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Nosiviwe Mapisa-Nqakula
La ministre sud-africaine de la Défense et des anciens combattants
Kingsley Ighobor
7 Août 2019
Afrique Renouveau: 
Nosiviwe Mapisa-Nqakula
Nosiviwe Mapisa-Nqakula.

La ministre sud-africaine de la Défense, Nosiviwe Noluthando Mapisa-Nqakula, se souvient du jour où, confiante et prête à engager des discussions lors d’une conférence de ministres de la Défense à laquelle elle était conviée, elle s’est rendue compte que ses homologues, hommes pour la plupart, pensaient qu’elle était une simple assistante du ministre. Quelle ne fut pas leur surprise quand elle s’est assise dans le fauteuil qui lui était réservé.

« Leur réaction a été : «Ah, d’accord – c’est donc vous la ministre de la Défense d’Afrique du Sud ?» », se souvient Mme Mapisa-Nqakula lors d’un entretien avec Afrique Renouveau au siège des Nations Unies à New York.

La ministre parle d’une voix douce. Elle est volubile et pleine de charme, mais aussi endurcie par ses années de militantisme et actes de bravoure du temps de l’apartheid, qui l’ont  amenée à diriger plusieurs ministères au sein du gouvernement.

Responsabilités

Depuis 2004, les présidents sud-africains qui se sont succédé l’ont nommée à plusieurs postes clés : Thabo Mbeki au ministère de l’Intérieur en 2004 ; Jacob Zuma au ministère des Services pénitentiaires en 2009 et au ministère de la Défense et des Anciens combattants en 2012. Elle a conservé le portefeuille de la Défense avec l’actuel président Cyril Ramaphosa, d’abord après que celui-ci a succédé à M. Zuma en 2018, puis en mai 2019, suite à son élection pour un mandat complet.

S’agissant de l’autonomisation des femmes, la détermination de Mme Mapisa-Nqakula apparaît inébranlable. « Les femmes doivent prendre la place qui leur revient », insiste-t-elle. « Les femmes ne veulent pas être traitées avec condescendance, elles veulent être reconnues pour ce qu’elles font ».

A l’instar des femmes d’autres pays africains, les Sud-Africaines sont confrontées à de nombreux obstacles, notamment en matière d’inégalité salariale ou de pratiques culturelles discriminatoires. Mais Mme Mapisa-Nqakula reste optimiste sur la marche des femmes vers l’égalité et pense que sa réussite personnelle, conquise en dépit d’innombrables obstacles, peut comme le succès d’autres femmes au parcours similaire créer un effet domino qui produira un changement social positif.

« Les Sud-Africaines s’affirment et relèvent les défis. Dans le monde entier, les femmes prennent la place qui leur revient », assure-t-elle.

Elle préfère mettre l’accent sur les capacités des femmes plutôt que sur un idéal socialement construit d’égalité de genre. C’est pourquoi elle attire l’attention sur sa propre réussite.

« Pour moi, les faits parlent d’eux-mêmes. Je pense avoir gagné le respect [du peuple sud-africain] », explique-t-elle.

Des résultats décisifs

L’une des principales réussites de son ministère est d’avoir rendu la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) plus attrayante pour « les hommes et les femmes [qui] s’enrôlent et seront déployés ». Les candidatures féminines sont particulièrement encouragées, ajoute-t-elle.

La ministre se concentre aussi activement sur le processus de promotion au sein de la SANDF en insistant sur l’équité et l’équilibre. Les résultats sont impressionnants : cinq généraux de division et 38 généraux de brigade sont des femmes. « Elles ont toutes mérité le rang qu’elles occupent », souligne-t-elle. Il y a vingt ans, une seule femme occupait le  poste de général de division dans la SANDF.

Mandisa Mfeka est l’une de celles qui occupent actuellement un poste de général de division. Elle est aussi la première femme noire en Afrique du Sud à être devenue pilote de combat.

« Les généraux savent que je vérifie chaque liste de promotion avant son approbation. Ils savent que la ministre va demander : «Y a-t-il des femmes sur cette liste ? « C’est un processus politique délibéré et j’ai informé les généraux des raisons pour lesquelles je voulais qu’il en soit ainsi », explique-t-elle.

Ce niveau de conscience politique est enraciné dans l’histoire sud-africaine. La lutte contre l’apartheid et la victoire contre le système ont transformé la notion d’égalité, notamment raciale et de genre, en une nécessité économique et sociale. La constitution de l’après-apartheid et d’autres structures juridiques consacrent cette nécessité.

L’article 9 de la Constitution sud-africaine de 1996 consacre l’égalité et décourage la discrimination fondée sur la race, le sexe ou le handicap. Parmi les autres mécanismes législatifs favorables à l’autonomisation des femmes, on compte plusieurs lois: celle sur la promotion de l’égalité et la prévention de la discrimination (2000), sur l’équité en matière d’emploi (1998) et sur la violence domestique (1998).

En juin 2019, la moitié du gouvernement était constitué de femmes, faisant de l’Afrique du Sud l’un des trois pays africains (avec le Rwanda et l’Éthiopie) à atteindre la parité des sexes au sein du gouvernement.

Les dispositions légales en vigueur sur l’égalité confortent Mme Mapisa-Nqakula. « Je laisse l’esprit de la constitution se manifester dans la vision et le travail de mon ministère», explique-t-elle.

Les généraux savent que je vérifie chaque liste de promotion avant son approbation. Ils savent que la ministre va demander : “Y a-t-il des femmes sur cette liste ?

Casques bleus sud-africains

Si l’ONU reconnaît les sacrifices et états de services consentis par les soldats de maintien de la paix sud-africains, la ministre reste attachée à l’exemplarité du bilan de ces soldats en mission. Plus de 1000 Casques bleus sud-africains servent actuellement en République démocratique du Congo et au Soudan.

Plusieurs casques bleus sud-africains ont été impliqués dans des affaires d’exploitation et d’atteintes sexuelles (EAS) : 10 cas ont été recensés en 2018 et quatre de janvier à juin 2019. Pour Mme Mapisa-Nqakula l’objectif à atteindre est zéro cas.

« J’en fais une affaire personnelle. Même un seul incident d’EAS, cela m’affecte », confie-t-elle. Quand elle parle d’EAS avec des casques bleus en mission, elle insuffle cette sensibilité dont seule une femme et une mère est capable. « Le plus embarrassant pour un homme, c’est lorsqu’une femme ministre lui demande : «Pourquoi faire ça ? Pourquoi perdre tout ce que vous avez investi au fil des ans ?» Même si je suis ministre, je reste une mère ».

Le ministère de la Défense met actuellement en place des mesures destinées à renforcer la discipline au sein de l’armée. « Tous les soldats sud-africains engagés dans des missions de maintien de la paix doivent suivre une formation rigoureuse en matière  d’EAS. Il n’y a pas un seul soldat qui ignore ce que sont l’exploitation et les atteintes sexuelles et quelles en sont conséquences », souligne-t-elle.

En outre, les tribunaux militaires mis en place dans les pays de déploiement accélèrent le jugement des affaires d’EAS. Les délinquants sont désormais passibles de peines plus lourdes que par le passé : ils risquent de perdre leur poste et les avantages sociaux qui y sont liés, ou d’être condamnés à de longues peines de prison.

Récemment, explique-t-elle, trois soldats ont été congédiés. Ils perdront tous trois leurs avantages sociaux.

Mme Mapisa-Nqakula connaissait déjà l’esprit militaire quand elle est devenue ministre. Pendant l’apartheid, son rôle actif au sein de l’African National Congress l’a amenée à suivre une formation  militaire en Angola et en Union soviétique. « J’étais jeune à l’époque et j’avais le goût de l’aventure », se souvient-elle.

Aujourd’hui, les actions et les réussites de Mme Mapisa-Nqakula sont plus éloquentes que les anciennes attentes des femmes, aujourd’hui dépassées.

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