MISSION PERMANENTE DE LARÉPUBLIQUE

DE CÔTE D'IVOIRE AUPRÈS DES NATIONS UNIES

 

VINGT-TROISIÈME SESSION

EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

INTITULÉE I4 LES FEMMES EN L'AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE

LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX

POUR LE XXI ème SIÈCLE"

(5 au 9 juin 2000)


INTERVENTION DE SON EXCELLENCE

Mme CONSTANCE YAI, MINISTRE DE LA FAMILLE ET DE

LA PROMOTION DE LA FEMME, CHEF DE LA DÉLÉGATION IVOIRIENNE.

 

 

Monsieur le Président.

Je voudrais vous exprimer de prime abord la satisfaction de ma délégation de vous voir présider nos travaux.

Monsieur le president, honorables délégués, Mesdame, Messieurs,

Ces dernières années la Communauté internationale a posé des actes majeurs en faveur de la femme.

La CEDAW, dont l'universalité est pratiquement acquise, constitue à n'en point douter la pièce maîtresse de tout ce dispositif.

Aujourdhui. la question de la violence exercée contre les femmes est enfin évoquée publiquement et est de moins en moins tolérée.

En Côte d'Ivoire, plusieurs actions ont été entreprises:

Premièrement: la protection juridique des femmes: Des lois portant répression des mutilations génitales féminines, du harcèlement sexuel et du manage forcé ont été votées. Le gouvernement ivoirien et les différentes associations intéressées s'emploient activement à les promouvoir mais se heurtent à des obstacles socio-culturels. En effet, la violence conjugale continue d'être perçue dans nos sociétés comme quelque chose de tout à fait normal. Malgré le consensus obtenu, des campagnes massives de sensibilisation se sont avérées indispensables. A cet effet, nous organisons régulièrement en partenariat avec l'UNICEF et les ONG des séries d'ateliers de sensibilisation et de formation.

Grâce au mouvement féministe ivoirien, les violences faites aux femmes ne sont plus banalisées. Un centre d'accueil des femmes victimes de violences conjugales a vu le jour à l'initiative des organisations de défense des femmes et deux autres centres sont sur le point d' ëtre ouverts par mon département. Pour la première fois dans notre pays, un comité national de lutte contre les violences faites aux femmes a été créé, impliquant tous les départements ministériels et les ONG de lutte contre les violences faites aux femmes.

Dès son accession à l' indépendance, la Côte d' Noire a aboli la polygamie. Aussi, la monogamie est-elle aujourd'hui le seul système de mariage légalement reconnu dans mon pays.

II ya lieu de déplorer par ailleurs la persistance de Iris discriminatoires pour

lesquelles des mesures sont en oeuvre en vue de leur suppression.

Je ne saurais oublier les enfants victimes de trafics transfrontaliers qui bénéticient depuis quelques mois de notre protection. Des campagnes massives de dénonciation ont lieu et des rapatriements ont débuté et vont être accélérés.

Deuxièmement : Ia promotion économique des femmes : elle touche I'encadrement et l'accès au micro-crédit grâce au fonds "Femmes et Développement" . Nous avons suscité des groupements villageois de femmes en vue de les encadrer dans les activités de production agricole et de commercialisation des produits vivriers. Ce fonds profite aux femmes. Il enregistre en outre le meilleur taux de remboursement par rapport à l'ensemble des autres fonds sociaux nationaux avec une moyenne au moins égale à 25%.

Le programme Microstart, réalisé actuellement dans 25 pays du monde a également bénéfïcié à la Côte d'Ivoire. D'un montant de 805 millions de CFA, ce programme vise i'amélioration de l'accés de petits entrepreneurs à faibles revenus, et plus particulièrement les femmes au micro-crédit.

Troisièmement : L'alphabétisation des femmes. la formation de plus de 1000 animatrices rurales actives dans les régions de Côte d'Ivoire, la formation aux techniques des foyers améliorés ont permis d'accroître les chances des femmes analphabètes d'accéder à un emploi.

Quatrièmement : Si des progrés notables ont été enregistrés au niveau de l'amélioration de la santé de la femme et de l'enfant. la santé de la reproduction quant à elle connaît quelques difficultés dans son exécution. S'agissant de la lutte contre le VIH-SIDA, notre pays a choisi de protéger les femmes par des campagnes d'éducation et de mobilisation sociale. Des actions basées sur la prévention ont été menées par le gouvernement en collaboration avec les ONG de lutte contre cette pandémie et les associations de personnes vivant avec le VIH.

Toutes ces actions initiées par le Gouvernement ivoirien ont été complétées par l'élaboration d'un Plan National d'Action de la Femme qui s'intègre dans les objectifs et stratégies de développement de la Côte d' Ivoire pour la période 2000-2005.

Dans le cadre de la préparation de cette session les organisations de femmes ont retenu qu'il fallait atteindre au moins 30% de femmes au niveau des instances de représentation. Pour ce faire. elles pensent qu'en plus d'une politique volontariste, il faut une solidarité au niveau des femmes elle-mêmes et un engagement permanent de toutes les parties concernées.

Monsieur le Président, Distingués délégués,

Cinq ans après Beijing, nous voici aujourd'hui réunis pour faire le point des engagements pris par nos Etats.

Malgré les avancées que je viens de mentionner, peut-on soutenir que les femmes de Van 12000 sort mieux éduquécs. en meilleure santé. plus épanouies dans la famille comme fans la société et jouent un rôle plus important que le passé ? Par respect pour les peuples que nous représentons ici, nous devons humblement reconnaître que nous sommes encore loin d'avoir atteint les objectifs fixés.

En effet. la participation des femmes aux prises de décisions politiques et économiques n'a que très peu augmenté: les lois n'ont pas toujours été appliquées; les clichés sexistes et les actes discriminatoires à l'égard des femmes continuent d'entraver l'action en faveur de l'égalité entre les sexes; les ajustements exigés par les restructurations économiques et financières ont réduit considérablement les investissements dans le capital humain et ont accru la misère des populations les plus vulnérables, en particulier les femmes pauvres.

Des facteurs exogènes dont on n'avait pas suffisamment mesuré l'impact sur les politiques en faveur de la femme sont venus réduire les efforts des gouvernements et des différents acteurs. Ainsi en est-il de la progression galopante de l'épidémie du VIH et du SIDA, ainsi que la multiplication des conflits et des guerres civiles dont les victimes sont en majorité les femmes et les enfants.

Les Etats les plus endettés sont obligés de réduire considérablement leurs dépenses sociales, les femmes en étant les principales victimes. En effet, comment imaginer qu'un pays comme la Côte d'Ivoire, qui consacre 52% de ses capacités budgétaires au paiement de sa dette extérieure puisse dégager suffisamment de ressources pour financer des actions en faveur des femmes ? La communauté internationale se doit donc de trouver une solution définitive à cet épineux problème que constitue le fardeau de la dette, faute de quoi nos engagements risquent d'être des voeux pieux.

Monsieur le Président, Distingués délégués, Mesdames, Messieurs,

Depuis le 24 décembre dernier, notre pays a connu un changement de régime politique que le peuple ivoirien dans son immense majorité a salué et dans lequel il s'est reconnu.

Le Comité National de Salut Public installé depuis cette date, avec à sa tête le Général Robert Guéï, travaille actuellement avec le Gouvernement de transition à la mise en place dune nouvelle société ivoirienne fondée sur l'état de droit. le respect des libertés individuelles et collectives.

Cela va se concrétiser dans les prochaines semaines par la mise sur pied de structures démocratiques et transparentes, conditions sine qua non à un développement durable ainsi qu'a la promotion effective de la femme. Car les femmes, plus que par le passé, constituent aujourd'hui une force non seulement incontournable mais aussi et surtout une force qui s'est imposée et se fait entendre et respecter. La composition de la délégation que je dirige en est une illustration.

Le 23 juillet prochain une constitution consensuelle, qui pour la première fois fait référence aux droits de la femme et qui a l'adhésion de la quasi-totalité des partis politiques, sera soumise à référendum; des elections générales qui vont consacrer le retour à un ré-ime civil se tiendront dans le dernier trimestre de cette année.

En cette période de renouveau, nous faisons appel à toutes les bonnes volontés au niveau bilatéral comme multilatéral pour soutenir nos efforts en vue de réussir cette transition afin que la Côte d'Ivoire renoue avec le progrès économique et social pour la stabilité du pays et celle de la sous-region ouest-africaine.

Monsieur le President,

La pleine participation des femmes au développement et l'élimination de toutes les formes de discrimination fondées sur le sexe doivent être des objectifs prioritaires pour tous les gouvernements et pour toute la communauté internationale. Aussi, fondons nous beaucoup d' espoir dans les travaux de cette session.

Avec l' an 2000 nous entrons de plain-pied dans une nouvelle ère; gageons que cette ère verra la femme être enfin l'égale de l'homme.

Les femmes ivoiriennes seront à ce rendez-vous.

Je vous remercie