Réfugiés : l’hospitalité ougandaise

Août - Novembre 2019

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Réfugiés : l’hospitalité ougandaise

Le pays abrite la plus grande proportion de réfugiés en Afrique
Sulaiman Momodu
Afrique Renouveau: 
Refugee students in a classroom in Uganda. Photo: UN Photo/Mark Garten
Elèves réfugiés en Ouganda. Photo: ONU /Mark Garten

Alors que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants fuient les conflits et les catastrophes naturelles, certains pays se demandent encore s’ils doivent accepter les demandeurs d’asile. De son côté, l’Ouganda a  ouvert ses portes à un nombre record de réfugiés.

Robert Yatta, 13 ans, allait à l’école à Juba, la capitale du Sud-Soudan, lorsque les conflits ont éclaté début 2017.

« Une nuit, nous avons été réveillés par de violents coups de feu », se souvient-il.

« Les écoles étaient fermées et nous sommes restés enfermés dans la maison pendant une semaine avant de nous réfugier dans le camp de Bidi Bidi, au Nord-Ouest de l’Ouganda ».

Au plus fort des combats au Sud-Soudan en 2016, Bidi Bidi accueillait chaque jour des milliers de personnes. Le camp, où vivent plus d’un quart de million de réfugiés, a désormais atteint la taille de la ville de Birmingham, au Royaume-Uni, couvrant plus de cent mille mètres carrés.

Robert Yatta est l’un des élèves les plus brillants de sa classe.  Il parle couramment l’anglais et donne même des conseils à ses camarades.

Plus grand pays d’accueil

L’Ouganda est aujourd’hui le plus grand pays d’accueil en Afrique, avec plus d’un million de réfugiés, la plupart en provenance du Sud Soudan, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Burundi.  Le Kenya et l’Éthiopie figurent également parmi les premiers pays d’accueil sur le continent.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) recensait 68,5 millions de personnes déplacées de force dans le monde début 2018, dont 40 millions de déplacés internes.  Les pays en développement, principalement ceux d’Afrique, accueillent 85% de cette population.

Mugisha Willent, réfugiée congolaise de 26 ans, a fui Goma en 2000.  « Tout ce que je savais, c’est qu’il y avait la guerre », confie-t-elle, « l’Ouganda nous a offert la paix, la terre et plus encore. C’est chez moi. »

Cette année, Mme Willent était l’une des trois femmes à remporter le prix Voices of Courage [les Voix du Courage] de la Commission des femmes pour les réfugiés, à New York.

En Ouganda, elle lutte pour l’aide aux jeunes filles non scolarisées, aux jeunes mères et aux femmes victimes de violence. Elle est aussi jeune ambassadrice pour le HCR et a récemment pris la parole devant les Nations Unies à Genève pour plaider en faveur de la libre circulation dans les pays d’accueil, de l’accès aux documents de voyage internationaux et de la parité des frais de scolarité entre réfugiés et étudiants nationaux.

Politique de porte ouverte

Selon le HCR, la population de réfugiés en Ouganda est en constante augmentation depuis 2013. Environ 300 demandeurs d’asile arrivent chaque jour.

« L’Ouganda continue d’appliquer une politique de porte ouverte basée sur l’hospitalité traditionnelle africaine, consistant à accueillir toute personne cherchant à se mettre en sécurité », déclare Hilary Onek, Ministre ougandaise des Secours, de la Prévention des catastrophes et des Réfugiés.

S’adressant au Comité exécutif du HCR réuni à Genève en octobre, M. Onek a indiqué que son gouvernement continuait de pratiquer une politique d’accueil des réfugiés malgré les difficultés du pays.

Avec un taux de croissance de 4,5%, l’économie ougandaise « croît à un rythme plus lent ces derniers temps, ce qui affaiblit ses efforts de réduction de la pauvreté », selon un rapport de la Banque mondiale. Au cours des années 1990 et au début des années 2000, le taux de croissance était de 7 %.

Les experts humanitaires félicitent l’Ouganda pour sa politique en matière de réfugiés, considérée comme la plus généreuse au monde.

António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, déclarait en juin 2017 : « La communauté internationale doit reconnaitre que l’Ouganda a appliqué une politique exemplaire en matière de réfugiés par le passé. Et bien qu’il ait  fait face au plus grand afflux de réfugiés l’année dernière, l’Ouganda reste aujourd’hui un modèle quant au respect du régime de protection des réfugiés, régime qui n’est malheureusement pas respecté partout dans le monde ».

La politique ougandaise garantit la liberté de circulation et le droit à l’emploi, à l’éducation et à la santé, ainsi que le droit à la création d’entreprise.  Le gouvernement offre également aux réfugiés des parcelles de terre afin qu’ils puissent cultiver et construire des logements. Cette politique leur offre les moyens de devenir autonomes, tout en leur accordant les mêmes droits qu’aux citoyens.

Angèle Dikongué-Atangana, directrice adjointe du HCR pour la région de l’Est et de la Corne de l’Afrique, rappelle que les réfugiés ont des connaissances et des compétences à apporter aux pays hôtes.

« En Ouganda, certains réfugiés ont créé des entreprises qui emploient des nationaux, tandis que d’autres stimulent la production de nourriture par leurs activités agricoles. Certains travaillent en tant que professionnels », a déclaré Mme Dikongué-Atangana.

En juin dernier, le réfugié congolais Robert Hakiza, aujourd’hui installé en Ouganda, a déclaré lors des consultations annuelles HCR-ONG à Genève que l’organisation qu’il avait co-fondée - Young African Refugees for Integral Development (YARID) - contribuait à l’autonomisation des réfugiés et de leur communauté hôte. L’ONG YARID a pour devise « Les réfugiés peuvent être forcés d’abandonner leurs foyers, mais ils n’abandonnent pas leurs compétences et leurs connaissances ». Elle crée un espace où les réfugiés et les communautés d’accueil peuvent se rencontrer, discuter des défis et explorer des solutions communautaires.

« Fermer les frontières aux réfugiés n’est pas la solution. Parmi les réfugiés se trouvent des médecins, des avocats et bien d’autres diplômés universitaires qui peuvent apporter une contribution précieuse à leurs communautés d’accueil », affirme M. Hakiza.

Un modèle à reproduire

Le directeur du HCR pour l’Afrique, Valentin Tapsoba, déclare : « L’aide de l’Ouganda aux réfugiés est louable, car ce pays dispose d’un modèle progressif d’accueil des réfugiés. Nous essayons d’encourager d’autres pays à suivre le modèle ougandais ».

« L’hospitalité de l’Afrique envers les réfugiés est exemplaire. Les pays africains ouvrent leurs frontières et leur cœur, les communautés accueillent des réfugiés avant même que le HCR et la communauté internationale n’interviennent. »

M. Tapsoba souhaiterait que les communautés d’accueil soient davantage soutenues à l’international et met en garde contre l’insuffisance de financements qui affecte notamment la protection, l’approvisionnement alimentaire, la santé, le logement et l’éducation.

Selon les données du HCR, sur la base des contributions versées à ce jour, les aides financères pour l’année 2018 ne devraient représenter que 55 % des 8,2 milliards de dollars requis. En 2017 et 2016 ces fonds s’élevaient respectivement à 56,6 % et 58 %. Jusqu’en octobre 2018, les fonds reçus par l’Ouganda ne représentait que 18 % du budget total.

Bien que le financement demeure un défi majeur, M. Tapsoba note que le HCR collabore avec des partenaires afin de permettre à des centaines de réfugiés de rentrer volontairement chez eux. « Des opérations de rapatriement sont en cours pour les réfugiés ivoiriens, somaliens, mozambicains, burundais et centrafricains », poursuit-il.

Outre ces opérations, le HCR s’intéresse au sort des milliers de personnes qui prennent des risques considérables en traversant le Sahel et la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Le HCR collabore avec certains gouvernements et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), afin d’évacuer et parfois de réinstaller ces personnes.

Déplacements

La directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, affirme que la pauvreté, les conflits, les catastrophes naturelles et le changement climatique sont les principaux facteurs de déplacement. Dans le cadre de son programme de l’Association internationale de développement, la Banque mondiale consacrera 2 milliards de dollars entre juillet 2017 et juin 2020 pour venir en aide aux réfugiés africains.

Les experts en développement estiment que la prévention est essentielle pour résoudre la crise des migrants, « La meilleure manière de faire face à une crise humanitaire est de l’empêcher de se réaliser »,

précise Mme Georgieva.     


Sulaiman Momodu est chargé de l’information au HCR.

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