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Changement climatique et politiques intelligentes

Décembre 2019 - Mars 2020

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Changement climatique et politiques intelligentes

Des institutions fortes peuvent transformer le rêve d’un continent prospère en une réalité
Dr. Richard Munang
Afrique Renouveau: 
Secretary-General Ban Ki-moon (second left) Christiana Figueres (left), the then Executive Secretary of the UN Framework Convention on Climate Change Laurent Fabius (second right), Foreign Minister of France and President of the UN Climate Change Conferen
Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon (deuxième à gauche) Christiana Figueres (à gauche), Secrétaire exécutive, à l’époque, de la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques Laurent Fabius (deuxième à droite), ministre des Affaires étrangères de la France, président de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique de Paris, à l’époque, et François Hollande (à d

Selon un célèbre proverbe africain, « Quand la musique change, il en va de même de la danse. » Cet adage illustre bien la situation actuelle du continent face aux opportunités qui se présentent à lui et aux  défis qu’il doit affronter en matière de développement et de  gouvernance  en ce 21è siècle. 

Ces dernières années, les dirigeants nationaux ont élaboré de nombreuses nouvelles initiatives de développement. Parmi elles, le programme  d’action d’Addis-Abeba sur le financement durable, le Programme  de développement durable à l’horizon 2030, l’Accord de Paris sur le climat et le    « paquet  de Nairobi » proposé par l’Organisation mondiale du commerce. 

Ces cadres pourraient accélérer le développement du continent, et même réaliser la promesse des Objectifs de développement durable (ODD) au cours des 15 prochaines années. 

Pertes de capital naturel

L’Afrique perd actuellement 68 milliards de dollars  par an en raison de la dégradation de l’environnement, selon Agriculture for Impact, un groupe indépendant qui milite pour les petits exploitants agricoles d’Afrique subsaharienne.

En outre, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) estime que les secteurs environnementaux clés tels que la foresterie, la faune, la pêche et l’exploitation minière subissent des pertes de plusieurs milliards à cause de l’exploitation forestière illégale, du commerce illégal des espèces sauvages, de la pêche non comptabilisée et non réglementée, et des pratiques minières illégales.

En l’absence d’investissements tendant à  éliminer les inefficacités de la chaîne de valeur agricole résultant de l’exploitation  de terres dégradées, l’Afrique perd chaque année entre 4 et 48 milliards de dollars de denrées  alimentaires en plus des 6,6 millions de tonnes de  céréales qu’elle pourrait récolter si les écosystèmes n’étaient pas dégradés. 

Par conséquent, les pays d’Afrique dépensent 35 milliards de dollars par an pour importer  des produits alimentaires, ce qui est à peine suffisant, puisque plus de 200 millions d’Africains ne mangent pas à leur faim, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Toutefois, avec les politiques gouvernementales appropriées, l’Afrique pourrait récupérer ces 35 milliards de dollars et être en mesure de financer des projets de développement et  renforcer la sécurité alimentaire. 

Interventions politiques ciblées 

C’est en promouvant  la durabilité environnementale que l’on pourra régler le problème posé par  la précarité de l’écosystème en Afrique. Il sera pour cela utile d’exploiter durablement le capital naturel de l’Afrique, conseille le PNUE.     

Lors de la sixième Conférence ministérielle africaine sur l’environnement, tenue au Caire, en Égypte, en avril, les experts environnementaux de l’Afrique ont identifié trois principales façons de tirer parti  du capital naturel. La première concerne les politiques, les actions et les partenariats aux niveaux national, régional et mondial visant à inverser les pertes actuelles dues aux écosystèmes dégradés, aux inefficacités de la chaîne de valeur agricole, aux flux financiers illicites et aux infractions liées aux espèces sauvages, à  l’exploitation forestière, à la pêche et à l’exploitation minière. 

En inversant ces pertes, l’Afrique pourrait économiser jusqu’à 150 milliards de dollars par an. Des secteurs tels que ceux des soins de santé et de l’éducation, nécessitant des investissements annuels allant jusqu’à 32 et 26 milliards de dollars respectivement, et les infrastructures, pour lesquelles des investissements de 93 milliards de dollars sont nécessaires chaque année, pourraient éventuellement  y gagner.  

La deuxième façon dont l’Afrique peut exploiter durablement son capital naturel consiste à affecter, encore une fois aux niveaux national et régional, une partie des recettes actuellement tirées du  capital naturel  à la  libération du potentiel des secteurs qui en dépendent. En agissant de la sorte, le continent atteindrait  les cibles de plusieurs ODD. 

Par exemple, les investissements dans l’agriculture axée  sur les écosystèmes et adaptative,  et le recours à  l’énergie propre pour les chaînes de transformation et autres chaînes commerciales ont le potentiel de  soutenir l’agro-industrialisation durable. 

L’énergie propre peut stimuler la transformation durable des produits agricoles dans les zones rurales et, si elle a accès  à un financement abordable et au marché, améliorer les revenus des agriculteurs, faire progresser  la sécurité alimentaire jusqu’à 128 % et créer jusqu’à 17 millions d’emplois le long de la chaîne de valeur. À cela s’ajoute  le renforcement d’un secteur agricole dont la valeur en 2030 pourrait se chiffrer à 1 000 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.

La Banque mondiale estime qu’une augmentation de 10 % des rendements des cultures en Afrique se traduirait par une réduction d’environ 7 % de la pauvreté grâce à la croissance agricole, qui est au moins deux à quatre fois plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans d’autres secteurs. 

La troisième façon dont l’Afrique peut tirer parti des opportunités liées au  capital naturel consiste à cibler les politiques et les actions afin de permettre un ajout de  valeur à ses exportations de capital naturel, au lieu d’exporter des matières premières. Cette mesure accroîtrait les recettes. 

Libérer le potentiel agricole 

Les experts continuent de faire l’éloge des éléments clés de l’Accord de Paris sur le climat, des ODD et de l’Agenda 2063 de l’UA. Ce qui manque cependant, ce sont  des politiques  qui garantissent  que ces éléments feront partie des cadres de développement des différents pays  et, surtout, que leur mise en œuvre sera financée. 

En l’absence de ces politiques et de ce financement, il peut s’avérer difficile de rendre les systèmes alimentaires, modernes, efficaces et respectueux du climat, ainsi que de parvenir à  une croissance économique inclusive. 

En ce qui concerne le besoin pressant de financement, il faudra débattre en profondeur de la manière dont il convient de  lutter contre les flux financiers illicites, principalement attribuables au capital naturel de l’Afrique. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’aide financière consacrée à l’amélioration de l’administration fiscale pourrait sensiblement augmenter les recettes fiscales des pays africains. 

Le potentiel est énorme, mais actuellement  0,07 % à peine de l’aide apportée par  l’OCDE aux pays pauvres sert à  améliorer les systèmes fiscaux. Le renforcement des capacités des négociateurs africains face aux  entreprises multinationales et l’amélioration de la surveillance réglementaire de l’administration fiscale pourraient permettre de lutter contre les flux illicites et de récupérer des fonds pour le développement durable. 

Les pays africains doivent  accorder une place de choix à la mise en œuvre des recommandations de 2015 du Groupe de haut niveau de l’UA sur les flux financiers illicites dirigé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Parmi ces recommandations figurent  la prise de mesures permettant de lutter contre  la criminalité organisée, y compris les crimes environnementaux (environ 33 % des crimes organisés) et la corruption dans le secteur public, qui contribue largement  à faciliter ces sorties d’argent.

En outre, les dépenses fiscales inutiles, sous forme notamment d’incitations à l’exploitation des ressources naturelles, constituent des pertes importantes de revenus, (jusqu’à 4 % du PIB) et facilitent  la fraude. Jusqu’à 65 % des subventions pétrolières en Afrique profitent à 40 % des ménages les plus riches, et alimentent la corruption au sein des  cartels, selon la Banque africaine de développement. 

Les nombreuses ressources naturelles de l’Afrique peuvent transformer le rêve d’un continent prospère en une réalité. Les pays doivent agir rapidement  et renforcer la structure de gouvernance aussi bien qu’adopter et mettre en œuvre des politiques appropriées. Le défi consistera à faire en sorte que les actes parlent plus fort que les  mots.   


Richard Munang est expert  en matière de changement climatique pour l’Afrique et expert en politique de développement  au PNUE, et  Robert Mgendi est  expert en politique d’adaptation. Les opinions exprimées dans le  présent document  n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du PNUE.

  • Afrique Renouveau Août–Novembre 2016

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