopté en outre le Programme pour la reconstruction et le développement, qui regroupe des mesures de développement social mettant l'accent sur le rôle de l'Etat dans la distribution des services de base et dont l'un des objectifs est d'assurer la présence d'un point d'eau dans un rayon de 200 mètres de toute habitation rurale.

L'Afrique du Sud a également institué une mesure prévoyant la distribution gratuite à toutes les familles des 6 000 premiers litres d'eau consommés par mois. Si la consommation dépasse ce plafond, les familles devront verser une taxe progressive.

Le pays ne disposant d'aucun service chargé de la distribution de l'eau, il a fallu instituer une nouvelle législation et créer des municipalités dans de nombreuses zones rurales à majorité noire privées d'eau. M. Kasrils reconnaît toutefois qu'il reste encore beaucoup à faire.

C'est ainsi que certaines municipalités récemment créées commencent à peine à être opérationnelles. Dans les régions rurales, quelque cinq millions de personnes doivent encore aller chercher l'eau dans les rivières et sources éloignées.

La réussite de l'Afrique du Sud s'explique par la volonté politique de ses responsables mais, contrairement à bon nombre de pays en développement, ce pays dispose des ressources nécessaires pour appliquer ses programmes. L'Afrique du Sud est en effet le pays le plus riche de l'Afrique subsaharienne avec un revenu moyen de 2800 dollars par habitant, contre 300 dollars en moyenne pour le reste du continent.

Contre la privatisation

Mais l'alimentation durable en eau des zones urbaines demeure un défi. Les critiques du gouvernement prétendent que les programmes de récupération des coûts ont rendu l'eau inaccessible aux populations pauvres des zones urbaines. Le Forum non-gouvernemental contre la privatisation de l'eau a reproché aux nouvelles mesures d'avoir privé des millions de Sud-Africains de leurs sources d'eau.

Trevor Ngwane, un militant de ce Forum, a affirmé que la privatisation violait le droit constitutionnel des citoyens dans la mesure où l'eau "n'est plus distribuée selon les besoins mais selon la capacité à payer. Les couches pauvres de la population n'ont pas les moyens de payer pour l'eau", assure-t-il. Selon le Forum, dans les zones urbaines, le coût de l'eau est en hausse et des sociétés privées installent des compteurs prépayés qui en coupent la distribution lorsque la consommation excède le montant réglé à l'avance. Des millions d'habitants auraient ainsi été privés d'eau.

Après l'adoption des mesures économiques libérales de 1996, le gouvernement a baissé le niveau du montant des bourses et subventions accordées aux municipalités urbaines; certaines ont donc dû se tourner vers la commercialisation afin d'engendrer des revenus. M. Kasrils soutient que sur les 284 municipalités que compte le pays, cinq seulement ont passé des conventions en matière de service et de gestion avec les sociétés privées assurant l'alimentation en eau.

Les deux principales villes du pays, Le Cap et Johannesburg, comptent le plus grand nombre de projets privés en matière d'eau en Afrique australe. La Zambie a deux projets, l'Angola en prévoit deux et la Tanzanie trois. "Le seul moyen d'attirer des fournisseurs de services durables est de veiller à ce que les bénéficiaires payent ces services; il faudra en outre prévoir des aménagements transparents et adaptés pour la subvention de la consommation des couches pauvres chaque fois que les autorités le jugent nécessaire", estime de son côté David Gray, conseiller principal en matière d'eau à la Banque mondiale. Selon lui, facturer l'approvisionnement en eau et assurer que les factures sont réglées à temps ne constitue qu'une première étape pour les gouvernements de la région. Il faudra désormais, estime-t-il, attirer des fournisseurs de service solides sur le plan financier.

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