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Afrique: la maturité démocratique

Août - Novembre 2019

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Afrique: la maturité démocratique

Les institutions fortes : justice, médias et société civile aident à renforcer le leadership
Kingsley Ighobor
Afrique Renouveau: 
A protester outside the Constitutional Court in Johannesburg, South Africa. Photo: AP Photo/Denis Farrell
Un manifestant devant la Cour constitutionnelle à Johannesburg en Afrique du Sud. Photo: AP Photo/Denis Farrell
Pour ce dossier sur les Objectifs de développement durable (ODD), nous mettons l’accent sur l’ODD 16, qui vise à promouvoir des sociétés en paix et inclusives, à fournir un accès à la justice pour tous et à construire des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux. Nous examinons comment les gouvernements africains gèrent la corruption, les systèmes électoraux, les médias, le système judiciaire, et comment ils font participer la société civile.

D’après les experts, la solution aux problèmes politiques et socio-économiques de l’Afrique se résume en deux mots : bonne gouvernance. Celle-ci  devrait assurer aux 54 pays d’Afrique et à son 1,2 milliard d’habitants, une forte croissance économique, l’éradication de la pauvreté et la prospérité.

Responsabilité, transparence, devoir, équité et État de droit : autant d’éléments qui, selon le Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC), définissent ce qu’est une bonne gouvernance.

Un voyage sans fin

Créé par l’Union africaine (UA), le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) vise  à promouvoir la stabilité politique, la croissance économique et l’intégration, afin de démontrer l’impact d’une bonne gouvernance sur le continent. Tout commence avec les constitutions nationales, reflet des idéaux démocratiques. 

Toujours d’après le MAEP, de nombreux autres facteurs caractérisent une bonne gouvernance : l’efficacité des instances électorales pour assurer des élections libres et justes, le respect de la règle de droit, l’engagement de la responsabilité, la séparation des pouvoirs (notamment l’indépendance de la justice) et le respect des droits des femmes, des enfants et des groupes vulnérables, y compris des populations déplacées et des réfugiés. 

Ces facteurs de bonne gouvernance sont néanmoins largement aspirationnels et d’autant plus difficiles à évaluer concrètement que les pays s’autoévaluent en répondant à un questionnaire.     

La plupart des pays ne peuvent donc que tendre vers cet idéal. L’ONU, la Banque mondiale, l’UA encouragent les États et les citoyens à s’orienter dans cette direction, tandis que d’autres organisations telles que Transparency International (TI), la Banque mondiale ou Afrobaromètre mesurent régulièrement le chemin parcouru.

Le Programme de  développement durable à l’horizon 2030 adopté par l’ONU en septembre 2015 se concentre également sur la bonne gouvernance. Le 16èime Objectif du développement durable (ODD) favorise  par exemple l’avènement de sociétés pacifiques, justes et inclusives tandis que le 5è objectif prône  l’égalité  des sexes et l’autonomisation  des femmes et des filles.

Parallèlement,  la feuille de route de l’UA insiste sur la nécessité de raviver la flamme du panafricanisme - ce mélange d’unité, d’autonomie, d’intégration et de solidarité qui a si bien réussi à l’Afrique au 20è siècle.  L’Agenda 2063 mise sur la bonne gouvernance et énonce 7 objectifs destinés à réinventer l’avenir socio-économique et politique de l’Afrique dans les  50 années à venir. 

La 3ième aspiration de l’Afrique pour 2063 prévoit « Une Afrique où bonne gouvernance, démocratie, respect des droits de l’homme, justice et état de droit sont à l’ordre du jour », tandis que la 6è envisage « Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, qui s’appuie  sur le potentiel de ses populations, notamment celles des femmes et des jeunes, et qui se soucie du bien-être des enfants ».

La plupart des gouvernements annoncent des politiques de bonne gouvernance ces politiques sont ensuite évaluées par TI et d’autres organisations pour éviter qu’elles ne restent  lettre morte.

Mesurer la performance

Classé 28ième sur 167 pays, le Botswana est le meilleur élève de l’indice 2015 de Transparency International qui mesure la perception du niveau de corruption, suivi par le Cap-Vert à la 40ième position. Les pays les moins bien classés sont la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Angola, la Libye et la Guinée-Bissau.

D’après ce classement, les conflits nuisent à la bonne gouvernance. Cependant, la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA) conteste l’utilisation de la « perception » comme indicateur de corruption. « Aucun indicateur unique ne devrait être utilisé », dit Carlos Lopes, Secrétaire exécutif  de la CEA, dans la préface du  4ième rapport sur la gouvernance africaine en 2016. Selon lui, la mesure de la corruption en Afrique devrait inclure des informations relatives aux activités des acteurs internationaux qui se livrent au  rapatriement de capitaux ou au blanchiment d’argent.

L’Indice Ibrahim est un autre instrument de mesure de la gouvernance africaine sur une année. Il prend en compte 90 indicateurs répartis en 14 sous-catégories, 4 catégories et une estimation globale de la qualité de la gouvernance. En 2015, l’Île Maurice figure à la tête du classement, suivie par le Cap-Vert, le Botswana, l’Afrique du Sud, la Namibie, les Seychelles et le Ghana dans cet ordre. La Somalie se retrouve à nouveau en dernière position, derrière le Soudan du Sud, la République centrafricaine et le Soudan.

Les femmes rwandaises 

L’Île Maurice est également classée 32ième sur 189 pays dans Doing Business 2016, la publication phare de la Banque mondiale, soulignant ainsi le lien entre bonne gouvernance et développement économique. En 2013, le pays a confirmé sa réputation de centre d’investissements devant l’Afrique du Sud et s’est même doté d’un ministère des services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles afin de lutter contre la fraude et la corruption. 

Certains pays africains affichent des données impressionnantes sur la participation politique des citoyens, notamment des femmes. Avec 51 sièges sur 80 (63,8%), le Rwanda domine le monde en taux de représentation des femmes au Parlement, d’après un rapport de 2015 de l’Union interparlementaire, l’organisation internationale des Parlements. Le Sénégal arrive en cinquième position, avec 64 sièges sur 150 (42,7%).

Pour l’UA, comme pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la démocratie est le socle d’une bonne gouvernance et une condition sine qua non pour devenir membre. Après le coup d’État militaire au Mali en mars 2012 et en Guinée-Bissau un mois plus tard, la CEDEAO a suspendu les deux pays.

Hormis le Mali et la Guinée-Bissau, les tentatives de coups d’État en Afrique ont diminué d’un tiers selon une étude de la Banque africaine de développement (BAD) publiée en 2012 sur la période de 1970 à 1989 (99 coups d’État) et de 1990 à 2010 (67 coups d’État). La BAD attribue cette diminution – ou cette progression démocratique – à une société civile fortement impliquée (notamment les jeunes et la classe moyenne), un changement de l’environnement international (moins d’ingérence dans les pays africains) et une pression de la part de groupes régionaux tels que la CEDEAO (qui peuvent parfois infliger des sanctions aux régimes militaires).

Le chemin à parcourir

Cependant, l’absence d’élections libres et justes représente une menace pour l’équilibre politique. « Des élections entachées d’irrégularités  que l’on fait passer pour libres, justes et crédibles, contraignent les citoyens à se révolter pour obtenir un changement de régime » écrit Emma Birikorang, maître  de recherches au Centre international Kofi Annan  de formation au maintien de la paix (KAIPTC) à Accra dans un article intitulé « Coup d’État en Afrique : une pratique révolue ? ». 

La série de rapports publiée par The Economist Intelligence Unit évalue l’indice démocratique des pays sur le « processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement ainsi que la participation à la vie politique. » Les gouvernements sont répartis en quatre groupes : les démocraties à part entière, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides, et les régimes autoritaires. 

Les démocraties à part entière sont exemplaires en termes de gouvernance, notamment sur les libertés civiles et la tenue d’élections libres et justes. Les démocraties imparfaites organisent des élections plus ou moins libres et justes mais au faible taux de participation. Les régimes hybrides organisent des élections mais les libertés civiles sont limitées, tandis que les régimes autoritaires ont des dirigeants inamovibles et n’accordent aucune importance aux élections. 

D’après l’Indice démocratique de 2015, l’Île Maurice était la seule démocratie à part entière en Afrique. Le Bénin, le Botswana, le Cap-Vert, le Maroc, le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Ouganda sont considérés comme des démocraties hybrides. La majorité des pays africains appartiennent à la catégorie des pays autoritaires.

En 2015, des élections relativement pacifiques, libres et justes ont été organisées au Burkina Faso, au Nigéria, en Tanzanie et en Zambie. Le Nigéria a connu une transition sans heurt entre le Parti démocratique populaire (PDP) tenant du pouvoir, et le parti de l’opposition, le Congrès progressiste (APC), une première dans l’histoire du pays. Néanmoins, un amendement constitutionnel controversé au Burundi a permis au président Pierre Nkurunziza de faire un troisième mandat, plongeant ainsi le pays dans une crise politique. 

En Éthiopie, le parti du Premier ministre Hailemariam Desalegn, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens, a remporté les élections avec 100% des suffrages et obtenu les 546 sièges parlementaires. Le calendrier électoral de l’Afrique en 2016 comprend la République démocratique du Congo, le Ghana,  le Niger, la Somalie, l’Ouganda et la Zambie. Des élections réussies favoriseraient la bonne gouvernance dans ces pays. 

Dans l’ensemble, la gouvernance en Afrique fait des progrès continus malgré quelques ratés. Les indicateurs montrent que la gouvernance va dans le bon sens. 

Les Organisations de la société civile n’hésitent pas à se faire entendre et à demander des comptes aux autorités. La justice, les médias, le corps électoral et d’autres institutions s’efforcent également de contribuer à la bonne gouvernance dans de nombreux pays. 

On peut donc affirmer avec certitude que l’Afrique progresse lentement mais sûrement.   

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