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Universités entrepreneuriales : associer recherche et affaires

Août - Novembre 2019

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Universités entrepreneuriales : associer recherche et affaires

Une nouvelle tendance libère la puissance de l’entrepreneuriat
Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
Young entrepreneurs from Egypt, Rwanda and Peru discuss their experiences with US former President Barack Obama and Facebook CEO Mark Zuckerberg at an entrepreneurship summit at Stanford University last year. Photo: Stanford University/Aaron Kehoe
De jeunes entrepreneurs d’Égypte, du Rwanda et du Pérou partagent leurs expériences avec l’ancien président américain Barack Obama et le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, lors d’un sommet sur l’entrepreneuriat qui s’est tenu l’an dernier à l’université de Stanford. Photo: Université de Stanford/Aaron Kehoe

Que penseriez-vous d’une université qui vous offre un enseignement de calibre  mondial, prend en charge votre stage à l’étranger et, une fois votre diplôme obtenu, vous donne 100 000 dollars pour créer votre propre entreprise ? 

Bienvenue dans le monde des universités entrepreneuriales, une nouvelle tendance parmi les établissements d’enseignement supérieur qui consiste à aller au-delà de leur rôle traditionnel de prestataires de services éducatifs pour intégrer la recherche, l’innovation, la commercialisation du savoir et l’entrepreneuriat.

Il n’existe pas de définition universelle de l’université entrepreneuriale, mais une pluralité d’approches, inventives, créatives et pratiques.

Lassées de diplômer à la chaîne chaque année des milliers de personnes qui ne trouvent pas d’emploi, les universités se tournent vers l’innovation et l’entrepreneuriat. Ces universités portent différents noms : certains les appellent des universités entrepreneuriales, d’autres des universités de l’innovation,  d’autres encore parlent d’

« incubateurs » d’entreprises qui enseignent des étudiants la gestion rigoureuse d’une entreprise. Le dénominateur commun est l’accent mis sur l’innovation et l’entrepreneuriat. 

Ronnie Washington, un diplômé américain de 28 ans, comprend bien les avantages d’une université entrepreneuriale. En 2014, il a intégré l’école de commerce de l’Université Stanford pour une maîtrise en administration des affaires (MBA) de deux ans. En fin de cursus, il s’est rendu au Ghana pour un stage de cinq semaines parrainé par l’Institut Stanford pour l’innovation dans les pays  en développement, également appelé Seed. L'institut a payé son billet et son hébergement.

Au Ghana, M. Washington a travaillé sous la tutelle de Michael Amankwa, fondateur et directeur général de CoreNett, une entreprise de technologie qui crée des programmes de traitement de paiements électroniques pour les établissements financiers, les détaillants et les administrations publiques. Il y a appris les ficelles du métier de gérant d’entreprise. 

À son retour aux États-Unis, M. Washington a créé Onward, une application informatique qui aide les travailleurs à faible revenu à économiser et emprunter de l’argent dans le cadre d’une ligne de crédit renouvelable destinée aux petites urgences familiales. Fin 2016, il a été nommé Étudiant Stanford de l’année en matière d’innovation sociale et s’est vu octroyer 110 000 dollars pour créer sa propre entreprise. M. Washington est aujourd’hui le directeur général d’Onward, basée à Washington. 

Des ressources intellectuelles et financières pour affronter les défis mondiaux tels que les changements climatiques, la pauvreté extrême, les maladies de l’enfance et la pénurie mondiale imminente d’eau potable.

Dans leur livre Engines of Innovation: The Entrepreneurial University in the 21st Century, les auteurs américains Holden Thorp et Buck Goldstein recommandent aux universités d’utiliser leurs vastes « ressources intellectuelles et financières pour affronter les défis mondiaux tels que les changements climatiques, la pauvreté extrême, les maladies de l’enfance et la pénurie mondiale imminente d’eau potable ».

L’lUniversité Stanford, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’Université Harvard, l’Université de Californie et l’Université du Wisconsin font partie des nombreuses universités américaines ayant très vite adopté le modèle d’innovation et d’entrepreneuriat. En 2015, l’Université Stanford a ouvert deux centres en Afrique (au Ghana et au Kenya) afin d’offrir des programmes de stage pour jeunes entrepreneurs.

Le Brésil, la Chine, l’Europe et l’Amérique du Nord ainsi que l'Amérique latine, de même or que certains pays nouvellement industrialisés ou en voie d’industrialisation, l’ont aussi adopté. 

Selon Calestous Juma,  Spécialiste du développement international à  l’École Kennedy d’Harvard, les universités africaines doivent embrasser les innovations pour pouvoir « répondre aux besoins locaux ». 

En février 2016, les dirigeants africains ont invité le Professeur Juma au sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba (Éthiopie), afin de présenter ses travaux sur la manière d’intégrer l’enseignement, la recherche et l’innovation.

L’un des objectifs de l’Agenda 2063 de l’UA, le plan de développement du continent pour les 50 prochaines années, consiste à repositionner le continent comme acteur stratégique de l’économie mondiale en améliorant l’enseignement et en appliquant la science et la technologie au développement. Pour atteindre ces objectifs, il conviendra d’aligner l’enseignement, la recherche et l’innovation sur les objectifs socio-économiques à long terme. 

À ce jour, seules quelques universités africaines ont adopté l’innovation et l’entrepreneuriat. Le Professeur Juma prend comme exemple l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud, qui a construit et lancé un satellite dans le cadre de ses innovations. 

L’Université Jomo Kenyatta d'agriculture et de technologie  au Kenya, indique le Professeur Juma, « a été l’une des premières à commercialiser des bananes obtenues par culture tissulaire, et donc à réunir l’enseignement, la recherche et la commercialisation de produits ». La culture tissulaire consiste à produire en grand nombre des plantes à partir de racines, de feuilles ou de tiges dans un laboratoire,  afin d’augmenter les rendements. L’université a aussi récemment créé le Parc industriel et technologique de Nairobi dans le cadre d’un partenariat public-privé avec le Ministère kényan de l’industrialisation et du développement des entreprises afin de faciliter l’exploitation  par les acteurs de l'industrie des résultats de la recherche universitaire. Le Parc offrira  également un espace commercial aux entreprises incubées créées par les étudiants.

En Afrique de l’Ouest, l’Université du Ghana met en œuvre le même modèle d’innovation et d’entrepreneuriat. Tout en reconnaissant qu’il fallait « [modifier] l’orientation des universités en Afrique afin de pouvoir mettre réellement en pratique la recherche et les connaissances », James Dzisah, professeur de cette université, a indiqué à Afrique Renouveau que certaines des difficultés de mise en œuvre de ce modèle résident notamment dans les coûts élevés de réorientation des étudiants et dans l’intégration de cette nouvelle vision dans les universités traditionnelles.

« Quel que soit le coût, il est temps pour l’Afrique d’investir dans ces universités », déclare le Professeur Dzisah.

Ces universités offrent des avantages  aux étudiants, mais elles en tirent aussi. « Créer ces universités aura deux importantes implications budgétaires. Tout d’abord, cela élargira la base de financement de l’innovation en permettant aux acteurs spécialisés et à l’industrie de concevoir et exploiter de nouvelles universités à l’aide de leurs propres budgets », a expliqué le Professeur Juma aux dirigeants de l’UA. « Ensuite, cela réduira la nécessité de compter  sur le financement des ministères de l’Éducation. »

Thandwa Mthembu, vice-président et directeur de l’Institut technologique de Durban en Afrique du Sud, a fait part  à la publication  University World News de ses plans d'intégration  de l’entrepreunariat dans les programmes et les systèmes internes des universités.

Après avoir visité 10 établissements dans 7 pays dont les programmes d’enseignement de l'entrepreneuriat ont fait leurs preuves , notamment la Finlande, l’Allemagne, le Mexique et l’Espagne, le Professeur Mthembu s'est dit favorable à l’intégration  de l’enseignement de l'entrepreneuriat  dans les programmes scolaires dès la première année, ainsi qu'à la mise en relief des  compétences pratiques, du  travail en groupe et des  défis de la vie réelle. Il y voit là la possibilité de préparer les étudiants à créer des entreprises viables dès l’obtention de leur 

Bien que les universités traditionnelles aient grimpé dans le train de la création d'entreprise, ces programmes mettent souvent l’accent sur des MBA de troisième cycle qui produisent des « intrapreneurs » — des personnes qui conduisent des innovations au sein de leur entreprise  — plutôt que des « entrepreneurs » qui viennent de l’extérieur  pour créer quelque chose de nouveau, dit-il.

llllli« Nous devons cesser de nous contenter  de désigner  quelques élèves qui ont  de bonnes idées pour  travailler avec eux, et faire en sorte que chaque étudiant bénéficie d’une méthodologie bien conçue dans le cadre d’un programme à part entière. »

À l’Université Harvard, l' entrepreneuriat économique et social en Afrique est l’un des domaines d’intérêt les plus solides et dynamiques. Durant l’année scolaire 2014-2015, le Center for African Studies a regroupé plusieurs initiatives avec quelques nouvelles initiatives au sein de  son programme d’entrepreneuriat africain.

Ce programme crée et facilite un éventail d’activités à Harvard et en Afrique, en incubant des idées novatrices, en introduisant l’entrepreneuriat dans les salles de cours et les programmes d’études à l’étranger, en offrant des possibilités de mentorat et de stage aux étudiants de premier cycle et aux élèves d’écoles professionnelles, et en cultivant les opportunités de collaboration en vue de  la production et la mise en œuvre d’idées qui changent la donne.

Le Professeur Henry Etzkowitz de l’Université d’État de New York à Purchase, à qui l’on a attribué la paternité du terme universités entrepreneuriales dans les années 1980, a déclaré à Afrique Renouveau qu’il a d’abord remarqué à l’époque que certaines universités des  États-Unis, comme le MIT, s'orientaient  vers le modèle entrepreneurial. Il a donc décidé de mener des  recherches plus poussées sur ce modèle alors qu’il était au MIT. 

« Ces universités visent à mettre leurs connaissances au service des étudiants, en menant des recherches et en assumant  un rôle plus actif dans la société avec les différents acteurs et différentes entreprises », a expliqué le Professeur Etzkowitz.

Qualifiant cela de deuxième révolution universitaire, le Professeur Etzkowitz note que les universités entrepreneuriales sont en train de transformer l’université d’enseignement et de recherche traditionnelle en encourageant l’interaction entre les universités, les industries et les administrations publiques, ce qui est essentiel pour améliorer les conditions régissant l’innovation dans la société de la connaissance. 

Évoquant  les changements majeurs intervenus  dans le monde scientifique, un membre de la Royal Society de Londres  a noté  : « De nombreux universitaires de haut niveau sont désormais aussi des entrepreneurs de haut niveau, qui créent leur propre société,  collaborent avec de grandes entreprises,  exploitent leurs inventions et  contribuent à la richesse de la nation. »   

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