A Kinshasa, le chef des droits de l'homme de l'ONU s'inquiète du rétrécissement de l'espace public en RDC

Avril - juillet 2019

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A Kinshasa, le chef des droits de l'homme de l'ONU s'inquiète du rétrécissement de l'espace public en RDC

Des policiers lors de manifestations à Kinshasa en République démocratique du Congo en janvier 2015. Photo : MONUSCO
Des policiers lors de manifestations à Kinshasa en République démocratique du Congo en janvier 2015. Photo : MONUSCO

21 juillet 2016 – A l'issue d'une visite officielle en République démocratique du Congo (RDC), le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, s'est inquiété jeudi du rétrécissement de l'espace public et de la répression étatique contre l'opposition à l'approche des échéances électorales, appelant créer les conditions d'un dialogue démocratique ouvert.

« Alors que des échéances électorales cruciales approchent, la tension monte », s'est inquiété M. Zeid lors d'une conférence de presse dans la capitale de la RDC Kinshasa, concluant une mission de quatre jours dans le pays.

Le Haut-Commissaire a notamment mentionné l'augmentation des violations des droits civils et politiques fondamentaux par des acteurs étatiques, y compris la liberté d'expression et de réunion pacifique, qui sont pourtant inscrites dans la Constitution congolaise. « L'espace public pour l'expression des voix dissidentes est maintenant clairement sous pression », a-t-il regretté.

M. Zeid a déclaré que le pays se trouvait à un moment charnière. « Ce pays a des atouts formidables, y compris le dynamisme et l'ingéniosité légendaires de son peuple », a-t-il déclaré. Mentionnant notamment les progrès accomplis par le pays en matière de lutte contre les violences sexuelles, il indiqué que la RDC avait le potentiel de peut façonner une société forte et cohésive, basée sur les droits de l'homme, la démocratie et l'état de droit. « Mais si le pays tombe dans la répression, la méfiance et les griefs croissants, les incertitudes politiques actuelles pourraient conduire à une crise grave pouvant détruire des nombreuses avancées réalisées par le peuple congolais », a-t-il mis en garde.

M. Zeid s'est aussi dit très préoccupé par les rapports faisant état d'un « harcèlement croissant » des représentants de la société civile et des journalistes, de « la répression des voix qui s'opposent au gouvernement » et des « dispersions excessives et parfois mortelles de manifestations ». Il a dit avoir documenté plus de 800 victimes de telles violations entre juin 2015 et mai 2016, condamnant notamment les pertes en vies humaines lors de manifestations à Butembo, Goma et Kinshasa, les arrestations arbitraires, et les actes d'intimidation et de répression dans les grandes villes du pays.

« Les manifestations et réunions organisées par l'opposition et par la société civile sont souvent entravées ou réprimées, alors que celles organisées par la majorité présidentielle se déroulent généralement sans obstruction », a-t-il par ailleurs noté, constatant également d'apparentes interférences politiques dans le système judiciaire, y compris des violations du droit à un procès équitable, des poursuites injustifiées à l'encontre des voix dissidentes et des peines disproportionnée dont écopent ces derniers.

Pour surmonter les nombreux défis auxquels est confronté le pays, le Haut-Commissaire a plaidé en faveur d'un dialogue ouvert et honnête. « Le Président [Joseph Kabila] a appelé à un dialogue national relatif aux élections à venir. Je soutiens cet appel », a-t-il dit, avant d'ajouter : « Cependant, ce dialogue est tout simplement impossible dans une atmosphère qui étouffent la discussion et l'expression de griefs et d'opinions ; et ou des médias indépendants et le respect des libertés fondamentales sont menacés ».

M. Zeid a insisté sur le fait que le respect des droits de l'homme pour tous était un prérequis essentiel à tout dialogue inclusif et crédible. « Il faut des garanties juridiques qui permettent aux personnes d'exprimer leurs points de vue et de travailler ensemble, sans craintes de représailles des forces de sécurité ou des autorités judiciaires », a-t-il ajouté. « Les jeunes doivent être encouragés à contribuer – et ceux qui s'expriment ne doivent pas être forcés de se taire ni punis pour avoir exprimé une opinion dissidente ».