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Vers un marché africain unique

Août - Novembre 2019

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Vers un marché africain unique

Un nouvel accord tripartite de libre échange EAC-COMESA-SADC
Afrique Renouveau: 
A factory in South Africa. AMO/ Graeme Williams
Une usine en Afrique du Sud. Photo: AMO/ Graeme Williams

Depuis plusieurs années, des experts des trois plus grands blocs commerciaux en Afrique -la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’est (EAC) et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) – étaient engagés dans des négociations intenses sur un accord de libre-échange dont l’objectif est de créer un marché unique et libéralisé. Les pourparlers ont finalement porté des fruits le 10 juin 2015, à travers la signature par 26 pays africains d’un accord tripartite de libre-échange (TFTA) au Caire, en Egypte.

En vertu de cet accord, tous les 26 pays, dont le produit intérieur brut (PIB) combiné s’élève à environ 1,3 milliards de dollars pour une population de 565 millions, fusionneront en un marché commun afin d’éliminer les lignes tarifaires et les barrières commerciales. Les pays membres bénéficieront d’un commerce intra-régional libéralisé, ce qui devrait stimuler la circulation des biens et services. Une fois mise en œuvre, la zone de libre-échange représentera environ la moitié du PIB de l’Afrique, la moitié de la population totale du continent et couvrira une superficie totale de 17 millions de kilomètres carrés, presque la taille de la Russie.

Cependant, à l’heure actuelle, seules trois des huit communautés économiques régionales que compte l’Afrique ont intégré le TFTA. Parmi les blocs économiques n’y participant pas, pour des raisons politiques et économiques, on retrouve l’Union du Maghreb arabe, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Autorité intergouvernementale pour le développement, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale et la Communauté des États sahélo-sahariens. Le Traité d’Abuja de 1995, signé par 51 pays africains, prescrit à toutes les communautés économiques régionales l’adhésion d’ici 2017, en prévision d’une Communauté économique africaine d’ici 2028.

Dans une interview accordée à Afrique Renouveau, Sindiso Ndema Ngwenya, Secrétaire général du COMESA, affirme que « les conditions [de formation du TFTA] n’ont jamais été aussi bonnes». « Nous avons amélioré la gouvernance, et le fait même que nous ayons résisté à la crise financière mondiale de 2008 atteste de la solidité de nos politiques macroéconomiques.

Selon Jason Kapkirwok, Directeur principal de TradeMark East Africa, une société à but non lucratif qui appuie le développement du commerce en Afrique de l’Est « la zone de libre échange offre de multiples avantages comme l’accroissement des économies d’échelle [avantages de coûts pouvant être tirés de la taille d’un marché et de la production] grâce à l’intégration, l’augmentation de la demande pour les produits et services de la région et une meilleure attractivité pour les investissements étrangers. Ce qui en retour favorise la création de plus d’emplois et le transfert
de technologie. »

Les échanges commerciaux entre pays africains, en pourcentage du total des échanges du continent ont oscillé autour de 10-12% pendant des décennies, mais certains analystes estiment que le chiffre réel est beaucoup plus élevé que cela, car une grande partie du commerce du continent s’effectue dans l’informel et parfois à travers des frontières poreuses sans aucune traçabilité. La proportion en Europe et en Asie est en revanche proche de 60%.

Chefs de file de la tripartite

L’Afrique du Sud et l’Egypte, deux des plus grandes économies d’Afrique en termes de production et de services, sont les principales forces motrices du TFTA, suivies par le Kenya et l’Ile Maurice. L’Angola, le Mozambique, la République démocratique du Congo et l’Ethiopie pourraient également jouer un rôle clé dans la promotion de l’économie de la région en absorbant une part importante des exportations tout en fournissant des intrants moins chers tels que l’électricité, le pétrole, le gaz et d’autres matières premières.

Même si les plus grandes économies profiteront de l’opportunité qu’offre un marché élargi et libéralisé, les économies les moins avancées pourraient elles aussi tirer leur épingle du jeu. Par exemple, les pays de l’EAC tels que le Kenya et l’Ouganda, disposent de l’union douanière la plus avancée, qu’ils seront appelés à déployer afin d’augmenter le rythme et l’ampleur de l’intégration.

Les experts mettent cependant en garde contre des attentes démesurées vis-à-vis du TFTA en raison des pesanteurs existantes qui pourraient ralentir sa mise en œuvre. Par exemple, le faible niveau actuel du commerce intra-régional en Afrique pourrait entraver les tentatives d’augmenter le volume des échanges au sein du marché unique. En outre, certains pays connaissent des situations d’adhésions multiples à des blocs économiques régionaux, entraînant l’adoption de politiques commerciales nationales incohérentes. Par ailleurs, les Etats membres sont à des stades de développement socioéconomique différents, en particulier dans les secteurs de l’industrie, des infrastructures et de l’énergie, ce qui pourrait empêcher certains pays de mettre en œuvre l’accord au même rythme que les autres.

Plus encore, les économies membres de cet Accord et de bien d’autres sont dominées par la production agricole; la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement fait observer à cet effet que « l’étroitesse de la production et des structures d’exportation africaines ainsi que la dépendance aux matières premières constituent des facteurs défavorables à la relance du commerce intra-régional en Afrique. »

L’ouverture du commerce avec un pays ayant des caractéristiques économiques très différentes produit des résultats prévisibles - toutefois, pour les agriculteurs africains, l’ouverture du commerce avec leurs voisins agriculteurs peut s’avérer complexe. Lorsque l’on prend en compte l’augmentation des échanges commerciaux entre deux pays africains à dominance agricole, il n’est pas aisé de déterminer quel pays aura l’avantage comparatif - cette incertitude est de nature à retarder l’intégration économique régionale.

Certains analystes pointent également du doigt le manque de volonté politique de certains pays à mettre en œuvre l’Accord TFTA. Déjà, tous les pays participants ne l’ont pas encore ratifié, bien qu’ils aient jusqu’à la fin de l’année pour le faire. Même l’Afrique du Sud, l’un des pays les plus influents de la zone, avec le Botswana, le Lesotho, le Mozambique et la Zambie, doivent encore signer l’Accord, qui devrait être ratifié par les deux tiers des pays participants avant son entrée en vigueur prévue en janvier 2016.

Même si les deux tiers des pays ne ratifient pas l’Accord, affirme M. Ngwenya du COMESA, le processus suivra son cours. « Au cas où tous les 26 pays ne signent pas la tripartite, nous utiliserons le principe de géométrie variable pour ce qui est de la mise en œuvre, car ceux qui sont prêts doivent avancer. Si nous permettons à un ou deux pays qui ne sont pas prêts de retarder le processus, nous n’avancerons jamais. » Selon le principe de géométrie variable les membres d’un même régime d’intégration doivent se montrer assez flexibles pour évoluer à des vitesses différentes dans le souci d’avancer.

Un autre point d’achoppement majeur pour de nombreux pays encore indécis concerne l’élimination dans le TFTA des taxes commerciales, qui pourtant constituent des sources importantes de recettes nationales. Le TFTA prescrit à tous les pays l’ouverture de leurs marchés aux importations en franchise de droits, ce qui pourrait entraîner une perte substantielle de revenus. A ce sujet, l’Accord prévoit une réduction progressive des droits de douane, en particulier la libéralisation immédiate de seulement 63% des lignes tarifaires, pour remédier à ces pertes de revenus.

D’une manière générale, le TFTA présente beaucoup d’éléments attractifs. En harmonisant les politiques commerciales, la circulation des hommes d’affaires et en promouvant le développement industriel et infrastructurel, l’Accord permettra l’élargissement du marché des biens et services et un commerce intra-régional plus important. M. Kapkirwok espère que toutes les formes de barrières commerciales telles que les restrictions à l’importation et à l’exportation finiront par être éliminées.

L’Afrique dans le commerce international

Même si le TFTA parvient à atteindre son objectif d’un marché unique élargi à tous les pays de la zone, l’Afrique doit être plus présente dans le commerce international, affirme M. Kapkirwok. L’Afrique doit mettre en œuvre des politiques macroéconomiques prudentes et des réformes réglementaires. Les pays africains doivent adopter la bonne gouvernance et créer des institutions compétentes.

Toujours selon M. Kapkirwok, actuellement l’énorme déficit infrastructurel entrave le commerce et le développement, et souligne la nécessité pour l’Afrique de bien comprendre les marchés internationaux, afin de bâtir des programmes plus solides à même de faciliter le commerce et les services à travers toutes les communautés économiques régionales.

Dans l’ensemble, l’espoir ultime est que le succès du TFTA permettra la réalisation de l’une des ambitions de l’Afrique - la mise en place d’un marché unique.   

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