Financer les infrastructures

Avril - juillet 2019

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Financer les infrastructures

Afrique Renouveau: 
Thermal power station in Takoradi, Ghana. Photo: World Bank / Dana Smillie
Thermal power station in Takoradi, Ghana. Photo: Banque mondiale/ Dana Smillie

Depuis près d’une décennie, l’Afrique bénéficie d’un taux de croissance de 5 % par an en moyenne. Pour le maintenir, le continent devra accroître ses investissements en infrastructures.  

Selon les dirigeants africains, les projets transfrontaliers constituent une priorité dans une région où 16 pays enclavés connaissent de grandes difficultés économiques. Ces projets peuvent bénéficier des économies d’échelle liées à une meilleure gestion des couloirs commerciaux.  

L’autoroute transsaharienne reliant Alger à Lagos est un bon exemple. Cette autoroute de 4 500 km facilitera les échanges commerciaux et sociaux entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne en surmontant le désert saharien. Un programme de développement des infrastructures de 25 milliards de dollars lancé l’an dernier par le Kenya, l’Éthiopie et le Soudan du Sud prévoit également la construction d’une autoroute reliant ces trois pays.  

Partenaires stratégiques 

En juin 2013, le Président Obama a annoncé une initiative baptisée « Power Africa » de 7 milliards de dollars sur cinq ans pour permettre à environ 50 millions d’Africains d’accéder à l’électricité. Cette initiative devrait générer une capacité énergétique de 20 000 mégawatts en Afrique subsaharienne d’ici à 2020. Les efforts seront d’abord concentrés sur l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Nigéria et la Tanzanie, qui ont déjà atteint des objectifs ambitieux en matière de production énergétique. L’initiative du Président Obama a suscité l’intérêt de la Banque africaine de développement (BAD) et de sociétés africaines privées. Heirs Holdings, un fonds d’investissement dirigé par l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu, prévoit de contribuer à « Power Africa » à hauteur de 2,5 milliards de dollars sur les 9 milliards attendus du secteur privé.

Les entreprises chinoises s’intéressent également aux projets d’infrastructures, d’après l’étude « Africa Gearing Up » publiée en 2013 par la société internationale
de financement PricewaterhouseCoopers. La Chine a conclu un accord d’investissement de 5 milliards de dollars avec le Kenya pour la construction d’une ligne de chemin de fer de 952 km reliant la ville portuaire de Mombasa à la frontière ougandaise. Cette ligne devrait être prolongée jusqu’au Rwanda, à l’Ouganda et à la Tanzanie d’ici 2018.  

Des ressources intérieures 

Ces dernières années, les pays africains ont eu recours à différentes stratégies pour financer les infrastructures, notamment en émettant des obligations. Selon l’agence de notation Moody’s, le Gabon, le Sénégal et la Zambie ont ainsi réuni près de 8,1 milliards de dollars en 2012. Le Kenya investit actuellement 25 milliards de dollars en obligations pour construire un deuxième port à Lamu, un oléoduc servant au transport de pétrole brut et des routes qui ouvriront de nouvelles perspectives d’exportation en Afrique de l’Est. 

Les transferts de fonds de la diaspora africaine constituent une autre source de financement et ont atteint en 2012 près de 40 milliards de dollars contre 28,9 milliards d’aide publique au développement. L’Afrique pourrait ainsi recevoir chaque année des milliards de dollars sous forme de transferts de fonds. L’Éthiopie a lancé deux programmes d’émission d’obligations diaspora pour le financement de sa compagnie d’électricité et de son barrage de la Renaissance qui constituera la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique et aura la capacité de générer 6 000 mégawatts.

L’Afrique développe d’autres projets innovants en matière de financement institutionnel. La BAD a ainsi lancé le Fonds50 pour l’Afrique affectant 3 milliards de dollars aux  infrastructures, tandis que la Banque mondiale développe la plateforme d’investissement « Mécanisme mondial de financement des infrastructures ». 

Le programme d’action de Dakar 

Les fonds disponibles demeurent néanmoins insuffisants. Les décideurs politiques savent que le financement public ne suffira pas et souhaitent que le secteur privé apporte des fonds supplémentaires. Le manque de fonds privés est attribué à une sensibilisation insuffisante des investisseurs disposés à prendre le risque d’investir à long terme dans des projets complexes et de grande envergure. Des cadres, juridique et institutionnel, solides sont donc nécessaires pour les protéger. 

Des dirigeants africains et du secteur privé se sont rencontrés au mois de juin à Dakar, pour trouver un accord sur le financement de 16 projets régionaux d’infrastructures prioritaires. Ils ont adopté le programme d’action de Dakar afin de promouvoir des partenariats public-privé permettant de lever des fonds pour le développement des infrastructures. Ils ont convenu d’apporter les fonds nécessaires au cours de la phase de préparation des projets, d’adopter des lois visant à attirer les investissements privés vers les projets transfrontaliers, et d’harmoniser les cadres réglementaires régionaux. Lors de ce sommet, la BAD a été chargée des études de faisabilité et des travaux de préparation, sous la supervision du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), l’agence de développement de l’Union africaine.  

Ce programme d’action devrait ouvrir une nouvelle ère en matière d’innovation et de développement des infrastructures. 

Abdoul Salam Bello est le coordonnateur principal du Bureau du Secrétaire exécutif du NEPAD.

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    Les défenseurs de l’autonomisation des femmes en Afrique font entendre leur voix, avec le soutien d’organisations internationales telles que les Nations Unies et l’Union Africaine. Dans ce numéro, nous identifions les nombreux obstacles rencontrés par les femmes et soulignons les avantages que les pays tirent de l’émancipation des femmes.

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