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Développer le leadership jeune

Août - Novembre 2019

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Développer le leadership jeune

Former de jeunes leaders peut aider aux transformations sociales
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
Students at the African Leadership University in Mauritius. Photo: ALU website
Étudiants à l’African Leadership University à Maurice. Photo: ALU website

Grâce à une simple bourse de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) en tant que boursière du programme de leadership Ibrahim, Marian Yinusa a un impact sur la vie des écolières de sa ville natale au nord du Nigéria.

Actuellement économiste financière principale à la Banque africaine de développement (BAD), Mme Yinusa dirige la fondation GENN Initiative (Girls Education in Northern Nigeria), qui finance la scolarisation de jeunes filles.

Elle dirait probablement que ses nombreuses réalisations ont été une surprise, mais elle souhaitait aider les filles à vaincre les obstacles pour qu’elles puissent aller à l’école. « Je voulais faire quelque chose pour les aider », a-t-elle confié.

À la CEA à Addis-Abeba, elle a suivi de près des hauts fonctionnaires, ce qui lui a permis d’avoir davantage de responsabilités et d’obtenir une promotion.

Selon la Fondation Mo Ibrahim, sponsor du programme de bourses, le but est d’encadrer les futurs leaders en leur offrant la possibilité de travailler aux plus hauts niveaux de la BAD, de la CEA ou du Centre du commerce international (CCI).

Mme Yinusa fait partie des 18 boursiers ayant bénéficié jusqu’à présent du programme. Elle décrit son expérience comme un « apprentissage par l’observation ».

Eddy Oketch, le septième d’une fratrie de huit enfants, qui a abandonné l’école pour subvenir aux besoins de sa famille, a transformé sa capacité intuitive d’organisation en bourse Ibrahim en 2017.

Carl Manlan, boursier en 2014, se souvient : « J’ai suivi le travail des hauts fonctionnaires et assisté à la plupart des réunions du secrétaire exécutif de la CEA. »

M. Manlan dirige actuellement la Fondation Ecobank, la branche caritative de la banque de détail et d’investissement d’Afrique de l’Ouest, basée à Lomé, au Togo. Après sa bourse, M. Manlan a été secrétaire exécutif du fonds de solidarité africain de lutte contre Ebola (Africa against Ebola Solidarity Trust), une organisation qui s’est associée à l’Union Africaine entre 2014 et 2015 pour mobiliser des fonds afin de former des agents de santé africains afin de lutter contre Ebola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone.

Outre la bourse Ibrahim, les initiatives de formation au leadership comprennent l’African Leadership Initiative, l’African Leadership Institute, la Young African Leaders Initiative, l’African Leadership Development Program, l’Africa Science Leadership Programme et l’African Leadership Academy (ALA).

L’ALA est une école secondaire panafricaine basée à Johannesburg où plus de 700 étudiants de 45 pays ont reçu une formation ces 10 dernières années.

Les leaders de demain

« L’Afrique n’a pas besoin de leaders de 75 ou 65 ans. Nous avons besoin de leaders jeunes, dynamiques, innovateurs, auxquels la jeunesse peut s’identifier », a déclaré Graça Machel, veuve de Nelson Mandela, lors de la célébration du 10e anniversaire de l’ALA à Johannesburg en février.

Le milliardaire soudanais Mo Ibrahim, entrepreneur et philanthrope, a dénoncé l’enracinement des leaders africains vieillissant, prêts à tout pour rester au pouvoir et qui écartent les jeunes générations.

Fred Swaniker, expert en leadership et cofondateur de l’ALA, a créé l’académie car en grandissant dans des pays comme le Ghana, la Gambie, le Botswana, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, il a compris la différence que pouvait faire une formation en leadership dans un pays.

Il reproche aux leaders post-indépendance de « n’avoir rien fait, sinon ravagé l’Afrique », mais fait l’éloge de leaders tels que Paul Kagame au Rwanda et Nelson Mandela en Afrique du Sud.

M. Swaniker envisage une génération de jeunes leaders qui seront capables de créer la prospérité.

La bourse Ibrahim de six ans n’implique pas de formation académique ou de séminaires.

L’ALA met quant à elle en place un réseau d’écoles de leadership, et espère former trois millions de leaders africains dans les 50 prochaines années, indique M. Swaniker. Le premier campus ouvert à Maurice en 2015 et le deuxième au Rwanda en 2017.

Les débats sur l’Afrique évoquent le manque d’électricité, la pauvreté, le chômage, les emplois sous payés,  la lenteur de l’industrialisation — et les moyens de mobiliser des ressources pour relever ces défis. Il faut un bon leadership, a déclaré Sam Adeyemi, consultant, lors d’un débat en ligne du Forum économique mondial sur l’Afrique 2017.

M. Swaniker a fait remarquer que « on ne naît pas grand leader— on le devient », et d’ajouter que la formation de « leaders qui élèvent les sociétés au sommet » fait le succès des nations.

Rétrospectivement, les deux bénéficiaires de la formation en leadership, Mme Yinusa et M. Manlan, croient que l’expérience pratique au sein d’organisations multinationales leur a été bénéfique. M. Manlan estime que la bourse lui a permis d’acquérir les connaissances et l’expérience nécessaires pour assumer des fonctions de gestion de plus en plus nombreuses au niveau international. Il souhaiterait donc que d’autres institutions proposent davantage de programmes de ce type.

Jacqueline Musiitwa, qui a reçu une bourse au CCI en 2012, dirige maintenant la branche ougandaise de Financial Sector Deepening, un programme financier soutenu par le gouvernement britannique pour réduire la pauvreté en Afrique. Ayant déjà participé à de nombreux programmes et séminaires de leadership de courte durée, elle a

« immédiatement sauté » sur l’occasion d’aller au CCI. « De toutes les formations que j’ai suivies, c’était la seule qui offrait une expérience professionnelle, et c’est la meilleure à ce jour », dit-elle.

Mme Musiitwa a suivi une formation d’avocate et fondé en 2007 le Hoja Law Group, une société de conseil juridique sur les questions de gouvernance d’entreprise, de droit commercial et de droit public qui opère à Kigali et à New York. Elle a participé au Forum économique mondial de 2011 en tant que Jeune leader mondial, et jongle maintenant entre la pratique du droit et d’autres emplois. Elle pense que l’Afrique n’offre pas suffisamment d’opportunités de développement du leadership pour les jeunes professionnels.

Les aînés

En plus des programmes officiels de formation au leadership, les leaders actuels doivent également contribuer au développement des jeunes, affirment les analystes.

En février, l’ancienne présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf a remporté le Prix Mo Ibrahim pour son leadership accompli, après avoir dirigé le redressement de son pays par la réconciliation et l’édification de la nation, après des années de conflits sanglants.

Lancé en 2006, le prix vise à promouvoir la bonne gouvernance et les transitions politiques pacifiques en mettant à l’honneur les présidents africains qui, selon la Fondation Mo Ibrahim, « ont développé leur pays et renforcé la démocratie et les droits de l’homme » et sont des « modèles exceptionnels pour le continent ».

En janvier, Mme Sirleaf a cédé le pouvoir à George Weah, 51 ans.

Il semble toutefois y avoir un déficit de leaders politiques hors du commun; sur une décennie, à l’exception de M. Mandela, seulement cinq dirigeants ont satisfait aux critères du prix : Mme Sirleaf (2018), Joaquim Chissano du Mozambique (2007), Festus Mogae du Botswana (2008), Pedro Pires du Cap Vert (2011) et Hifikepunye Pohamba de Namibie (2014).

Entre la formation académique défendue par l’ALA et l’expérience de vie encouragée par la bourse Ibrahim, il semble y avoir « de la place pour beaucoup plus » d’efforts dans la formation de jeunes leaders, dit Mme Musiitwa.    

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