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En République centrafricaine, l’heure est à la reconstruction

Août - Novembre 2019

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En République centrafricaine, l’heure est à la reconstruction

Les denrées se font rares. Au plus fort de la crise, des travailleurs humanitaires livraient de la nourriture. Crédit: Stephan Gladieu/ Banque Mondiale
Les denrées se font rares. Au plus fort de la crise, des travailleurs humanitaires livraient de la nourriture. Crédit: Stephan Gladieu/ Banque Mondiale

BANGUI, le 6 juillet 2016 — La première chose que vous voyez en atterrissant à l’aéroport international de Bangui-M’Poko, c’est une mer d’abris de fortune recouverts de bâches en plastique dangereusement collés au tarmac. Ils s’étendent à perte de vue. « Imaginez le drame, si un avion rate la piste et prend feu », déplore un pompier qui travaille à l’aéroport. Bienvenue à Camp M’Poko, où 30 000 déplacés sont venus chercher refuge...

En 2014, au plus fort de la crise politique et confessionnelle qui a ravagé la République centrafricaine (RCA), obligeant un quart des habitants à abandonner leurs foyers, le camp abritait jusqu’à 100 000 personnes. Celle que l’on appelait naguère « Bangui la Coquette » est désormais affublée du triste surnom de « Bangui la Roquette »… Si les dernières élections présidentielles et législatives ont mis fin à trois années de tourmente et de transition, les casques bleus sont toujours omniprésents dans le pays et les flambées de violence monnaie courante.

Cependant, pour la première fois de son histoire, le pays s’est doté d’un président et d’un parlement démocratiquement élus. « La nouvelle équipe au pouvoir est confrontée à de redoutables défis pour remettre le pays sur pied après l’une des crises les plus graves et coûteuses de son histoire », souligne Jean-Christophe Carret, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RCA. « En plus de reconstruire la nation, le [gouvernement] doit promouvoir la réconciliation nationale, rétablir la sécurité dans le pays et s’atteler au sort des déplacés », poursuit-il.

Assis sous l’aile d’un avion endommagé dans un coin du camp M’Poko, Roger Arnold Tabassé, âgé de 73 ans a connu des jours meilleurs. Pourtant, cet ancien inspecteur de police n’a rien perdu de sa dignité : « Ce sont mes enfants qui m’ont obligé à venir ici, pour ma sécurité », explique-t-il. « J’habitais dans le centre de Bangui et ma maison a été totalement dépouillée. On ne m’a laissé qu’un cadre de lit en métal. Mes enfants ont pensé que je serais mieux dans le camp, vu que je suis malade et que je porte une sonde. Nous sommes tous là, mes cinq enfants, mes petits-enfants et ma femme qui, heureusement pour moi, est infirmière. » Malgré tout, Roger Arnold reste optimiste pour l’avenir de son pays — et c’est un sentiment que beaucoup partagent dans le camp : « J’espère vraiment que nous allons aller de l’avant », conclut-t-il.

Le poids de la guerre

La RCA est l’un des pays les plus pauvres du monde. Jadis célèbre pour ses diamants et son empereur autoproclamé, elle entame aujourd’hui un long chemin vers le redressement, avec le soutien de la Banque mondiale et d’autres partenaires de développement. Pendant la crise, les dépenses en vue de la stabilisation ont atteint 1,35 milliard de dollars par an, plus ou moins l’équivalent du produit intérieur brut du pays, dont quelque 800 millions de dollars pour la mission de maintien de la paix des Nations Unies (la MINUSCA) et 300 millions pour l’opération Sangaris (les forces françaises de maintien de la paix). Face aux épreuves traversées par ce pays, l’aide humanitaire a afflué dans des proportions inédites (250 millions de dollars par an) ; même pour un pays tellement dépendant de l’aide étrangère qu’on le baptise parfois « la République des ONG ».

Fin 2015, 450 000 personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays tandis que pratiquement 500 000 étaient parties se réfugier dans les États voisins. Près de 2,5 millions de Centrafricains, soit environ la moitié de la population totale du pays, ont un besoin urgent d’aide humanitaire, sachant que plus de 60 % d’entre eux vivent dans le plus extrême dénuement. Face à la crise, la Banque mondiale a alloué 100 millions de dollars à des opérations d’urgence grâce à un don de l’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres et organise actuellement, avec les Nations Unies et l’Union européenne, une conférence pour la reconstruction de la RCA. Il s’agira de définir les priorités et les besoins du pays pour les cinq prochaines années et de contribuer ainsi au processus de redressement et de pacification.

Pendant la crise, les bailleurs de fonds ont mis en place un programme de travaux publics qui a permis de fournir des emplois temporaires aux plus vulnérables (et, parmi eux des anciens combattants) à Bangui et dans les alentours. En dehors de la capitale, la Banque mondiale a soutenu les efforts de pacification et de stabilisation à travers un projet baptisé Londo (« debout »), qui a donné des emplois à court terme à 8 500 hommes et femmes dans 17 districts alors même que ces zones étaient encore en proie à l’insécurité.

« Dans un contexte aussi difficile, vous ne pouvez pas imaginer le bien que ça fait de recevoir de l’aide. Le projet a énormément compté pour les habitants, en améliorant leur quotidien et en leur donnant du travail. C’était une véritable bouffée d’air pour tous ceux qui ont été livrés à eux-mêmes dans le sillage de la terrible crise que nous avons traversée », rappelle Jeannette Teya, maire de Bimbo, la capitale de la préfecture de Ombella-M’Poko, localisée à une quinzaine de kilomètres de Bangui.

Pour Jean-Christophe Carret, la priorité désormais consiste à favoriser la réinsertion des anciens combattants et à organiser le retour des personnes déplacées. La Banque mondiale prépare un plan de soutien aux efforts de relèvement et de reconstruction. Dans le cadre du processus de stabilisation, une attention particulière sera accordée aux jeunes marginalisés par la société ou embrigadés dans des groupes armés.

Au camp Beal, en plein cœur de Bangui, où 1 500 anciens rebelles vivent dans des conditions précaires sous la garde de casques bleus, les attentes sont immenses. Comme le constate l’un d’entre eux : « Nous sommes venus pour prendre le pouvoir, puis nous avons déposé nos armes et accepté d’être parqués dans ce camp. Nous misons désormais tout sur le programme de DDR — désarmement, démobilisation et réinsertion —, pour pouvoir renouer avec une vie normale. Ça fait trois ans que nous attendons ça. J’aimerais bien reprendre mes études, devenir un citoyen libre et honnête et, surtout, tourner définitivement la page. »

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