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Nouvelle ère pour les médias

Août - Novembre 2019

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Nouvelle ère pour les médias

Bienvenue aux médias numériques, tweets, blogs et à une pléthore de nouvelles voix
Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
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Des journalistes couvrant une réunion de l’Union africaine. Photo: Union africaine

Le numérique a bouleversé le paysage médiatique. L’information circule à la vitesse de la lumière : tweets, blogs ou journalisme citoyen, autant de pratiques encore peu répandues il y a quelques années.

La fibre optique a révolutionné l’industrie des télécommunications. L'Internet est de plus en plus rapide et abordable, et les collectivités qui se connectent, même depuis des zones reculées d’Afrique, sont plus nombreuses que jamais, tout comme les personnes qui consomment l’information sur leur smartphone. 

Les médias traditionnels en Afrique tentent de s’adapter au nouveau paysage médiatique plus immédiat et interactif. Le journalisme d’opinion connaît en particulier une croissance exponentielle. Blogueurs et journalistes citoyens se mobilisent pour de multiples causes.   

Si la technologie a changé le mode de fonctionnement des médias au cours des 15 dernières années, la société ne s’attend pas moins à ce qu’ils jouent leur rôle traditionnel, à savoir informer, éduquer et divertir. 

En Afrique, leur mission est encore plus cruciale : approfondir et institutionnaliser la démocratie. Les citoyens ont d’autant plus besoin d’être informés que les nations endossent de nouvelles responsabilités dans un monde globalisé.

« Les médias jouent un rôle fondamental dans le développement de la société. Les citoyens doivent pouvoir s’appuyer sur des informations fiables capables d’enrichir le débat et de susciter des échanges pertinents susceptibles de transformer l’Afrique », affirme Eric Chinje, Responsable de l’African Media Initiative (AMI), une organisation panafricaine basée à Nairobi.

Selon M. Chinje, les médias doivent avoir le sentiment qu’ils sont utiles à la société. « Les journalistes se considèrent comme des garde-fous. Au contraire, je considère les médias comme des leaders. Un garde-fou est assis et surveille un leader se lève et prend les devants. Vous devez aller de l’avant et faire votre travail », a déclaré M. Chinje à Afrique Renouveau. « L’Afrique se modernise et a besoin d’un journalisme qui innove et soutient l’innovation qui non seulement se développe, mais qui favorise également la croissance et le développement de la société qui ne génère pas uniquement des idées sources de transformation sociale, mais qui nourrit les débats sur le sujet. »

Le 3 mai 2016, la Journée mondiale de la liberté de la presse soulignait le lien entre cette liberté et le développement durable, suite à l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD).

« Des médias libres et indépendants qui informent les citoyens du monde sont indispensables à la réalisation des ODD, a déclaré Irina Bokova, la Directrice générale de l’UNESCO. En cette période troublée à travers le monde et alors que de nouveaux défis nécessitent une coopération à l’échelle mondiale, une information lisible, fiable et indépendante est plus que jamais indispensable. »

« Des médias libres et indépendants ... un moyen indispensable d’éradiquer la corruption et de renforcer la responsabilité administrative », affirme John Mukum Mbaku, chercheur dans le cadre de l’Initiative sur la croissance de l’Afrique de la Brookings Institution, think-thank basé aux États-Unis, qui oeuvre pour un développement économique durable en Afrique.

« Les rapports d’enquête sur la corruption dans le secteur public informent les citoyens, mais incitent également le gouvernement à prendre les mesures nécessaires afin d’améliorer le fonctionnement du secteur public et de renforcer la croissance et le développement », a déclaré M. Mbaku à Afrique Renouveau.

A titre d’exemples, lors de l’élection présidentielle de 2015 au Nigéria, les médias ont diffusé les messages de l’opposition à la population qui a ainsi pu réclamer des comptes au gouvernement, tandis qu’au Ghana, le journaliste d’investigation Anas Aremeyaw Anas, a révélé des dizaines d’affaires de corruption et de crime organisé.

L’augmentation du nombre d’affaires exposées au grand jour par les journalistes d’investigation à travers le continent, y compris dans des pays autoritaires, incite les gouvernements à la vigilance. Au Kenya, en Afrique du Nord, en Afrique du Sud, les médias se font particulièrement entendre quand il s’agit d’informer les citoyens et de dénoncer les travers de la société.

M. Chinje pense néanmoins que beaucoup reste à faire : « Rares sont les cas qui se distinguent dans la profession. De temps en temps, on repère une ou deux bonnes histoires, mais c’est loin d’être représentatif. Les médias doivent contribuer au renforcement des moyens que l’AMI tente d’apporter à travers la formation. La technologie a fait évoluer les médias, mais pas les rédacteurs en chef. Tout a changé, le domaine politique et social, ainsi que les populations. Mais les médias n’ont pas repensé leur fonction dans une Afrique en pleine mutation », ajoute M. Chinje qui propose un plus large débat au sein des médias afin qu’ils « redécouvrent » leur rôle dans la société.

Bien que certains remettent en question l’importance des médias, les nombreux défis auxquels ils sont confrontés en Afrique menacent les acquis.

Les médias numériques ont été bien accueillis sur l’ensemble du continent, mais l’adaptation aux nouvelles technologies représente un défi pour de nombreux organes de presse. Avec une connexion à Internet peu fiable et un matériel désuet, les journalistes n’ont pas accès à des outils essentiels. Ils doivent au mieux se contenter de systèmes inadéquats qui peuvent compromettre la qualité de leur travail dans un monde numérique.

Toutefois, selon M. Chinje, le plus grand défi pour les journalistes en Afrique reste leur incapacité à faire leur travail. «Vous ne pouvez pas informer si vous n’êtes pas informé,» affirme-t-il. « Beaucoup n’ont pas la formation adéquate pour interpréter des données qui requièrent des méthodes pointues. »

Faute d’indépendance financière, les organes de presse du continent ont toujours fait face à un manque de moyens et restent dépendants du bon vouloir de la publicité gouvernementale qui constitue la majorité de leurs ressources. La moindre critique pourrait entraîner l’annulation d’annonces valant des milliers de dollars, le gouvernement et ses agences étant les plus grands annonceurs dans de nombreux pays. 

Les gouvernements envoient souvent des communiqués de presse élogieux qui vantent leurs exploits, tandis que les journalistes s’efforcent de décrypter leurs contradictions.

Les médias traditionnels (journaux, TV, radio) en Afrique et dans le monde perdent de l’influence et des revenus avec la baisse des recettes publicitaires car le public se tourne vers les contenus numériques gratuits.

Parce que de nouveaux médias courageux se font entendre et dénoncent la corruption, l’ensemble de la presse en Afrique est menacé et les médias sont censurés voire supprimés. 

Le Nigéria a par exemple tenté sans succès cette année d’adopter un projet de loi imprécis, qui prévoyait des sanctions draconiennes à l’encontre des médias sociaux qui avaient le malheur de publier des informations erronées. Le Tchad, le Congo Brazzaville et l’Ouganda ont bloqué les médias sociaux pendant les élections, et un pays pourtant démocratique comme le Ghana a failli faire de même. 

Au Libéria, le gouvernement a fermé la chaîne de radio privée Voice FM. En 2015, des journalistes en mission ont été tués en République Démocratique du Congo, au Ghana, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud. Les menaces et attaques qui émanent des gouvernements, de groupes armés ou de terroristes augmentent les risques pour les journalistes. 

Sans contrôle éditorial, l’information des médias numériques n’est pas vérifiée et de fausses rumeurs se propagent. Les affaires de corruption et autres malversations commises par des agents de l’Etat se répandent comme une traînée de poudre sur Internet, ce qui rend les gouvernements encore plus réticents à accorder des interviews à la presse. 

Au-delà de la censure, les organes de presse peinent à accomplir leur mission car ils sont confrontés à des infrastructures d’impression et de distribution inadaptées voire inexistantes, une mauvaise connexion Internet et une formation insuffisante des professionnels des médias, affirme M. Mbaku.

Aller de l’avant

Afin d’élaborer de nouvelles stratégies pour surmonter les obstacles, la presse doit s’adapter aux exigences des sociétés. 

La stratégie de survie primordiale consiste à migrer vers le mobile et l’Internet, et à générer du contenu dans les langues locales accessible à la majorité des citoyens. Mises à part quelques publications en arabe en Afrique du Nord et en swahili en Afrique orientale, la plupart des médias utilisent l’anglais, le français, l’espagnol ou le portugais, des langues que ne maîtrisent pas la plupart des citoyens. 

Les médias et le gouvernement peuvent être en désaccord dans de nombreux pays africains, la presse est toujours considérée comme le « quatrième pouvoir ». « Le gouvernement et les médias sont les deux faces d’une même pièce. S’ils se battent, ils détruisent la pièce », relève M. Chinje. « Le gouvernement élabore des politiques publiques qui devraient être relayées par les médias afin d’enrichir le débat et d’optimiser leur mise en œuvre pour le bien de la société. » 

Les gouvernements africains doivent permettre aux médias de fonctionner comme un outil au service du développement et de la coexistence pacifique. Selon M. Mbaku, cet objectif ne peut être atteint que si la liberté de la presse bénéficie d’une garantie constitutionnelle et que les obstacles qui l’empêchent de mener à bien sa mission sont supprimés.

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