Des millions de filles non scolarisées

Août - Novembre 2019

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Des millions de filles non scolarisées

L’avancée vers l’égalité ralentit
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
Young women study in a science laboratory at Mogadishu University, Somalia. Photo: Panos/Sven Torfinn
Des jeunes filles dans un laboratoire scientifique à l’Université de Mogadiscio, Somalie. Photo: Panos/Sven Torfinn

Intelligente et le regard vif, elle n’a pas abandonné l’espoir d’une vie meilleure. Devant se lever tôt, faisant le ménage et la cuisine, promise jeune au mariage, elle a peu de chances d’aller à l’école, encore moins de mener une carrière professionnelle dans son village du Malawi.

« Parce que je suis une fille, j’ai des rêves, déclare-t-elle pensive .Lorsque je serai grande, je veux être médecin, ou juge ou peut-être chercheuse.» Et si elle étudiait, elle pourrait aider ses  sœurs et ses amies, ajoute-t-elle. «Ensemble,  nous pourrions leur prouver à tous que les filles sont une force et un atout pour la communauté. »  

« Donnez-moi une chance et je saurai m’en servir », conclut-elle de façon désarmante sur une vidéo de trois minutes produite par Plan International, un groupe de protection de l’enfance basé en Grande-Bretagne. Le film a pour but de présenter les défis presque insurmontables auxquels font face les filles en âge d’aller à l’école dans certaines des régions les plus pauvres du monde, notamment en Afrique subsaharienne. L’histoire de la petite fille du Malawi n’est pas différente de celle de millions d’autres filles dans le monde dont l’avenir est sérieusement compromis parce qu’elles ne peuvent finir leur scolarité.   

Selon le rapport sur les Objectifs du Millénaire pour le développement 2014, un document publié annuellement par les Nations Unies afin de rendre compte des progrès accomplis, 33 millions d’enfants n’allaient pas à l’école en Afrique subsaharienne en 2012, dont 5,5 millions de filles au Nigéria et plus d’un million en
Éthiopie. La situation diffère d’un pays à l’autre, de même qu’entre zones urbaines et rurales mais 56% des enfants non scolarisés s’avèrent être des filles.  

Une situation qui stagne

Les efforts concertés de la communauté internationale pour rendre universelle l’éducation ont contribué, entre 2001 et 2008, à la réduction des inégalités entre filles et garçons au niveau des inscriptions à l’école primaire. Au cours des sept dernières années cependant la situation n’a plus évolué. L’omniprésence de la pauvreté et la persistance de certaines attitudes culturelles, en particulier les mariages précoces et forcés  et le travail des enfants, demeurent les principaux obstacles à l’éducation des filles en Afrique subsaharienne.       

Selon le rapport de Plan International, il existe aussi d’autres obstacles comme le coût des études, la prostitution enfantine, les grossesses précoces et les temps de trajet. 

Les familles pauvres, principalement en zones rurales, sont contraintes d’envoyer les garçons à l’école alors que les filles restent à la maison pour aider aux tâches domestiques car elles croient que ceci suffira à enseigner aux filles la manière de s’occuper d’une famille. Même lorsque davantage de filles entrent à l’école primaire, elles sont plus susceptibles que les garçons d’abandonner leurs études. 

Dans le cadre des OMD et du programme « Éducation pour tous », des campagnes de sensibilisation et des mesures politiques ont permis d’accroître les inscriptions des filles et de réduire les inégalités par rapport aux garçons dans plusieurs pays d’Afrique comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, les Seychelles, la Tanzanie, la Gambie et l’Ouganda. Certains programmes lancés il y a plus de vingt ans ont contribué à améliorer considérablement les statistiques. Il s’est agi notamment de réduire ou d’éliminer complètement les frais de scolarité dans les établissements publics en zones défavorisées, de sensibiliser les écoles aux besoins particuliers des filles, notamment en apportant une aide aux étudiantes enceintes et d’augmenter le nombre d’enseignantes. 

Ces mesures semblent toutefois avoir cessé d’être efficaces aujourd’hui. Le déclin du nombre de filles scolarisées s’explique, selon l’UNESCO, par la baisse de la croissance économique mondiale, la multiplication des situations d’urgence qui font que les ressources déjà faibles ne sont plus investies dans l’éducation à moyen ou long terme, la multiplication des conflits (la plupart des enfants non scolarisés vivent en zones de guerre) et la croissance rapide de la population.  

Gratuité et sécurité

Dès lors, des politiques plus ambitieuses qui permettront de nouveaux progrès sont nécessaires. L’UNESCO et l’UNICEF recommandent que les pays s’attachent à « investir massivement pour renforcer et élargir les systèmes éducatifs, à améliorer davantage la qualité de l’éducation, à intervenir spécifiquement auprès des enfants qui sont les plus difficiles à toucher.»

Dans un rapport conjoint publié début 2015 et intitulé «Réaliser la promesse non tenue de l’éducation pour tous : résultats de l’initiative mondiale en faveur des enfants non scolarisés »), les deux organismes indiquent qu’il est prioritaire de faire en sorte que même les filles les plus vulnérables et les plus désavantagées puissent  aller à l’école près de chez elles – dans une école qui réponde aux normes de base en matière de sécurité, respect de la vie privée  et propreté. 

Il ne suffit pas toutefois d’envoyer les filles à l’école pour assurer  leur éducation, souligne Rebecca Winthrop, directrice du Centre pour l’éducation universelle de la Brookings Institution, un groupe de réflexion américain. Elle estime qu’au délà de simplement envoyer les enfanrs à l’école, l’accent doit être mis sur le contenu des programmes pour les filles et les garçons: «Nous savons que si les filles acquièrent des connaissances et des compétences, les familles auront davantage tendance à les y garder.» Parce que les familles pourront dès lors constater les bénéfices de cette scolarisation. 

Une Campagne mondiale pour l’éducation, financée par l’organisation caritative britannique Oxfam, note que : 

« L’école devrait être gratuite et sa fréquentation ne devrait pas poser de danger  pour les filles. Elles auront ainsi la possibilité  d’étudier sans interruption jusqu’à la fin du primaire puis de poursuivre vers le secondaire et les études universitaires.»

Dans la préface au texte de la campagne, Graça Machel, la veuve de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, écrit : « Le temps des paroles aimables est révolu. Il faut maintenant passer à l’action. Les femmes et les filles méritent et exigent que l’on respecte leurs droits.» 

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