Comblons l’écart entre besoins et ressources humanitaires

Avril - juillet 2019

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Comblons l’écart entre besoins et ressources humanitaires

— Stephen O’Brien
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
Stephen O’Brien, United Nations under-secretary-general for humanitarian affairs and emergency relief coordinator. Photo: AR/Paddy Ilos
Stephen O’Brien, United Nations under-secretary-general for humanitarian affairs and emergency relief coordinator. Photo: AR/Paddy Ilos
Stephen O’Brien est Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence. En mai 2016, à Istanbul, en Turquie, il a supervisé le premier sommet mondial humanitaire dans le cadre duquel les représentants de 173 pays, ainsi que des ONG, du secteur privé et de la société civile, se sont réunis pour tracer une nouvelle voie pour l’aide humanitaire mondiale. Dans cet entretien avec Franck Kuwonu d’ Afrique Renouveau, M. O’ Brien livre ses réflexions sur le sommet.

Afrique Renouveau : Quelle est votre évaluation globale du sommet ? L’ONU a-t-elle atteint ses objectifs ?

Stephen O’Brien : La réunion a été très animée et a dépassé toutes les attentes elle a aussi abouti à des résultats concrets. Je suis ravi qu’elle nous ait permis de mobiliser la volonté politique d’aller de l’avant.

Avant le sommet, vous aviez dit que les besoins humanitaires dans le monde étaient trop importants et qu’il fallait les réduire. 

Aujourd’hui, il y a en tout 100 à 135 millions de personnes dans le monde qui sont dans le besoin. Ce nombre correspond environ à la population d’un pays comme le Japon qui est le 11ième ou 12ième plus grand pays au monde. Ces gens n’ont pas de drapeau, ils n’ont pas d’État. Ils disposent de peu d’argent. Ils vivent dans une extrême vulnérabilité et dans des conditions très difficiles. Donc il est vraiment important d’avoir à l’esprit le fait que si le nombre de ceux qui sont dans le besoin continue d’augmenter, les ressources disponibles actuellement ne suffiront pas. Cet écart doit être comblé. Soit nous réduisons les besoins, soit nous augmentons la quantité de ressources disponibles, soit nous adoptons  les deux solutions.

Quelle est la plus probable ?

Nous devrions chercher à adopter les deux solutions parce que même si nous réduisons le nombre de conflits dans le monde, les besoins humanitaires continueront d’augmenter. Je pense à la Syrie, à l’Irak, au Yémen ou au Soudan du Sud aujourd’hui. Quatre-vingt pour cent des besoins humanitaires dans le monde sont dus à des conflits causés par l’homme. Donc, plus nous pourrons mettre fin aux conflits ou les résoudre, mieux cela vaudra.

Il serait possible d’alléger le fardeau humanitaire si l’on  empêchait ou résolvait les conflits, entend-on souvent dire. Le sommet a reconnu que la volonté politique est essentielle pour prévenir et mettre fin aux conflits. La volonté politique seule suffit-elle ? 

La chose la plus difficile dans toute réunion est de susciter la volonté. Mais à la différence de  la plupart des sommets, où l’on cherche à mobiliser des fonds, le présent sommet a eu pour objet de susciter la volonté politique de faire avancer le Programme d’action pour l’humanité, énoncé dans le rapport du Secrétaire général de l’ONU avant le sommet. Nous disposons donc d’un vrai plan pour répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables.

Il a aussi été question d’assurer un plus grand respect des droits de l’homme et du droit humanitaire. Cependant, comment un plus grand respect des droits de l’homme et du droit humanitaire pourrait influer sur la situation humanitaire ? 

Il faut bien commencer quelque part, et l’un des principaux préalables est la volonté. Nous savons bien que, souvent, ces lois sont violées en toute impunité. Nous devons faire en sorte  de mettre un terme à cette impunité. Et pour ce faire, nous avons besoin de la volonté de ceux qui ont adhéré à ces obligations pour  que ces violations soient dénoncées  et, le cas échéant, punies.

Le sommet étant terminé, qu’est-ce qui a vraiment changé pour un réfugié syrien dans un camp en Asie ou ailleurs en Europe, ou au Sud-Soudan, au Mali, au Niger ou au Tchad ?

Tout d’abord, vous admettrez le fait que les pays du monde se sont  réunis pour mettre les affaires humanitaires au premier plan des préoccupations. Deuxièmement, vous reconnaîtrez qu’il peut se passer des choses bien précises lors d’un sommet, comme par exemple le fait que nous faisions en sorte d’avoir  l’engagement voulu et de disposer des  fonds nécessaires pour l’éducation et l’aide d’urgence. Souvent, ce sont les enfants des personnes déplacées qui ne reçoivent pas d’éducation. Nous avons également assisté à l’adoption d’une charte à l’intention des  personnes  handicapées  pour veiller à ce qu’elles reçoivent  aussi une aide humanitaire qui réponde  à leurs besoins. Ce sont donc quelques-uns des éléments concrets qui sont sortis du sommet. Ce sont des interventions importantes pour quiconque a actuellement besoin d’aide humanitaire.

Quand les engagements pris déboucheront-ils sur des mesures concrètes ?

J’espère que dans les prochaines semaines ou les prochains mois, nous aurons des adeptes qui  mèneront  la charge afin d’opérer les changements nécessaires pour que nous puissions tenir au mieux nos engagements  humanitaires. Il faut s’attendre à voir un réel changement dans la qualité et la quantité de l’aide humanitaire que nous sommes en mesure de fournir. Nous serons en mesure de travailler beaucoup mieux en collaboration avec nos partenaires du développement et avec l’ensemble de ce qu’on appelle  maintenant  un écosystème, au-delà de la famille des Nations Unies, y compris avec ceux qui contribuent de façon significative aux actions humanitaires.

Le Secrétaire général de l’ONU a dit qu’il était déçu par l’absence des dirigeants occidentaux. Pourtant, la plupart de leurs pays sont d’importants contributeurs financiers pour les interventions humanitaires. Leur absence a-t-elle eu un effet sur  les résultats du sommet ? 

Je ne pense pas, parce que  173 pays sur les 193 pays reconnus par les Nations Unies  y ont assisté. Cinquante-cinq chefs d’État et de gouvernement étaient présents. Nous avons été très heureux que la chancelière allemande, Angela Merkel, représentant les pays du G7, ait été en mesure d’assister au sommet et d’apporter une contribution très importante. Elle a en fait formulé  une grande partie de la réflexion qui a conduit l’Allemagne à se montrer si généreuse en accueillant autant de réfugiés récemment.

Fournir une assistance en temps opportun aux populations dans le besoin nécessite des fonds, mais les demandes de financement sont rarement satisfaites dans leur intégralité. Comment se fait-il que, face à la souffrance humaine, il semble qu’il n’y ait pas assez de générosité pour sauver des vies ? 

Je pense sincèrement que les citoyens du monde croient en l’apport d’un soutien humanitaire aux personnes gravement dans le besoin, où qu’elles soient, quelles qu’elles soient, et quelle que soit l’origine de leur besoin. Mais, bien sûr, même avec la générosité accrue du monde en faveur de l’action humanitaire, nous constatons que l’écart s’est creusé parce que les besoins deviennent  exponentiels. S’il est vrai que le monde est généreux, sa générosité ne suffit toutefois pas pour répondre aux besoins. Nous devons donc veiller à combler cet écart. C’est la raison pour laquelle il est aussi important de réduire  la demande  que de s’efforcer d’augmenter les ressources disponibles.

Le sommet semble s’être mis d’accord sur un « grand compromis ». ? 

C’est une sorte de conversation informelle qui a eu lieu entre un certain nombre de donateurs, des représentants de ceux qui étaient intéressés, les fournisseurs de l’aide humanitaire du système des Nations Unies et d’autres organismes ou entités telles que le Comité international de la Croix-Rouge. En échange d’une plus grande efficacité, productivité et transparence dans l’utilisation des ressources disponibles, nous devrions nous attendre à un financement pluriannuel.

Selon le Secrétaire général, le sommet a constitué un tournant décisif et non pas une fin en soi. Les prochaines grandes étapes ? 

Alors que nous  préparions  le sommet qui devait réunir  9 000 participants, j’ai dit  que ce serait un point de départ, un tournant décisif. Il s’est révélé être plus que cela il a servi de catalyseur à l’ambition et la détermination d’offrir davantage de ressources  à ceux  qui en ont  besoin. Le Secrétaire général avait évidemment raison. Il s’agit bien d’un tournant décisif qui  a contribué à nous faire prendre mieux conscience de ces besoins, mais aussi à renforcer notre capacité et notre impératif moral de chercher à les satisfaire.

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