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Face aux rigueurs du climat

Août - Novembre 2019

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Face aux rigueurs du climat

…les femmes peuvent aussi aider à en réduire les effets
Eleni Mourdoukoutas
Afrique Renouveau: 
Women carry jerry cans of water from shallow wells dug from the sand along the Shabelle River bed, following a drought in Somalia. Photo: Reuters/Feisal Omar
Des femmes avec des bidons d’eau le long de la rivière Shabelle, Somalie. Photo: Reuters/Feisal Omar

Les impacts visibles du changement climatique en Afrique - la déforestation, les inondations, la sécheresse, l’érosion des sols, les tempêtes côtières et les variations climatiques - sont flagrants, autant que son  impact sur les femmes. 

En Afrique subsaharienne, notamment dans les zones arides et la région du Sahel, où le changement climatique aggrave la pauvreté, les femmes sont touchées de manière disproportionnée en raison de leurs liens étroits avec l’environnement. 

Selon les  experts,  le changement climatique affecte surtout ceux qui dépendent principalement  des ressources naturelles et dont les moyens de subsistance sont sensibles aux variations climatiques - dont beaucoup sont des agricultrices pauvres. Selon un rapport de 2015 produit par le Département des affaires économiques et sociales (DAES) de l’Organisation des Nations Unies, environ les deux tiers de la main d’œuvre féminine dans les pays en développement sont impliqués dans le travail agricole, et ce nombre est plus élevé dans les zones rurales d’Afrique. 

Recherche de l’eau

Les ressources naturelles se font de plus en plus rares en raison du changement climatique, ce qui présente des défis supplémentaires pour les femmes. Par exemple, en zone rurale au Sénégal, les saisons de pluies sont plus courtes qu’auparavant et on a enregistré une baisse de 35 % du total des précipitations au cours des deux dernières décennies. En conséquence, les femmes parcourent des distances plus longues pour aller chercher de l’eau destinée à la boisson, la cuisine et le ménage, selon une étude  menée  par l’Organisation des femmes pour l’environnement et le développement (WEDO), un groupe qui promeut l’égalité des sexes et l’intégrité de l’environnement.

Parcourir de longues distances est physiquement épuisant, et cela peut prendre jusqu’à 20 heures ou plus par semaine pour localiser l’eau potable, vérifier régulièrement les niveaux d’eau dans les puits établis et, enfin, la transporter à la maison. En Afrique subsaharienne rurale, 37 % de la population vit à 30 minutes au moins d’une source d’eau potable, selon le DAES. 

La plupart des femmes africaines prennent également soin de leurs enfants, des personnes âgées et des personnes en mauvaise santé. Ces responsabilités peuvent prendre environ cinq heures par jour. Les effets des changements climatiques, en particulier la sécheresse, les inondations et les  modifications du régime des précipitations, rendent ces tâches encore plus ardues.

Au Kenya, par exemple, les personnes vivant autour du mont Kenya ont remarqué que la neige a presque disparu du sommet de la montagne. Cela signifie moins d’eau pour l’agriculture et pour d’autres usages agricoles, ainsi que pour les villes et les zones urbaines en aval. En conséquence, les femmes kényanes peuvent parcourir des kilomètres à la recherche de l’eau pour l’usage domestique. Les personnes qui vivent autour du mont Kilimandjaro en Tanzanie sont confrontées à des problèmes similaires.

Le changement climatique affecte les femmes africaines de nombreuses autres façons. Bien qu’elles utilisent régulièrement des ressources naturelles, elles ont peu ou pas de droits de propriété. Au Mali, où plus de 50 % des femmes sont impliquées dans l’agriculture, seulement 5 % sont propriétaires en titre, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Même dans les pays qui se portent relativement bien sur le plan économique, comme le Botswana et le Cap-Vert, seulement 30 % des femmes possèdent légalement une terre, bien  que  50 % d’entre elles environ soient  impliquées dans l’agriculture.

Asa Torkelsson, Conseillère en autonomisation économique au bureau régional d’ONU-Femmes pour l’Afrique orientale et australe, affirme qu’on rapporte même des cas de demandes de sexe en échange de l’accès aux sources d’eau ou au bois de chauffage. 

En outre, dit Mme Torkelsson, les femmes qui vont à la recherche de l’eau et du bois de chauffage se trouvent souvent vulnérables à d’autres égards. « Il existe d’autres situations de violence, ou tout au moins des provocations à l’encontre de la propriété des femmes en ce qui concerne  leur propre corps », a confié Mme Torkelsson à Afrique Renouveau. 

Faire face aux catastrophes

Avec un accès minimal à l’information et une mobilité limitée en dehors de leurs domiciles, les femmes sont 14 fois plus susceptibles que les hommes de mourir lors de catastrophes naturelles, signale la Banque africaine de développement (BAD). 

Le changement climatique a également provoqué le déplacement de leur foyer de nombreuses femmes, faisant ainsi d’elles des personnes déplacées ou des réfugiées transfrontières. Des conditions météorologiques extrêmes, en particulier les sécheresses, l’assèchement des bassins fluviaux en Afrique australe et orientale et les inondations et l’élévation du niveau de la mer en Afrique de l’Ouest, ont contraint de nombreuses femmes à migrer, selon le Centre international d’information sur les catastrophes.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les femmes et les adolescentes sont les réfugiées les plus vulnérables, car elles  risquent davantage  d’être victimes de trafic à des fins sexuelles lorsqu’elles  se déplacent  dans un pays étranger et d’être victimes de violence fondée sur le sexe pendant qu’elles séjournent dans des camps de réfugiés. 

Leila Abdulahi, 25 ans, réfugiée somalienne qui est arrivée dans le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, après la sécheresse de 2011, raconte son expérience à ONU-Femmes en 2014 : « Nous avons peur d’aller chercher du bois dans la forêt. Des bandits nous attaquent dans nos propres fermes et nous violent. Si j’avais de l’argent, j’achèterais simplement du bois de chauffage plutôt que d’envoyer ma fille en chercher dans la forêt. »

Opportunités 

Tout comme les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les effets du changement climatique, elles jouent également un rôle crucial dans la prévention des changements climatiques, au moins à faible échelle, et aident même leurs communautés à s’y adapter.

« Les femmes sont en fait capables de changer la donne dans le domaine du changement climatique en contribuant de manière active et en prenant des initiatives », explique Rahel Steinbach, Administratrice de programme à la Division de la technologie, de l’industrie et de l’économie (DTIE) du Programme des Nations Unies pour l''environnement (PNUE). 

Mme Steinbach ajoute que les femmes peuvent mettre des sources d’énergies renouvelables et rentables  à la portée de ceux qui en ont besoin grâce à l’entrepreneuriat, un objectif qui est promu par le biais d’une nouvelle initiative d’ONU-Femmes et du PNUE baptisée Entrepreneuriat féminin pour le développement durable.

Ce programme sera mis en œuvre à l’échelle mondiale, mais il démarrera dans six pays, dont deux  d’Afrique : le Maroc et le Sénégal. Les autres pays sont la Bolivie, l’Inde, l’Indonésie et le Myanmar. Il formera les femmes en technologies énergétiques durables et montrera aux  femmes entrepreneurs comment accéder à des financements.

De même, une entreprise sociale basée en Ouganda et qui a pour nom Solar Sister (Soeur solaire) travaille avec 1 500 femmes au Nigéria, en Tanzanie et en Ouganda pour distribuer du matériel solaire en Afrique rurale, où les lampes à pétrole sont  largement  utilisées. Cette initiative a pour objet d’amener les femmes à soutenir le développement durable, ainsi qu’à s’assurer  un revenu, en particulier lorsque  les conditions climatiques sont imprévisibles. 

Les femmes achètent des lampes, des chargeurs de téléphones et des panneaux solaires à faible coût, puis les revendent  et empochent la différence, qui peut se situer entre  10 et 200 dollars par mois.   

De la perte au bénéfice

Un autre programme conjoint d’ONU-Femmes et du PNUE, intitulé « L’autonomisation des femmes grâce à une agriculture résiliente aux changements climatiques, permet aux agricultrices d’utiliser de nouvelles techniques et technologies, en particulier des semences résilientes, pour permettre à l’agriculture de mieux résister à des cycles irréguliers de sécheresse et d’inondations, déclare Seemin Qayum, Conseillère pour les questions de  développement durable  auprès d’ONU-Femmes.

Le programme concerne également les pertes de cultures causées par l’absence  de marchés et d’installations de stockage appropriées. Le but est de faire en sorte  que les produits agricoles finissent par atteindre de plus grands marchés, et pas seulement les marchés locaux, où les bénéfices seront plus élevés. 

Au Kenya, par exemple, entre 30 % et 40 % des rendements sont  perdus en raison du manque de stockage approprié après la récolte. Pour les mangues, les pertes s’élèvent jusqu’à 60 %. 

Le PNUE et ONU-Femmes collaborent maintenant avec la Fondation Rockefeller et d’autres partenaires pour voir comment l’on pourrait résoudre le problème du stockage des récoltes et rechercher des technologies soutenables sur le plan climatique qui permettront aux  femmes  de transformer les pertes en gains et assureront la sécurité financière des ménages.

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