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Le rôle du secteur privé dans la mise en œuvre des ODD

Le rôle du secteur privé dans la mise en œuvre des ODD

Pacte mondial des Nations Unies : édification de réseaux avec les partenariats public-privé dans le monde entier
Afrique Renouveau: 
Lise Kingo (centre), Executive Director of the United Nations Global Compact  at the UN Global Compact Board Meeting in New York, USA. Photo: UN Global Compact
Lise Kingo (au centre), Directrice exécutive du Pacte mondial de l’ONU. Photo: Photos ONU
Le Forum du secteur privé 2017 parrainé par l'ONU, qui se tiendra à New York en septembre prochain, réunira des PDG d'entreprises, des capitaines d'industrie, des chefs d'État et de gouvernement, des représentants de l'ONU et de la société civile pour étudier les partenariats et d'autres moyens pour le secteur privé de financer les ODD. Afrique Renouveau a contacté Lise Kingo, directrice exécutive du Pacte mondial (qui mobilise un mouvement mondial des entreprises durables) pour discuter du rôle des partenariats public-privé en Afrique.

Afrique Renouveau : Pour réussir, un programme de développement durable exige  des partenariats entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile, notamment. Des partenariats reposant  sur des principes et des valeurs établis. En quoi  le Pacte mondial constitue-t-il un élément moteur de ce programme ?

Mme Kingo : L'Agenda 2030 pour le développement durable est un véritable programme de transformation et d'unification, car il nous fournit un plan directeur et un plan d'action pour un monde meilleur. Aucun secteur ne peut à lui seul  réaliser  les ODD, et le secteur privé partage les mêmes intérêts et objectifs que les gouvernements en ce qui concerne la création de sociétés et de marchés plus résilients et prospères, car les entreprises ont également besoin de sociétés stables pour prospérer.

Comment votre organisation intervient-elle ?

Avec le  Pacte mondial, nous voulons créer un mouvement mondial pour les entreprises durables et les parties prenantes. Nous voulons commencer par  nous assurer que nos 9 000 entreprises signataires adoptent et intègrent nos dix principes — dans les domaines des droits de l'homme, du travail, de l'environnement et de la lutte contre la corruption — dans leurs stratégies et leurs opérations. Et avec notre campagne « Making Global Goals Local Business », nous incitons les entreprises à accélérer leur impact sur les ODD dans des  domaines tels que l'innovation technologique, les nouveaux modèles commerciaux  et les partenariats.         

Le Forum du secteur privé 2017 parrainé par l'ONU qui aura lieu en septembre examinera  le rôle du secteur privé dans la mise en œuvre des ODD. Selon vous, quel est ce rôle ?

Le secteur privé dispose d'un pouvoir d'innovation et a la capacité de créer un grand nombre de solutions nécessaires pour répondre aux défis auxquels le monde est aujourd'hui confronté. Toutefois, avec moins de 5 000 jours pour répondre aux ODD, il nous faut  mobiliser les entreprises pour qu'elles intensifient considérablement leur impact . Les entreprises doivent être plus nombreuses à accélérer leurs investissements et activités commerciales pour atteindre les objectifs mondiaux.

Cette année, le Forum du secteur privé portera sur un moteur essentiel du développement durable : le financement des ODD. De nouveaux produits et instruments financiers  alliant  l'aide au développement aux  investissements publics et privés peuvent éliminer certains des risques associés aux investissements privés produisant un rendement  à long terme.

Les gouvernements africains recherchent très activement des partenariats avec le secteur privé dans le cadre de divers projets, ce que l'on appelle les partenariats public-privé (PPP). Quel bénéfice le continent peut-il tirer de ces partenariats et quels sont les difficultés ou les risques possibles que les gouvernements doivent prévoir ?

Les partenariats public-privé sont en mesure de promouvoir et de stimuler l'innovation et de faire appel à de nouvelles technologies pouvant ensuite être étendues ou reproduites pour élargir leur  impact . En Afrique,par exemple, le secteur des télécommunications mobiles  s'est  non seulement illustré par ses innovations propices au  développement avec le transfert de fonds par téléphone et l'utilisation de la technologie mobile pour faire progresser la santé et l'éducation, mais aussi par ses  partenariats avec les gouvernements visant à élargir l'ampleur de ces initiatives  pour ensuite reproduire ces modèles dans d'autres pays africains.

Comment ?

En 2030, environ 60% des Africains vivront dans les villes et, dans certains pays, jusqu’à 80% de la population. Pour les partenariats public-privé, cette urbanisation rapide est une excellente occasion d'investir dans la création de villes plus durables, de nouvelles possibilités d'emploi grâce à l'innovation, l'entrepreneuriat et l'amélioration des systèmes de santé et d'assainissement. 

Pouvez-vous donner un exemple ?

Au cours de la dernière décennie, les partenariats public-privé ont permis de rénover les infrastructures de transport en Éthiopie, en Tanzanie et au Nigéria, reliant des millions de personnes dans les villes et fournissant des moyens de transport plus efficaces sur le plan énergétique. Cependant, en l'absence de  mesures incitatives ciblées et d'objectifs de connectivité à l'extérieur des centres urbains, les ruraux — particulièrement les femmes, les filles et les personnes âgées – peuvent être laissés pour compte, augmentant ainsi l'inégalité économique et l'exclusion sociale au sein des pays tout en contribuant à la surpopulation dans les zones urbaines.

Comment l'Afrique peut-elle surmonter cela ?

Les partenariats public-privé doivent tirer parti de l'innovation et des connaissances  locales. Bon nombre des partenariats que nous voyons en Afrique font aujourd'hui appel à de grandes entreprises nationales ou multinationales qui entreprennent  des projets coûteux de grande envergure. Cependant, il existe un marché d'innovation inexploité en Afrique avec des solutions durables à l'échelon local répondant déjà à de nombreux besoins infrastructurels et sociaux que  le bon partenaire doit pouvoir permettre de  développer. 

À l'avenir, quel sera le principal objectif du Pacte mondial en Afrique ?

Nous avons lancé notre Stratégie Afrique en 2014. Elle mettait l'accent sur le rôle du secteur privé pour ce qui est de répondre aux besoins d’infrastructure de l’Afrique et de créer un contexte favorable au développement du secteur privé, sensibiliser  aux pratiques commerciales responsables et à la recherche  d'un consensus par l'intermédiaire de partenariats gouvernementaux et institutionnels clés.

Cette stratégie pour l'Afrique a été une première étape. Nous admettons  que nous devons en faire plus sur le continent, notamment en matière de renforcement de la capacité de nos réseaux locaux et de leur aptitude à atteindre les objectifs ambitieux énoncés dans l'Agenda 2030 et l'Agenda 2063 de l'Union africaine.

Sur quoi travaillez-vous actuellement en Afrique ?

Nous construisons de solides réseaux locaux institutionnels du Pacte mondial qui visent à soutenir pleinement les entreprises locales et les filiales de multinationales qui contribuent à l'Agenda 2030.

En septembre, nous lancerons un réseau local en République démocratique du Congo, qui sera notre 11e réseau en Afrique. Les autres se trouvent en Égypte, au Kenya, au Malawi, au Maroc, au Nigéria, en Afrique du Sud, au Soudan, en Tanzanie, en Tunisie et en Ouganda.  À mesure que nous développons notre présence dans la région, nous découvrons un potentiel inexploité dans notre capacité à identifier les liens transfrontaliers entre les réseaux et les entreprises en Afrique.