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Les armes légères attisent les violences communautaires

Décembre 2019 - Mars 2020

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Les armes légères attisent les violences communautaires

Les communautés locales en quête d’une paix durable
24 Décembre 2019
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
Armed Turkana herdsmen guard their livestock at a watering hole at Oropoyi, in Kenya’s north western district of Turkana. Armed raids and cattle rustling over water and pasture sites are common among communities in parts of Uganda, Kenya, Sudan and Ethiop
Des éleveurs armés de l’ethnie Turkana et leurs bétails à un abreuvoir Oropoyi, dans le nord-ouest Kenyan. Des conflits communautaires liés à l’accès aux points d’eau et aux vols de bétail sont assez fréquents en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda et au Soudan.

L’insurrection de Boko Haram, avec ses répercussions au Cameroun, au Tchad et au Niger, est la crise de sécurité au Nigéria la plus médiatisée. Pourtant, en 2018, le conflit entre agriculteurs et éleveurs au Nigéria a été six fois plus meurtrier que la crise du Boko Haram, selon l’International Crisis Group.

Les conflits locaux ou de faible ampleur, tels que le vol de bétail et la concurrence entre les agriculteurs et les éleveurs pour obtenir des ressources, sont à peine rapportés. Ces conflits sont alimentés par la prolifération des armes légères et de petit calibre dans les régions reculées et marginalisées d’Afrique où la présence des gouvernements est généralement faible.

Ainsi en 2019, 160 personnes ont été tuées par des hommes armés dans un village malien près de la frontière avec le Burkina Faso, dans ce que les médias locaux ont qualifié de « pire massacre ethnique de mémoire d’homme ».

Les auteurs de ce massacre appartiendraient au groupe de chasseurs et d’agriculteurs Dogon, tandis que les victimes seraient des Peuls, une ethnie nomade d’éleveurs de bétail. Depuis toujours ces deux groupes se disputent l’accès à l’eau et aux pâturages.

Ce n’est qu’un exemple du type de conflit communautaire qui se produit dans de nombreux pays d’Afrique, où la disponibilité accrue des armes légères a transformé les conflits ruraux traditionnels en affrontements plus meurtriers et a contribué à une augmentation de la criminalité dans les centres ruraux et urbains.

« Depuis les années 90, les armes légères – en particulier les fusils AK-47 – sont devenues des armes de choix pour les voleurs de bétail », observe l’Institut d’études de sécurité, basé à Pretoria (Afrique du Sud)

Selon Small Arms Survey (SAS), un centre de recherche indépendant basé à Genève et dont l’objectif est de réduire la circulation illicite et l’impact des armes légères et de petit calibre, plus de 80 % des armes légères en Afrique sont détenues par des civils.

Selon une étude réalisée en 2019 par le SAS et l’Union africaine, Weapons Compass: Mapping Illicit Small Arms Flows in Africa, les civils, y compris les groupes rebelles et les milices, détiennent plus de 40 millions d’armes légères et de petit calibre. Les entités publiques en détiennent moins de 11 millions.

En dehors du Nigéria, les conflits communautaires restent un sujet de préoccupation en Éthiopie, au Kenya, en Somalie, au Soudan et en Ouganda, entre autres pays. Le plus souvent , le problème est aggravé par l’absence partielle ou totale de forces de sécurité dans les zones de conflit. Même lorsqu’elles sont présentes, ces forces sont généralement dépassées.

Engagement communautaire

Les pouvoirs publics déploient généralement des forces de sécurité supplémentaires dans les zones touchées et mènent parfois des opérations militaires visant à arrêter les milices et à saisir leurs armes. Des programmes de désarmement et de rachat d’armes ont été menés dans plusieurs pays, mais la paix qui s’ensuit dure rarement longtemps.

Au Nigéria, les autorités s’efforcent d’aller au-delà des interventions policières et militaires en faisant participer les communautés elles-mêmes au règlement des conflits.

En République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Mali, où les conflits communautaires persistent malgré les efforts des gouvernements et la présence de milliers de soldats de la paix, l’ONU collabore avec les communautés locales pour atténuer les tensions grâce à des programmes de lutte contre la violence au sein de la collectivité (CVR); de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR).

Les programmes de CVR et de DDR partagent les mêmes objectifs : mettre fin à la violence et consolider la paix. Le Département des opérations de paix de l’ONU affirme que le programme de CVR diffère des autres efforts « en ce sens qu’il travaille directement avec les collectivités cibles pour trouver des solutions aux causes de la violence armée et cible explicitement les jeunes qui risquent d’être recrutés par des groupes armés ou d’anciens combattants »

En RCA, le programme semble avoir un impact, même s’il est limité. « Bien qu’il soit encore tôt, des signes préliminaires montrent que les programmes de CVR contribuent à réduire les tensions depuis qu’ils ont débuté en 2017 », note un article du magazine en ligne Small Wars Journal. On constate en effet une baisse des taux de crimes violents là où des initiatives de CVR ont été engagées.   

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