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Un riz 'miracle' africain

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Un riz 'miracle' africain

Des variétés de Nerica à haut rendement, contre la faim et la pauvreté rurale
Afrique Renouveau: 
Un cultivateur de Nerica en Guinée : le Nerica a un rendement de 2 à 3 fois plus élevé que les variétés courantes de riz. Photo: © PNUD Choices / Sadio Barry
Un cultivateur de Nerica en Guinée : le Nerica a un rendement de 2 à 3 fois plus élevé que les variétés courantes de riz. Photo: © PNUD Choices / Sadio Barry

Un riz 'miracle' africain

Des variétés de Nerica à haut rendement, contre la faim et la pauvreté rurale

Par Ernest Harsch

Lorsque la sécheresse s'est abattue il y a deux ans sur Zaguiguia, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, seule une variété de riz poussait correctement, le Nouveau Riz pour l'Afrique (Nerica). La saison suivante, tous les agriculteurs de la région voulaient des graines de Nerica, mais il n'y en avait pas assez, explique Albertine Kpassa, cultivatrice locale. A Saioua, dans le centre du pays, une autre agricultrice, Elise Digbeu Ori, préfère le Nerica parce qu'il pousse plus vite et est rapidement rentable. "C'est très important, dit-elle, parce que j'ai six enfants qui vont tous à l'école."

En Guinée, pays voisin où les premières variétés de Nerica ont été introduites en 1997, Mamady Douno cultive un champ de riz à Maferenya. "Depuis que j'ai commencé à faire pousser ce riz, je n'achète plus de riz au marché, a expliqué à un journaliste de la région ce père de 10 enfants. Avec le Nerica, je peux nourrir ma famille, payer les frais de scolarité de mes enfants et manger toute l'année."

Sur un continent où il est souvent difficile de produire suffisamment de denrées alimentaires et où un tiers de la population souffre de malnutrition, les agriculteurs d'une dizaine de pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale obtiennent maintenant des récoltes de riz abondantes qui leur permettent non seulement de nourrir leur famille, mais également de vendre sur les marchés des excédents importants.

Le Nerica -- mis au point à l'origine par des chercheurs de l'Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO), un centre intergouvernemental de recherche sur le riz -- est issu du croisement d'une ancienne variété africaine très résistante et d'une variété asiatique à haut rendement. Il allie les caractéristiques de ces deux variétés : la résistance à la sécheresse et aux parasites, des rendements supérieurs même avec peu d'irrigation ou d'engrais et une teneur en protéines plus élevée que les autres variétés de riz.

 


Un cultivateur de Nerica en Guinée : le Nerica a un rendement de 2 à 3 fois plus élevé que les variétés courantes de riz.

 

Photo: © PNUD Choices / Sadio Barry


 

C'est tout simplement "une culture miracle", a déclaré à Afrique Relance le Directeur général de l'ADRAO, Kanayo Nwanze, lors de la troisième Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain (29 septembre-1er octobre), au cours de laquelle le Nerica a occupé une place importante.

La procédure "d'accélération" du NEPAD

En Afrique de l'Ouest, où le riz est une denrée de base, l'accroissement de la production locale a d'énormes répercussions. Pour répondre aux besoins de consommation, la région doit actuellement importer environ 3,5 millions de tonnes de riz par an, ce qui lui coûte près d'un milliard de dollars. L'accroissement de la production intérieure pourrait permettre aux pays africains d'économiser de précieuses devises étrangères. Cette année, la Guinée pourrait à elle seule économiser environ 13 millions de dollars.

Mais comme l'a indiqué M. Nwanze au cours d'un déplacement récent au Nigéria, l'adoption à grande échelle du Nerica n'aura pas pour seules conséquences d'accroître la production de riz et de réduire les importations. "Les ménages auront aussi plus à manger et les agriculteurs auront plus d'argent. Cela contribuera par conséquent à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté."

Les partisans du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), vaste programme de développement adopté en 2001 par les dirigeants du continent, ont pris conscience du potentiel que représente le Nerica. Le Comité de direction du NEPAD a fait figurer le Nerica parmi les "meilleures pratiques" du continent et a approuvé l'objectif qui consiste à développer la culture de ce riz dans l'Ouest et le centre de l'Afrique et à l'étendre à l'Afrique orientale et australe, dans le cadre d'une volonté plus générale d'accroître la production agricole et la sécurité alimentaire (voir article "L'agriculture africaine, 'vecteur de croissance' "). Le Nerica, explique le professeur Richard Mkandawire, conseiller du NEPAD pour l'agriculture, peut aider à "accélérer le processus d'élimination de la faim et de la famine sur le continent africain".

Le meilleur de deux mondes

Grâce aux travaux novateurs de M. Monty Jones, un chercheur de la Sierra Leone qui a trouvé de nouvelles façons de croiser des espèces courantes de riz africain et asiatique, l'ADRAO -- également connue sous le nom de Centre du riz pour l'Afrique -- est parvenue à mettre au point ce nouveau type de riz (voir encadré, page suivante). Lorsque les premiers tests du Nerica ont été effectués dans des champs d'essai de la Côte d'Ivoire en 1994-95, explique M. Nwanze, l'ADRAO s'est aperçue que cette nouvelle variété "alliait ce que le riz asiatique et le riz africain avaient chacun de mieux à offrir".

Il n'y a pas qu'une seule variété de Nerica, indique M. Nwanze. On en compte environ 3 000 variétés différentes. Les variétés les plus appréciées ont en commun certaines caractéristiques.

Tout comme les variétés de riz africain qui ont évolué pendant des millénaires dans l'environnement difficile du continent, le Nerica est très robuste et résistant aux agressions extérieures que sont la sécheresse, les maladies courantes du riz et les parasites. Les variétés de Nerica actuellement utilisées conviennent le mieux aux plateaux secs de l'Afrique de l'Ouest, qui ne sont généralement pas irrigués et sont éloignés des vallées en basse altitude et autres sources d'irrigation d'accès facile. Au lieu d'essayer de modifier l'environnement à l'aide d'irrigation et d'engrais pour l'adapter aux riz asiatiques à rendement élevé, explique M. Nwanze, "notre approche a consisté à fournir des technologies adaptées à l'environnement". (Certaines nouvelles variétés de Nerica, adaptées aux vallées plus humides, sont également testées actuellement au Burkina Faso.)

Comme les variétés asiatiques, mais contrairement au riz africain traditionnel, le Nerica donne des récoltes beaucoup plus importantes. Il a même un rendement plus élevé que les deux variétés dont il est issu. Chaque panicule (grappe) de la variété africaine compte une centaine de grains. Chaque panicule de la variété asiatique en compte environ 250. Mais les panicules du Nerica en comptent 400 en moyenne. Cela veut dire que même sans intrants, le Nerica peut donner de 1,5 à 2,5 tonnes de riz par hectare, contre une tonne ou moins en moyenne pour les variétés traditionnelles.

Chaque grain de riz de Nerica comprend également plus de protéine que les deux variétés d'origine. Alors que la teneur en protéines de ces deux variétés d'origine est de 8 à 10 % environ, elle peut atteindre de 10 à 12 % dans le cas du Nerica.

Le Nerica pousse beaucoup plus vite. La récolte se fait en général de 90 à 100 jours après l'ensemencement, contre 120 à 140 jours dans le cas des variétés asiatiques de riz pluvial utilisées en Afrique de l'Ouest. Cela permet aux fermiers non seulement de toucher plus rapidement l'argent provenant de leurs ventes sur les marchés, mais aussi de consacrer le temps ainsi gagné à d'autres cultures.

Dès les premiers stades de sa croissance, le Nerica pousse abondamment, près du sol, et arrive à étouffer les mauvaises herbes.

Une aubaine pour les femmes

Auparavant, note M. Nwanze, l'amélioration des riz pluviaux faisait l'objet de très peu de recherches. "On disait qu'ils étaient très peu rentables." Mais puisque environ 70 % des 20 millions de riziculteurs africains -- dont une majorité de femmes -- cultivent du riz pluvial -- l'ADRAO a décidé qu'il était essentiel de mettre l'accent sur ce "secteur particulier de la société qui était négligé, les agricultrices, les petits producteurs pauvres".

En Guinée, le Nerica est très apprécié par les agricultrices, qui ont vu leurs récoltes de riz et leurs revenus augmenter considérablement. Le bureau national de coordination mis en place par le gouvernement pour le Nerica encourage les femmes à créer des syndicats de production contribuant à la diffusion de la nouvelle variété, à la formation et à la gestion des stocks de graines.

 


Le cycle de croissance plus rapide du Nerica permet aux cultivateurs (des femmes pour la plupart) de gagner du temps.

 

Photo: © PNUD Choices / Sadio Barry


 

En plus de son rendement élevé, le Nerica est également apprécié des femmes pour plusieurs autres raisons. Le fait qu'il pousse plus rapidement que les variétés ordinaires de riz permet aux associations de femmes de se consacrer à d'autres cultures. Dans un certain nombre de communautés rurales de Guinée, elles plantent du niébé, un type de haricot qui pousse en deux mois et qui régénère les éléments nutritifs des terres où l'on cultive le Nerica.

Le fait que le Nerica réduise la croissance des mauvaises herbes, note M. Nwanze, est également "très important pour les agricultrices, car elles consacraient à l'élimination des mauvaises herbes de 40 à 60 % environ" de leur travail total de riziculture. "Maintenant, les femmes passent moins de temps à enlever les mauvaises herbes."

Participation des agriculteurs

Parallèlement aux innovations scientifiques qui ont mené à la création du Nerica, l'ADRAO a également expérimenté de nouvelles façons de faire connaître et de distribuer cette variété de riz -- par la participation active des agriculteurs eux-mêmes. Il a fallu pour cela rompre avec les pratiques directives des services de vulgarisation agricole en Afrique.

En 1996, l'ADRAO a décidé qu'il valait mieux que les agriculteurs jugent par eux-mêmes le Nerica en le comparant à d'autres variétés, dans le cadre d'une procédure de trois ans connue sous le nom de "sélection variétale participative". Pendant la première année, l'ADRAO et le personnel de l'organisme national de vulgarisation agricole établissent un "jardin rizicole" dans un village cible, souvent dans le champ d'un agriculteur de premier plan. Ce jardin comprend un grand nombre de variétés différentes de riz : le Nerica, des variétés asiatiques améliorées, des variétés africaines indigènes et d'autres variétés appréciées dans la localité ou dans la région. Les agriculteurs du village sont encouragés à visiter le champ et à suivre la croissance des différentes variétés.

A la fin de la saison, les agriculteurs sont priés de sélectionner cinq variétés et reçoivent des graines à utiliser dans leur propre champ l'année suivante. Une fois ces récoltes obtenues, on leur demande de ne sélectionner que trois variétés. A ce stade, explique M. Nwanze, "on leur dit que s'ils sont vraiment intéressés, ils devront acheter des graines. Cela a valeur de test. Si un agriculteur est prêt à acheter des graines, c'est un signe d'intérêt".

L'ADRAO a constaté que, en cultivant dans leur champ différentes variétés, les agriculteurs finissaient par apprécier les qualités du Nerica. Ils contribuaient également à faire passer l'information auprès des autres agriculteurs. "Dans le cadre de ce processus, les agriculteurs sont devenus eux-mêmes des agents de vulgarisation, remarque M. Nwanze, leurs voisins et leurs connaissances venaient leur demander des graines."

D'après M. Gordon Conway, président de la Fondation américaine Rockefeller, qui a contribué au financement des recherches de l'ADRAO sur le Nerica, les méthodes habituelles de vulgarisation agricole, imposées d'en haut, ne conviennent pas à l'Afrique, en raison de la grande diversité écologique du continent. L'ADRAO, dit-il, "a allié avec brio la science de la biotechnologie et une approche axée sur la participation des agriculteurs".

En s'appuyant sur les expériences qu'elle avait menées en Guinée et dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire, l'ADRAO est passée au stade suivant de l'approche participative, en encourageant la création de systèmes communautaires de production de semences. Traditionnellement, les agriculteurs gardent souvent des graines obtenues lors des récoltes pour les semer l'année suivante, mais principalement dans leur propre champ. Dans le cadre du nouveau système (fondé sur une méthode mise au point au Sénégal), les agriculteurs qui souhaitent devenir des producteurs de semences spécialisés apprennent à sélectionner les panicules qui donneront les meilleurs stocks de graines et à préparer, à entreposer et à garder ces semences. Ces agriculteurs peuvent ensuite toucher des revenus supplémentaires en vendant ces graines à d'autres agriculteurs -- et contribuer ainsi à développer et à accélérer la diffusion des variétés de Nerica.

Initiative sur le riz africain

Dans le but d'étendre à d'autres pays le succès initial du Nerica, l'ADRAO et ses partenaires ont décidé en mars 2002 de lancer l'Initiative sur le riz africain.

Au milieu de l'année 2003, une ou plusieurs variétés de Nerica étaient diffusées dans 10 pays de l'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Nigéria, Sierra Leone et Togo). En Afrique centrale, les services de vulgarisation agricole du Gabon ont commencé à faire la promotion du Nerica, tandis que l'Ouganda, en Afrique de l'Est, a distribué une variété de Nerica spécialement mise au point dans ce pays. L'Ethiopie, Madagascar, le Malawi, le Mozambique et la Tanzanie évaluent actuellement plusieurs variétés de Nerica.

M. Nwanze note que le potentiel du Nerica est particulièrement important dans son propre pays, le Nigéria. Le Nigéria compte à lui seul environ la moitié des 840 000 hectares de riziculture de l'Afrique de l'Ouest. Le Président Olusegun Obasanjo "s'intéresse tout particulièrement" au Nerica, indique M. Nwanze, et a établi un comité présidentiel sur le riz. La Banque africaine de développement a annoncé qu'elle contribuerait à financer la diffusion à plus grande échelle au Nigéria de variétés de Nerica, dans le cadre d'un programme doté d'un budget de 31 millions de dollars et mené dans sept pays.

L'engouement des agriculteurs africains pour le Nerica suscite un enthousiasme croissant de la part des donateurs, des organismes de développement et des centres de recherche. Quelques années après la mise au point du Nerica par l'ADRAO, le Gouvernement du Japon y a vu un parfait exemple de la coopération de l'Asie et de l'Afrique et a apporté son soutien à la diffusion de cette variété. Une organisation non gouvernementale japonaise, du nom de Motherland Academy, qui envoie depuis vingt ans du riz japonais aux régions de l'Afrique touchées par la famine, a décidé en 2002 d'aider les agriculteurs maliens à cultiver des variétés de Nerica.

La Banque africaine de développement, le Programme des Nations Unies pour le développement, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la Banque mondiale, l'Union européenne et divers organismes donateurs bilatéraux et fondations ont également apporté leur soutien au Nerica. L'ADRAO, déclare M. Nwanze, n'est pas seulement un modèle de coopération régionale en Afrique de l'Ouest, "mais également un modèle de partenariat coopératif -- nous avons des Africains, des Asiatiques, des Latino-américains et des Européens".

Grâce à cet effort collectif, l'Initiative sur le riz africain vise à faire passer, d'ici à 2006, la superficie totale des cultures du Nerica de 24 000 hectares (en 2002) à 210 000 hectares. Avec le rendement moyen du Nerica, cela devrait donner une production d'environ 750 000 tonnes par an, ce qui permettrait aux pays africains de consacrer 90 millions de dollars de moins aux importations de riz.

Paix et politiques

Pour que les cultivateurs africains de riz puissent profiter pleinement des avantages du Nerica, il faut remédier à un certain nombre de problèmes. Il faut notamment établir la paix pour que les agriculteurs puissent cultiver leurs champs et que les chercheurs agronomes puissent effectuer leurs recherches.

Jusqu'aux années 1990, le siège de l'ADRAO se trouvait à Monrovia (Libéria). Mais la guerre civile qui a éclaté au début de cette décennie a détruit les laboratoires de recherche et les banques de semences de l'ADRAO et contraint le centre à s'installer en Côte d'Ivoire. L'ADRAO a investi dans ce nouveau site 30 millions de dollars, mais lorsque la guerre civile a éclaté en Côte d'Ivoire en septembre 2002, "nous avons de nouveau dû partir", raconte M. Nwanze. Les chercheurs de l'ADRAO travaillent maintenant à Bamako (Mali), l'administration et le personnel d'appui se trouvant à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire. Heureusement, en intervenant rapidement auprès du Gouvernement, et des forces de maintien de la paix des Nation Unies et de la France, l'ADRAO a pu obtenir que ses locaux ivoiriens ne soient attaqués par aucun des belligérants. Ce conflit, qui est intervenu alors même que le Nerica gagnait en importance, a néanmoins fait échouer la campagne de promotion menée dans ce pays.

Il est également essentiel de disposer de politiques agricoles favorables, explique M. Nwanze. Les agriculteurs ont besoin d'incitation à produire, le secteur de la transformation et de la vente du riz a besoin de rentabilité, des systèmes de contrôle de la qualité doivent être mis en place pour garantir des normes acceptables et des campagnes de sensibilisation du public pourraient aider les consommateurs à apprécier les qualités du Nerica. Le Nigéria, annonce M. Nwanze, a mis au point un ambitieux programme de réforme de l'intégralité de la filière du riz, "des producteurs aux meuniers, à l'industrie de la transformation et aux vendeurs".

Par le passé, fait remarquer M. Nwanze, la production locale de riz en Afrique de l'Ouest a été compétitive et rentable. Cependant, à la suite de l'importation à grande échelle de riz non africain et bon marché -- souvent subventionné par les pays exportateurs de riz -- "les prix pratiqués localement ont perdu de leur attrait". Les pouvoirs publics doivent donc "mettre en place des politiques incitant les agriculteurs à investir dans le riz", explique M. Nwanze. Le Nigéria a par exemple imposé des droits de douane élevés sur les importations de riz en vue d'encourager la production nationale.

Si tout va bien, le Nerica pourra contribuer au développement de l'agriculture en Afrique et dans d'autres régions du monde. "Le Nouveau Riz pour l'Afrique, peut-on lire dans un document de l'ADRAO, pourrait également aider les agriculteurs qui cultivent du riz pluvial" en Asie et en Amérique latine."

 

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Persistance, innovation et lait de noix de coco

 

La mise au point du Nerica est le fruit de longues recherches, explique M. Kanayo Nwanze, directeur général de l'Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO). Le mérite de cette invention revient au "père du Nerica", M. Monty Jones, chercheur sierra-léonais. C'est en 1991 que M. Jones a commencé à travailler dans les laboratoires et les champs d'essai du centre, avant de croiser avec succès deux espèces de riz, connues sous le nom scientifique de oryza glaberrima (provenant d'Afrique) et oryza sativa (provenant d'Asie).

L'oryza glaberrima est une variété ancienne, dont la culture dans certaines régions de l'Afrique remonterait à 3 500 ans. Ce riz africain, explique M. Nwanze, "s'apparentait davantage à une herbe. Il avait un faible rendement. Les grains se brisaient lorsqu'ils parvenaient à maturité."

Il y a environ 450 ans, des voyageurs portugais ont introduit le riz asiatique, oryza sativa, qui avait un meilleur rendement et a progressivement remplacé les variétés africaines dans les régions cultivant du riz en basse altitude. Des versions améliorées du riz asiatique ont également été préconisées en Afrique dans les années 60 et 70, dans le cadre de la tentative d'exportation de la "révolution verte" asiatique sur le continent africain. Mais ces efforts ont échoué, en partie parce que les riz asiatiques à rendement plus élevé dépendaient d'intrants importants, notamment d'irrigation et d'engrais, et résistaient peu aux difficiles conditions climatiques et à la pauvreté des sols africains. Ils n'étaient "pas adaptés à l'environnement africain", a expliqué M. Nwanze à Afrique Relance.

Environ 7 % seulement des terres arables africaines sont irriguées et la plus grande partie des cultures de riz de l'Afrique dépendent des précipitations. Les exploitants agricoles sont également pauvres et ne peuvent pas se permettre d'installer des systèmes d'irrigation ni d'acheter beaucoup d'engrais. A mesure que la consommation de riz a augmenté, la production locale a stagné et les pays ont dû importer des quantités de plus en plus importantes de riz.

Au lieu d'essayer "d'adapter" l'environnement africain aux variétés de riz asiatiques en mettant au point des systèmes d'irrigation coûteux, les chercheurs de l'ADRAO ont adopté une approche différente. Ils ont avant tout cherché à améliorer des variétés de riz indigènes qui étaient déjà bien adaptées aux conditions africaines, tout en les dotant du haut rendement du riz asiatique.

Parmi le millier de variétés de riz africain que contenaient les banques de semences de l'ADRAO, ils ont choisi l'une des plus courantes, l'oryza glaberrima. Après plusieurs années de travail, le croisement de cette variété et de l'oryza sativa a donné certains résultats positifs, mais se heurtait également à un obstacle de taille : environ 90 % des végétaux issus de ce croisement, qu'on appelle aussi la "descendance", étaient stériles. Cela voulait dire que si les agriculteurs pouvaient cultiver cette nouvelle variété, ils ne pourraient pas mettre de côté de graines à planter l'année suivante -- ils devraient en acheter de nouvelles.

M. Jones a axé ses efforts sur la technique de "récupération d'embryons", qui consiste à enlever l'embryon d'une descendance et à le placer en culture afin d'en modifier les caractéristiques. Au cours d'un déplacement en Chine, il a découvert qu'en ajoutant du lait de noix de coco à cette culture, on arrivait à réduire la stérilité des nouvelles variétés de l'ADRAO issues d'un croisement. "C'était Euréka !, raconte M. Nwanze. Il suffisait d'utiliser du lait de noix de coco. C'est ainsi qu'il a obtenu une descendance stable."

Conscient des inquiétudes qu'inspire au public la modification génétique des plantes et autres organismes vivants, M. Nwanze précise que les méthodes de production du Nerica employées par l'ADRAO font appel à "une biotechnologie très simple". Il n'y a aucun transfert de gènes d'une espèce à l'autre, mais il s'agit plutôt du croisement de différentes variétés de la même espèce. Ce type de croisement se produit dans la nature, et les agriculteurs essaient souvent eux-mêmes d'effectuer de nouveaux croisements. L'apport de l'ADRAO consiste à appliquer des méthodes scientifiques modernes à un tel procédé.

D'ailleurs, note Mme Susan McCouch du Programme de biotechnologie du riz de la Fondation Rockefeller, la mise au point de nouvelles variétés telles que le Nerica peut "accroître considérablement la biodiversité mondiale du riz".