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Pas de véritable développement en Afrique sans intégration régionale

Août - Novembre 2019

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Pas de véritable développement en Afrique sans intégration régionale

— Ahunna Eziakonwa
Kingsley Ighobor
9 Avril 2019
Afrique Renouveau: 
Ahunna Eziakonwa
Ahunna Eziakonwa

Ahunna Eziakonwa, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies, est la nouvelle Directrice du Bureau régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Mme Eziakonwa a été coordonnatrice résidente de l’ONU en Éthiopie, en Ouganda et au Lesotho. Dans  l’entretien qu’elle a accordé à Kingsley Ighobor pour Afrique Renouveau, elle aborde des questions clés touchant au développement socio-économique de l’Afrique, notamment les questions de l’autonomisation des femmes et des jeunes et de la zone africaine de libre-échange, qui devrait entrer en vigueur dans les  prochains mois. En voici des extraits.

Afrique Renouveau : Selon les projections du  rapport Situation et perspectives de l’économie mondiale 2018 publié récemment, la croissance économique de l’Afrique pour 2019 devrait être de 3,4 %, soit une augmentation marginale de 0,9 % par rapport à  2018. Que doivent faire les pays pour accélérer la croissance économique ?

Ahunna Eziakonwa : La faiblesse de la productivité pose problème. Les innovations et les nouvelles technologies doivent être davantage intégrées pour stimuler la productivité agricole et les petites entreprises. Dans la plupart des pays, la modernisation agricole est faible, car elle est encore rudimentaire, non capitalisée et non commercialisée. Cela signifie qu’il existe un énorme potentiel. Les économies du continent sont vulnérables face à la volatilité des prix des produits de base sur le marché mondial. C’est pourquoi la diversification s’impose. L’Afrique doit diversifier ses produits agricoles et ajouter de la valeur à ses produits primaires ainsi  qu’à ses exportations pour éviter d’exporter ses emplois vers le reste du monde.

En 2003, les dirigeants africains se sont réunis à Maputo, au Mozambique, et se sont engagés à investir au moins 10 % de leur budget national dans l’agriculture. Seuls quelques pays ont respecté cet engagement. Pourquoi certains pays n’investissent-ils pas massivement dans le secteur agricole ?

Quinze ans après la Déclaration de Maputo,seuls sept pays — le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Niger, le Mali, le Malawi, le Sénégal et la Zambie — ont régulièrement rempli cet objectif. En fait, des pays comme le Malawi l’ont même dépassé, atteignant jusqu’à 21 % en 2013, contre une moyenne de 3,1 % pour l’Afrique subsaharienne. Plusieurs facteurs expliquent le sous-investissement dans l’agriculture en Afrique : la mise en œuvre du Programme d’ajustement structurel en Afrique qui a réduit le financement de l’agriculture;

le faible financement international accordé à  l’agriculture qui affaiblit la marge de manœuvre pour les dépenses agricoles; la faible volonté politique d’accélérer les subventions aux intrants, d’accroître le nombre des  conseillers  agricoles, de développer la recherche et les infrastructures rurales. Par ailleurs,  on peut citer les taux élevés des prêts qui limitent l’accès des petits agriculteurs au financement. La réforme agraire est essentielle pour remédier à la fragmentation et maximiser les avantages offerts par les économies d’échelle en matière d’utilisation des terres. Les gouvernements africains doivent disposer d’une marge de manœuvre pour investir dans l’agriculture et l’agro-industrie afin de stimuler la diversification économique.

La répartition des terres a des effets négatifs disproportionnés sur les femmes,  qui sont plus nombreuses que les hommes à travailler dans l’agriculture. S’agit-il de facteurs corrélatifs ?

C’est l’une des complexités dont je parlais plus tôt. Les législations doivent être réexaminées pour corriger certaines de ces incohérences. Comme vous l’avez dit, dans certains pays, 80 % des personnes qui exercent des activités agricoles sont des femmes, mais elles ne possèdent pas les terres et n’ont aucun droit de propriété. Des études ont montré que rien ne changera en matière de  développement en Afrique si les femmes ne sont pas intégrées dans l’économie formelle. Notre Rapport sur le développement humain en Afrique 2016 a révélé que les économies de l’Afrique subsaharienne perdent environ 95 milliards de dollars par an depuis 2010 en raison de l’écart entre les sexes sur le marché du travail. Les femmes participent déjà à l’économie, mais surtout de manière informelle et non réglementée. Imaginez donc si vous libérez le pouvoir, le talent et la détermination des femmes.

Plus précisément, que peuvent faire les pays pour remédier à cette situation ?

Nous devons abroger toutes les lois qui font obstacle à la participation  et à l’intégration des femmes dans l’économie formelle. Les femmes ont besoin de discrimination positive pour être libérées de certaines obligations culturelles afin d’avoir le temps de poursuivre leurs études pour faire face à la concurrence dans le secteur économique. Un investissement financier réel et délibéré visant à soutenir systématiquement l’éducation des femmes est important. L’autonomisation politique est également très importante. Nous avons vu des pays comme le Rwanda et l’Éthiopie aller dans cette direction. Cela doit concerner  les secteurs publics et privés. Le processus de normalisation du label égalité des sexes du PNUD, qui a été lancé dans des pays comme l’Ouganda, vise à promouvoir l’égalité des sexes sur le lieu de travail.

Quels sont les caractéristiques propres aux  femmes  ?

À cette question, certains présidents africains ayant nommé des femmes répondent : « Les femmes sont moins corrompues et plus responsables dans leur utilisation des ressources ». En outre, dans de nombreux pays, ce sont les femmes qui  gèrent essentiellement la vie de leur famille. Les femmes sont des chefs pragmatiques, en contact avec la réalité quotidienne et susceptibles de prendre des décisions favorables au développement humain.

Actuellement, 52 pays ont signé l’accord-cadre pour la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), mais seuls 18 pays l’ont ratifié. Que pourrait tirer l’Afrique d’une zone de libre-échange ?

Tout. Je ne vois pas l’avenir du développement en Afrique sans une intégration régionale réussie. C’est probablement l’une des mesures les plus importantes prises par  le continent  pour résoudre son paradoxe de marché. La population de l’Afrique dépasse 1,2 milliard d’habitants et devrait atteindre 2,5 milliards d’ici à 2050 ; malgré cela, nos marchés sont petits et fragmentés et n’ont aucune chance d’être compétitifs à l’échelle internationale s’ils n’ont pas le sens du collectif. Ainsi, le commerce intra-africain augmentera-t-il notre compétitivité en matière de commerce mondial.

Que fait l’ONU pour encourager les pays récalcitrants à adhérer à la Zone de libre-échange  ?

L’ONU, sous l’impulsion de la Commission économique pour l’Afrique, soutient la zone de libre-échange. Le PNUD est fermement convaincu que les pays qui y font obstacle ont besoin de  davantage d’informations sur les effets qui pourraient découler de cet accord afin de pouvoir  prendre des décisions éclairées sur la façon de s’engager pleinement dans le processus.

Parlez-nous de l’action actuelle du PNUD en Afrique.

Le PNUD est présent dans tous les pays africains. Nous nous considérons comme un accompagnateur pour les pays dans leur parcours de développement. Nous aidons les collectivités à créer de meilleurs moyens d’existence, nous aidons les jeunes à créer des entreprises et nous collaborons avec les pays pour atténuer les risques liés au climat d’investissement. En 2017, nous avons produit le premier rapport complet sur l’inégalité des revenus en Afrique  lequel recommandait une stratégie de développement symbolisée par un « Arbre de l’équité » possédant  quatre « branches » principales : la population, les fondamentaux macroéconomiques, le développement humain et la croissance. Au cours des cinq dernières années, nous avons touché 3,35 millions d’Africains dans 3 472 communautés grâce à nos efforts en vue d’améliorer l’accès à l’électricité. Nous aidons également les pays à créer la  base législative qui leur permettra de dispenser des services et d’assurer la croissance économique. Enfin, nous œuvrons avec des partenaires africains pour changer la perception du développement du continent et en faire le prochain pôle de croissance du monde.

Pouvez-vous citer un ou deux pays dans lesquels vous avez enregistré des succès remarquables ?

De nombreux exemples de réussite me viennent à l’esprit, comme Enterprise Uganda, créé par le PNUD il y a plus de 20 ans.  C’est maintenant un organisme indépendant qui a  les moyens d’aider les institutions à devenir des entreprises. En Éthiopie, le PNUD a contribué à la création de la première bourse de produits de base du pays, qui est devenue une entreprise de plusieurs millions de birrs [monnaie éthiopienne]. Quant à  la bourse de valeurs du Ghana, c’est l’une des plus performantes d’Afrique.

Compte tenu de votre expérience de travail en Afrique, êtes-vous optimiste quant à l’avenir du continent ?

Je suis optimiste parce que l’Afrique se développe à une époque où de nouvelles technologies étonnantes  peuvent accélérer la croissance. Prenons l’exemple des solutions numériques : si vous voulez créer des cartes d’identité pour les citoyens, vous pouvez passer immédiatement au numérique. Les possibilités de financement des projets de développement sont aujourd’hui plus nombreuses qu’auparavant. Et de nombreux dirigeants africains ont maintenant une meilleure idée  du potentiel de l’Afrique.       

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