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Les lauréats du Prix Mandela honorés

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Les lauréats du Prix Mandela honorés

Un ancien Président portugais et une ophtalmologue namibienne sont primés pour leur service public exceptionnel
Afrique Renouveau: 
Par: 
The two laureates, Helena Ndume of Namibia and Jorge Fernando Branco Sampaio of Portugal. Photo: UN/Rick Bajornas
Photo: UN/Rick Bajornas
Les deux lauréats : Helena Ndume de la Namibie et Jorge Fernando Branco Sampaio du Portugal. Photo: ONU/Rick Bajornas

Quand un petit jardin potager a été planté cet été tout près du siège des Nations Unies à New York, il ne s’agissait pas simplement d’un effort de décoration de la part d’un jardinier à la main verte. C’était là l’une des nombreuses activités entreprises dans le cadre de la campagne mondiale « Agissez, incarnez le changement » inspirée par l’ancien président sud-africain, le défunt Nelson Mandela. Au sein de l’ONU, l’héritage laissé par Mandela a également été reconnu lorsque le Président de l’Assemblée générale de cette organisation, Sam Kutesa, a annoncé les lauréats de la première édition du Prix Nelson Rolihlahla Mandela. Prenant la parole dans le cadre d’une réunion informelle de cette organisation forte de 193 membres, M. Kutesa a nommé le docteur Helena Ndume, ophtalmologue namibienne, et Jorge Sampaio, ancien Président portugais, premiers lauréats de ce prix.

Le Prix, a déclaré M. Kutesa, récompense les réalisations remarquables de deux personnes éminentes qui ont consacré leur vie au service de l’humanité, et notamment à la promotion de la réconciliation, de la cohésion sociale et du développement communautaire.

Dans un entretien accordé à Afrique Renouveau, le Président Sampaio a qualifié cette distinction de «  surprise fantastique. » De même, le Dr Ndume affirme qu’elle n’en a pas cru ses yeux quand la nouvelle lui a été transmise par courrier électronique.

Ces deux lauréats ont été choisis parmi près de 200 candidats par des organismes tiers qui ont estimé que leur engagement pour la santé communautaire (dans le cas du Dr Ndume) et le changement social (dans le cas de M. Sampaio) cadraient avec l’idéal du service à la communauté auquel l’ancien Président sud-africain a consacré la majeure partie de sa vie. 

M. Sampaio a commencé son militantisme à la faculté de droit. Élu chef du mouvement étudiant de la Faculté de droit de Lisbonne, il s’est imposé comme le chef de file dans la lutte pour la restauration de la démocratie au Portugal. À cette époque, le régime était dictatorial et se caractérisait par l’absence de liberté de la presse et de partis politiques. Lorsque la Révolution des œillets de 1974 a renversé le régime dictatorial, M. Sampaio a abandonné la pratique du droit qui lui avait permis de défendre des prisonniers politiques, et est entré en politique. Ceci a marqué le début d’un parcours  qui allait le mener à la présidence deux décennies plus tard.

M. Sampaio a quitté la présidence en 2006, après avoir facilité la rétrocession de Macao — dernière colonie portugaise en Asie — à la Chine et promu activement l’indépendance du Timor oriental. 

En sa qualité de premier Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la lutte contre  la tuberculose entre 2006 et 2012, M. Sampaio a contribué à appeler l’attention de la communauté internationale sur l’ampleur de la maladie et son impact sur la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. En tant que Haut Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations de 2007 à 2013, il a créé au sein de l’ONU une instance essentielle en faveur du dialogue et de la coopération contre la haine et la violence, et encouragé les initiatives communes aux niveaux local, national et régional afin de relever les défis engendrés par la diversité culturelle à l’échelle mondiale. Récemment, M. Sampaio est intervenu principalement dans deux domaines : en tant que membre de la Commission globale de  politique en matière de drogues, il a préconisé  des réformes majeures des politiques de lutte contre la drogue dans le monde entier. Il a également lancé la Plate-forme mondiale pour les étudiants syriens, une initiative multipartite qui octroie des bourses d’urgence aux étudiants syriens et leur permet ainsi de reprendre leurs études universitaires.

Quant au docteur Ndume qui se qualifie de «  chirurgien comme les autres », elle a permis à plus de 30.000 Namibiens de bénéficier gratuitement d’une chirurgie oculaire et de recevoir des implants intraoculaires, les  guérissant ainsi de leur  cécité, leur cataracte ou leur myopie. Ses patients la considèrent comme  un « docteur miracle » pour leur avoir rendu la vue.

Après avoir fui l’apartheid en Namibie, le docteur Ndume a grandi dans des camps de réfugiés en Zambie et en Angola. Elle rêvait d’une carrière dans l’industrie de la mode, mais s’est  rendu compte, quand elle était sur le point de faire un choix de carrière, que la Namibie indépendante aurait plutôt besoin de  personnes hautement qualifiées comme des ingénieurs et des médecins que de créateurs de mode. 

« Le Secrétaire à l’Éducation de la SWAPO [Organisation du peuple du Sud-Ouest africain, le mouvement de libération de la Namibie] dans notre camp de réfugiés m’a dit : «  Pas question ! » « Nous n’avons pas besoin de créateurs de mode dans une Namibie indépendante », a-t-elle rappelé dans un entretien accordé à Afrique Renouveau. « Nous avons besoin de médecins, et je voudrais que vous deveniez médecin. » 

Après avoir obtenu son diplôme de médecine en Allemagne, le Dr Ndume retourna en Namibie devenue indépendante. « Un médecin présent dans le camp de réfugiés et qui avait été comme une mère pour moi durant la lutte pour la libération me conseilla de faire des études d’ophtalmologie parce que j’avais de petites mains. Je suis donc retournée en Allemagne pour étudier  l’ophtalmologie, même si ce n’était pas vraiment ce que je voulais. Mais aujourd’hui, quand j’y repense, je me dis, « Heureusement que  des anges m’ont montré la voie et permis de donner  aux pauvres en retour. » 

Le mari du Dr Ndume, le Dr Solomon Guramatunhu, également spécialiste de la vue, a joué un rôle déterminant en lui faisant connaître  l’organisation américaine Surgical Eye Expeditions  (SEE). En 1995, alors qu’elle assistait à une conférence médicale aux États-Unis, elle a visité le stand de SEE et s’est inscrite pour rejoindre les quelque 600 chirurgiens ophtalmologiques bénévoles que compte l’organisation. Elle n’a pas tardé à organiser des camps de traitement ophtalmologique en Namibie. C’est ainsi que plusieurs bénévoles issus de groupes comme SEE et Seeing Without Borders se rendent chaque année en Namibie, pour y mettre leurs compétences au service des plus démunis et leur offrir des soins ophtalmologiques.  

Ces camps de soins ont rencontré un tel succès  en Namibie que le  Dr Ndume a décidé d’élargir  son projet à l’Angola voisin. Elle est actuellement Chef du service d’ophtalmologie à l’Hôpital central de Windhoek et a reçu de nombreuses distinctions internationales.

« J’ai participé aux affaires politiques internationales parce que je crois en la diplomatie, en la coopération et au multilatéralisme », a déclaré le président Sampaio à propos de l’importance qu’il attachait à ce prix il a ajouté qu’il voulait partager son prix avec tous ceux qui s’efforcent modestement et, sans aucune publicité, de tenir des promesses et d’améliorer les conditions de vie des pauvres et des marginalisés.  

Le Dr Ndume pourrait constituer un exemple de personne travaillant dans des conditions modestes, étant donné qu’elle fait équipe avec des organisations internationales afin de restaurer gratuitement la vue  de milliers d’Africains atteints de cataracte.  « Nous devons donner en retour aux communautés en hommage aux personnes qui nous ont permis d’être là où nous sommes aujourd’hui, explique-t-elle. D’ailleurs, poursuit-elle, la joie d’un ancien aveugle qui retrouve la vue  n’a pas de prix. »    

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