Accès des femmes au crédit: aller au-delà du micro financement

En Afrique, l’accès des femmes au crédit reste limité au micro financement
Afrique Renouveau: 
Designer Kiki Cardow adjusting a display at her boutique in Lagos, Nigeria. Panos/ Andrew Esiebo
La styliste Kiki Cardow dans sa boutique de Lagos, Nigeria. Photo: Panos/ Andrew Esiebo

L''Afrique entame la mise en œuvre de son ambitieux plan de développement de 50 ans dénommé Agenda 2063, centré sur la question du financement des plans de développement, au moment où s’ouvre à Addis-Abeba, en Éthiopie, la troisième Conférence internationale sur  le financement du développement..

L’Agenda 2063 nécessitera des fonds importants provenant de diverses sources pour financer le développement des infrastructures, l''industrialisation, la croissance du secteur privé, le développement technologique et du capital humain devant permettre au continent de réaliser la transformation socioéconomique qu''il envisage. Certes, le financement en général constitue un véritable problème en Afrique, mais les femmes africaines souffrent plus que tous les autres groupes des difficultés liées à l’obtention de crédit.

La croissance économique de l''Afrique au cours de la dernière décennie est restée positive, mais les chiffres, par ailleurs  impressionnants, ne traduisent pas l’entière réalité. Alors que les femmes sont propriétaires d''environ 48% de toutes les entreprises en Afrique, la Banque africaine de développement révèle qu’elles ne représentent que 20% de la population ayant accès à un compte bancaire. Environ quatre femmes sur cinq sur le continent n’ont pas accès à un compte dans une institution financière formelle, comparativement à environ un homme sur quatre.

Les difficultés d’accès des femmes au financement sont variées. On peut citer : le manque de garanties, les barrières juridiques et culturelles limitant l’accès à la propriété foncière et immobilière, des réglementations discriminatoires, la rareté de l’emploi dans le secteur formel, le manque de produits financiers adaptés à leurs besoins et le fait que les banques ne comprennent pas véritablement les entreprises dirigées par des femmes ou encore les niches de marché qu''elles occupent.

Les disparités de plus en plus marquées dans l''accès au financement expliquent la popularité croissante de la microfinance auprès des femmes. Durant la dernière décennie, les institutions de microfinance, qui comprennent des groupes à but non lucratif, des coopératives d''épargne et de crédit, des prestataires de services spécialisés et réglementés et bien d''autres, se sont ouverts à de nombreuses femmes jadis exclues du financement formel, grâce à des prêts à petite échelle ainsi que des crédits aux petites entreprises et aux ménages pauvres.

Pourtant, alors que le débat sur le financement du développement s’est élargi, celui sur le financement des femmes est resté obstinément bloqué à une échelle micro. Lors d’une conférence des ministres africains des finances organisée en début d’année à Addis-Abeba, Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l''Union africaine, a exhorté les participants à envisager le financement des projets gérés par les femmes au-delà de la sphère «micro».

« Nous entendons micro ceci, micro cela... il n''y a rien de micro concernant les femmes! », a-t-elle déclaré.

De même, Elizabeth Rasekoala, co-fondatrice de SET4Women, le Groupe de référence de l''Afrique australe sur les questions de genre, de science et de technologie, a invité les participants à une conférence sur le rôle des femmes dans la mise en œuvre de l''Agenda 2063 à « commencer à penser grand et arrêter de précéder tout ce qui concerne les femmes des mots «petit» ou «micro», mais de les considérer plutôt comme de véritables entrepreneurs. »

Les défenseurs de l’égalité entre les sexes estiment que les femmes chefs d''entreprises doivent être habilitées à aller au-delà des petites et microentreprises et à obtenir l''accès au financement nécessaire pour créer des entreprises de moyenne et grande échelle. Un financement d''une telle ampleur entraînerait de profonds changements, et donnerait aux  femmes les moyens d''intégrer des chaînes de valeur productives, d’améliorer leurs perspectives d''embauche , d''utiliser des technologies efficaces et d''étendre leurs activités au-delà de leurs frontières. Les spécialistes s''accordent à dire  que pour que ce but soit atteint, les banques doivent ouvrir leurs portes et assurer l''inclusion financière et un accès accru pour les femmes. Pour cela les institutions financières formelles devront envisager des approches nouvelles et novatrices de conduite des affaires afin de répondre aux besoins des femmes. Un nombre limité mais croissant de banques africaines ont développé des produits ciblant les femmes, d''autres ont adopté des procédures bancaires favorables aux femmes, y compris l’annulation des soldes minimums, l''augmentation du nombre d''éléments pris en compte dans l’évaluation des crédits, la réduction des exigences de garantie et l’inclusion d''autres formes de garantie.

Selon les défenseurs de l’égalité entre les sexes, l''autonomisation des femmes d''affaires africaines s’avère cruciale cela permet de démystifier les processus de demande de crédit et d''aborder la question de l’aversion au risque et, en fin de compte, d’améliorer l''accès des femmes au financement.

Que faire?

Afin de créer un environnement favorable, les gouvernements devront modifier et adapter leurs mécanismes juridiques, de réglementation et de contrôle en vue d’éliminer les obstacles liés au financement pour les femmes. A l’instar des dispositions juridiques discriminatoires qui confinent les femmes au statut juridique de mineures et des lois qui interdisent aux femmes l’accès à la propriété. Une fois ces lois et politiques changées, les femmes et les décideurs doivent être informés de ces changements.

Les gouvernements et les organismes de développement, en particulier les institutions financières internationales doivent encourager les banques et les autres institutions officielles à augmenter l''accès au crédit pour les femmes africaines, et fournir assistance technique et formation aux institutions ne pratiquant pas encore les prêts aux femmes. Ils devraient également fournir des garanties permettant d’accroître la confiance des institutions de crédit afin que celles-ci investissent davantage de capital dans les entreprises gérées par des femmes.

Enfin, il importe que les autorités publiques  comblent le fossé entre les secteurs formel et informel en simplifiant les  procédures d''enregistrement des entreprises et en incitant les  entreprises gérées par les femmes dans le secteur informel à s’enregistrer auprès des autorités publiques et  fiscales, car cela permettra aussi de faciliter leur accès aux marchés financiers.

Ndidi Anyaegbunam et Ecoma Alaga sont administratrices  de programmes au Bureau du Conseiller spécial des Nations Unies pour l''Afrique. 

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