L’Afrique et l’ONU peuvent faire affaire

Août - Novembre 2019

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L’Afrique et l’ONU peuvent faire affaire

— Christian Saunders
Kingsley Ighobor
7 Août 2019
Afrique Renouveau: 
Christian Saunders, UN Assistant Secretary-General, Supply Chain Management
Christian Saunders est le Sous-Secrétaire général de l’ONU au Bureau de la gestion de la chaîne d’approvisionnement.

Christian Saunders est le Sous-Secrétaire général de l’ONU au Bureau de la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Il fournit un appui institutionnel aux bureaux extérieurs de l’ONU, notamment aux missions de maintien de la paix en Afrique. M. Saunders souhaite que davantage d’entreprises africaines fassent affaire avec l’ONU, dont les objectifs d’achat se chiffrent en milliards de dollars. Que doivent-elles faire pour remporter les appels d’offres de l’ONU ? Existe-t-il des débouchés pour les femmes entrepreneurs africaines ? Dans cet entretien accordé à Kingsley Ighobor d’Afrique Renouveau, M. Saunders répond à ces questions et parle de son optimisme pour l’avenir socio-économique de l’Afrique. Extraits.

Afrique Renouveau : La gestion de la chaîne d’approvisionnement de l’ONU est en cours. Comment l’efficacité, en particulier dans les missions, dont beaucoup se trouvent en Afrique, s’en trouvera-t-elle renforcée ?

Christian Saunders : Lorsque le Secrétaire général António Guterres a été élu à la tête de l’ONU, il s’est vite rendu compte que l’organisation devait se moderniser, réduire sa bureaucratie, décentraliser son autorité et changer sa culture pour se concentrer sur les « résultats et les personnes plutôt que sur la bureaucratie et les processus », en rendant notamment sa chaîne d’approvisionnement plus souple et réactive. Il a également vu la nécessité d’apporter un meilleur appui aux personnes travaillant sur le terrain, en particulier dans les opérations de maintien de la paix, pour leur permettre de s’acquitter avec succès de leur mandat. Ces réformes devaient favoriser une efficacité accrue dans l’ensemble de l’institution.

Quel est donc l’impact à ce jour ?

Ces réformes du Secrétaire général et la nouvelle organisation de la chaîne d’approvisionnement ont démarré le 1er janvier de cette année, si bien que nous n’en sommes qu’au début. Dans le cadre du nouveau Bureau de gestion de la chaîne d’approvisionnement, nous avons fusionné les achats et la logistique en une chaîne d’approvisionnement intégrée relevant du Département de l’appui opérationnel. Désormais, en tant qu’unité cohésive, nous sommes plus réactifs. Beaucoup plus souples. Le travail est-il fini ? Pas encore. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, mais nous sommes sur la bonne voie. C’est ainsi que nous sommes en passe de signer ce mois-ci des contrats d’expédition de fret à long terme à l’échelle mondiale qui permettront d’accélérer considérablement les livraisons pour nos missions de maintien de la paix.

L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes font partie du programme de l’ONU. Avec un volume d’achats du système de l’ONU qui se chiffre à environ 17 milliards de dollars, soit plus que le PIB de nombreux pays africains, comment votre bureau aide-t-il les Africaines souhaitant faire affaire avec l’ONU ?

Je suis un fervent partisan de l’égalité des sexes. Je pense que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ont été négligées pendant trop longtemps. Dans notre chaîne d’approvisionnement, nous travaillons de manière proactive afin de créer des opportunités, en particulier pour les petites et moyennes entreprises appartenant à des femmes et gérées par celles-ci en Afrique et dans d’autres pays en développement. Les femmes sont vivement encouragées à soumissionner pour les contrats de l’ONU.

Que doivent faire ces femmes propriétaires d’entreprise ?

L’ONU achète des biens et services plus diversifiés que toute autre entité, environ 60 000 articles différents. De nombreuses entreprises, grandes et petites, peuvent donc approvisionner l’ONU. Nos achats vont de la papeterie aux fournitures alimentaires, en passant par l’électronique, le carburant, les véhicules blindés, les services aériens, etc.

Les fournisseurs doivent-ils être de grandes multinationales pour obtenir des contrats de l’ONU ?

Non, c’est une idée erronée. Beaucoup de fournisseurs, en particulier les petits, hésitent à faire affaire avec l’ONU, pensant qu’il est trop difficile de traiter avec cette grande entité, basée à New York. Mais en réalité la majorité de nos commandes sont inférieures à 50 000 dollars. Donc, tant qu’elles peuvent nous fournir ce dont nous avons besoin — avec un peu de travail et de persévérance — la plupart des petites et moyennes entreprises peuvent faire affaire avec l’ONU.

À combien évalueriez-vous votre engagement actuel avec les entreprises africaines ?

L’an dernier, nous avons collaboré avec des entreprises de 54 pays africains pour un total d’environ 600 millions de dollars pour un ensemble très diversifié de biens et services — carburant, construction, restauration, rations alimentaires, TIC, services aériens, etc.

Ce qui signifie que vous faites affaire avec de nombreux pays, pas seulement les pays où il y a d’importantes missions de maintien de la paix.

Le continent tout entier, même si, évidemment, dans les pays que vous mentionnez, nous avons tendance à faire plus d’affaires.

Comment faites-vous pour satisfaire vos clients qui ne sont pas forcément habitués à la bureaucratie ?

Lorsque le Secrétaire général a proposé ses réformes, l’une de ses priorités était de rationaliser et simplifier la bureaucratie, pour permettre aux gens d’assumer plus facilement certaines fonctions, mais aussi aux partenaires de faire affaire avec l’ONU. Donc, oui, nous sommes en train de simplifier nos procédures d’approvisionnement pour que les fournisseurs accèdent plus facilement à l’ONU. Maintenant, plutôt que de vous enregistrer pour faire des affaires avec chaque entité (l’ONU en a plusieurs), vous pouvez vous rendre à un seul endroit, UN Global Marketplace (www.ungm.org), et vous enregistrer pour faire des affaires avec toute la famille de l’ONU. Nous nous rendons souvent dans des pays africains pour y tenir des séminaires d’affaires et nous y parlons des possibilités de faire des affaires avec l’ONU. Nous formons également les gens sur la façon de s’enregistrer. À l’avenir, nous formerons les gens sur la façon de répondre à un appel d’offres ou à une demande de propositions.

Avez-vous une politique de protection de l’environnement ? Dans l’affirmative, comment la mettez-vous en œuvre ?

Depuis 2017, nous avons une stratégie environnementale, surtout pour les opérations de paix, et un système de gestion environnementale. Ce système est surtout axé sur l’énergie, l’eau, les eaux usées, les déchets solides, etc. Nous reconnaissons que, par le passé, nous aurions pu mieux faire, mais nous sommes déterminés à nous améliorer. L’ONU doit passer de la parole aux actes.

Il y a tellement d’innovations en Afrique. Par exemple, il existe une tablette informatique capable de surveiller la fréquence cardiaque d’une personne et de lire son électrocardiogramme, puis les résultats peuvent être envoyés à un médecin à 8 000 km de distance pour analyse et diagnostic. L’Afrique est également à l’avant-garde dans les services bancaires mobiles, l’énergie solaire et l’approvisionnement en électricité hors réseau. Mon message aux jeunes est donc le suivant : « Continuez d’innover. » L’avenir de l’Afrique est très prometteur, illimité et extrêmement passionnant.     


M. Saunders a été nommé depuis Commissaire général adjoint par intérim de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

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