Postes à responsabilité : les jeunes encore sous-représentés

Août - Novembre 2019

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Postes à responsabilité : les jeunes encore sous-représentés

—Samar Mezghanni
Kingsley Ighobor
Afrique Renouveau: 
Samar Mezghanni
Samar Mezghanni
A vingt-huit ans, la Tuniso-Irakienne Samar Samir Mezghanni, fait partie des 17 Jeunes Leaders des Nations Unies pour les Objectifs de Développement Durable (ODD), qui ont été choisis pour engager leurs pairs dans la mise en œuvre des ODD. Elle a écrit des récits pour enfants sur les ODD et a déjà remporté deux records Guinness. A l'âge de 12 ans, elle a ainsi été déclarée «plus jeune écrivain du monde», puis à 14 ans, «écrivain la plus jeune et le plus prolifique du monde». Dans cet entretien accordé à Franck Kuwonu d'Afrique Renouveau, Samar parle de ses activités visant à rendre les ODD plus accessibles aux jeunes et des défis et attentes des jeunes en Tunisie.

Afrique Renouveau: Qu’est ce qui a motivé votre sélection parmi les Jeunes Leaders des Nations Unies pour les ODD ?

Samar: J'ai écrit des livres de manière créative et innovante pour les enfants, les jeunes et les autres, et utilisé ces histoires pour transmettre simplement les valeurs inscrites dans les ODD.

Comment expliquez-vous les ODD de manière simple?

Si vous examinez les ODD, ils renvoient à certains besoins fondamentaux qui peuvent être exprimés dans un langage simple. Par exemple, un de mes derniers récits portait sur une mère représentant la planète Terre à ses enfants, qui finissent par se battre. Ces enfants pourraient être les nations du monde, ou des gens. J’y décrit les différentes inégalités qui existent dans le monde et la manière dont nous pouvons les surmonter. Lors de mon discours au Forum de la jeunesse de l'ONU où j'ai été invitée comme conférencière principale ici, à New York, j'ai utilisé une de mes histoires pour articuler ces idées dans un langage accessible aux plus jeunes.

Comment vous y êtes vous prise?

Fondamentalement, il s'agit de considérer ces objectifs non pas comme un programme institutionnel mais mondial ; pas comme quelque chose qui appartient à l'ONU, mais à tous les peuples du monde ; pas comme un plan d'action pour bureaucrates, mais pour les êtres humains. Si vous adoptez cette perspective, il devient très facile de concevoir des histoires pour enfants qui englobent les ODD.

Quelle est la situation des jeunes dans votre pays? Quels sont leurs attentes, leurs défis?

Nous rencontrons les mêmes problèmes que les jeunes des autres régions du monde: le chômage, la faible représentation et le manque d'instruction. Pour la Tunisie, cinq ans après avoir lutté contre un régime oppressif, je pense que les jeunes continuent à être confrontés à des formes subtiles d'oppression et de répression qui les empêchent de devenir des leaders, en politique évidemment, mais aussi dans d'autres sphères de la société. Je pense que la révolution n'a pas encore ouvert aux jeunes l’accès à des positions de leadership. C’est à mon avis le plus grand défi auquel font face les jeunes en Tunisie.

Peut-on espérer que ces défis soient bientôt surmontés? 

Si bientôt signifie un an, je ne pense pas. Si bientôt signifie 14 ans, soit le temps restant pour la mise en œuvre des ODD, cela dépendra de la façon dont nous agissons face à ces questions. Je pense donc qu'il y a de l'espoir pour la Tunisie.

Les jeunes croient-ils pouvoir faire pour changer les choses, ou attendent-ils simplement que les choses changent?

En Tunisie, si quelqu'un croit au changement et, à sa capacité à agir, c'est bien la jeunesse. Mais elle n'est pas entendue, car à l'Assemblée générale de l'ONU, on met davantage l’accent sur les succès et les réalisations des gouvernements. En réalité, si le gouvernement adopte une loi pour lutter contre la corruption ou rendre le pays plus démocratique, ce n'est pas un cadeau qu'il fait aux citoyens, ce sont les citoyens qui l'ont interpellé et l'ont poussé à adopter cette loi. Etant donné que les jeunes représentent la part la plus important de la population, ce sont eux qui luttent contre la corruption en mettant les dirigeants face à leurs responsabilités et qui les incitent à prendre des mesures.

Ne pensez-vous pas que le rythme du changement dépendra du degré d’implication des jeunes dans le processus politique ?

Oui absolument. Mais là encore, c'est à double sens. L'implication des jeunes dépend de l'environnement qui leur est offert et de la question de savoir si cette implication ne les expose pas à un risque de persécution.

Si un jeune Tunisien souhaitait voir une ou deux choses accélérer le rythme du changement, quelles seraient-elles?

Je pense que s'il y a une chose qui doit se produire dans mon pays, et dans toute la région arabe, pour accélérer le changement, c'est de gagner la confiance du peuple. Jusqu'à présent, nos dirigeants ne bénéficient pas véritablement de la confiance des gens, et surtout des jeunes, pour que leur action soit significative. Ils sont remis en question à juste titre par les jeunes. Comme je l'ai dit, la population jeune en Tunisie est assez importante, mais il n'y a pas de jeunes leaders politiques. Les jeunes ne sont toujours pas représentés de la manière la plus transparente, la plus démocratique et la plus représentative qu’il soit. Cela doit changer.  

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