De graves répercussions du réchauffement climatique pour l’Afrique

Août - Novembre 2019

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De graves répercussions du réchauffement climatique pour l’Afrique

La hausse des températures pourrait être plus élevée dans la région qu’ailleurs
Dan Shepard
Afrique Renouveau: 
Farmers planting during a rainy season in Dali, North Darfur, Sudan. Photo: UN Photo / Albert Farran
Semailles en saisons de pluie à Dali, Nord Darfour, Soudan. Photo: UN Photo / Albert Farran

Les niveaux record d’émissions mondiales de gaz à effet de serre engagent le monde sur la voie d’un réchauffement inacceptable, avec de graves conséquences pour les perspectives de développement en Afrique.

« Limiter le réchauffement à 1,5 °C est possible dans le cadre des lois de la chimie et de la physique, mais cela nécessiterait des changements sans précédent », a déclaré Jim Skea, coprésident du Groupe de travail III du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Toutefois, le GIEC, la plus grande autorité mondiale en matière d’évaluation des données scientifiques concernant les changements climatiques, affirme qu’il est encore possible de limiter la hausse des températures mondiales à 1,5 °C si, et seulement si, « des transitions rapides et profondes [sont opérées] dans le domaine des sols, de l’énergie, de l’industrie, du bâtiment, du transport et des villes ».

Pour l’Afrique subsaharienne, qui a connu des extrêmes climatiques plus fréquents et plus intenses ces dernières décennies, les contrecoups du réchauffement mondial de plus de 1,5 °C seraient terribles.

La hausse des températures dans la région devrait être supérieure à la hausse moyenne mondiale ; les régions d’Afrique situées dans un rayon de 15 degrés autour de l’équateur devraient connaître une augmentation des nuits chaudes ainsi que des vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues.

Les chances sont minces, mais ce n’est pas impossible, selon le GIEC. Et les avantages d’une hausse maximale de 1,5 °C sont énormes, le rapport détaillant la différence entre les conséquences d’une hausse dei 1,5 °C

et celles d’une hausse de 2 °C. Chaque décimale supplémentaire augmente les risques pour l’Afrique : de plus grandes sécheresses, plus de vagues de chaleur et plus de mauvaises récoltes en perspective.

Conscients du risque accru de changement climatique, de nombreux pays se sont réunis en 2015 pour adopter l’Accord historique de Paris, s’engageant à limiter la hausse de température à moins de 2 °C.

Officiellemnt, 184 pays y ont adhéré, dont presque tous les pays africains — à l’exception de l’Angola, de l’Érythrée et du Sud-Soudan. L’accord est entré en vigueur en novembre 2016.

En décembre 2018, les pays se sont réunis à Katowice, en Pologne, pour la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) — appelée COP24 — afin de finaliser les règles de mise en œuvre du programme de travail.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les pays se sont engagés à prendre des mesures pour réduire les émissions et renforcer la résilience. Le traité prévoit également un soutien financier accru de la part des pays développés pour soutenir les efforts des pays en développement.

Mais même au moment de l’adoption de l’accord, il a été reconnu que les engagements annoncés ne suffiraient pas. Même si les pays tenaient toutes leurs promesses, les températures augmenteraient de 3 °C au cours de ce siècle.

Selon le GIEC, les projections montrent que la région du Sahel occidental connaîtra le plus fort assèchement, avec une hausse marquée de la durée maximale des épisodes de sécheresse. Le GIEC prévoit une diminution de la durée des périodes humides et une légère augmentation des fortes précipitations en Afrique centrale.

L’Afrique de l’Ouest a été reconnue comme un haut lieu du changement climatique, ce qui suggère une possible réduction du rendement et de la production agricoles avec des répercussions sur la sécurité alimentaire.

L’Afrique australe sera aussi touchée. L’ouest de l’Afrique australe devrait s’assécher, connaître des sécheresses plus fréquentes et des vagues de chaleur plus nombreuses à la fin du XXIe siècle.

Le réchauffement planétaire aura une incidence sur les précipitations. À 1,5 °C, les pluies seraient moins abondantes sur le bassin du Limpopo et certaines zones du bassin du Zambèze en Zambie, ainsi que sur certaines parties du Cap-Occidental en Afrique du Sud.   

Mais à 2 °C, l’Afrique australe devrait enregistrer une baisse des précipitations d’environ 20 % et une augmentation du nombre de jours secs consécutifs en Namibie, au Botswana, au nord du Zimbabwe et au sud de la Zambie. Cela entraînera une réduction du volume du bassin du Zambèze qui devrait se situer entre 5 % et 10 %.

Si la planète se réchauffe de 2 °C en moyenne, la fréquence et l’intensité des températures extrêmes seront considérablement modifiées dans toutes les régions subsahariennes.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale afficheront des augmentations particulièrement importantes du nombre de journées chaudes aussi bien à 1,5 °C qu’à 2 °C. En Afrique australe, les températures devraient augmenter plus rapidement à  2 °C, et le sud-ouest de la région, en particulier en Afrique du Sud ainsi que certaines zones de la Namibie et du Botswana, devraient connaître les augmentations de température les plus importantes.

Aucune région du monde n’a peut-être été autant touchée que le Sahel, qui est en pleine croissance démographique, estimée à 2,8 % par an, dans un environnement où les ressources naturelles y compris terrestres et hydriques, diminuent.

Inga Rhonda King, Présidente du Conseil économique et social de l’ONU, l’un des principaux organes de l’ONU qui coordonne le travail économique et social des agences de l’organisation, a déclaré lors d’une réunion spéciale que la région est également l’une des plus dégradées du monde sur le plan environnemental, et qu’il est prévu que les augmentations de température seront 1,5 fois plus importantes que dans le reste du monde.

Fortement dépendant de l’agriculture pluviale, le Sahel subit régulièrement des sécheresses et des inondations, avec d’énormes conséquences sur la sécurité alimentaire. Du fait des conflits armés, de la violence et des opérations militaires, quelque 4,9 millions de personnes ont été déplacées cette année, soit trois fois qu’il y a moins de trois ans, tandis que 24 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire dans l’ensemble de la région.

Le changement climatique est déjà considéré comme un multiplicateur de menaces, exacerbant les problèmes existants, notamment les conflits. Ibrahim Thiaw, Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahel, affirme que la région est particulièrement vulnérable au changement climatique, avec 300 millions de personnes touchées.

La sécheresse, la désertification et la rareté des ressources ont aggravé les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs, et la faiblesse de la gouvernance a entraîné des fractures sociales, ajoute M. Thiaw. Le tarissement du lac Tchad entraîne la marginalisation économique et constitue un terreau fertile pour le recrutement par des groupes terroristes à mesure que les valeurs sociales et l’autorité morale s’estompent.     

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