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Faire taire les armes en Afrique

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Faire taire les armes en Afrique

Parvenir à la paix, mettre fin aux conflits, à l’extrémisme et à la criminalité
Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
23 Décembre 2019
Weapons being burnt during the official launch of the Disarmament, Demobilization, Rehabilitation and Reintegration (DDRR) process in Muramvya, Burundi.             UN Photo/Martine Perret
ONU Photo/Martine Perret
Lancement officiel de la campagne désarmement, démobilisation, réhabilitation et réintégration à Muramvya, Burundi.

Une Afrique sans conflits est le rêve de tout Africain. Dans cette édition, nous parlons des zones en crises, des causes des conflits, des tentatives de paix et de développement et des efforts de l’Union africaine pour faire taire les armes d’ici 2020.

En 2013, les représentants des États membres de l’Union africaine (UA) se sont réunis à son siège d’Addis-Abeba, en Éthiopie, où l’Organisation de l’unité africaine a été créée en 1963, pour célébrer le 50e anniversaire de cet organisme.

En pleine cérémonie, les dirigeants se sont assis pour réfléchir et s’attaquer aux questions difficiles : quels progrès avons-nous accomplis dans la réalisation des objectifs fixés par l’UA et, concernant l’avenir, quelle est la vision que nous proposons pour l’Afrique pour les 50 prochaines années ? Par ailleurs, quel est le plus grand défi à relever pour réaliser les aspirations de nos peuples ?

Nkosazana Dlamini-Zuma, alors présidente de la Commission de l’Union africaine, s’était rendue dans divers pays pour recueillir les opinions des gouvernements, de la société civile et de la diaspora sur ce qu’ils estimaient être le problème le plus urgent auquel était confrontée l’Afrique, problème auquel l’UA devait s’attaquer.

La plupart ont convenu que les conflits demeuraient l’un des plus grands défis auxquels l’Afrique est confrontée. L’UA considère également les conflits comme l’un des plus grands obstacles à la mise en œuvre de l’Agenda 2063.

« Avant de quitter Addis-Abeba, les dirigeants de l’UA ont décidé de libérer les générations futures du fardeau que sont les conflits. Ils ont donc adopté le projet «Faire taire les armes à feu en Afrique d’ici 2020» comme l’un des projets phares de l’Agenda 2063, un vaste plan de développement », a déclaré à Afrique Renouveau Mme Aïssatou Hayatou, responsable des opérations liées au projet « Faire taire les armes à feu » de l’UA.

Mr. Ramtane Lamamra
Des progrès notables ont été réalisés en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits en Afrique, mais un certain nombre de pays africains restent encore prisonniers du cercle vicieux des conflits violents et de leurs conséquences meurtrières.
M. Ramtane Lamamra
haut représentant de l’Union africaine pour la campagne « Faire taire les armes

Et d’ajouter : « L’objectif était de parvenir à la paix pour permettre le développement en Afrique. »

Cette initiative visait à parvenir à une Afrique sans conflits, à prévenir le génocide, à faire de la paix une réalité pour tous et à débarrasser le continent des guerres, des violents conflits, des violations des droits de l’homme et des catastrophes humanitaires. Les dirigeants espéraient réduire au silence toutes les armes avant 2020.

Depuis 2014, l’Afrique a fait des progrès dans sa quête de paix et de sécurité, principalement en renforçant les cadres et les institutions du continent chargés d’intervenir, ainsi qu’en collaborant avec l’ONU et d’autres organisations sur le terrain. Ces initiatives ont porté leurs fruits.

Au cours des deux dernières décennies, les armes à feu ont été réduites au silence dans des points chauds comme l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra Leone. Selon l’Institute for Security Studies (ISS) basé à Addis-Abeba, des progrès importants ont été réalisés dans des cas difficiles tels que ceux de la Somalie et du Soudan, et les initiatives de consolidation de la paix sur le continent ont également contribué à apaiser les poussées éventuelles de violence.

Cependant, on constate encore des combats en Libye, au Soudan du Sud, en République centrafricaine (RCA), dans l’est de la République démocratique du Congo et dans le bassin du lac Tchad, qui comprend le Tchad et certaines parties du Nigéria, du Niger et du Cameroun. L’extrémisme violent au Sahel et dans certaines parties de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique orientale constitue également un défi.

Le terrorisme et la criminalité transnationale constituent aussi des menaces sur le continent. Les conflits communautaires entre éleveurs et agriculteurs pour l’accès à l’eau et aux pâturages, les crimes urbains violents et les pratiques culturelles violentes comme le vol de bétail sont également préoccupants du fait que les armes à feu sont devenues les armes de choix, remplaçant les armes traditionnelles et moins mortelles.

40,2 milliards de $
de dépenses militaires en Afrique en 2018

Selon Le coût humain des armes non contrôlées en Afrique, une étude réalisée en 2017 par Oxfam, chaque année 500 000 personnes au moins meurent en raison de la violence et des conflits armés tandis que des millions d’autres sont déplacées ou maltraitées.

Qui détient les armes en Afrique ?

Quatre-vingts pour cent de toutes les armes légères en Afrique sont entre les mains de civils, selon le Small Arms Survey (SAS), un centre de recherche indépendant basé à Genève qui produit des connaissances et des analyses factuelles, impartiales et utiles à l’élaboration des politiques sur les questions d’armes légères et de violence armée à l’intention des gouvernements, des décideurs, des chercheurs et de la société civile.

Les civils, y compris les groupes rebelles et les milices, détiennent plus de 40 millions d’armes légères et de petit calibre, tandis que les entités publiques en détiennent moins de 11 millions, selon L’atlas des armes : Une cartographie des flux illicites d’armes légères en Afrique (Weapons Compass: Mapping Illicit Small Arms Flows in Africa) une étude réalisée en 2019 par le SAS et  l’Union africaine.

D’où proviennent les armes ?

La plupart des armes en Afrique sont importées. Les dépenses militaires officielles en Afrique se sont élevées à environ 40,2 milliards de dollars en 2018, dont 22,2 milliards pour l’Afrique du Nord et 18,8 milliards pour l’Afrique subsaharienne, selon l’ISS.

Les principaux fournisseurs d’armes entre 2014 et 2018 ont été la Russie, la Chine, l’Ukraine, l’Allemagne et la France, et les principaux destinataires ont été l’Égypte, l’Algérie et le Maroc, selon une étude de l’Institut international de recherches sur la paix de  Stockholm  (SIPRI). La base de données du SIPRI sur les transferts d’armes fournit des informations sur tous les transferts internationaux d’armes lourdes

(y compris les ventes, les dons et la production sous licence) aux États, aux organisations internationales et aux groupes non étatiques.

Vingt-deux pays africains fabriquent également divers types d’armes légères et de petit calibre. La production d’armes de fabrication artisanale est également répandue sur le continent, ces armes alimentant la criminalité dans certains pays.

Si les pays africains peuvent contrôler l’achat d’armes légales, il est difficile de suivre le trafic et les flux illégaux sur le continent. La porosité des frontières et l’étendue des zones côtières permettent aux trafiquants de faire passer clandestinement des armes légères d’un pays à l’autre. La gestion des stocks nationaux d’armes est aussi une source de préoccupation car l’on veut éviter que ces armes ne tombent entre de mauvaises mains.

Ms. Bience Gawanas
Faire taire les armes implique pour moi deux choses. Déposer physiquement les armes, ce qui est très important. Mais je crois que nous devons aussi nous concentrer sur le développement; investissons dans nos peuples pour pouvoir faire taire les armes.
Mme Bience Gawanas
Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale pour l’Afrique

Quelles armes ?

« Les armes à feu sont les armes les plus populaires sur le continent. Elles causent plus de morts que les bombes, les grenades ou les mines. L’AK-47 est toujours l’outil de mort le plus dangereux en Afrique », déclare Mme Hayatou, ajoutant qu’une grande partie des armes légalement importées en Afrique sont détournées illégalement en raison de la corruption.

Souvent, les stocks gouvernementaux font l’objet de raids, ou bien des militaires ou des policiers sont tués pour leurs armes. Le nombre important d’armes provenant de Libye qui appartenaient auparavant au régime de Mouammar Kadhafi et qui se sont retrouvées dans le Sahel est également préoccupant. Nombre de ces armes sont aux mains des rebelles séparatistes du nord du Mali.

Aller de l’avant

Pour accélérer les mesures prises, l’UA va lancer début 2020 une campagne à l’échelle du continent intitulée « Faire taire les armes » afin de mobiliser toutes les parties prenantes et donner la priorité aux efforts de paix et de développement socioéconomique. Les difficultés qui mènent les gens aux conflits violents, notamment la pauvreté, les injustices historiques, les inégalités, le chômage, les changements climatiques, les flux financiers illégaux et la corruption, doivent également être résolues pour que les armes à feu soient réduites au silence.   

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