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Le fardeau des « nouvelles » maladies

Août - Novembre 2019

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Le fardeau des « nouvelles » maladies

D’ici 2030, le diabète, le cancer, les maladies cardiaques et respiratoires seront la principale cause de mortalité
Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
A Virgin Active gym in Soweto, Johannesburg South Africa. Photo credit: AMO/Robert Tshabalala
Une salle de sport Virgin Active à Soweto, à Johannesburg, en Afrique du Sud. Photo credit: AMO/Robert Tshabalala

A la troisième sonnerie consécutive de son téléphone, Jennifer Nakazi, 26 ans, se figea dans le hall encombré de cette banque en plein cœur de New York. Elle s’apprêtait à envoyer de l’argent à sa famille en Ouganda et son frère l'appellait pour lui donner des nouvelles de sa mère malade.  

A 63 ans, la mère, souffrant de diabète depuis dix ans, a dû être hospitalisée en raison d’un taux de sucre sanguin et d'une tension artérielle excessivement élevés. 

“J’espère que nous n’allons pas la perdre. Notre père est mort de diabète il y a deux ans à peine. C'est une période difficile ”, explique Melle Nakazi à Afrique Renouveau. Après avoir effectué un transfert de 700 dollars, elle rappella son frère. C'est un soulagement : l’état de leur mère s’est stabilisé. Mais le combat est loin d’être terminé. 

Melle Nakazi fait attention à son alimentation, évitant le sucre et les boissons alcoolisées. Elle redoute le diabète et ces maladies relativement nouvelles dont le nombre a plus que doublé ces dernières années en Afrique.

Le diabète de type 2, tout comme les maladies cardiovasculaires, le cancer et les maladies respiratoires chroniques, appartiennent à la catégorie des maladies non transmissibles (MNT) également appelées “maladies liées au mode de vie”. Comme leur nom l'indique, elles sont essentiellement liées au mode de vie et à l'environnement immédiat.

Une alimentation trop riche en lipides, en sucre ou en sel, le tabac, l'abus d'alcool, et l’absence d’exercice physique, représentent les quatre principaux facteurs de risque qui favorisent l’apparition des MNT telles que l’hypertension artérielle, l’obésité, les maladies respiratoires, le diabète et le cholestérol.

Ces mauvaises habitudes sont généralement adoptées à l'adolescence ou à l'âge adulte, estiment les experts, mais peuvent facilement être corrigées. Des millions de vies pourraient être épargnées grâce à une alimentation plus saine, une activité physique, l'absence de tabac et une consommation modérée d'alcool. Un régime de vie que Melle Nakazi est bien déterminée à suivre.

Responsables de 70% des décès dans le monde, les MNT sont aujourd’hui la principale cause de mortalité dans la majorité des régions du monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2012, les MNT ont fait 38 millions de victimes, dont 80% vivaient dans les pays en développement. Près de la moitié sont des morts prématurées– avant 70 ans. 

Longtemps considérées comme des maladies occidentales touchant uniquement les urbains et les plus aisés, les MNT ont silencieusement fait leur apparition dans de nombreuses régions d’Afrique, alors que les gouvernements et la communauté internationale avaient les yeux rivés sur la lutte contre les maladies transmissibles - VIH, paludisme, tuberculose,
polio.

Une bombe à retardement

Dans les dix prochaines années, les 54 pays d'Afrique vont connaître la plus forte augmentation de décès dans le monde causés par les MNT. Bien que des maladies transmissibles prédominent, l’OMS prévoit que d’ici 2030, les MNT seront la principale cause de mortalité en Afrique sub-saharienne, une épreuve majeure alors que la population aura doublé sur le continent.

« En Afrique, les cas de MNT augmentent rapidement et devraient dépasser ceux des maladies transmissibles, maternelles, prénatales et nutritionnelles, pour devenir les principales causes de mortalité d’ici 2030 », explique le Dr Oleg Chestnov, Sous-Directeur général au groupe maladies non transmissibles et santé mentale de l’OMS à Afrique Renouveau.       

En Afrique du Nord, les MNT sont déjà la cause de plus de trois quarts des décès. Près de la moitié de la population de cette région souffre d’hypertension artérielle, une pathologie qui annonce d'autres MNT telles que les maladies cardiaques, d'après les données de l'OMS en 2014. En Algérie, Egypte, Libye ainsi qu’au Maroc, plus de 75% des décès en 2012 furent causés par une MNT.  

La préoccupation première des responsables de santé publique concerne désormais l'hypertension qui touche déjà 30% de la population africaine et qui risque d'engendrer entre autres des maladies coronariennes, des infarctus, et des déficiences rénales ou visuelles. 

Effets néfastes

Les MNT nuisent autant aux malades qu'à l'économie. Au niveau national, elles entravent les efforts de lutte contre la pauvreté, rendant encore plus difficile la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) tel que l’objectif numéro 3, qui vise à assurer la bonne santé et le bien-être de chacun. 

Les maladies chroniques à grande échelle se traduisent par une décroissance des rendements du travail, une baisse des retours sur investissement en capital humain et une augmentation des coûts de santé.

La multiplication des cas de MNT engendrera une « charge de morbidité générale » pesant sur des systèmes de santé déjà saturés et qui doivent faire face au paludisme, à la tuberculose, au VIH/Sida, et à une santé maternelle et infantile déplorable. Les MNT sont des affections de longue durée qui impliquent des diagnostics complexes, des médicaments sophistiqués, et une gestion intensive de l'invalidité.

Une once de prévention

Bien que le tabac soit la cause des MNT la plus facile à prévenir, de plus en plus de jeunes africains se mettent à fumer. 

Environ un adolescent sur 10 fume des cigarettes et le même nombre consomme du tabac sous d’autres formes. La moitié des adolescents en Afrique sont des fumeurs passifs », selon Population Reference Bureau (PRB), une ONG basée à Washington D.C.

En Zambie, environ un quart des élèves entre 13 et 15 ans fument ou consomment du tabac. En Afrique du Sud,  la proportion est de 24% pour les garçons et 19% pour les filles, lycée et collège confondus.  

Quant à l’alcool, les campagnes publicitaires présentent sa consommation comme une activité « cool », les jeunes y ont facilement accès et sont très exposés. En Namibie, près de 26% des garçons et 21% des filles entre 13 et 15 ans sont des consommateurs d’alcool réguliers. En Mauritanie, 21% des garçons et 14% des filles dans le secondaire indiquent avoir été excessivement soûls une ou plusieurs fois dans leur vie.

La voie à suivre

Seuls des engagements aux niveaux mondial, national et individuel pourront endiguer l'épidémie des MNT. Au niveau mondial, l’OMS tente de mobiliser les pays autour d'une action collective, notamment les pays africains qui, pour la plupart, n'ont pas pris de mesures adaptées.  

Avec l'adoption des ODD en 2015, les responsables mondiaux se sont engagés à réduire les décès prématurés causés par les maladies liées au mode de vie de 30% d’ici 2030. Ils ont également définis des objectifs nationaux de réduction des MNT et se sont engagés à mettre en place les politiques et les mesures qui s'imposent, notamment en réduisant l’exposition de la population aux facteurs de risques et en renforçant les structures de prise en charge.  

L’OMS propose d’augmenter les taxes sur les produits à base de tabac et les boissons alcoolisées, d’imposer des paquets neutres voire d’interdire totalement les paquets qui visent à séduire le consommateur, et de faire appliquer les interdictions sur la publicité pour l’alcool.  

Concernant l’alimentation, il est proposé d’inciter les entreprises agroalimentaires à mettre moins de sel dans leurs produits, et d’imposer une taxe sur les boissons sucrées, l’une des principales causes de l’épidémie mondiale d’obésité et de diabète.  

Les systèmes de santé peuvent également fournir des traitements médicaux indispensables et assurer le suivi des personnes victimes d'une crise cardiaque ou d'un infarctus, et celui des personnes à haut risque. D'autres mesures dont l'efficacité a été prouvée peuvent être mises en place telle que la vaccination contre le papillomavirus humain qui assure la prévention de pratiquement tous les types de cancer du col de l’utérus, qui tue de nombreuses femmes chaque année en Afrique. 

Selon le Dr Chestnov, des progrès ont été réalisés : 60% des pays dans le monde se sont fixés des objectifs pour lutter contre les MNT tandis que 92% ont intégré des mesures à leur plan de santé publique. D’autres tentent d’instaurer une taxe sur les produits à base de tabac pour financer les dépenses de santé. 

Afin de prévenir et de contrôler ces maladies de façon simple et efficace, les individus doivent adopter un mode de vie sain grâce à une alimentation variée (beaucoup de fruits et légumes, moins de sucre, de sel et de graisses), éviter le tabac et l'alcool et pratiquer une activité physique. 

Sans action immédiate, l'épidémie de MNT sera un lourd fardeau pour des systèmes de santé déjà saturés et un problème majeur pour le développement de l'Afrique. 

 Plus l'épidémie de MNT se répandra, plus les besoins des systèmes de santé seront importants. Comme il est peu probable que le taux de croissance économique augmente à la même vitesse que les MNT, seules les mesures préventives pourront permettre d'éviter le seuil critique.   

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