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Raviver les sols dégradés du Sahel

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Raviver les sols dégradés du Sahel

Comment l’association d’une technologie nouvelle et de connaissances traditionnelles permet de collecter les eaux de pluie et de remettre en état les terres.
Afrique Renouveau: 
1 Février 2022
Par: 
De jeunes plants prêts à être mis en terre dans un sol préparé grâce à une charrue Delfino à Djibo,
FAO/Giulio Napolitano
De jeunes plants prêts à être mis en terre dans un sol préparé grâce à une charrue Delfino à Djibo, au Burkina Faso.

La pratique de l’agriculture n’est pas simple dans la région africaine du Sahel. Ce secteur pâtit de la dégradation des terres et de l’irrégularité des précipitations et est souvent soumis à de longues périodes de sécheresse.

Pour cette raison, la terre est souvent très compliquée à travailler, si bien qu’il est difficile pour les agriculteurs de planter et de faire prospérer leurs cultures. Toutefois, une nouvelle technologie permet aux agriculteurs d’alléger leur fardeau et contribue à la remise en état des terres, pour les générations futures. 

Lorsque Moctar Sacande, Coordonnateur du programme de la FAO «Action contre la désertification», parle de la remise en état des terres en Afrique, son enthousiasme est évident.

«La restauration des terres dégradées pour en faire des terres productives et en bonne santé est une chance immense pour l’Afrique. Les bienfaits sociaux et économiques pour les communautés agricoles rurales sont énormes», affirme-t-il. «C’est un rempart contre le changement climatique qui met la technologie au service des connaissances traditionnelles.»

Workers preparing tractors to start ploughing in Burkina Faso.
Des ouvriers préparent des tracteurs pour commencer à labourer au Burkina Faso.
©FAO/ Giulio Napolitano

La charrue Delfino

Heureusement, il existe une technologie qui peut aider les agriculteurs confrontés à des conditions de culture difficiles et qui contribue à la remise en état des terres agricoles: la charrue Delfino.

La FAO a apporté au Sahel cet imposant instrument de labour de pointe dans le cadre de son programme «Action contre la désertification» et l’utilise pour retourner des sols endommagés et extrêmement secs sur plus de 50 cm de profondeur. Quatre charrues Delfino ont été introduites dans quatre pays – Burkina Faso, Niger, Nigéria et Sénégal – dans le cadre de l’initiative de la FAO sur la Grande muraille verte.

La charrue Delfino creuse de larges sillons en forme de demi-lune dans lesquels on peut immédiatement semer et planter. Elle permet ainsi de collecter dix fois plus d’eau de pluie et de rendre le sol plus perméable qu’avec la méthode traditionnelle, et éreintante, qui consiste à creuser à la main. 

Au Sahel, la demi-lune est une méthode de plantation traditionnelle qui consiste à tracer des contours pour empêcher l’eau de s’écouler et ainsi améliorer l’infiltration de l’eau et garder le sol humide plus longtemps. On crée alors des conditions microclimatiques favorables au développement des semences et des jeunes plants.

La charrue Delfino est en outre d’une efficacité redoutable. Une centaine d’agriculteurs qui creusent à la main des fossés d’irrigation traditionnels en demi-lune peuvent couvrir un hectare par jour, mais lorsque la charrue Delfino est accrochée à un tracteur, elle peut labourer 15 à 20 hectares en une journée.

Une fois la zone labourée, on sème directement des espèces autochtones ligneuses ou herbacées et on met en terre de jeunes plants inoculés. Ces espèces sont très résilientes et poussent très bien sur les terres dégradées. Elles offrent un couvert végétal et améliorent la productivité de terres auparavant dénudées.

L’importance de la remise en état des terres

En ramenant à la vie les terres dégradées, les agriculteurs n’ont pas besoin de défricher des terres forestières pour les transformer en terres agricoles et satisfaire ainsi la demande alimentaire de plus en plus importante d’une population africaine croissante. 

Au Burkina Faso, par exemple, un tiers des paysages sont dégradés. Il n’est donc plus possible d’utiliser les plus de 9 millions d’hectares de terres consacrées autrefois à l’agriculture. On prévoit que cette dégradation va se poursuivre au rythme de 360 000 hectares par an. Si l’on n’inverse pas cette tendance, on court le risque que des forêts soient défrichées pour faire place à des terres agricoles productives.

L’Afrique perd actuellement 4 millions d’hectares de forêts chaque année pour cette raison, mais elle dispose de plus de 700 millions d’hectares de terres dégradées que l’on pourrait remettre en état.

Farmers harvesting hay in Teja, Niger, grown as the result of rainwater harvesting.
À Tera, au Niger, des agriculteurs récoltent le foin obtenu grâce à la collecte des eaux de pluie.
©FAO/Giulio Napolitano

Au Burkina Faso et au Niger, les objectifs de remise en état immédiate, chiffrés en hectares, ont déjà été atteints et revus à la hausse grâce à la charrue Delfino. Au Nigéria et au Sénégal, celle-ci permet d’intensifier la remise en état des terres dégradées. 

«La participation des populations locales est essentielle», affirme Moctar. «Toute la communauté est impliquée et a bénéficié de cultures fourragères, notamment de foin, qui a poussé à hauteur de genou en deux ans seulement. Elle peut nourrir son bétail, vendre les excédents et se mettre à cueillir des produits non ligneux, notamment des fruits comestibles, des huiles naturelles pour fabriquer du savon, du miel sauvage et des plantes pour la médecine traditionnelle.»

Améliorer les conditions de vie des femmes

D’après Nora Berrahmouni, qui était Forestière principale au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique lorsque la charrue Delfino a été déployée, cet outil allégera le fardeau qui pèse sur les femmes.

«La saison pendant laquelle il faut travailler très dur pour creuser à la main les fossés d’irrigation en forme de demi-lune commence lorsque les hommes de la communauté doivent partir avec les animaux. Ce travail doit donc être effectué par les femmes», explique Nora.

Comme la charrue Delfino accélère considérablement le processus de labourage et réduit le travail physique nécessaire, les femmes ont davantage de temps pour gérer leurs nombreuses autres tâches.

Le projet a également pour objectif de donner plus de responsabilités aux femmes et de les faire participer davantage à une remise en état à plus grande échelle des terres locales, en leur offrant des rôles prépondérants au sein des comités de village qui planifient ces activités. Au titre du programme «Action contre la désertification», on encourage la création d’un comité de village dans chaque site sélectionné pour une remise en état, afin que celui‑ci gère les ressources et prenne en main le processus dès le début.

FAO land restoration expert, Moctar Sacande, learns from women digging half-moon dams by hand in Tera, Niger.
Moctar Sacande, spécialiste de la remise en état des terres à la FAO, étudie le travail de femmes qui creusent à la main de petits barrages en forme de demi-lune à Tera, au Niger.
©FAO/Giulio Napolitano.

«De nombreuses femmes dirigent les comités de village locaux qui organisent ces activités et elles nous disent qu’elles se sentent plus autonomes et mieux respectées», indique Moctar.

Le respect des connaissances autochtones et des compétences traditionnelles est aussi l’une des clés de la réussite. Les communautés ont compris depuis longtemps que les fossés en forme de demi-lune étaient le meilleur moyen de collecter l’eau de pluie en vue de la longue saison sèche. La puissante charrue Delfino rend tout simplement le travail plus efficace et moins exigeant physiquement.

«En fin de compte, la charrue Delfino n’est qu’une charrue. Une charrue de grande qualité tout à fait adaptée, mais une charrue tout de même», affirme Moctar. «C’est lorsque nous l’utilisons convenablement, que nous menons des consultations et que nous coopérons que nous constatons de tels progrès.»

Or, il est urgent de faire des progrès. Les pertes de terres sont un facteur de nombreux autres problèmes, notamment la faim, la pauvreté, le chômage, les migrations forcées, les conflits et l’accroissement des risques d’événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique. Et comme l’a ajouté Moctar: «À la FAO, nous ne pouvons pas accepter que les populations vulnérables soient confrontées à de si nombreux problèmes.»