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Parité hommes-femmes : progrès lent et en dents de scie

Août - Novembre 2019

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Parité hommes-femmes : progrès lent et en dents de scie

— Phumzile Mlambo-Ngcuka
Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
Phumzile Mlambo-Ngcuka, Executive Director of UN Women. Photo: UN Photo/Devra Berkowitz
Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive de ONU Femmes. Photo: UN Photo/Devra Berkowitz
Cela fait 20 ans que la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, feuille de route historique qui définit le plan d’action relatif à la réalisation des droits des femmes, a été signé par 189 gouvernements. Certes, il y a eu de nombreuses réalisations depuis lors, mais plusieurs promesses sont restées lettre morte. Zipporah Musau d’Afrique Renouveau s’est entretenue avec la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, sur les réalisations et les défis à relever en Afrique. Voici quelques extraits de cet entretien :

Afrique Renouveau : Quel bilan faites-vous de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes en Afrique ? 

Phumzile Mlambo-Ngcuka : L’Afrique héberge  30 % des  pauvres dans le monde dont la plupart sont des femmes et des filles. Cela met beaucoup de pression sur ceux d’entre nous qui travaillons pour l’égalité des sexes afin de régler la situation. Il est préoccupant de constater qu’en Afrique, les femmes labourent les terres  et contribuent de manière significative à la production agricole, mais ne possèdent que 2 % des terres.  

Pour ce qui est de  l’éducation, le fait que les deux tiers des femmes d’Afrique soient considérées comme étant fonctionnellement analphabètes signifie que nous devons relever le défi qui consiste à garantir un meilleur accès à l’éducation aux femmes et aux filles. Nous devons également veiller à ce que les filles poursuivent leurs études et accorder une seconde chance à celles qui les abandonnent.  

Même si le leadership féminin s’est amélioré, certains pays africains figurant en fait parmi les 10 premiers pays qui enregistrent le plus grand nombre de femmes au parlement, à l’instar du Rwanda, des Seychelles, du Sénégal et de l’Afrique du Sud, la représentation des femmes dans les parlements reste encore très faible dans l’ensemble. Les pays d’Afrique où le  nombre de femmes parlementaires est très réduit sont plus nombreux que les pays où des progrès ont été réalisés. Encore une fois, nous n’avons que deux femmes présidentes dans les 54 pays d’Afrique. 

Le taux de représentation des femmes au parlement s’améliore dans la région. Mais êtes-vous satisfaite de la qualité de la représentation ? 

Dans des pays tels que le Rwanda, où le nombre de femmes au parlement est élevé et peut entraîner un vote décisif en faveur de leurs propositions, elles ont profité de ce privilège et de cet avantage. Mais il reste  encore à faire. Il est nécessaire d’investir dans la mise en place de groupes parlementaires féminins dans la plupart des pays, y compris ceux qui ont un nombre réduit de femmes au parlement.  Je  fais référence aux groupes parlementaires féminins dans les parlements  multipartites. Les femmes doivent travailler ensemble. Les divisions  que les femmes connaissent en raison des clivages  entre les partis, réduisent la force qu’elles pourraient posséder si elles s’unissaient au-delà des partis politiques. L’impact négatif de la sous-représentation est préjudiciable à toutes les femmes, quelle que soit  leur affiliation politique.  

Les femmes parlementaires défendent-elles toujours les intérêts des femmes au parlement ? 

La plupart du temps, les dirigeantes  défendent les  intérêts  des femmes, même si parfois elles prennent des décisions défavorables aux  femmes. Cependant, dans l’ensemble, et pas seulement en Afrique, les femmes occupant des postes à responsabilité  prennent des décisions favorables aux  femmes et aux  filles.

Quels progrès ont été accomplis en vue de respecter les engagements pris à Beijing ?   

Les progrès ont été inégaux et lents, très lents. En matière d’éducation, par exemple, de nombreux gouvernements ont réalisé de nombreux investissements.  Si nous n’avons pas obtenu les résultats souhaités dans tous les pays, ce n’est pas parce que les gouvernements n’ont pas fait d’efforts.  Les inscriptions à l’école  ont augmenté considérablement, notamment dans les pays qui partaient de très bas.  Il y a eu une nette évolution dans la façon dont les gouvernements considèrent l’éducation et lui accordent la priorité . 

Pour ce qui est de  l’égalité des sexes, après Beijing les gouvernements ont mis en place des institutions telles que des ministères des droits des femmes, des commissions chargées de l’égalité des sexes et des points de contact pour les questions d’égalité des sexes dans divers ministères. Cependant, ces structures ne font pas leur travail et sont pour la plupart sous-financées. Dans le domaine économique, le nombre de femmes qui ont intégré la population active est passé  de 40 % à  48 % à peine en 20 ans. Ce taux est très faible. À ce rythme, il nous faudra 50 ans pour atteindre la parité hommes-femmes en Afrique.  

Au plan santé, l’investissement dans la santé maternelle a été vigoureux. Cependant,   l’aide destinée à la santé maternelle arrive parfois trop tard. Nous devrions par exemple, prévenir les complications que subissent les femmes et les mères et qui sont étroitement liées aux grossesses non désirées. Nous devrions parler des programmes d’éducation sexuelle complète  que plusieurs gouvernements n’ont pas réellement mis en œuvre.

La plupart des gouvernements ont mis l’accent sur la lutte contre le VIH/sida,  qui frappe les femmes en grand nombre.  Mais l’insuffisance des ressources a aggravé le problème malgré les efforts consentis par de nombreux pays. Cependant,  les pays n’ont pas suffisamment  renforcé l’ensemble de leurs systèmes de santé  comme  nous l’avons vu dans les pays touchés par l’épidémie du virus Ebola.

En ce qui concerne les mutilations génitales féminines (MGF), la plupart des pays ont adopté des lois contre cette pratique. Nous n’avons pas pu l’éradiquer complètement. Nous devons lutter contre  une tendance très inquiétante:  celle de la pratique secrète de la MGF par des médecins et des infirmières qui disent qu’il existe une « manière saine » de s’y prendre.  Il n’existe pas de manière saine de pratiquer la MGF ; une mutilation est une mutilation. 

On s’inquiète du fait que les progrès réalisés par les femmes africaines au fil des années sont progressivement fragilisés dans certains pays. Qu’en dites-vous ?

L’extrémisme et les conflits qui sévissent dans certains pays sont inquiétants. C’est là l’obstacle majeur aux progrès réalisés par les femmes. Depuis Beijing, les pays où les femmes ont réalisé le moins de progrès sont ceux en conflit.  C’est dans ces pays que les femmes sont dans l’œil du cyclone. La montée du fondamentalisme avec sa haine à l’égard des  filles constitue un obstacle majeur au  progrès des femmes. Nous ne pouvons pas en vouloir aux gouvernements, mais  pour les femmes, la charge à porter est beaucoup plus lourde. 

La parité hommes-femmes dans les écoles primaires s’améliore, mais d’énormes disparités persistent dans la transition vers l’enseignement secondaire et les taux d’abandon sont élevés. Que fait-on pour résoudre ces problèmes ?

Il s’agit d’un défi multisectoriel. Nous devons combattre les mariages précoces parce que les filles sont chassées de l’école, tandis que leurs homologues masculins y restent. Les hommes doivent prendre position sur ce point.  Nous devons mobiliser les hommes et les garçons, pour que les hommes finissent par  dire « Je ne vais pas épouser une enfant ». Si les hommes s’approprient cette campagne, nous pourrons réduire de manière significative le nombre de mariages précoces. Nous devons également mobiliser les parents, notamment les mères, qui  parfois donnent leurs filles en mariage. Bien sûr, la législation est également importante.  Mais nous devons faire pression pour sa mise en œuvre effective. L’autre défi est lié à la crise financière qui a dépourvu les gouvernements des ressources nécessaires pour investir dans le développement social. Habituellement, c’est le premier élément à être exclus des budgets avec des conséquences négatives sur le bien-être des femmes et des filles. C’est pourquoi nous insistons pour que la budgétisation tienne compte de la problématique hommes-femmes. Quelques pays comme la Sierra Leone, le Nigéria, le Maroc et l’Afrique du Sud l’intègrent et nous aimerions voir plus de pays en faire de même. 

Quelle appréciation faites-vous de l’accès à la technologie en Afrique ? 

En matière d’éducation, l’accès est capital. L’avantage lié à l’utilisation de la technologie est que vous pouvez atteindre  plus de jeunes qu’il n’est possible dans une salle de classe. Nous devons investir dans des appareils qui facilitent  l’éducation des enfants. Imaginez ce que les enfants des pays pauvres pourraient faire avec de tels appareils s’ils en disposaient. On pourrait par exemple avoir un enseignant basé à New York qui, s’il est l’un des meilleurs dans une matière donnée, se servirait de la technologie pour enseigner aux enfants n’importe où dans le monde. La technologie doit être considérée comme une intervention en faveur des pauvres et non pas un luxe comme nous avons parfois tendance à le faire.  

De nombreux enfants n’ont pas accès à des bibliothèques et doivent parcourir de longues distances pour s’y  rendre.  Il faudra longtemps pour atteindre le nombre d’enseignants dont nous avons besoin, mais nous  pouvons fournir une  technologie à bas prix.

Imaginons l’Afrique dans les 50 prochaines années, que veulent les femmes ? 

En premier lieu, les femmes veulent le bien-être économique. Ainsi, elles  peuvent prendre des décisions pour elles-mêmes et pour leurs enfants afin de rendre la vie meilleure pour les générations futures. Investir dans les femmes génère des rendements très élevés et durables.  Deuxièmement, les femmes veulent que leurs droits soient respectés.  La violence à l’égard des femmes dans de nombreuses régions du monde, y compris l’Afrique – la violence physique, la violence sexuelle, les MGF, les mariages précoces, ou le trafic – tout cela doit cesser.  Par conséquent, l’un des plus grands besoins pour les femmes concerne les responsables. Elles veulent des responsables  qui prennent à cœur les problèmes des femmes, se soucient d’elles et soient prêts à les protéger contre la  violence. 

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