L’avenir dépend de la jeunesse

Août - Novembre 2019

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L’avenir dépend de la jeunesse

— Ahmad Alhendawi, ancien envoyé pour la jeunesse de l'ONU
Kingsley Ighobor
Afrique Renouveau: 
Ahmad Alhendawi.     Africa Renewal/Eleni Mourdoukoutas
Ahmad Alhendawi. Photo: Africa Renewal/Franck Kuwonu
Ahmad Alhendawi a été l’Envoyé du Secrétaire général de l’ONU pour la jeunesse de 2013 à 2017. Durant cette période, il a parcouru le monde, se rendant en Afrique 15 fois et plaidant pour l’autonomisation des jeunes. M. Alhendawi a quitté ses fonctions à l’ONU en février dernier pour occuper le poste de Secrétaire général de l’Organisation mondiale du mouvement scout. Avant de quitter New York, il a accordé un entretien à Kingsley Ighobor d’Afrique Renouveau pour parler de ses réalisations et des difficultés qu'il a rencontrées à l’ONU, ainsi que des espoirs qu'il nourrit pour la jeunesse africaine.

Afrique Renouveau : Comment résumeriez-vous vos quatre années passées comme Envoyé du Secrétaire général pour la jeunesse ?

M. Alhendawi : Ce fut une expérience sans pareil. J’ai intégré l’ONU à l’âge de 27 ans, en tant que conseiller principal auprès du Secrétaire général. L’ONU travaillait déjà sur les questions liées à la jeunesse, mais ma nomination a mis en évidence l’importance croissante de ces questions au sein du Secrétariat de l’ONU. Lorsque les jeunes entrepreneurs me demandaient quel était mon travail, je leur répondais que « j’étais à la tête d’une start-up ». C’était mon sentiment, car nous étions partis de pas grand-chose. Nous n’avions pas de personnel, pas de budget ni de mandat, et tout était à faire. Nous avons heureusement bénéficié d’un soutien considérable. Nous avons vu la question de la jeunesse gagner en ampleur et en reconnaissance. J'ai  également parcouru le monde, pour rencontrer des jeunes et impliquer les États membres et cela a été une expérience incroyablement enrichissante.  

Étiez-vous dépassé au départ ?

J’étais totalement dépassé lors de mon arrivée. Je savais qu’il s’agissait d’une tâche colossale, mais je n’avais pas pris la pleine mesure de sa complexité. Vous en faites davantage quand vous n’êtes pas intimidé par la structure.

Qu’entendez-vous par « intimidé par la structure » ?

Je veux dire que de nombreuses personnes talentueuses travaillant dans de grandes organisations se laissent décourager par les structures, par la bureaucratie, par le fait que bon nombre de personnes vous disent : « Non, cela ne fonctionne pas, cela ne fonctionnera pas. » 

Avez-vous été découragé  par la structure des Nations Unies ?

Lorsque j’ai intégré l’ONU, je croyais beaucoup en l’institution, et j’y crois encore plus aujourd’hui. Il n’est toutefois pas simple de travailler avec les bureaucraties. Il y a beaucoup de points complexes dont il faut tenir compte. J’en devenais parfois dingue. Cependant, la plupart du temps, je m’en sortais, bâtissais une coalition appropriée, me faisais des amis et parvenais à quelque chose. 

Quelles sont vos deux ou trois réalisations les plus importantes ?

Je dirais que la question de la jeunesse n’a jamais été aussi reconnue qu’à l’heure actuelle, à en juger par le Forum de la jeunesse de l’ECOSOC [Conseil économique et social] qui s’est tenu en janvier. Pour la première fois, l’ONU a organisé un forum qui a réuni les ministres de la Jeunesse des États Membres et a accueilli 129 ministres de la Jeunesse. Il s’agit là d’une réussite parce que l’ONU doit  offrir cet espace afin de faciliter le dialogue et  l'organisation de débats, définir des normes et encourager un renforcement de l'entraide . 

Le contenu des objectifs de développement durable est aussi une réussite : 60 indicateurs (sur un total de 230) se rapportent au développement des jeunes. Cela parce que les jeunes avaient énormément contribué  au processus qui a précédé l'adoption des objectifs de développement durable. Ce n’était pas le cas pour les OMD. 

Nous avons aussi la Résolution 2250 du Conseil de sécurité sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Pour la première fois de son histoire, le  Conseil des droits de l’homme a adopté  une résolution sur les jeunes et les droits de l’homme. À Addis-Abeba (Éthiopie), le premier résultat de la Conférence sur le financement du développement met l’accent sur les politiques  en faveur de la jeunesse et sur l’épanouissement des jeunes. Pour la première fois, la Commission de consolidation de la paix a mis en place un fonds pour les jeunes et la  consolidation de la paix. Et la liste ne s’arrête pas là. Tous les aspects des opérations de l’ONU prêtent désormais attention aux questions relatives aux jeunes. 

Quel est l’impact de ces résolutions ou de ces cadres sur les jeunes dans les collectivités locales ?  

En fin de compte, on ne peut pas résoudre un problème si on n'en parle pas, pas plus qu'on ne peut  le résoudre si on se contente d'en parler . Mon travail consistait à faire en sorte  que l’on parle de ces sujets de façon concrète. Maintenant, si vous me demandez si la situation des jeunes s’est améliorée dans les pays, je ne pense pas que l’amélioration soit considérable pour le moment, et c’est pourquoi nous devons en faire davantage. 

Près de 60 % des chômeurs en Afrique sont des jeunes. Quelles sont les conséquences d’un tel chiffre ?

Le potentiel de l’Afrique et de sa jeunesse est gaspillé. Si les pays se désintéressent de leurs jeunes, ils finissent par devenir des États défaillants. L’Afrique compte le plus grand pourcentage  de jeunes au monde. On parle d’un dividende démographique pour l’Afrique. Ce que nous avons maintenant en Afrique n’est pas le « dividende », c’est juste un renflement de la population de jeunes.

Pourquoi pas un dividende ?

Le dividende est le résultat de vos investissements. Si vous investissez bien, vous obtenez des résultats : vous obtenez un dividende de la paix et un dividende du développement. Mais cela ne se produit pas tout seul. 

Vous voulez dire que le manque d’investissements dans la jeunesse mettra en péril les perspectives de paix ou de développement ?

Oui. De tout temps, il y a eu une corrélation entre la hausse du nombre de jeunes et les transitions. Lorsque les tigres asiatiques avaient trop de jeunes, ils connaissaient une transition économique. L’Europe de l’Est et le Printemps arabe : il s'agissait là de transitions politiques. Je pense qu’il appartient à l’Afrique et à ses dirigeants de décider quelle sera la transition. 

Ceux qui défendent les droits des jeunes, portent-ils une attention accrue  aux perspectives de développement des femmes et des filles ? 

Absolument ! En Afrique du Nord, par exemple, le taux de chômage chez les jeunes femmes et les filles est deux fois plus élevé que chez les jeunes hommes. L’Ouganda enregistre un taux élevé de grossesses chez les adolescentes. C’est simple, les jeunes femmes et les filles ne peuvent pas être nombreuses à garder un emploi et à faire carrière si elles sont victimes de mariages précoces, de grossesses précoces ou de mortalité maternelle élevée. Veiller à ce que les filles soient scolarisées et puissent profiter de leur enfance est crucial pour le développement. Je pense qu’il n’y a plus d’espoir pour une jeune fille mariée ou enceinte à 13 ans. Cela signifie qu’elle va abandonner l’école et qu'elle risque d’être prise dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’analphabétisme.

Certaines sociétés africaines tolèrent le mariage des enfants et la grossesse des adolescentes. Comment pouvons-nous faire tomber ces barrières culturelles ? 

Il faut  que les dirigeants locaux, religieux et communautaires, ainsi que les hommes politiques, disent la vérité : laisser les filles terminer leur scolarité et faire des choix éclairés pour leurs vies est essentiel. 

Bon nombre de pays africains ont élaboré des stratégies pour l’épanouissement  de leurs jeunes, mais ces stratégies ne se traduisent pas nécessairement par une vie meilleure pour ces derniers. Qu’est-ce qui fait défaut ?

Il n’existe pas un seul profil d’échec en ce qui concerne les politiques pour la jeunesse, mais des points communs qui incluent, fondamentalement, un manque de volonté politique sérieuse, un manque de financement et l'absence d'engagement véritable  auprès des jeunes. Il y a aussi la faiblesse des structures : les cadres juridiques, la fiscalité, l’accès au crédit, entre autres. 

L’innovation et la technologie peuvent-elles changer la donne pour les jeunes ?

Bien sûr. La technologie de l’information possède un énorme potentiel. Mais il faut une main-d’œuvre plus qualifiée, des jeunes plus qualifiés et plus d’investissements dans la jeunesse. Nous voyons de formidables start-ups émerger de l’Afrique, avec de nouveaux individus qui influencent notre manière  de travailler. 

De quelle manière votre nouveau poste concorde-t-il avec  vos fonctions à l’ONU ?

Je serai à la tête d’une organisation qui compte  40 millions de membres. En fait, je suis allé voir  le Secrétaire général pour lui faire savoir que j’allais accepter ce poste [Mouvement scout]. Il m’a dit qu’il s’agissait d’une très bonne affaire pour les Nations Unies. « Nous en perdons un, mais en gagnons 40 millions », a-t-il dit. Je pense qu’il a raison. Il faut passer aux choses sérieuses ; nous ne pouvons pas nous contenter de  parler des objectifs de développement durable. 

Comment voyez-vous l’avenir des jeunes en Afrique en particulier ?

Je suis convaincu qu’il sera radieux, car l’énergie que j’ai vue là-bas, ainsi que les talents, sont  sans égal.   

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