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Financement du programme de développement de l’Afrique

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Financement du programme de développement de l’Afrique

— Carlos Lopes
Jocelyne Sambira
Afrique Renouveau: 
Carlos Lopes, Executive Secretary of the Economic Commission for Africa. Photo: Africa Renewal/Bo Li
Photo: Africa Renewal/Bo Li
Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique. Photo: PhotoONU/Eskinder Debebe
Les Objectifs de développement durable (ODD) viendront s’ajouter aux objectifs du Millénaire pour le développement, qui sont arrivés à terme après leur lancement en 2000 et qui visaient à mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici à 2015. Que représentent les ODD pour les pays d’Afrique ? Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a échangé avec les représentants d’Afrique Renouveau, Jocelyne Sambira à Addis-Abeba, et Kingsley Ighobor à New York.

Afrique Renouveau : L’Afrique aurait fait des progrès concernant un certain nombre de cibles des OMD mais n’en aurait pas atteint d’autres comparativement à l’Amérique latine ou l’Asie. Que peuvent attendre les Africains des nouveaux objectifs ? 

Carlos Lopes : L’important c’est de ne pas penser que les ODD constituent un programme pour l’Afrique uniquement. Les ODD sont une plate-forme mondiale à laquelle tout le monde doit contribuer. Cependant, de nombreuses régions telles que l’Union européenne ne vont pas attendre les ODD pour définir leur stratégie de développement. Les Africains ne doivent  pas non plus attendre les ODD pour définir leur stratégie particulière — il  leur faut leur propre stratégie il s’agit de l’Agenda 2063 qui définit leurs aspirations et leur vision à long terme et qui est en cours d’élaboration depuis trois ans. Actuellement, nous disposons d’un plan de développement décennal cadrant avec ces « ambitions », qui permettra d’aborder tous les différents accords que les Africains ont signés sur les infrastructures, l’agriculture, l’industrialisation, la santé et l’éducation. Les objectifs de l’Afrique ne sont pas contraires aux ODD. Nos objectifs sont précis et davantage axés sur les politiques de transformation qui peuvent faire avancer les choses.   

Est-ce à dire que l’Agenda 2063 constituera le centre d’intérêt de l’Afrique ? 

L’Afrique a développé sa propre stratégie et fournira des données sur le plan d’action international. Nos dirigeants me laissent actuellement entendre qu’ils suivent essentiellement l’Agenda 2063 ainsi que son plan décennal, et qu’ils y voient une convergence avec les ODD. Ceci est très important pour les organismes africains, car la crédibilité de toutes leurs initiatives s’en trouvera renforcée. Les pays africains doivent suivre tout un processus pour soumettre leurs plans nationaux à l’UA et au NEPAD, afin de s’assurer que ceux-ci cadrent avec les aspirations de l’Agenda 2063. Il sera facile d’incorporer les ODD dans ce processus. 

Vous venez de publier un rapport — une évaluation des OMD — indiquant que le faible niveau d’exécution et la dépendance vis-à-vis de l’aide ont entravé les réalisations.

En ce qui concerne les OMD, nous avons poursuivi l’expansion de l’enseignement secondaire. Nous avons enregistré des résultats louables concernant la représentation des femmes dans le système politique mais pas pour tous les indicateurs liés au genre. Il est vrai que nous nous sommes retrouvés avec un programme fragmenté qui dépendait dans une certaine mesure du secteur où l’argent des donateurs était investi. Nous entrons maintenant dans une autre phase. Nous avons fait le point et nous allons passer à autre chose. Nous sommes prêts pour la prochaine étape.

Lors de la troisième Conférence sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba en juillet 2015, la question des frais liés à la mise en œuvre des ODD a été maintes fois soulevée.

Voyez-vous, lorsque nous avons organisé la première Conférence sur le financement du développement en 2002 à Monterrey, elle portait sur la façon dont nous finançons les OMD tout en consolidant l’assistance en faveur de certaines de nos priorités — les huit grands objectifs. Je pense qu’elle a marqué l’esprit des peuples ils pouvaient comprendre ces objectifs. Actuellement, c’est  un peu plus difficile parce que les ODD sont plutôt vastes ils englobent presque tout. Par conséquent, il sera difficile de faire comprendre à la majorité cette complexité, sauf si nous simplifions le message, ce qui, selon moi, est nécessaire — c’est une question de communication.

Dans les années à venir, l’Afrique bénéficiera très probablement d’une aide publique au développement (APD) de l’ordre de 48 milliards de dollars par an. Serait-ce là l’une des principales sources de financement ? 

Je sais que l’Afrique reçoit environ 52 milliards de dollars d’APD par an. Selon l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], ce chiffre est en baisse. Nous pourrions nous retrouver avec 48 milliards de dollars d’ici cinq à six ans. La réponse au financement de l’Afrique est très claire : les efforts consentis doivent être internes. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser notre continent exercer une pression fiscale si réduite que lorsque l’on  fait abstraction d’un certain nombre de contributions importantes, telles que celles qui proviennent du secteur minier, les gens ne paient pratiquement pas d’impôts. Aucun pays ne s’est  développé sans efforts en interne. Donc, nous ne devrions pas vraiment nous appesantir sur l’aide, même si elle peut servir à  maximiser les opportunités. Si cela dépendait de moi, je consacrerais tous les fonds reçus en aide à une mobilisation optimale de nos ressources intérieures. Cela produirait un effet d’entraînement sans détourner notre attention d’un seul programme.

Comment envisagez-vous l’avenir du financement du développement en Afrique ? 

L’avenir de l’Afrique repose essentiellement sur la mobilisation des ressources intérieures, ce qui nous ramène donc à la nécessité pour les Africains de définir une stratégie pour eux-mêmes. Voilà la véritable responsabilité — il s’agit d’une situation où vous haussez vos impôts et vous devenez plus efficace dans leur recouvrement et leur utilisation. Donc, l’Afrique doit financer son propre développement. Au fond, l’on investit son argent dans ce qui rapporte, et par la suite l’on dépend moins des autres sources de financement qui sont très importantes et appréciées, mais ne remplacent pas ce qu’il y a lieu de faire. En ce moment, l’Afrique tient fortement à mobiliser des ressources intérieures. Ce désir, les ministres africains l’ont exprimé dans divers documents et dans de nombreuses circonstances, notamment dans le cadre de la CEA. La mobilisation des ressources intérieures et les questions fiscales qui constituent l’un des derniers points d’achoppement, sont d’une importance capitale et la manière de les gérer peut avoir un impact sur les intérêts de l’Afrique. 

Comment l’Afrique prévoit-elle d’évaluer les 17 ODD et les 169 cibles dont ils sont assortis ? 

Si vous ne disposez pas de statistiques adéquates, ce qui est le cas de plusieurs pays africains, il est facile d’être dépassé par cette multitude de cibles puisqu’elles se chiffrent à 169. En raison de l’insuffisance de données statistiques, tous les experts d’autres régions du monde sont prêts à converger vers l’Afrique avec leurs rapports et leur suivi. Le déploiement de l’arsenal statistique pour la planification est différent de sa mise en place pour le suivi. J’espère que nous ne commettrons plus cette erreur comme par le passé. Ce dont nous avons besoin ce sont des données statistiques bien fournies résultant d’une méthodologie fiable. Une approche structurée et non fragmentée. Le nombre de cibles que comportent les ODD lance un signal d’alarme nous invitant à ne plus commettre la même erreur. Reste à définir le mode de suivi des cibles afin d’éviter que les populations ne soient dépassées  par la  multitude de rapports et le recoupement des programmes. Tel doit être notre objectif pour l’année à venir ou l’année suivante.   

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