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La Zone de libre-échange sur les rails

Août - Novembre 2019

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La Zone de libre-échange sur les rails

— Vera Songwe
Christabel Ligami
7 Août 2019
Afrique Renouveau: 
Vera Songwe, Executive Secretary, United Nations Economic Commission for Africa
Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique

Le 21 mars 2018, les pays africains ont signé l’accord-cadre pour la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) à Kigali, au Rwanda. Au 29 avril 2019, plus d’un an plus tard, 22 pays (le nombre requis pour que l’accord entre en vigueur) avaient déposé leur instrument de ratification. Avec un marché combiné de plus de 1,2 milliard de personnes et un PIB de 2,5 billions de dollars, la ZLECAf pourrait faire de l’Afrique la plus grande zone de libre-échange au monde. L’appui de l’ONU à l’Union africaine pendant les négociations et les ratifications a été dirigé par Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Christabel Ligami a interviewé Mme Songwe pour Afrique Renouveau au sujet de la phase de mise en œuvre de la ZLECAf, de l’autonomisation des Africaines et de sa vision pour la CEA. Voici des extraits de cet entretien.

Afrique Renouveau : Maintenant que la ZLECAf est en vigueur, pensez-vous que les pays mettront pleinement en œuvre l’accord et dans les délais fixés ?

Vera Songwe : C’est une bonne chose que certains pays aillent de l’avant. Cela montre à quel point le commerce est important pour les pays africains et que ceux-ci sont prêts à ouvrir leurs frontières. Donc, oui, nous espérons qu’ils le mettront pleinement en œuvre. Ils se rendent compte qu’ils ont besoin de commercer davantage avec les autres en raison de l’augmentation prévue des revenus et de la création d’emplois, surtout pour les jeunes. Le commerce intra-africain devrait se hisser à 53,3 %, ce qui signifie que les revenus vont augmenter.

Comment les États membres peuvent-ils s’assurer que l’accord est pleinement mis en œuvre ?

Les ministres des Finances des États membres signataires de la ZLECAf ont un rôle important à jouer pour aider les pays à mettre en œuvre l’accord. Ces ministres comprennent que la fiscalité et les douanes, par exemple, qui sont des éléments clés de la ZLECAf, relèvent du ministère des Finances. C’est aux ministres des Finances d’évaluer si, comment et quand les revenus augmenteront pour leurs pays et comment ces revenus seront dépensés. Une fois que les pays auront ratifié le document, ils auront 10 ans, certains 13, pour mettre en place des politiques clés afin de tirer pleinement parti de la ZLECAf.

Nous attendons des pays qu’ils procèdent à un examen de leurs politiques macroéconomiques, en mettant l’accent sur des politiques fiscales adaptées à leur objectif, et qu’ils nous aident non seulement à nous adapter à la ZLECAf et à en tirer le meilleur parti, mais plus largement à réaliser l’Agenda 2063 et l’Agenda 2030 pour le développement durable.  Il est urgent  de créer la marge de manœuvre fiscale nécessaire pour stimuler l’investissement public et privé tout en assurant la diversification économique.

Certaines négociations n’ont pas encore abouti. Existe-t-il des questions litigieuses sur lesquelles les pays doivent encore s’entendre ?

Les autres questions à discuter concernent la concurrence, les dispositions relatives à l’investissement, la propriété intellectuelle, le commerce électronique, etc. Les pays ont convenu de prendre plus de temps pour négocier ces questions. Elles sont en cours de discussion et seront finalisées au cours de la deuxième phase des négociations. Il s’agit du même processus que pour les autres accords commerciaux mondiaux. Les négociations n’aboutissent jamais immédiatement ; les discussions sur les questions commerciales sont vastes et prennent du temps. Nous voulons éviter que la ZLECAf expose des pays à une concurrence déloyale. L’Afrique fait un bond en avant dans le domaine technologique, c’est pourquoi nous discutons déjà du commerce électronique. C’est très important pour les pays qui sont bien développés sur le plan technologique. Pour ceux qui ne sont pas aussi avancés, nous devons nous assurer qu’ils comprennent mieux les questions liées au commerce électronique.

L’UA et les ministres africains du Commerce, après avoir finalisé les instruments nécessaires, ont officiellement lancé la phase opérationnelle de la ZLECAf lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement le 7 juillet 2019.

Le commerce numérique en Afrique croît à un taux annuel estimé à 40 %. Quels conseils donneriez-vous aux pays qui numérisent leur économie ?

Si elles sont pleinement adoptées, les applications numériques aideront à combler les lacunes en matière de crédit, à donner aux femmes les moyens de développer leur esprit d’entreprise, à fournir en temps réel des données commerciales aux agriculteurs ruraux et isolés ainsi que des analyses de données relatives au climat. La numérisation a l’avantage de  transformer l’économie en réduisant les barrières à l’entrée et en élargissant la portée du marché pour les entreprises,  créant ainsi des emplois et stimulant le commerce intérieur et extérieur des biens et services. Les pays africains peuvent également tirer parti de ces avancées pour améliorer la prestation des services publics, notamment l’efficacité et la portée des filets de protection sociale, l’éducation et la situation sanitaire.

Certains adoptent déjà progressivement des solutions numériques pour les politiques fiscales et de dépenses, la gestion des finances publiques et la prestation des services publics. Les transactions numériques pourraient réduire de plusieurs milliards de dollars les pertes dans les dépenses publiques et le recouvrement des impôts. Cet argent peut aider à combler un déficit important dans les besoins de financement annuels de l’Afrique.

Comment voyez-vous l’avenir de  la CEA ?

Je souhaite voir la CEA formuler des idées pour transformer le continent et créer les conditions de la croissance économique et de la prospérité pour l’ensemble de la population. Nous voulons être le laboratoire d’idées de l’Afrique, au moyen d’actions et de résultats.

Quelle stratégie utiliserez-vous pour y parvenir ?

Je vais renforcer les capacités du personnel et accroître les ressources humaines pour aider les pays à redéfinir leur économie en vue de la croissance. J’ai l’intention de travailler plus étroitement avec le secteur privé, en l’intégrant dans nos discussions et nos consultations.

Je me concentrerai sur les questions régionales transfrontalières telles que la durabilité des ressources en eau et les questions politiques telles que le différend entre la République arabe sahraouie démocratique et le Maroc. Au niveau mondial, je défendrai davantage les intérêts de l’Afrique dans les domaines de la fiscalité, de la migration, du changement climatique, de la paix et de la sécurité et du commerce.

Je suis en train de restructurer la CEA en créant des divisions spécialisées sur toute une série de questions. Nous avons maintenant les divisions du secteur privé, de la macroéconomie, de la finance et de la lutte contre la pauvreté.

Je souhaite voir la CEA formuler des idées pour transformer le continent et créer les conditions de la croissance économique et de la prospérité pour l’ensemble de la population.

Que projetez-vous  pour les femmes ?

Bien que diverses études aient montré que les femmes jouent un rôle central dans la croissance économique d’un pays ou d’une région, elles sont encore sous-représentées dans la plupart des secteurs, y compris la technologie. En commençant à l’interne, j’ai l’intention d’équilibrer le nombre d’hommes et de femmes ayant les mêmes qualifications. J’ai l’intention de solliciter les idées des femmes dans l’élaboration de recommandations politiques. Nos études ont établi que trop peu de femmes participent aux discussions sur les politiques et à la prise de décisions. Nous travaillons actuellement sur un Fonds pour l’entrepreneuriat féminin qui permettra aux Africaines de s’émanciper économiquement.

Comment allez-vous mobiliser des ressources pour la CEA ?

Nous cherchons à mobiliser des ressources auprès de partenaires traditionnels et à établir de nouveaux partenariats avec le secteur privé. De plus, nous intensifierons notre engagement auprès des organisations non gouvernementales. Nous espérons établir des ponts avec les universités et d’autres établissements pour bénéficier de leurs précieuses contributions, leurs recherches et autres activités.       

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