Des guichets uniques aux postes-frontières

Août - Novembre 2019

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Des guichets uniques aux postes-frontières

Le prudent optimisme d’une entreprise d’Afrique australe
Afrique Renouveau: 
Customers shopping for groceries in a supermarket in Cape Town, South Africa. Photo: Panos / N. Rixon
Supermarché du Cap, en Afrique du Sud.

Responsable du marketing chez Dairibord Zimbabwe, une entreprise d’export alimentaire et de boissons régionale cotée en bourse, Tracy Mutaviri espère gagner des parts de marchés grâce à la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) africaine.

Les économies d’échelle réalisées grâce à l’élargissement du marché signifient que sa société pourra vendre ses produits au-delà du Botswana, du Malawi, du Mozambique, de l’Afrique du Sud et de la Zambie où elle exporte déjà. L’entreprise pourrait même commencer à s’intéresser aux pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est.

Pour Mme Mutaviri, les opportunités offertes par un marché aussi vaste sont enthousiasmantes, notamment du fait des avantages liés à la normalisation des procédures d’exportation. Sa préoccupation majeure concerne les barrières tarifaires et non-tarifaires auxquelles son entreprise est confrontée.

« Ce sont principalement les obstacles non-tarifaires qui nous gênent, comme l’acquisition de licences ou l’obtention des permis nécessaires à la vente de nos produits. Ce processus peut prendre jusqu’à trois semaines et affecte la compétitivité de nos exportations », a-t-elle expliqué à Afrique Renouveau.

Deux acteurs clés de la ZLEC, l’Union africaine et la Commission économique pour l’Afrique, continuent d’affirmer que des mécanismes seront mis en place pour éliminer ces barrières tarifaires et non-tarifaires.

Mais, selon Mme Mutaviri, la lourdeur des exigences douanières et les délais administratifs et bureaucratiques aux points d’entrée continuent d’occasionner des retards de sept jours ou plus. Pour accélérer le dédouanement des marchandises, elle se dit favorable aux postes frontières à guichet unique pour harmoniser la vérification des documents d’exportation et accélérer les procédures administratives.

Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le poste-frontière à guichet unique permettrait d’absorber différents organes de contrôle aux frontières dans une seule agence. Cela permettrait notamment de réduire les délais de transit pour les négociants ou les transporteurs. Il sera alors possible de mieux gérer les ressources et actifs disponibles, et ce à moindre coût, tout en améliorant la compétitivité des produits grâce à la réduction des temps de traitement —ce qui, selon l’OMC, se traduira par une diminution des coûts.

Selon Mme Mutaviri, les accords commerciaux existants, comme ceux qu’appliquent l’Union douanière d’Afrique australe et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, n’ont pas réduit les obstacles au commerce. En l’absence d’agences de notation de crédit suffisamment fiables ou de dispositifs d’assurance-crédit, l’importance du risque de crédit pour le trafic transfrontalier reste un obstacle majeur pour le commerce.

« Le fait d’exporter depuis une économie basée sur le dollar américain vers des marchés dont les devises sont plus faibles empêche nos prix d’être compétitifs, alors même que la concurrence d’acteurs régionaux ou extérieurs à la région se fait ressentir », note Mme Mutaviri.

Même si elle est favorable à une zone de libre-échange, Mme Mutaviri redoute un regain de concurrence de la part d’autres économies africaines dès lors que l’écart de compétitivité régionale du secteur agroalimentaire zimbabwéen est actuellement estimé à seulement 38%.

Mme Mutaviri note que les programmes d’industrialisation mis en place dans divers pays africains peuvent faire hésiter les gouvernements à ouvrir leurs frontières et elle espère que la zone de libre-échange tiendra compte des différents niveaux d’industrialisation des États membres.

« Si on les laisse faire, les économies plus fortes ou plus importantes détermineront les conditions de mise en œuvre des réformes, et ce sont les économies plus petites qui devront s’adapter. Les structures de gouvernance de la ZLEC doivent donc s’assurer que les économies moins développées sont équitablement représentées », explique-t-elle.

Mme Mutaviri note enfin que les problèmes d’infrastructures peuvent aussi constituer un obstacle de taille. Selon le Groupe de la Banque africaine de développement, les infrastructures africaines nécessitent des investissements à hauteur de 93 milliards de dollars par an pour les dix prochaines années. Pour les experts, trouver des sources de financement pour de tels montants ne sera pas chose aisée. Et sans infrastructure solide, notamment dans les transports, une zone de libre-échange aura du mal à se concrétiser.    

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