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Doliques à œil noir : un goût d’Afrique aux Amériques

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Doliques à œil noir : un goût d’Afrique aux Amériques

De l’akara à l’acarajé : traditions culinaires entre l’Afrique et sa diaspora
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
24 Décembre 2019
Black eye peas

C’est un plat délicieux populaire dans les régions méridionales des États-Unis, à l’arôme invitant et au nom intéressant. Le Hoppin’ John, composé de doliques à œil noir, de riz, d’oignons hachés, de bacon et de sel, n’est pas un plat comme les autres.

Inspirés de la cuisine ouest-africaine, le Hoppin’ John, le jambalaya et la feijoada sont quelques-uns des plats à base de haricots, de viande et de légumes mélangés à du riz que l’on retrouve souvent chez les personnes d’origine africaine dans les Amériques et dans le monde entier.

Des rives de l’Afrique de l’Ouest à l’Amérique du Sud et aux Caraïbes, les doliques à œil noir (aussi appelés niébés) sont devenus un symbole puissant des liens culturels qui unissent encore l’Afrique et sa diaspora. Les galettes faites de haricots épluchés, écrasés et frits à l’huile de palme se vendent dans la rue sous de nombreux noms similaires sur différents continents. Au Brésil, on les appelle acarajé, au Nigéria akara.

Si les doliques à œil noir font également partie de l’alimentation des habitants de pays comme l’Inde et le Myanmar, ils sont surtout consommés en Afrique de l’Ouest, en particulier au Bénin, en Guinée, au Nigéria et au Sénégal, ainsi que dans les Caraïbes, au Brésil et dans le sud des États-Unis, qui compte depuis longtemps une importante population afro-américaine. Les haricots auraient été transportés dans les Caraïbes et les Amériques à bord de navires négriers.

Kangni Alem, romancier et dramaturge togolais, n’en a pas cru ses yeux lorsqu’il a rencontré par hasard des femmes au Brésil qui vendaient des acarajé dans la rue. Il visitait alors la capitale de Bahia, Salvador, largement connue comme étant la « capitale ouest-africaine de l’Amérique du Sud », lors d’une escapade culturelle.

« Pendant un instant, je me suis cru à Lomé », s’est étonné M. Alem, non pas tant en raison de la composition de la population, mais parce « qu’ils y faisaient frire des galettes de haricots », s’est-il émerveillé. Cette rencontre l’a tellement impressionné qu’il en a parlé par la suite dans son roman Les enfants du Brésil.

La viande du pauvre

Les doliques à œil noir font partie de l’alimentation quotidienne de millions de personnes en Afrique. On les fait bouillir et on les mange avec du riz ou on les fait frire avec des tomates et des oignons pour les manger avec du riz et de la banane plantain frite. Ils peuvent aussi être moulus en farine pour en faire de la bouillie.

Appelés niébés dans certaines régions du Sahel, les dolique à œil noir sont surnommés  « haricots miracles » ou « viande du pauvre » dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne en raison de leur valeur nutritive élevée et de leur capacité à pousser dans des conditions difficiles.

From akara to acarajé
Acarajé

Selon l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), la graine de dolique à œil noir « contient 25 % de protéines et plusieurs vitamines et minéraux.  Elle résiste à la sécheresse, donne de bons résultats dans une grande variété de sols et, étant une légumineuse,  elle reconstitue les sols peu fertiles lorsqu’on laisse pourrir ses racines. »

Même si les informations sur la consommation et le commerce mondiaux restent rares, le Nigéria est le plus grand producteur, importateur et consommateur de doliques à œil noir au monde. Une étude réalisée en 2016 par l’Agence des États-Unis pour le développement international a estimé que la consommation est de18 kg par personne au Nigéria, 9 au Ghana et 1,8 en Côte d’Ivoire.

Les pays africains ont produit plus de 96 % de la récolte annuelle estimée de 5,4 millions de tonnes de doliques à œil noir au cours de la même année, le Nigéria représentant 61 % de la part du continent et 58 % au niveau mondial, selon l’IITA.

Différentes variétés de doliques à œil noir ont été développées par l’IITA dans le cadre des activités de recherche de l’institut. Certaines ont des semences plus grosses et des cultures à haut rendement qui mûrissent plus rapidement; d’autres ont été conçues pour résister aux ravageurs. La banque de gènes de l’organisation détient la collection la plus importante et la plus diversifiée de doliques à œil noir au monde, avec 15 122 échantillons uniques provenant de 88 pays.

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