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Le Nigéria a besoin d’élections libres, justes et crédibles

Août - Novembre 2019

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Le Nigéria a besoin d’élections libres, justes et crédibles

— Edward Kallon, Représentant de l’ONU au Nigéria
Kingsley Ighobor
Afrique Renouveau: 
Edward Kallon, UN Resident Coordinator in Nigeria
Edward Kallon, Représentant de l’ONU au Nigéria
Edward Kallon est le coordonnateur humanitaire et coordonnateur résident de l’ONU au Nigéria. Le pays vient de sortir d’une dure récession économique tandis que les attaques terroristes incessantes de Boko Haram génèrent un climat d’insécurité. C’est dans ce contexte que près de 80 millions de Nigérians se rendront aux urnes en février 2019 pour élire leur nouveau président, les gouverneurs de 29 des 36 états et l’ensemble des législateurs aux niveaux fédéral et national. Le journaliste Kingsley Ighobor d’Afrique Renouveau a rencontré M. Kallon en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. Voici des extraits de son interview.

Afrique Renouveau : Dans quels secteurs l’ONU concentre-t-elle ses actions au Nigéria ?

Edward Kallon : Le Nigéria est la plus vaste économie d’Afrique. Avec une population proche des 200 millions, c’est le pays le plus peuplé du continent. Sa taille et son économie en font un acteur majeur pour l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique et le monde entier. C’est pourquoi il est essentiel que la communauté internationale soutienne son développement politique et socioéconomique. Le Nigéria est trop important ; le continent entier souffrirait de son échec.

Comment intervient spécifiquement l’ONU dans ce pays ?

Le Nigéria est un pays à revenu intermédiaire, ce qui signifie que les accords de partenariat sont nécessaires. En juillet 2017, nous avons signé un Cadre de partenariat de 2018 à 2022, qui définit l’aide apportée par l’ONU dans trois secteurs : la gouvernance, la sécurité et les droits humains ; l’aide au gouvernement pour la fourniture de services de base de qualité ; le soutien à une croissance inclusive et à un développement inclusif.

Avec les réformes de l’ONU, nous cherchons à mieux coopérer, à rassembler nos synergies. Notre priorité est de canaliser le travail du système de l’ONU pour aider le gouvernement nigérian à réaliser les ODD [Objectifs de Développement Durable].   

Quels sont les défis auxquels fait face le Nigéria ?

L’un des enjeux est la faiblesse des institutions aux niveaux fédéral, national et local. Il est essentiel que les institutions soient renforcées et que des structures de bonne gouvernance soient mises en place. Autre problème, la distribution d’électricité n’est pas fiable bien que j’aie constaté, ces derniers temps, des investissements dans ce secteur pour résoudre le problème. J’espère que ces investissements vont continuer. Le Nigéria doit aussi améliorer ses infrastructures.

Par soutien à la “croissance inclusive”, entendez-vous aussi autonomisation des femmes ?

Cela inclut l’autonomisation des femmes, oui. Il s’agit de la mise en œuvre des ODD, en se concentrant sur la stimulation de l’économie et l’investissement social. Notre engagement a un pouvoir catalyseur. Le Nigéria bénéficie de l’assistance technique de l’ONU, de ses conseils en matière de politiques, de sa force de rassemblement et de son aide pour renforcer les services de base. Cependant, en raison des défis actuels, notamment dans les zones d’insécurité, nous aidons aussi le gouvernement à apporter une aide humanitaire aux populations touchées.

Quelle est la difficulté de la situation sécuritaire ?

Disons qu’en général, le pays est relativement sûr, mais il y a des poches d’instabilité. Par exemple, l’insurrection de Boko Haram dans le nord-est dure depuis neuf ans et a tué environ 27 000 personnes. Les tensions entre les éleveurs et les fermiers constituent aussi une préoccupation croissante, dans 17 des 36 états nigérians. Ceci est très inquiétant car cela concerne des problèmes d’accès à l’eau et aux terres qu’accroît la désertification dans le nord. Les éleveurs sont forcés d’emmener leur bétail vers le sud, vers les zones fluviales, et ceci crée des tensions et des affrontements avec les fermiers. Dans certaines de ces zones, les mécanismes de résolution des conflits traditionnels ont disparu.

Comment faire dans ce cas ?

Nous songeons à aider les états fédéraux à réactiver les mécanismes de résolution des conflits traditionnelles. Il est aussi nécessaire de moderniser le pastoralisme, car la vie nomade ne peut continuer en raison des changements démographiques et de la réduction des ressources en eau et des terres. Les Vengeurs du Delta du Niger [Niger Delta Avengers], sont encore très destructeurs, tout comme les indépendantistes du Biafra. Le pays est également confronté à des enlèvements, à la délinquance, et aux discours de haine.

Ces problèmes sécuritaires menacent-ils l’intégrité du Nigéria ?

Je ne peux pas dire que l’unité du pays est menacée. Le Nigéria dispose de vraies structures sociales qui se remarquent quand on connaît leur fonctionnement. Il faut évidemment diminuer les inégalités, améliorer la gestion des ressources et créer des opportunités pour les jeunes. Entre 62 et 65% de la population a moins de 24 ans. C’est une réserve qui présente des avantages démographiques mais c’est aussi un risque si les investissements réalisés ne contribuent pas à rendre ces jeunes plus productifs.    

Comment le gouvernement accueille-t-il vos idées ?

Le gouvernement est à l’écoute de l’ONU, c’est pourquoi je suis ici [à l’Assemblée générale de l’ONU] avec ses représentants. Les contributions que nous apportons au développement socio-économique du pays sont reconnues. Mais, soyons honnête, l’ONU n’est pas la seule entité qui permettra le développement du Nigéria au profit des Nigérians. Nous sommes un catalyseur.

Le Nigéria possède trois niveaux de gouvernance (national, fédéral et local). Comment travaillez-vous avec chacun ?

Je suis convaincu qu’il me faut interagir aux niveaux fédéral et national. Des liens horizontaux et verticaux sont indispensables. La plupart des politiques sont conçues au niveau fédéral avant d’être adoptées et mises en œuvre par les états, là où nous pouvons avoir un impact sur la vie des gens. Le paysage politique est plutôt dynamique. Pour les élections de 2019, 91 partis politiques participent et 81 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales.   

A propos des élections présidentielles et parlementaires de février, comment se passe le processus électoral jusqu’à présent ?

Nous insistons pour que les élections soient libres, justes et crédibles. Si les résultats sont contestés, le fragile équilibre du pays pourrait être remis en question. Il n’est pas dans l’intérêt des Nigérians que les élections provoquent un mécontentement général, car ceci ne pourrait que perturber les progrès de développement en cours. L’économie sort d’une récession et les politiques qui ont été mises en œuvre commencent juste à porter leurs fruits.

A quoi ressemblera le Nigéria dans 5 à 10 ans ?

Si le Nigéria se réveille, il peut conduire toute la sous-région, voire tout le continent, vers la prospérité. Il est donc indispensable que ses politiques fonctionnent. J’espère que la stabilisation macro-économique se poursuivra. Le plan de relance économique est centré sur la diversification, qui est indispensable pour réduire la dépendance au pétrole et rendre l’économie compétitive.     

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