Partenariats pour l’Afrique : quels bilans ?

Avril - juillet 2019

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Partenariats pour l’Afrique : quels bilans ?

OMD 8 : Partenariat mondial pour le développement
Par: 
Afrique Renouveau: 
Together in a stronger partnership. Photo: UNDP
Ensemble plus fort. Photo: PNUD

Un nouveau vaccin contre le virus Ebola, un drone géant capable de connecter  à Internet les régions pauvres et enclavées... Ces deux projets, annoncés quelques mois avant l’expiration des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), sont une illustration des initiatives du Partenariat mondial pour le développement. Dans le même temps, cet effort de partenariat mené depuis 15 ans  a été marqué par de nombreuses frustrations.  

Les premiers résultats d’un vaccin développé par deux entreprises pharmaceutiques et testé sur le terrain par l’Organisation mondiale de la Santé et Médecins sans frontières, , semblent indiquer que la lutte contre Ebola touche à sa fin. Mais rien n’est encore gagné.

Les efforts de lutte contre le virus Ebola étaient quasi-inexistants avant l’épidémie qui a touché trois pays d’Afrique de l’ouest. Le nombre de décès dus au virus, qui ne dépassait jamais les centaines, et l’absence d’un marché garantissant de véritables débouchés freinaient la recherche et le développement. Des essais cliniques visant à  tester plusieurs types de vaccins sont actuellement en cours. 

Pour ce qui concerne le projet Internet, Facebook,, a racheté Ascenta et Titan Aerospace, qui fabriquent des drones de haute altitude fonctionnant à l’énergie solaire : l’envergure des appareils est similaire à celle d’un Boeing 737 et leur poids est égal à celui d’une voiture. Ce projet vise à permettre l’accès à Internet dans les zones où cet accès relève pour l’instant du pur fantasme. Il illustre ce que l’Objectif 8 peut accomplir dans le domaine des nouvelles technologies (et plus particulièrement celles de l’information et de la communication) quand le secteur privé décide de s’en emparer.

La vitesse à laquelle le téléphone portable se répand en Afrique est bien connue. Cette expansion a été facilitée par la politique d’ouverture des gouvernements et par l’ingéniosité du secteur privé, notamment celle des entreprises africaines. L’impact de cette révolution technologique n’est un secret pour personne : accroissement du partage du savoir, soutien aux petites entreprises et aux agriculteurs.    

Pour autant, selon l’Union internationale des télécommunications, à peine plus de 20% des Africains avaient accès à Internet à la fin 2015. Ce chiffre doit par ailleurs être nuancé selon les pays. D’aprè les informations fournies par Internet World Stats par exemple, le Nigéria faisait partie des 10 premiers pays au monde pour l’accès à Internet en 2015, avec un taux de pénétration de 92%. La Tunisie, elle, figurait en bas du tableau avec seulement 5,2%. Le prix moyen annuel du haut débit classique dans 20 pays d’Afrique dépassait aussi 50% du revenu personnel moyen en 2013. La plupart de ces pays se trouvaient en Afrique subsaharienne.

Des progrès importants ont été faits dans le cadre de l’Objectif 8 concernant l’accès aux médicaments essentiels dans les pays en développement, en coopération avec les entreprises pharmaceutiques. Mais la croissance dans ce domaine dépend de nombreux facteurs liés au marché : l’innovation et la concurrence les perspectives commerciales que peuvent assurer les pays donateurs, les institutions multilatérales et les partenariats multisectoriels le bon vouloir des entreprises et le soutien aux entreprises des pays où les coûts sont moindres et les consommateurs plus proches des lieux de production.

Selon le rapport 2015 du Groupe de réflexion sur le retard pris dans la réalisation des OMD, la réduction des coûts des médicaments (hors vaccins) diffère selon les maladies. Dans certains cas, cette réduction des coûts s’est avérée spectaculaire. Quand les OMD ont vu le jour en 2000, le coût annuel des antirétroviraux, qui permettent de lutter contre le VIH, s’élevait à 10 000 dollars des États-Unis et moins d’un million d’Africains bénéficiaient d’un traitement. Grâce aux efforts de partenariat (ceux d’ONUSIDA notamment), une coalition de lutte contre le sida regroupant 10 agences de l’ONU a réussi, en contestant par la voie judiciaire les droits de propriété intellectuelle et de licence, à ramener ce coût à 100 dollars. 

Selon un rapport récent du PNUD, la possibilité d’accéder à ces médicaments essentiels reste faible dans les pays en développement. Les données collectées grâce à 26 études menées entre 2007 et 2014 sur la disponibilité et les prix des médicaments dans un échantillon de pays à faible ou moyen revenu ont montré que l’accès aux médicaments génériques était de 58,1% dans les établissements du secteur public et de 66,6% dans les établissements du secteur privé.

Des efforts ont toutefois  été réalisés en vue de  faciliter l’accès aux traitements, en particulier pour les maladies comme le VIH, la tuberculose et le paludisme, grâce à un afflux de financements aux niveaux national et international. Le Fonds mondial est un exemple éclatant de ce qui peut se faire dans ce domaine.

Notons cependant que là aussi, les résultats diffèrent d’un pays à l’autre. Au Mali par exemple, une réduction de 50% du coût des antirétroviraux équivaut à une baisse de 45 000 FCFA par mois (soit 88 dollars des États-Unis). Toutefois, leur coût étant supérieur au revenu moyen mensuel d’un ménage, les antirétroviraux restent inaccessibles pour 90% de la population malienne infectée.

Commerce, finance et dette

Depuis  des années, le commerce est  la clef de la richesse, il  ouvre la voie aux  nouvelles technologies et aux idées novatrices. De toute évidence le système favorisait les pays les plus riches. La cible prioritaire de l’Objectif 8 était donc de « poursuivre la mise en place d’un système commercial et financier ouvert, réglementé, prévisible et non discriminatoire ». La création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1996 a permis de remplacer l’accord commercial qui l’avait précédé – l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce – par des règles et directives plus larges régissant les relations commerciales. En 2000, les États-Unis ont adopté l’African Growth and Opportunity Act (loi sur la croissance et les possibilités économiques de l’Afrique) pour ouvrir le marché américain aux produits africains. Selon le rapport des Nations Unies de 2015 sur les OMD, parmi tous les pays en développement, ce sont ceux d’Afrique subsaharienne qui disposaient en 2014 de la première marge commerciale préférentielle dans le secteur de l’habillement.

Les mesures protectionnistes continuent pourtant de s’appliquer, que ce soit sous la forme des normes anormalement élevées qui régissent  les importations en provenance de pays pauvres ou encore les subventions agricoles des pays riches, qui constituent des obstacles de taille pour les agriculteurs africains désireux d’exporter leurs produits.

En 2000, les pays en développement bénéficiaient d’une franchise de droits vers les pays développés pour 65% seulement de leurs exportations (hors armement). En 2014, ce chiffre s’élevait à 79%. Sur la même période, les importations en franchise de droits des pays les moins avancés sont passées de 70% à 84% selon le PNUD.

Mais les exportations de marchandises des pays les moins avancés n’ont représenté que 1,17% du commerce mondial en 2013. Le rapport juge nécessaire que les pays développés continuent à éliminer leurs barrières commerciales, et appelle au règlement des questions encore en suspens du cycle de Doha.

L’Objectif 8 aspirait aussi à libérer les pays du fardeau écrasant de leur dette. Une initiative ciblant les pays pauvres très endettés, menée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, a permis d’alléger la dette de 36 des 39 pays pauvres les plus endettés, dont 30 sont africains, afin de réduire la pression financière qui leur était imposée. Au total, les réductions de dettes ont atteint 76 milliards de dollars des États-Unis.

Seuls trois pays – l’Érythrée, la Somalie et le Soudan – ne se sont toujours pas  engagés dans un processus d’allégement  de leur dette. Le ratio dette extérieure-produit intérieur brut (PIB) des pays en développement a globalement diminué au cours de la dernière décennie, mais il a augmenté dans certains  pays ces dernières années.

Cependant, plusieurs pays en développement, notamment des petits pays, continuent d’avoir certains des ratios dette-PIB les plus élevés au monde et leurs problèmes économiques méritent une attention particulière.

L’effet du partenariat

Comme le souligne cette analyse des OMD, l’Objectif 8 parlait de partenariat et constituait lui-même un partenariat, notamment un partenariat Nord-Sud et public-privé. 

L’augmentation de l’aide publique au développement (APD) pour les pays qui s’engagent à réduire la pauvreté fait aussi partie de la liste des objectifs à atteindre. L’APD destinée au continent africain a progressé entre 2000 et 2013 pour passer de moins de 20 milliards de dollars à 56 milliards. Cette progression aurait pu paraître utopique en 2000, mais elle est bien en deçà des promesses faites en dehors du cadre fixé par les OMD.

À l’OMC, Abdel-Hamid Mamdouh souligne qu’un des problèmes du partenariat mondial est la faiblesse des régimes de régulation en Afrique. 

« Ces pays sont rapidement passés d’économies centralisées à des systèmes qui s’appuient sur le marché, nous confie-t-il. Mais ils n’ont pas compris que la libéralisation allait de pair avec la régulation, qui permet d’offrir des orientations parce que le gouvernement n’assume plus à lui seul toutes les fonctions économiques. »

L’effet des règles de gouvernance, bonnes ou mauvaises, est visible dans des domaines aussi variés que le commerce, l’investissement ou la capacité de production.   


À la mémoire de Timothy Wall

26 janvier 1950 – 4 Novembre 2015

Timothy Wall, qui était depuis longtemps fonctionnaire de l’information aux Nations Unies et qui a régulièrement collaboré à </span><em style="line-height:1.6">Afrique Renouveau<span style="line-height:1.6"> sur les questions de développement économique est décédé le 4 novembre dernier à la grande tristesse de tous ceux dont il était proche, y compris ses collègues des Nations Unies. Tim laisse derrière lui une femme et un fils. Il avait rendu cet article peu après le Sommet sur le développement durable en septembre dernier.  Qu’il repose en paix.

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