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‘’Le lien entre les violences basées sur le genre et les abus et exploitation sexuels est évident’’

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‘’Le lien entre les violences basées sur le genre et les abus et exploitation sexuels est évident’’

13 Novembre 2019
Line Gaelle Kom : ‘’Le lien entre les violences basées sur le genre et les abus et exploitation sexuels est évident’’

A l’occasion d’un atelier de renforcement des capacités des membres des groupes de travail sur la protection contre les violences basées sur le genre (VBG) et la problématique de l’exploitation et des abus sexuels (EAS) qui s’est tenu les 30 et 31 octobre 2019 à Bangui avec l’appui de la MINUSCA, la responsable chargée des VBG au sein de l’ONG italienne ‘’INTERSOS’, Line Gaëlle KOM, revient sur le travail des humanitaires dans le domaine.

Quel lien pouvez-vous faire entre les VBG et les EAS ?

Line Gaëlle KOM : Le lien entre les violences basées sur le genre et les abus et exploitation sexuels est évident. À la base, il s’agit d’une violation des droits humains. Ensuite, intervient la notion de pouvoir, la VBG et les EAS sont fondés sur un rapport de force inégale (inégalité entre l’homme et la femme, inégalité de force physique, force financière, position d’autorité, etc.). Dans ce contexte que ce soit dans la VBG ou l’EAS, il y a absence de consentement de la victime.

À quoi peut-on résumer votre rôle en tant que point focal sur le plan national du Réseau sur la protection contre l’exploitation et l’abus sexuels (PEAS) ?

Le rôle du point focal peut être assigné soit à un membre du personnel de la protection, soit à un membre du personnel d’un autre programme ayant des connaissances en protection. Au sein d’INTERSOS nous avons des points focaux au niveau local où nous avons nos bases et sous-bases. Le rôle de ces points focaux est de recevoir et transmettre les plaintes selon le mécanisme existant en interne, s’assurer que les victimes ont bénéficié de l’assistance selon leur consentement, s’assurer de la confidentialité des données EAS à leur possession, contribuer à sensibiliser le personnel et les membres de la communauté. Personnellement, je suis chargée de superviser et former les points focaux EAS, veiller à la formation du personnel nouvellement recruté sur la PSEA, m’assurer que le personnel a signé le code de conduite, renforcer la confidentialité de la communication sur les allégations EAS, transmettre les allégations pour les enquêtes, etc. En tant que responsable VBG mon travail au quotidien est d’apporter un appui technique pour toutes les questions et activités VBG, définir au quotidien les stratégies d’intervention en matière de prévention et réponse concernant les VBG, m’assurer du respect des lignes directrices de la prévention et de la réponse à la VBG, etc. J’ai également la responsabilité d’assurer l’intégration du Genre dans les interventions de la mission.

Vous supervisez près d’une dizaine de points focaux à travers la RCA, à quelles difficultés sont-ils confrontés dans l’exercice de leurs missions ?

Dans le travail que nous faisons, il y a énormément de barrières liées à l’accès aux services. Les défis sont nombreux. Nous pouvons les regrouper en plusieurs catégories. 

D’abord la barrière géographique, du fait de la distance et l’enclavement de certaines zones. Je prends l’exemple de Yalinga dans la Haute-Kotto, où une femme violée peut mettre jusqu’à deux jours pour atteindre Bria, le chef-lieu de Préfecture, afin de pouvoir bénéficier d’une prise en charge médicale. Ce problème soulève celui de la disponibilité des services de prise en charge multisectorielle qui reste un gap dans plusieurs Sous-préfectures où nous intervenons.

Ensuite, la barrière sécuritaire, car nous voulons atteindre les bénéficiaires des zones reculées, mais parfois à cause des restrictions imposées par la situation sécuritaire volatile, nous suspendons certains missions planifiées et ne pouvons de ce fait pas apporter de l’aide durant la période de restriction à nos bénéficiaires.

Puis vient la barrière en termes de communication. En effetsur le terrain, des réseaux d’alerte précoce ainsi que des comités de protection ont été mis sur pied. Malheureusement, le mauvais état, voire l’inexistence du réseau téléphonique dans certaines zones rend la communication difficile, voire impossible. Il se passe parfois un mois avant qu’un incident nécessitant une prise en charge rapide ne soit rapporté.

Enfin, la barrière culturelleC’est un grand défi, car les obstacles sont liés à certaines considérations socio-culturelles sur les violences sexuelles. Par exemple j’ai voulu comprendre un jour à la lecture d’un rapport pourquoi les survivantes de viol étaient arrivées 72h après les faits. Il se trouve que les victimes avaient soit peur du regard de la société soit de la réaction de leur conjoint. Car dans leur communauté, l’origine de leur violeur les rendait inapte au mariage. La stigmatisation est partout, des femmes se rendant au champ sont violer, mais ne peuvent en parler à leurs époux de peur d’être rejetées.

Quelles réponses apportez-vous à ces barrières ?

La sensibilisation est le moyen que nous utilisons le plus. Avec l’aide des leaders communautaires et des autorités locales, nos comités locaux de protection ainsi que nos équipes organisent des séances de sensibilisation de masse où nous informons toutes les populations. Nous avons également des séances de sensibilisation de groupe où nous rencontrons par exemple les groupements de femmes ou de jeunes filles, ou encore les jeunes hommes et ceux plus âgés pour discuter avec eux des problèmes de VBG récurrent et des stratégies de prévention individuelle, familiale et communautaire. Nous faisons également avec l’appui des comités de protection et membres des groupements féminins des séances de porte-à-porte. Nous discutons de ces barrières et apportons des informations pour déconstruire certains usages ou mythes en vigueur, nous informons les communautés sur les services disponibles, les VBG, la protection de l’enfance et les droits humains.

Il n’y a certainement pas que des obstacles. Quelles réussites pouvez-vous partager avec nous ?

Nous sommes fiers de donner l’exemple de la Nana Gribizi où nos partenaires (groupements féminins) sur le terrain ont dépassé le simple fait de constituer des relais communautaires et se sont transformés en activistes. Certains groupements de femmes ont d’ailleurs pris l’initiative d’organiser des marches de sensibilisation ; d’autres ont même négocié et obtenu des passages sur les ondes des radios communautaires afin de passer les messages de sensibilisation.

Un autre succès est le transport des victimes dans les contrées reculées et dont le pronostic vital est engagé, depuis leurs zones vers les services de prises en charge. À cet effet, nous avons établi un protocole de collaboration avec les associations de mototaxis et même des propriétaires de bicyclettes dans le cadre du référencement. Ils ont été formés sur les VBG, les services disponibles et les principes directeurs ; et nous avons signé un protocole avec eux. Les choses marchent bien. Il s’agit là d’une phase pilote menée toujours dans la Nana Gribizi et nous travaillons à dupliquer dans les autres préfectures dans un futur proche.

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