Atteindre les régions éloignées

Avril - juillet 2019

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Atteindre les régions éloignées

Des dispensaires mobiles permettent d’atteindre les populations rurales
Afrique Renouveau: 
Health workers attend to patients at a camel mobile clinic in Samburu, Kenya. Photo credit: CHAT
Des professionnels de santé assistent des patients dans une clinique mobile par chameau à Samburu, au Kenya. Photo credit: CHAT

Le dromadaire est connu pour sa résistance. Transporter des charges lourdes sur 160 km dans la chaleur du désert avec très peu d'eau à boire n'est pas une petite affaire mais ce « vaisseau  du désert » est tout à fait à son aise  dans un tel environnement. Il possède d’épais coussinets qui lui permettent de facilement négocier les sables mouvants et les chemins rocailleux ; ses membres allongés maintiennent son corps loin de la chaleur de surface ; ses narines qui se ferment le protègent du sable ; tandis que ses sourcils touffus et ses cils épais protègent efficacement ses yeux.

Au Kenya, les caractéristiques adaptatives et les  qualités physiques du dromadaire se sont révélés d’une grande utilité et ont fait de lui  un système de transport original qui permet de convoyer le matériel et le personnel médical jusqu’aux villages les plus éloignés de certaines communautés mal desservies.

Chez le voisin ougandais, ce sont les motocyclettes qui constituent le moyen de transport alternatif privilégié  pour l’acheminement des soins aux zones les plus reculées. Au Malawi enfin, c’est un outil technologique, le téléphone portable, qui est utilisé pour lutter contre la mortalité maternelle.

à dos de dromadaire

Dans le comté de Samburu au Kenya, où les conditions climatiques sont dures et où plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté sans système  sanitairesatisfaisant, beaucoup de femmes meurent en couches ou de maladies pouvant  être  soignées, comme le paludisme, la diarrhée, le tétanos, les maladies véhiculées par l’eau, ou encore les infections oculaires ou de la peau.

Pour atteindre les habitants de cette région éloignée, qui se trouve à plus de 300 km au nord de la capitale, Nairobi, les dispensaires  mobiles se déplaçant à dos de dromadaire circulent désormais sur ce vaste territoire de brousse épineuse et de savane semi-aride. Ces dispensaires ont été salués comme l'un des moyens les plus innovants  et les plus durables d'atteindre les communautés locales dans les régions éloignées.  Ils constituent une initiative du Communities Health Africa Trust (CHAT), une organisation non gouvernementale créée il y a 16 ans par Shanni Wreford-Smith. Ils ont été lancés six ans après la création de CHAT et ciblent les communautés semi-nomades qui se déplacent d'un endroit à l'autre à la recherche d’eau et de pâturages.

Selon Shanni Wreford-Smith, un dispensaire  mobile se compose de 7 à 10 dromadaires et d’une équipe constituée de travailleurs médicaux et de chameliers. Le groupe compte également deux conseillers en planning familial et en VIH.

« Une journée type  pour nos dispensaires consiste à se lever tôt pour emballer puis charger l'équipement médical sur les dromadaires et commencer le voyage avant que le soleil ne soit trop chaud. L'équipe marche au rythme des animaux lourdement chargés. Parfois, une distance de 25 km peut prendre une journée entière à couvrir. Parfois cela nous prend entre deux à six heures», explique Mme Wreford-Smith à Afrique Renouveau.

Une fois arrivé à destination, le convoi installe sa tente près d'une grande manyatta (la résidence  traditionnelle d'une famille ou d'un clan) pour deux à trois jours, tandis que les membres de l'équipe font du porte-à-porte. Le dispensaire offre ses services à 30 à 80 personnes en moyenne, selon la taille de la manyatta, puis  passe au groupe suivant. Il  fournit des services de santé de base et offre une approche  globale du planning familial , « qui intègre une forte composante de sensibilisation aux questions écologiques ».

«Nous ciblons les communautés qui ont le plus besoin de services de santé pour lutter contre des maladies courantes comme le paludisme et la diarrhée », explique Violet Otieno, travailleuse sociale et chef de projet au CHAT. Les dispensaires  offrent  également des tests de dépistage du VIH/sida et des  conseils  et renvoient vers des spécialistes pour les traitements antirétroviraux.

Les dispensaires se déplaçant à dos de dromadaire sont financés par des donateurs, ce qui limite le nombre de voyages qu'ils effectuent à quatre tournées par an. Chaque tournée peut prendre jusqu'à deux semaines. L'équipe s'est familiarisée avec les risques du voyage, comme la déshydratation, les attaques d'animaux  sauvages ou encore les risques liés à la présence de clans en guerre. Depuis dix ans que les dispensaires  existent, quatre dromadaires seulement ont péri des suites de maladies.

« Ce qu'il y a de bien, c'est que les dromadaires nous permettent d'aller là où les véhicules ne peuvent aller », poursuit Violet Otieno, en ajoutant que le CHAT étend désormais son service de dispensaires  mobiles aux communautés marginalisées d'autres comtés, notamment dans les régions arides et semi-arides d'Isiolo, de Marsabit, de Molo et de Kitui.

À Samburu, comme dans d'autres régions du nord du Kenya, vastes et inaccessibles à cause des routes quasi infranchissables, les habitants sont obligés de marcher plusieurs heures pour obtenir des soins médicaux d'urgence. Les dispensaires  mobiles se déplaçant à dos de dromadaire sont donc le moyen le plus commode de fournir des services de santé.

Dans un village de Samburu, Jeremiah Samana, 34 ans, lutte pour retenir ses larmes en racontant comment il a perdu sa femme alors qu'elle donnait naissance à leur troisième enfant. « Aujourd'hui [avec les dispensaires  mobiles], elle serait vivante», explique-t-il à Afrique Renouveau .

Jeremiah regarde les dromadaires chargés de médicaments passer devant sa manyatta pour aller soigner ses voisins et se dit reconnaissant. Si ces dromadaires sont arrivés trop tard pour sa femme, lui et ses enfants  au moins seront bénéficiaires des services offerts par la caravane.

« Ambulances motocyclettes »

Les services de santé sont difficiles à trouver à Turkana, le plus grand comté du Kenya. Du fait de la pénurie de  personnel de santé, il n'y a qu'un médecin pour environ 50 000 personnes. Le nouveau gouvernement du comté a donc conçu des moyens de rapprocher les services de santé de la population  de ce vaste comté rural.

« Nous utilisons des motocyclettes ambulances pour atteindre nos populations dans les sept sous-régions du comté. Depuis l'introduction de cette mesure innovante, de nombreuses personnes accèdent plus facilement aux services de santé », explique   Jane Ajele, la ministre de la santé du comté, à Afrique Renouveau .

Six ambulances-motocyclettes du ministère desservent les sous-régions. La demande de services est élevée et Jane Ajele affirme que le ministère compte augmenter leur nombre d'ici la fin de cette année.

« Ces ''ambulances'' arrivent à négocier des routes autrement infranchissables, explique-t-elle, et cela permet de sauver des vies. En plus de transporter des médicaments, elles transportent aussi les femmes en travail vers le centre de santé le plus proche ».

De même, le comté de Tana River s'est doté de quatre ambulances-motocyclettes pour Biressa, Dende, Wayu-Boro et Tawakal, quatre villages isolés où  le nombre de décès maternels est parmi les plus élevés du pays.

Ambulances de village 

Depuis le mois de juin dernier, l'Ouganda utilise lui aussi des ambulances motocyclettes pour soigner les habitants de la région rurale de l'ouest du pays.

Communément appelées « ambulances de village », ces motocyclettes à trois roues apportent médicaments, matériel médical et l'information aux patients des villages les plus éloignés. Avant l'introduction de ce système, les agents  de santé communautaires utilisaient des civières improvisées ou transportaient les malades sur leur dos jusqu'au centre de santé le plus proche. Nombreux sont les patients qui ne survivaient  pas  au voyage, long et ardu. « Les ambulances de village permettent de sauver de nombreuses  vies » a ainsi raconté en septembre dernier Swizen Kisembe, un travailleur de santé, à la South African Broadcasting Corporation. Elles sont également moins chères et au final plus sûres que les ambulances traditionnelles.

Au Malawi, l’e-innovation

Les « centres de santé téléphoniques » du Malawi sont une nouvelle façon d'offrir, grâce aux SMS, des services de santé essentiels aux personnes qui vivent en milieu rural.

Un téléphone portable de base se transforme en dispensaire qui permet au  patient d'obtenir  d'un médecin toutes les informations dont il a besoin, sans avoir à se déplacer. Le service de messagerie textuelle donne également des conseils et des rappels sur la prise de médicaments et facilite le contact entre patients et prestataires de  soins, à tout moment de la journée.

Le système s'est avéré utile notamment pour les femmes enceintes, qui obtiennent ainsi toute l'information dont elles ont besoin, avant et après la naissance. Certains de ces messages encouragent l'utilisation de moustiquaires pour lutter contre le paludisme, d'autres donnent des conseils pour empêcher la transmission du VIH de la mère à l'enfant et améliorer les soins de santé.

La ligne gratuite, soutenue par la compagnie de téléphonie mobile Airtel, a permis d'aider plus de 500 000 mères et enfants. Le gouvernement du Malawi, qui vise  à réduire la mortalité maternelle, a approuvé cette mesure innovante .   

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    Current Issue: Avril 2019 - Juillet 2019

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    Les défenseurs de l’autonomisation des femmes en Afrique font entendre leur voix, avec le soutien d’organisations internationales telles que les Nations Unies et l’Union Africaine. Dans ce numéro, nous identifions les nombreux obstacles rencontrés par les femmes et soulignons les avantages que les pays tirent de l’émancipation des femmes.

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