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E/CN.6/2000/PC/CRP.1 |
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27 janvier 2000 |
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Commission de la condition de la femme
Résumé des travaux des groupes de travail en ligne Note du Secrétaire général
a) Les politiques, la législation, les stratégies et les
partenariats qui ont favorisé l'accession des femmes à
l'égalité ;
b) Des études de cas, les meilleures pratiques
optimales, des exemples d'efforts fructueux entrepris par
les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile,
ainsi que les enseignements tirés;
c) Les obstacles qui subsistent et les moyens de les surmonter. Mise en application du Programme d'action de Beijing
au cours de la période 1995-2000 : la voix des défenseurs
de la condition féminine, des chercheurs, des représentants
des gouvernements et des organisations de la société civile
Résumé des travaux des groupes de travail en ligne Table des matières I. Récapitulatif II. Introduction III. Les domaines critiques A. Les femmes et la pauvreté B. Éducation et formation des femmes C. Les femmes et la santé D. La violence à l'égard des femmes E. Les femmes et les conflits armés F. Les femmes et l'économie G. La participation des femmes à la vie politique et à la prise de décisions H. Mécanismes institutionnels chargés de favoriser la promotion de la femme I. Les droits fondamentaux des femmes J. Les femmes et les médias K. Les femmes et l'environnement L. La fillette Annexe Pays représentés dans les groupes de travail I. Récapitulatif Dans le cadre des préparatifs de l'évaluation des cinq
années écoulées depuis la conférence de Beijing, quelque
10 000 personnes se sont associées aux groupes de travail
en ligne de WomenWatch pour analyser les progrès
accomplis dans la mise en application du Programme
d'action de Beijing. On a ainsi pu réunir, de toutes les
régions du monde, des enseignements et des stratégies qui
devraient pouvoir guider les interventions futures. Plus de
120 pays ont été représentés dans les groupes de travail qui
ont échangé des informations sur les progrès accomplis, les
obstacles encore en place, les enseignements tirés et les
pratiques optimales. Si les résultats de ces échanges ne sont
ni exhaustifs ni définitifs, ils témoignent néanmoins de la
richesse des expériences qu'ont vécues tous ceux qui
uvrent à promouvoir l'égalité entre les sexes. Ils
constituent aussi une excellente source d'idées et de
stratégies susceptibles d'être empruntées et adaptées selon
que de besoin. Comme l'a fait observer un participant,
Dans certains processus de l'Organisation des Nations
Unies, tels que l'Évaluation de la mise en application du
Programme d'action de Beijing, il nous est parfois
demandé de nous prononcer formellement sur les souhaits
et les aspirations des femmes - ce qui nous conduit parfois
à des généralisations, au risque de marginaliser davantage
encore celles qui n'ont déjà pas voix au chapitre. Nous
devons veiller à ne pas parler des femmes en termes
universels. (Philippines)
Pour les 12 domaines critiques, les obstacles, les
enseignements et les pratiques sont tantôt communs, tantôt
spécifiques. Ils laissent cependant apparaître, dans
l'ensemble, un certain nombre de tendances. Quels
obstacles communs s'opposent à la réalisation de progrès
dans les domaines critiques et quelles mesures faudrait-il
prendre à cet égard? Quels enseignements communs peut-on tirer des expériences rapportées dans ces échanges?
Obstacles communs à la réalisation de progrès
Pour l'ensemble des domaines critiques, on a, à
maintes reprises, relevé un certain nombre d'obstacles qui
entravent sensiblement la réalisation des objectifs convenus
lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes.
La majorité de ces obstacles ne sont pas nouveaux mais leur
élimination s'avère laborieuse.
Un certain nombre de valeurs culturelles, de normes de société et de croyances religieuses accordent une valeur moindre à l'apport, aux idées et à la vie des femmes et des filles. Les processus de prise de décisions et d'orientation
font peu de place aux femmes et à la question de
l'égalité entre les sexes.
Les avantages et les retombées préjudiciables de la
libéralisation des échanges, de la mondialisation et
de la privatisation sont contradictoires et inégaux, les
femmes beaucoup plus touchées par les conséquences
négatives.
On ne dispose souvent pas de données ventilées par
sexe.
La violence qui, fondée ou non sur des croyances
religieuses discriminatoires, s'exerce contre les
femmes et les filles au foyer, à l'école ou dans les
médias, continue de s'accentuer.
Il n'existe pas de volonté politique suffisante pour
engager les actions susceptibles d'induire un
changement durable.
Enseignements tirés
Les enseignements qu'ont tirés et partagés les
membres des groupes de travail constituent d'importants
axes de référence pour les futures actions de mise en
application du Programme de travail. Si la plupart de ces
enseignements revêtaient un caractère spécifique, ils ont
également laissé apparaître plusieurs points communs:
Il faut associer étroitement la législation visant à
créer un cadre propice à l'instauration de l'égalité
entre les sexes à des stratégies d'éducation et de
sensibilisation.
Pour modifier les attitudes et les pratiques qui
entravent la réalisation de l'égalité entre les sexes, il
apparaît essentiel de sensibiliser les enfants dès leur
jeune âge et d'accorder une importance particulière
à la question de l'égalité dans l'enseignement formel
et non formel.
Il ne suffit pas, pour assurer le changement,
d'accroître la représentation des femmes au sein de
l'administration ou dans d'autres sphères de prise de
décisions ou encore de décréter l'égalité entre les
sexes par voie de législation. De telles mesures n'ont
pas d'effets automatiques sur l'évolution de la
situation.
L'examen du problème de la parité entre les sexes,
dans le cadre d'une réflexion à long terme, peut
souvent conduire à l'adoption de stratégies intégrées
et efficaces. Par exemple, l'examen de la violence liée
aux armes à feu, du point de vue de la santé et de la
prévention des traumatismes plutôt que sous le seul
angle de la sécurité, peut élargir le cadre du plaidoyer
et des interventions.
Les démarches intégrées menées sur plusieurs fronts
jouent un rôle déterminant dans la dynamique du
changement, qu'elles interviennent dans les domaines
des soins de santé, de l'éducation, de la
sensibilisation ou des droits de l'homme.
Les interventions aux échelons mondial, national et
local et les stratégies définies en fonction des
contextes jouent un rôle décisif dans l'instauration
d'un changement durable en faveur des femmes, que
ce soit dans le règlement des conflits, l'élaboration
d'outils appropriés pour l'analyse des questions de
parité entre les sexes ou l'animation de débats.
Quelques points saillants des échanges des groupes de travail
Les groupes de travail ont procédé à un échange des
nombreuses expériences concrètes qu'ils ont vécues et des
multiples enseignements qu'ils ont tirés au cours des cinq
dernières années.
Les participants ont souligné combien il importait
d'orienter les efforts vers l'éducation des jeunes enfants.
L'Equal Opportunities Commission a concentré ses
efforts sur l'éducation des jeunes enfants dans le
cadre d'une stratégie visant à promouvoir l'égalité
des chances. Il s'agit d'incorporer ces notions à la
vie de l'école plutôt que d'en faire l'objet d'une autre
matière d'enseignement. On a ainsi élaboré, à
l'intention des enfants d'âge préscolaire, un module
de formation comportant des livres d'images, des
matériaux didactiques, des jeux et des chansons. Des
ateliers de formation ont été organisés à l'intention
de plus de 700 enseignants des écoles maternelles et
des jardins d'enfants. Plus de la moitié des jardins
d'enfants de Hong Kong y ont participé. (Hong Kong)
Les participants ont décrit les services de soins de
santé parallèles que les femmes mettaient en place.
Nous nous efforçons de concevoir un autre système
de soins de santé, qui sera géré par la fédération des
associations locales de femmes. Notre organisation
veille à ce que ces associations prennent en mains les
processus de prise de décisions et de gestion. À
quelques exceptions près, toutes les interventions en
cours consistent à sensibiliser et à desservir celles
qui, déjà, sont sensibilisées et ont accès à des
services qui ne parviennent jamais aux villageoises
pauvres et analphabètes. En termes d'équité, une
telle démarche se justifie-t-elle?(Népal)
Les participants ont favorablement accueilli la
législation et les politiques nouvelles concernant les droits
et la représentation des femmes.
La politique de l'action positive a considérablement
contribué à renforcer la participation des femmes à
la vie politique et publique en Ouganda. Ici, chaque
district doit élire au parlement une femme qui
représente les femmes au sein de cette institution,
mais de surcroît, les femmes peuvent se faire élire en
fonction du mérite. L'action positive a ainsi conduit
au parlement plus de 40 femmes et a permis à de
nombreuses femmes d'occuper des fonctions
publiques dans un certain nombre d'institutions -
l'Ouganda étant le seul pays africain où une femme
occupe le poste de Vice-Présidente! (Ouganda)
Les participants découvrent de nouveaux modes de
gestion des conflits.
Nous nous efforçons de déplacer la question de la
violence liée aux armes à feu du seul cadre de la
sécurité et des conflits pour la recentrer en rapport
avec la santé et la prévention des traumatismes. Au
regard du conflit ou du traumatisme, il s'agit
désormais d'intervenir en amont plutôt qu'en aval.
Cette démarche se fonde sur la Charte d'Ottawa pour
la promotion de la santé, qui stipule que toute
personne a droit au bien-être mental, physique et
social. (Australie)
Les participants franchissent les divisions ethniques
pour instaurer la paix.
Je voudrais partager avec vous quelques-unes des
stratégies et méthodes utilisées par les associations
de femmes à Chypre. S'agissant de la constitution du
groupe, les participants conviennent, dès le départ,
qu'elles ne représentent qu'elles-mêmes et non pas,
par exemple, des organisations non
gouvernementales (ONG). Elles conviennent en même
temps que notre objectif est de nous exprimer et de
comprendre des besoins plutôt que d'affirmer des
positions politiques. Initialement, les femmes, qui
appartiennent à deux groupes ethniques différents,
ont des attitudes complètement différentes et sont
choquées par ces différences. Nous leur donnons
l'occasion de décrire les périodes les plus
traumatisantes de leur histoire. À ce stade, les deux
groupes commencent à fusionner. Le nouveau groupe
qui se forme ainsi n'a ni structure, ni responsable,
ni hiérarchie et chacun s'y sent l'égale des autres.
Tout au long de ce processus, les femmes mènent une
quête en elles-mêmes. Le changement vient de
l'intérieur et non pas de l'extérieur. (Chypre)
Les participants créent et encouragent des partenariats
en vue de promouvoir l'accession des femmes à l'égalité.
Organisées et créatives, les femmes des secteurs
informels (vendeuses des rues) se sont regroupées et,
en association avec les hommes, ont constitué des
groupes chargés d'engager la concertation et
d'assurer la défense de leurs intérêts. À Cebu, des
organisations populaires et des organisations non
gouvernementales ont constitué, avec les collectivités
locales, des organismes tripartites chargés de suivre
les questions qui concernent les vendeurs des rues et
le code d'administration locale. Cette stratégie de
partenariat démontre qu'il est possible de créer des
sociétés civiles grâce à la mise en place de réseaux,
à l'organisation et à l'éducation. (Philippines)
II. Introduction
L'Organisation des Nations Unies entame l'examen
quinquennal de l'application du Programme d'action de
Beijing avec, à sa disposition, une grande diversité de
connaissances et d'expériences, d'expérimentations et de
stratégies. Nombre d'organisations non gouvernementales,
de chercheurs, de particuliers, d'organisations
intergouvernementales, de gouvernements, d'organismes
bilatéraux et multilatéraux et d'institutions spécialisées ont
apporté d'importantes contributions. De quels succès peut-on se prévaloir depuis 1995? Quels obstacles continuent
d'entraver l'exécution de la série ambitieuse de tâches qui
restent à accomplir? Quels enseignements peut-on retirer
des cinq années écoulées et quels nouveaux défis les
femmes doivent-elles relever? Quelles mesures et initiatives
concrètes peut-on prendre pour surmonter les obstacles qui
empêchent la pleine application du Programme d'action?
En 1999, le projet WomenWatch a réuni des
particuliers représentant différentes organisations,
professions et régions du monde afin qu'ils partagent leur
expérience touchant la mise en oeuvre du Programme
d'action de Beijing. Ils ont été répartis en 12 groupes de
travail en ligne recouvrant chacun un domaine critique. Ces
groupes de travail qui fonctionnaient par messagerie
électronique s'inscrivaient dans un cadre général commun
et avaient principalement pour objectif d'identifier ce qui
suit :
Les politiques, législations, stratégies et partenariats
visant à promouvoir l'égalité entre les sexes qui
avaient donné de bons résultats;
Les études de cas, meilleures pratiques et autres
exemples d'expériences réussies menées par les
pouvoirs publics, le secteur privé ou la société civile
ainsi que les enseignements à en retirer;
Les obstacles qui continuent d'entraver les progrès
et les moyens de les surmonter.
De septembre à décembre 1999(1), une dizaine de
milliers de personnes ont tenu un débat collectif, mis en
commun ce que l'expérience leur avait appris et apporté
leur contribution à Beijing+5 dans le cadre de groupes de
travail. Le résultat a été un foisonnement d'idées concrètes
appelées à orienter de façon décisive la poursuite de la
réalisation des objectifs du Programme d'action : égalité,
développement et paix.
Groupes de travail
1. Sortir les femmes de la pauvreté
2. Établir l'égalité dans l'enseignement
3 Assurer et promouvoir la santé des femmes
4. Mettre fin à la violence contre les femmes
5. Les femmes et les conflits armés
6. Mettre fin à l'inégalité économique des femmes
7. Favoriser l'accès des femmes à l'exercice du pouvoir
et à la prise de décisions
8. Mécanismes nationaux pour l'égalité des hommes et
des femmes
9. Réaliser les droits fondamentaux des femmes
10. Les femmes et les médias
11. Renforcer le rôle des femmes dans la protection de
l'environnement
12. Autonomiser les petites filles
Méthodes
Chaque groupe de travail en ligne a fonctionné
pendant six semaines; il était encadré par un groupe
consultatif d'experts de la question à l'examen(2),
comprenant notamment un animateur habitué à diriger des
forums électroniques.
Pour chaque groupe de discussion, ce groupe
consultatif comprenait, outre l'animateur, des conseillers
thématiques et un coordonnateur WomenWatch (la
composition du groupe consultatif est donnée dans une note
de bas de page au début de chaque chapitre). WomenWatch
a contacté un grand nombre d'organismes des Nations
Unies, d'organisations non gouvernementales et de
particuliers ayant une connaissance approfondie et une
grande expérience du domaine critique considéré et choisi
les membres du groupe sur la base de leurs compétences
parmi les spécialistes disposés à consacrer une partie de
leur temps au groupe de travail sur une durée de six
semaines.
Pour chacun des forums de discussion, il appartenait
au groupe consultatif d'orienter les débats. L'animateur
dirigeait les travaux du groupe par le biais de messages
hebdomadaires et s'assurait qu'ils restaient bien axés sur
les obstacles rencontrés, les enseignements tirés de
l'expérience et l'élaboration de recommandations. Chaque
animateur a établi un rapport sur les conclusions du groupe
de travail, en consultation avec les autres membres du
groupe consultatif.
Le centre de recherche pédagogique EDC-USA a
apporté un appui de fond en aidant à approfondir les sujets
à examiner; il a également contribué à la coordination et à
la campagne d'information. Il a aussi assuré l'animation des
groupes de travail au jour le jour, sauf en ce qui concerne
celui consacré aux femmes et les médias (WomenAction
2000) et celui axé sur les mécanismes nationaux (Christina
Janssen).
Les groupes de travail étaient ouverts à tous. Quelque
17 000 particuliers et organisations avaient été invités, soit
directement soit par l'intermédiaire de gestionnaires
Listserv. Les campagnes d'information avaient surtout visé
des organisations non gouvernementales féminines, des
centres d'études sur les rôles des hommes et des femmes,
des responsables d'administrations publiques et des
organisations multilatérales et bilatérales. Elles ont été
particulièrement intenses dans le Sud et environ 40 % des
invitations sont allées à des particuliers et des organisations
dans les pays en développement. L'invitation a en outre été
diffusée par l'intermédiaire de réseaux privés et affichée
sur les sites Web de WomenWatch et d'UNIFEM.
On peut consulter les archives des groupes de travail
sur le Web à l'adresse suivante : http://www.un.org/
womenwatch/forum. Le stockage des archives a été assuré
par le Programme de constitution de réseaux pour le
développement durable du Programme des Nations Unies
pour le développement.
Le présent rapport : renseignements
de caractère général
Le présent rapport a pour objet de regrouper et
diffuser les diverses idées qui ont jailli de chacun des
groupes de travail de WomenWatch. Établi par Alice
Mastrangelo, avec le concours du comité WomenWatch,
des groupes consultatifs et des animateurs de l'EDC, il
s'inspire des rapports finals présentés par les animateurs
des groupes de travail, ainsi que des résumés
hebdomadaires des travaux de chacun de ces groupes et des
messages individuels qui ont été reçus. Sans prétendre
aborder tous les sujets ou problèmes abordés, ce qui serait
impossible, il tente de mettre en lumière les questions que
les participants se sont généralement accordés à juger
fondamentales et d'en tirer des enseignements spécifiques
susceptibles d'être applicables ailleurs. Un rapport
d'activité complet sera disponible sur le site Web de
WomenWatch pour chacun des groupes de travail à
l'adresse suivante : http://www.un.org/womenwatch/forum.
Chaque chapitre comporte une rubrique
Enseignements retirés, illustrée par un cas précis ou une
citation directement empruntée à un message d'un des
participants. Comme il est impossible de citer tous les
messages reçus, les extraits ont été choisis de manière à
représenter au mieux la diversité des questions abordées et
les différentes régions du monde. On a corrigé les fautes
de grammaire et abrégé certaines citations, mais on s'est
efforcé de rester le plus fidèle possible au sens original.
Pour des raisons de confidentialité, les noms des
participants ont été omis mais le pays et l'affiliation sont
indiqués chaque fois qu'il a été possible de les déterminer.
Les groupes de travail ont été financés par la
Fondation pour les Nations Unies et le Ministère
britannique du développement international.
III. Les domaines critiques
A. Les femmes et la pauvreté
Depuis l'adoption de la Déclaration et du Programme
d'action de Beijing en 1995, freiner la progression de la
pauvreté dans un environnement économique en évolution
rapide s'impose de plus en plus comme une nécessité
impérieuse. Les participants au groupe de travail Sortir les
femmes de la pauvreté(3) ont pris note avec préoccupation des
discriminations systématiques fondées sur le sexe qui
exacerbent la pauvreté parmi les femmes, des effets négatifs
que risquait d'avoir la libéralisation des échanges et du fait
que l'absence de volonté politique continuait à faire
obstacle à l'introduction de changements durables. De
manière générale, les débats ont porté sur les causes de la
pauvreté parmi les femmes et sur les situations que celles-ci
connaissaient, sur les politiques macroéconomiques et
sociales, sur les plans de développement de nature à faire
reculer la pauvreté, sur l'accès des femmes au crédit et à
l'épargne et sur les recherches concernant la situation des
deux sexes. Promouvoir les partenariats entre les
gouvernements et les organisations non gouvernementales,
encourager l'introduction de nouveaux services propres à
améliorer l'existence des femmes pauvres et mieux cerner
les effets de l'instabilité économique et de la libéralisation
des échanges sur les femmes ont compté au nombre des
nouvelles questions examinées par les participants.
1. Obstacles rencontrés
Effets négatifs de la libéralisation des échanges et
des privatisations sur les femmes pauvres.
Persistance de discriminations fondées sur le sexe
dans les sphères culturelles, juridiques, politiques et
économiques qui restreignent les perspectives
d'avenir des femmes pauvres.
Fossé existant entre les politiques visant à instaurer
la parité entre les sexes et l'adaptation des pratiques
administratives de nature à faire reculer la pauvreté
parmi les femmes.
Mauvaise connaissance des aspects sexospécifiques
de la pauvreté et absence de volonté politique de
remédier à la situation.
Insuffisance de la représentation des femmes dans les
emplois publics.
Application de plans de microcrédit ou d'autres
programmes économiques sans aucune coordination
avec d'autres plans visant à promouvoir l'égalité des
femmes, comme les programmes d'enseignement ou
les campagnes législatives.
Manque de données ventilées par sexe et d'analyses
concernant la situation des hommes et des femmes qui
faciliteraient l'adoption de mesures efficaces dans la
lutte contre la pauvreté.
2. Idée-force
Les effets contradictoires des politiques
macroéconomiques et des politiques sociales.
Les participants se sont tout particulièrement
intéressés aux effets et à l'efficacité des macropolitiques
en matière de lutte contre la pauvreté féminine, qu'il
s'agisse de réformes économiques ou d'éducation. Un
intervenant asiatique a fait valoir que si certaines politiques
macroéconomiques avaient provoqué une hausse de la
pauvreté féminine, ces mêmes politiques - une fois
reformulées pour tenir compte des sexospécificités -
permettraient aux femmes de mieux tirer parti des
perspectives de développement et d'emploi. De même, il
est possible d'anticiper nombre de problèmes qui se posent
aux femmes en matière de développement social en mettant
en place des programmes sociaux adaptés. Un participant
a fait observer que le Gouvernement sud-africain avait mis
au point une politique d'éducation très complète afin
d'effacer les séquelles de la discrimination raciale et,
partant, d'améliorer les perspectives d'avenir des femmes
pauvres. L'Inde a, quant à elle, adopté des politiques
sociales imposant d'enregistrer au nom des femmes les
parcelles de terre octroyées aux familles pauvres et faisant
obligation aux programmes d'assistance financière
alimentés par le gouvernement - y compris les régimes
nationaux d'assurance vieillesse en faveur des femmes et
les régimes d'assurance en faveur des travailleuses - de
réserver aux femmes la moitié des fonds. Plusieurs
intervenants ont cependant fait observer que ces politiques
n'étaient pas nécessairement appliquées. Des participants
d'Europe de l'Est et de la Communauté d'États
indépendants ont souligné que, dans les pays en transition,
les femmes pauvres étaient contraintes d'assumer des tâches
supplémentaires pour faire face à la restructuration
économique. Les femmes sont les premières à être
licenciées et les dernières à être embauchées (PNUD,
Ukraine). Les participants ont également estimé que les
politiques d'ajustement structurel qui privilégiaient les
privatisations et les coupes dans les budgets sociaux avaient
des effets particulièrement négatifs sur les femmes pauvres.
3. Enseignements tirés
Les politiques et les programmes de lutte contre
la pauvreté qui sont fondés sur des analyses tenant
compte des sexospécificités de l'environnement
social, économique, juridique et politique dans
lequel ils sont appliqués et qui visent à faire
évoluer les lois, les pratiques et les croyances
discriminatoires peuvent considérablement
atténuer la pauvreté féminine.
Exemple : Il y a plus de femmes touchées à des degrés
divers par la pauvreté pour les raisons suivantes : les
femmes ont plus difficilement accès à l'éducation et
aux moyens de production, sont parfois privées du
droit à la propriété et ne jouissent pas dans certains
cas de droits égaux au sein même de la famille et de
la société. Pour être efficaces, les politiques de lutte
contre la pauvreté doivent reposer sur la
reconnaissance des droits de la femme et tenir
compte du fait que les femmes exercent des rôles
multiples et sont très présentes dans le secteur social
et économique non structuré, sans pour autant être
rémunérées. (États-Unis)
Exemple : On peut imputer le recul de la pauvreté
aux politiques sociales plus qu'à la mondialisation
et à la libéralisation de l'économie. Cela est dû à :
i) l'accroissement des investissements dans
l'éducation primaire, l'attention étant accordée à la
réduction des inégalités entre les sexes; ii) la
décentralisation au moyen du système Panchayati
Raj, avec un quota de 33 % pour les femmes;
iii) l'augmentation des investissements
d'infrastructure; iv) la meilleure prise en compte de
la situation des femmes dans le gouvernement. (Inde)
Les microcrédits peuvent réellement contribuer
à réduire la pauvreté si l'on fait abstraction du
seul critère de rentabilité économique pour donner
aux femmes les moyens d'accéder aux ressources
et de contrôler celles-ci.
Exemple : Au Nigéria, les microcrédits, aussi
modestes fussent-ils, ont non seulement renforcé la
capacité économique des femmes qui ont été
expulsées de leur foyer, mais les a aussi incitées à se
battre pour obtenir un juste dédommagement pour
leurs maisons détruites. Grâce à des campagnes
d'éducation et de sensibilisation lancées au moyen
de projets tels que des microcrédits, les femmes
s'impliqueront davantage dans la défense de leurs
propres droits. (Social and Economic Rights Action
Centre, Nigéria)
Exemple : Il importe de s'assurer que les femmes
disposent de ressources financières dont elles
assurent elles-même la gestion. À cet effet, il faut
prévoir des programmes de formation professionnelle
et de formation à la gestion des entreprises. Faire en
sorte que les femmes puissent trouver des débouchés
commerciaux et bénéficient de services de
commercialisation est un facteur important dont il
faut tenir compte. Les projets menés doivent prévoir
des activités de sensibilisation aux comportements
sexistes destinées à l'ensemble des membres de la
famille, dans la mesure où une femme exerçant une
activité économique ne se défausse pas pour autant
des responsabilités qui lui incombent en sa qualité
d'épouse et de mère. (CARE, Bangladesh)
Il importe d'intégrer une démarche soucieuse
d'équité entre les sexes dans les politiques et les
programmes de lutte contre la pauvreté.
Exemple : Au Népal, au Bangladesh et en Sri Lanka,
nos projets de lutte contre la pauvreté qui
incorporaient une démarche soucieuse d'équité entre
les sexes nous ont appris qu'il fallait : tenir compte
des besoins et des préoccupations des hommes et des
femmes dans la formulation des objectifs; identifier,
au stade de l'élaboration du projet, les principaux
éléments qui font obstacle à la participation des
femmes, quel que soit le composant considéré; définir
des stratégies permettant de surmonter les obstacles,
tous composants confondus; allouer des ressources
de sorte que les stratégies puissent être appliquées;
ne pas manquer de collecter des données ventilées
par sexe pendant l'exécution du projet; évaluer la
capacité des partenaires à exécuter des projets tenant
compte des sexospécificités et, lorsque cela était
possible, tenter de renforcer cette capacité. (Agence
australienne pour le développement international,
Australie)
De véritables partenariats entre les
gouvernements, le secteur privé et les
organisations non gouvernementales peuvent
jouer un rôle essentiel dans la réduction de la
pauvreté féminine.
Exemple : Dans les années 80, des organisations non
gouvernementales et le Gouvernement du Tamil Nadu
ont joué un rôle moteur dans la création de groupes
d'entraide. Ce projet s'est imposé comme un modèle
digne d'être reproduit à plus large échelle dans
d'autres parties de l'État et dans le reste du pays. Le
Fonds international de développement agricole a
appuyé ce projet d'avant-garde en apportant une
aide au projet de développement des femmes du Tamil
Nadu. Il s'agissait essentiellement d'améliorer le
statut économique et social des femmes vivant au-dessous du seuil de pauvreté grâce à la création de
groupes d'entraide ouverts aux femmes pauvres de
la région, les ONG étant invitées à participer
activement au projet et à le superviser. Les activités
de formation à l'animation de groupes d'entraide et
de perfectionnement professionnel ont également
grandement facilité l'émancipation des femmes
pauvres. Le statut des membres des groupes
d'entraide au sein de leur famille et de leur
communauté a connu une amélioration notable. Il
convient de saluer l'Indian Bank qui a appuyé cette
entreprise colossale et octroyé des prêts aux groupes
jugés solvables au fur et à mesure des besoins. (Tamil
Nadu Women's Development Corporation, Inde)
4. Programme d'action pour lutter
contre la pauvreté féminine
Faire campagne pour le lancement de plans de
microcrédit liés à d'autres stratégies d'émancipation,
telles que l'éducation.
Mieux cerner l'influence des facteurs internationaux,
tels que l'instabilité économique et la libéralisation
des échanges, sur l'aggravation de la pauvreté
féminine.
Encourager l'établissement de véritables partenariats
entre les gouvernements, les organisations
multilatérales, le secteur privé et les ONG en vue
d'appuyer les initiatives de lutte contre la pauvreté
axées sur les femmes.
Faciliter le recours aux nouveaux services issus des
progrès réalisés dans le domaine des technologies de
l'information et de la communication, tels que la
télémédecine, afin d'améliorer les conditions de vie
des femmes pauvres.
Encourager la participation des femmes aux
différentes phases des plans de lutte contre la
pauvreté et de la formulation des politiques.
Formuler et appliquer des politiques de lutte contre
la pauvreté qui tiennent compte de la situation
particulière des hommes et des femmes.
Promouvoir l'application de plans comportant
plusieurs volets en vue d'éliminer les obstacles
sociaux, économiques, juridiques et politiques et de
réduire les inégalités existant entre les deux sexes en
matière de pauvreté.
Au vu des liens existant entre endettement et
pauvreté, appuyer les initiatives visant à généraliser
l'allégement de la dette et à accélérer les activités en
ce sens.
Encourager les activités visant à expliquer au public
les liens entre pauvreté et inégalités entre les sexes.
Aider les ONG féminines à lutter contre la pauvreté.
Appuyer les processus démocratiques qui facilitent
la création d'emplois, créent une situation favorable
à l'investissement et réduisent l'écart entre riches et
pauvres.
Faciliter la compilation, l'analyse et l'exploitation de
données sur la pauvreté ventilées par sexe, groupes
d'âge, couches sociales et races, et d'indicateurs
sexospécifiques en vue d'évaluer les progrès
accomplis dans la lutte contre la pauvreté.
B. Éducation et formation des femmes
Les membres du groupe de travail en ligne sur
l'établissement de l'égalité dans l'enseignement(4), dont les
travaux ont duré six semaines, ont examiné les grandes
questions relatives aux mesures et aux politiques en matière
d'éducation concernant tous les niveaux de l'enseignement,
de la maternelle au supérieur. Les avantages retirés de
l'éducation de base des filles, les résultats universitaires des
filles par rapport à ceux des garçons, l'éducation dans les
situations de conflit armé, le harcèlement sexuel généralisé
dont les filles sont victimes, les possibilités d'éducation,
le matériel pédagogique et la formation des enseignants
- tels étaient les principaux thèmes des travaux et des
débats. Les obstacles à l'égalité dans l'enseignement
tenaient surtout aux normes culturelles et aux pratiques
sociales bien ancrées, ainsi qu'à l'environnement éducatif
défavorable ou hostile aux filles. Bien que l'on ait
généralement convenu de la modestie des progrès réalisés
depuis 1995 dans les domaines centraux que sont la
formation des enseignants ou les changements d'attitude,
il a également été reconnu que les ONG dirigées par des
femmes avaient mis en uvre avec succès de nombreuses
pratiques éducatives innovantes. Se tournant vers l'avenir,
les participants ont lancé un appel à l'action quant aux
nouvelles questions qui se posaient, par exemple
l'éducation des enfants des rues et la nécessité d'une
démarche soucieuse de l'équité entre les sexes s'agissant
de l'éducation en situation de conflit armé.
1. Obstacles rencontrés
La persistance des attitudes culturelles et des
pratiques sociales empêchant les filles d'aller à
l'école, par exemple la faible priorité qui est donnée
à l'éducation des filles, les mariages précoces et
l'importance des tâches domestiques incombant aux
femmes et aux filles.
Le fait que les systèmes éducatifs formels et les
gouvernements nationaux n'ont pas suffisamment
réformé les programmes, formé les enseignants ou
cherché à modifier les perceptions sociales qui
perpétuent les inégalités en matière d'éducation.
L'hostilité aux filles des environnements
d'apprentissage, caractérisée par le harcèlement
sexuel et l'utilisation de matériels pédagogiques à
caractère discriminatoire, entre autres.
La sensibilisation insuffisante des enseignants aux
sexospécificités.
Les conséquences de la pauvreté et les problèmes qui
l'accompagnent : chômage, criminalité et réduction
de l'accès à l'éducation et du niveau d'instruction, en
particulier dans les zones rurales et dans les zones
isolées.
La diminution des ressources allouées à l'éducation
durant les périodes de crise financière ou de pénurie
nationales.
Les contraintes imposées aux femmes et aux filles,
qui rendent difficile l'assiduité de leur présence à
l'école ou de leur participation aux programmes
d'alphabétisation.
2. Idée-force
Le harcèlement et la violence à caractère sexuel
dans les écoles sont un sérieux obstacle à l'égalité
dans l'enseignement.
L'un des principaux problèmes communs à tous les
pays est celui du harcèlement sexuel dont sont victimes les
filles. De la Suède au Zaïre en passant par la Belgique et
l'Afrique du Sud, le harcèlement est un motif majeur
d'abandon scolaire. Dans certains cas, ce sont les
enseignants qui harcèlent sexuellement les élèves; celles-ci
se retrouvent même parfois enceintes et sont forcées de
quitter l'école, généralement sans que cela ait de
conséquences pour les responsables. Les organisations de
femmes ont élaboré différents programmes d'éducation
sexuelle et de prévention des MST, mais la plupart sont
axés sur les besoins des femmes adultes plutôt que sur ceux
des filles d'âge scolaire. En Afrique du Sud, un programme
visant à promouvoir la culture et les services pédagogiques
[Culture of Learning and Teaching Services (COLTS)] fait
appel à des moyens créatifs d'explorer les stratégies qui
permettraient de mettre fin à la violence et au harcèlement
sexuels dans les écoles.
3. Enseignements tirés
Les approches pluridimensionnelles sont
essentielles à la réalisation de l'égalité dans
l'enseignement - de la révision des manuels à
l'ouverture de garderies pour les frères et les
surs des enfants scolarisés.
Exemple : Je m'occupe de l'éducation en Inde depuis
près de 20 ans. Le Programme relatif à
l'enseignement primaire à l'échelon du district a été
lancé en 1994, concrétisant les engagements pris
dans la Constitution indienne en faveur de
l'enseignement primaire universel, dans la politique
nationale de l'éducation adoptée en 1986 et à
l'occasion de la Conférence de Jomtien. L'objectif
de ce programme est essentiellement de renforcer les
capacités des écoles publiques rurales gratuites, et
son cadre conceptuel met l'accent sur le fait que
l'enseignement primaire universel s'inscrit dans un
contexte qui varie d'un état à l'autre à l'intérieur
même du pays. Alors que certains états qui ont déjà
atteint le niveau de scolarisation quasi totale devront
privilégier la qualité de l'enseignement dispensé et
les résultats obtenus, d'autres devront mettre l'accent
sur la participation et la scolarisation minimales. Il
est évident que chaque district définit ses priorités
particulières et énonce ses propres plans annuels.
Une place très importante est accordée aux femmes
et l'on a observé que les plans énoncés par les
districts avaient certaines caractéristiques
communes, notamment :
La constitution de comités de mères ou
d'associations de parents d'élèves, qui
permettent d'établir un dialogue avec les
parents sur la nécessité d'envoyer leurs
filles à l'école.
La distribution gratuite de matériels
d'apprentissage de l'écriture et de la
lecture destinés aux filles et aux enfants
appartenant à des groupes marginalisés.
La fourniture d'un déjeuner quotidien à
tous les enfants afin que les petites filles
reçoivent leur part à l'école.
L'assurance que les femmes et les mères
sont représentées dans les comités
villageois sur l'éducation qui supervisent
le fonctionnement des écoles.
La nomination de nouvelles enseignantes et les efforts déployés pour qu'il y ait au moins une enseignante dans chaque école.
La création de centres de soins et d'éducation pour la petite enfance, qui accueillent les frères et les surs des enfants scolarisés.
Le démarrage du programme
d'autonomisation des femmes (Mahila
Samakhya) dans les habitations et les
villages où vivent essentiellement des
femmes appartenant aux castes pauvres
inférieures, l'objectif étant de créer des
conditions propices au changement. Après
la mise en train du programme
d'autonomisation, ces femmes ont demandé
qu'une instruction élémentaire leur soit
dispensée ainsi qu'à leurs enfants, en
particulier à leurs filles.
La mise en place de systèmes
d'enseignement informels adaptés à la
situation particulière des filles (emploi du
temps, lieu où l'enseignement est dispensé,
etc.).
Le contrôle des taux de scolarisation et d'abandon scolaire des filles.
L'organisation régulière d'examens destinés à contrôler les résultats scolaires des filles.
La suppression des stéréotypes sexistes
contenus dans les manuels scolaires et les
mesures prises pour éviter que les manuels
présentent de tels clichés (en veillant par
exemple à ce que les filles soient aussi bien
représentées que les garçons dans les
illustrations, les discussions et les
exemples, à ce que les filles et les femmes
ne soient pas systématiquement présentées
comme occupant des positions
subordonnées et à intégrer ces sujets dans
les manuels pour en discuter avec les
élèves).
Les efforts faits pour assurer aux femmes
une représentation égale à tous les niveaux
dans les équipes de projets et le corps
enseignant. (Inde)
Étant donné le rôle crucial des enseignants, il est
impératif d'institutionnaliser l'éducation
sexospécifique dans la formation et la
spécialisation des enseignants et des
fonctionnaires.
Exemple : La Commission de l'égalité des chances a fait de l'éducation dès le plus jeune âge un instrument de sa stratégie de promotion de l'égalité des chances. Elle entend intégrer ce concept dans les écoles plutôt que créer une nouvelle discipline à enseigner. Un module de formation a notamment été élaboré avec l'aide d'une organisation spécialiste de l'éducation des enfants d'âge préscolaire, qui propose des livres d'images, des supports pédagogiques, des jeux et des chansons que les enseignants peuvent utiliser pour leurs cours. Des stages de formation ont été organisés à l'intention de 700 jardiniers d'enfants et maîtres d'écoles maternelles. À Hong Kong, plus de 50% des jardins d'enfants ont bénéficié de ce programme et ont reçu chacun, à titre gracieux, un exemplaire du module de formation. En ce qui concerne les élèves des écoles primaires, la Commission de l'égalité des chances et le Ministère de l'éducation ont parrainé en collaboration un spectacle de marionnettes venu des États-Unis d'Amérique qui avait pour thème Les enfants du quartier (Kids on the Block) et visait à sensibiliser les enfants à la notion d'égalité des chances. La Commission a également diffusé auprès des écoles et des enseignants, à titre d'information, des publications gratuites traitant des concepts d'égalité des chances, de discrimination, de harcèlement sexuel, etc. Les élèves des établissements secondaires et les étudiants ont été nombreux à contacter la Commission ou à s'y rendre pour y obtenir les informations dont ils avaient besoin dans le cadre de projets scolaires sur la parité entre les sexes ou d'autres questions touchant à l'égalité des chances. (Hong Kong)
Il est indispensable de combattre l'illétrisme pour donner davantage de chances aux femmes.
Exemple : L'Organisation pour l'alphabétisation des adultes du Zimbabwe n'a jamais considéré l'alphabétisation comme une fin en soi, mais la conçoit comme un moyen de lutter contre la pauvreté et de démarginaliser les femmes en leur donnant accès au savoir et en leur permettant d'acquérir des compétences rémunératrices. À l'issue du troisième niveau d'enseignement, les élèves sont capables de lire n'importe quel texte écrit dans leur langue maternelle, d'effectuer des calculs (additions, soustractions à quatre chiffres, multiplications et divisions) et d'écrire des lettres, de remplir des formulaires et de lire et d'écrire dans un anglais élémentaire, et ont le niveau requis pour réussir l'examen d'admission en septième année du système scolaire traditionnel. (Zimbabwe)
Ce sont les parents qui influencent le plus les choix que peuvent faire et que font les filles en matière d'éducation.
Exemple : Il convient de noter qu'en dépit des efforts
faits pour encourager l'éducation des filles, les
milieux culturels dont viennent ces dernières
devraient être pris en considération. Dans de
nombreuses sociétés africaines (en particulier au
Soudan), les garçons sont de loin préférés aux filles,
qui sont considérées comme des membres
temporaires de la famille dans laquelle elles sont
nées, du fait qu'une fois mariées elles seront plus
utiles à la famille de leur mari qu'à celle de leur
père. Cette mentalité et d'autres comportements
comptent parmi les facteurs préjudiciables à
l'éducation des filles. Modifier ces attitudes exige une
démarche révolutionnaire axée sur les parents,
auxquels il faut faire prendre conscience, par
l'intermédiaire de l'enseignement et de
l'alphabétisation, que l'éducation des filles peut être
dans leur intérêt autant que celle des garçons. Les
parents devraient savoir qu'il est plus honorable de
marier une fille bien éduquée qu'une fille ignorante.
(Soudan/Finlande)
Dispenser une formation aux femmes ayant de
faibles revenus afin qu'elles puissent assurer les
premiers apprentissages peut augmenter leurs
chances en matière d'éducation et leur permettre
de trouver une source de revenus.
Exemple : Le Gouvernement a mis en train un projet
national consacré aux jeunes enfants (Impilo). Il
finance des organisations non gouvernementales qui
s'occupent de former des femmes, dans des
communautés pauvres, à assurer les premiers
apprentissages. Un grand nombre de ces femmes
étaient analphabètes ou illettrées et ont pu être
alphabétisées grâce à ce programme de formation
(leur niveau d'éducation atteint celui de la neuvième
année d'enseignement). Je viens d'achever
l'évaluation de l'un des centres pilotes et les résultats
positifs du programme sont déjà visibles. Beaucoup
de femmes ont commencé à ouvrir des centres dont
elles tirent un modeste revenu en faisant payer une
somme modique aux parents des élèves. (Afrique du
Sud)
Les enseignants, les parents et les étudiants
doivent promouvoir, afin qu'elles prennent effet,
les mesures juridiques visant à éliminer des
manuels les images et les messages à caractère
sexiste qu'ils contiennent.
Exemple : Pour modifier le contenu des manuels
scolaires, l'Argentine a adopté deux mesures
juridiques, l'une en 1984 et l'autre, de portée
municipale, en 1997. Dans l'un et l'autre cas, le
parlement local (établit à Buenos Aires) a voté une
loi recommandant la suppression des images et des
messages sexistes contenus dans les manuels. Ces
lois n'ont eu aucun effet réel en ce qui concerne les
maisons d'éditions et n'ont pas non plus suscité
l'adhésion du corps enseignant. Il faut lancer une
campagne plus déterminée et durable, avec l'aide des
enseignants, des parents, des étudiants et même des
médias, afin de pouvoir identifier les expressions du
sexisme dans les manuels avant et pendant
l'élaboration des nouveaux matériels pédagogiques.
(Argentine)
Mettre en parallèle les possibilités en matière
d'enseignement et de formation et les perspectives
économiques est un élément majeur dans la
définition d'approches globales de l'éducation.
Exemple : En tant que représentant d'ACTEW
- Advocates for Community-based Training and
Education for Women - je m'intéresse tout
particulièrement au débat. Notre organisme
s'emploie à assurer et à promouvoir une formation
communautaire accessible aux femmes de l'Ontario
(Canada). Les femmes avec lesquelles nous
travaillons, dont beaucoup sont âgées, viennent
d'immigrer, sont handicapées, mères célibataires ou
femmes de couleur, ou les deux, se heurtent à une
discrimination systématique et continuent de subir
les conséquences de longues années de récession
économique et de migrations économiques massives.
Nous sommes convaincus que l'éducation et la
formation peuvent conduire de la pauvreté à
l'indépendance économique. Nos membres ont une
perception unique des problèmes rencontrés par les
femmes en terme d'accès, qui leur permet d'offrir des
services intégrés et complets dans les domaines de
l'emploi et de la formation et de donner ainsi aux
femmes les moyens de trouver et de conserver des
emplois de qualité. Il est je pense plus important que
jamais que ceux d'entre nous qui sont déterminés à
offrir une formation globale, communautaire et
conçue pour les femmes, mettent en commun leurs
programmes, leurs pratiques les plus performantes
et leurs ressources. (Canada)
Le sport peut être un instrument de
développement essentiel dans l'éducation des
femmes et des filles.
Exemple : Il ressort d'études menées aux États-Unis
d'Amérique que les femmes occupant des postes
élevés au gouvernement, dans les entreprises et
l'enseignement pratiquaient durant leur enfance et
leur adolescence un sport ou une forme d'activité
physique de loisir auquel elles étaient attachées. Ces
femmes attribuent en outre à ces moment importants
de leur jeunesse une partie de leur succès à l'âge
adulte. Women Sport International, organisation que
je représente, s'emploie à faire considérer le sport et
les activités physiques de loisir comme un droit
fondamental qui doit être reconnu aux filles et aux
femmes. Ces activités sont non seulement étroitement
liées à la santé des femmes mais encore essentielles
à leur éducation et à celle des filles. Le terme sport
est souvent associé uniquement aux hommes ou à
l'entraînement olympique des élites. Le mouvement
mondial des femmes en faveur du sport rassemble des
femmes, et quelques hommes partageant leurs idéaux,
qui veulent promouvoir auprès des organisations
communautaires l'idée du sport comme moyen de
développement. (États-Unis d'Amérique)
Les arts plastiques et le théâtre peuvent être des moyens efficaces de modifier les comportements discriminatoires et de lutter contre la violence ou d'autres problèmes rencontrés dans les milieux scolaires.
Exemple : Le projet de promotion de la culture et des
services pédagogiques [Culture of Learning and
Teaching Services (COLTS)] vise à encourager les
enseignants du niveau primaire et du niveau
secondaire à se demander pourquoi la culture de
l'apprentissage et de l'enseignement n'existe pas
dans leur établissement, et fait souvent appel à des
moyens créatifs comme le théâtre et les arts
plastiques. Ce projet rencontre un tel succès qu'il est
devenu une initiative nationale et est en cours de mise
en uvre dans cinq des sept provinces. Je demande
à des étudiants des universités d'aider les élèves à
monter leurs pièces de théâtre, je donne des conseils,
je conçois des matériels d'information, j'organise des
ateliers de formation à l'intention des enseignants et
je supervise mes étudiants. Les élèves participent aux
festivals à l'échelle des districts, des régions et des
provinces, puis à un festival national final à
l'occasion duquel des livres et d'autres matériels
d'information sont remis à l'école gagnante pour la
récompenser. Le festival de théâtre est dirigé par un
jury de professionnels. Cette année, plus de 500
écoles du pays ont participé au projet, auquel le
gouvernement et le secteur privé commencent à
s'intéresser vivement. En ce qui concerne les pièces
de théâtre elles-mêmes, un certain nombre d'entre
elles traitent des problèmes de la violence et du
harcèlement sexuel à la maison et à l'école; elles
abordent également les questions des viols collectifs,
de la grossesse et des maladies sexuellement
transmissibles. Le projet vise notamment à la mise
en place de mécanismes d'aide dans les écoles et à
encourager le recours aux associations d'étudiants
et leur promotion. (Afrique du Sud)
Les taux élevés de scolarisation des filles sont
souvent le résultat de politiques favorables à
l'enseignement universel.
Exemple : À Hong Kong, depuis les années 70,
l'enseignement de base est gratuit et obligatoire pour
tous les enfants âgés de 9 à 14 ans. Il en est résulté
des changements considérables en termes de
scolarisation et l'on observe désormais une parité
entre les sexes dans les écoles primaires et les écoles
secondaires. Concrètement, les femmes
représentaient ces trois dernières années plus de
50 % de l'ensemble des étudiants des universités et
leur taux d'analphabétisme était tombé à environ 9 %
au début des années 90. (Hong Kong)
Exemple : Au début de l'année 1974, le
Gouvernement indonésien a mis en uvre une mesure
présidentielle spéciale (SD Inpres) concernant les
écoles élémentaires, qui visait à assurer
l'enseignement universel de la population scolarisée.
Depuis lors, la scolarisation des filles dans les écoles
élémentaires (7-12 ans) est passée de 58 % en 1971
à 83 % en 1980 pour atteindre 92 % en 1990 (les
années correspondent aux recensements
démographiques) et 95 % en 1995 (Intercensal
Population Survey). La taux de scolarisation des
garçons de la même tranche d'âge était de 62 %,
84 %, 91 % et 95 % respectivement aux mêmes dates.
L'un des éléments fondamentaux du processus de
développement en Indonésie est l'expansion
économique rapide, tout au moins jusqu'à l'arrivée
de la crise. Des emplois ont été créés pour les
hommes et, de plus en plus, pour les femmes, dans le
secteur public formel et dans le secteur privé. Les
parents ont pris conscience qu'il était important
d'investir dans l'éducation non seulement de leurs
fils mais aussi de leurs filles. (Indonésie)
4. Programme d'action pour la réalisation
de l'égalité dans l'enseignement
Établir un lien entre l'éducation et l'emploi en incitant les entreprises (par des mesures financières ou autres) à recruter des femmes et des filles à des postes ou dans des secteurs qui ne leur sont traditionnellement pas réservés.
Créer des liens concrets entre l'éducation et les
débouchés économiques, qu'il s'agisse de former les
femmes pour qu'elles se spécialisent dans
l'enseignement ou d'informer les filles sur les
professions qu'elles peuvent exercer.
Établir un lien entre la formation professionnelle et l'information sur les possibilités d'emploi dans les secteurs non traditionnels.
Créer des cadres d'examen des questions liées aux différences entre les sexes et d'autres facteurs qui contribuent aux inégalités entre les filles et les garçons et les femmes et les hommes en ce qui concerne le niveau d'éducation atteint.
Énoncer et faire appliquer des mesures
gouvernementales aux fins de l'éducation obligatoire
des filles, et instaurer un système de quota pour
garantir que les filles puissent poursuivre leur
scolarité au-delà du niveau élémentaire.
Mener des campagnes de sensibilisation préconisant
un degré zéro de tolérance pour les violences à
caractère sexuel et intellectuel dans le cadre de
l'école.
Institutionnaliser la sensibilisation aux disparités
entre les sexes dans les programmes de formation et
de spécialisation des enseignants et des
fonctionnaires.
Familiariser les enseignants avec les méthodes
d'enseignement non sexistes et antisexistes.
Mettre en relation l'enseignement théorique et les
compétences pratiques nécessaires pour trouver un
emploi et s'assurer un revenu.
Promouvoir la formation continue afin que les femmes ne se laissent pas dépasser par les avancées technologiques et les autres progrès.
Offrir une aide financière aux familles pauvres qui
envoient leurs filles à l'école.
Utiliser les technologies nouvelles et faire appel à
l'enseignement à distance pour pouvoir contacter les
femmes chez elles.
S'efforcer de changer l'attitude des parents et des
collectivités envers l'éducation des filles.
C. Les femmes et la santé
Les participants aux travaux du groupe de travail en
ligne Assurer et promouvoir la santé des femmes(5) ont
considéré que la pauvreté et la mondialisation, les traditions
culturelles et religieuses et l'absence de volonté politique
étaient les principaux obstacles à la réalisation des objectifs
stratégiques énoncés au chapitre C du Programme d'action.
Le dialogue a été axé essentiellement sur les principaux
obstacles à la promotion de la santé des femmes, les moyens
d'améliorer les conditions de vie et de travail des femmes,
la santé mentale des femmes et la prise en compte des
problèmes de santé des femmes dans les services de santé.
Les participants se sont déclarés particulièrement
préoccupés par les incidences de la multiplication des
conflits et du passage de certains pays à une économie de
marché sur la santé des femmes et le fait que certaines
croyances et certains comportements culturels freinaient les
progrès dans ce domaine. Mettre au point des programmes
types globaux en faveur de la santé des femmes, donner aux
femmes les moyens d'avoir davantage de prise sur leur vie
et leur santé, et défendre la santé des femmes en s'appuyant
sur une approche fondée sur leurs droits ont été considérés
comme les trois éléments essentiels d'une stratégie de
changement.
1. Obstacles rencontrés
Effets désastreux de la mondialisation et de
l'accroissement de la pauvreté sur les femmes, et
notamment du manque d'indépendance de ces
dernières sur le plan économique.
Effets directs et indirects de pratiques culturelles et
religieuses persistantes (infections dues aux
mutilations génitales féminines et aux maladies
sexuellement transmissibles, accès des femmes à la
nourriture et aux soins de santé au niveau des
ménages, etc.).
Manque de volonté politique, qui fait que les
gouvernements ne prennent pas les mesures voulues
au niveau national, et priorité insuffisante accordée
aux problèmes de santé des femmes.
Effets de la multiplication des conflits armés et de
l'accroissement de la violence.
Non-participation des femmes à la prise de décisions
concernant les politiques de santé.
Adaptation insuffisante des services de santé aux
différentes catégories de patients.
Non-reconnaissance du rapport direct qui existe entre
les questions sociales et environnementales et la santé
des femmes.
Absence de choix concernant la santé en matière de
procréation, qui fait obstacle à la promotion de la
santé des femmes.
Augmentation chez les femmes des problèmes de
santé mentale, en particulier dans les pays en proie
à des conflits armés et dans les pays en transition.
Influence croissante de certaines coalitions politico-religieuses, qui ont réussi à empêcher l'adoption de
lois visant à permettre aux femmes de contrôler leurs
fonctions procréatrices.
2. Idée-force
La santé des femmes est négligée parce qu'on ne
lui accorde pas un rang élevé de priorité au niveau
national.
La domination des hommes aux postes de décision a
été considérée comme un obstacle majeur à l'adoption de
lois de nature à permettre une véritable amélioration de la
santé des femmes. La faible priorité accordée à celle-ci est
manifeste en Inde, au Tadjikistan, au Bangladesh, au
Ghana, au Kenya, en Ouganda et aux Philippines, où le
nombre des services de santé et des soignants s'occupant
des problèmes de santé des femmes est des plus
insuffisants. Les participants ont fait valoir que
l'insuffisance des ressources nationales n'expliquait pas
tout et que si la santé des femmes continuait à être négligée
par rapport à celle des hommes, c'était parce qu'on ne s'en
préoccupait pas suffisamment.
3. Enseignements tirés
Les participants au groupe de travail ont échangé de
nombreuses informations sur l'expérience acquise dans la
poursuite des objectifs du Programme d'action concernant
la santé des femmes et sur les stratégies à adopter pour
réussir à les atteindre (élaboration d'approches globales,
utilisation d'une approche qui mette l'accent sur les droits
des femmes, etc.).
Il est urgent de dépasser le modèle médical pour
mettre au point des approches globales en matière
de santé.
Exemple : Le groupe de femmes de Ntyang se
compose de 170 femmes rurales. Son bureau
comprend neuf membres, en poste depuis plus de
trois ans. Les membres du bureau ont été élus à
l'issue d'une formation à la direction de groupe.
Cette formation a porté sur la manière de diriger un
groupe démocratiquement et de prendre des décisions
collectives, de régler les conflits, etc. Le groupe se
réunit une fois par mois pour suivre des cours sur la
santé en matière de procréation, aborder certains
problèmes de santé et participer à diverses activités
(tissage, tricotage, confection de pommades et de
pots de terre, etc.). La vente des produits de ces
activités permet au groupe de se procurer des
recettes. Le groupe a élaboré un programme de santé
en matière de procréation qui est exécuté par des
volontaires et il fournit des médicaments essentiels
pour le traitement de problèmes de santé en matière
de procréation et des problèmes de santé mineurs
ainsi que du matériel de planification familiale non
clinique qui est utilisé dans le cadre de soins de santé
primaires. Il dispense ses services aux membres de
la communauté par l'intermédiaire de la pharmacie
locale, qui est particulièrement bien située
puisqu'elle se trouve dans un quartier aisément
accessible. (WHON, Nigéria)
Exemple : De nationalité américaine, artiste et
thérapeute utilisant l'expression artistique, agréée,
j'exerce depuis huit ans dans un service local de
santé mentale. En travaillant en groupe ou avec des
clients individuels, je me suis rendu compte qu'un
grand nombre des clientes du service avaient souffert
de mauvais traitements qui n'avaient pas été pris en
charge. Souvent, il n'était pas fait mention de ces
mauvais traitements dans leurs dossiers médicaux et,
lorsque c'était le cas, ils n'avaient que rarement
donné lieu à un traitement thérapeutique. Il y a
beaucoup de raisons à cela. Je suis d'accord pour
penser que la meilleure façon d'appréhender le
traitement thérapeutique et la formation est de le
faire de manière globale. Je crois aussi que le
meilleur moyen d'y parvenir consiste à s'occuper à
la fois du corps et de l'esprit et à dispenser la
formation nécessaire à l'échelle des collectivités pour
que les femmes travaillent ensemble, c'est-à-dire
s'entraident et aident d'autres femmes à s'entraider.
Après huit ans de travail en groupe avec des femmes
en qualité de participante et d'animatrice, je
considère que plus la formation et l'éducation
dispensées sont globales et concrètes, plus la
guérison est complète. Apprendre aux femmes à
s'occuper d'elles-mêmes et à faire face à leurs
problèmes en s'appuyant à la fois sur l'art, le
mouvement, la musique et l'écriture donne beaucoup
de confiance en soi. Apprendre concrètement à des
femmes à s'occuper de leur santé et de leur
alimentation en leur enseignant des techniques de
relaxation et d'examen de leur corps, le jardinage,
la cuisine et les traditions médicinales locales a des
effets plus durables que des cours traditionnels
donnés dans des salles de classe. (États-Unis)
L'organisation, les conseils entre pairs et les
activités de plaidoyer sont indispensables pour
améliorer la santé des femmes; aider les femmes
à avoir davantage confiance en elles également.
Exemple : La santé des femmes pose de gros
problèmes au Venezuela à cause de la pauvreté, qui
est endémique. De nombreuses femmes n'ont pas les
moyens de se faire soigner et d'acheter des
médicaments et n'ont pas accès aux hôpitaux ni aux
dispensaires. Notre organisation a organisé des
séminaires sur la prévention parce qu'elle considère
que la prévention, c'est-à-dire l'éducation, est
indispensable pour résoudre de nombreux problèmes.
Dans le cadre de ces séminaires, nous enseignons
dans les écoles, les universités et les collectivités
locales les moyens d'éviter les grossesses précoces,
de se protéger contre le VIH/sida et d'éviter de
commencer à fumer. Nous dispensons également une
aide psychiatrique et apprenons aux femmes à avoir
davantage confiance en elles. (Venezuela)
Permettre aux femmes de prendre leur santé en
main et d'affirmer leur droit de participer à la
conception des services de santé est un facteur de
réussite important.
Exemple : Nous essayons de mettre au point un
système de soins de santé alternatif dont la gestion
sera confiée à une fédération de groupes de femmes
locaux. Il s'agit d'une entreprise difficile et de longue
haleine car il n'est guère aisé de donner confiance
en soi et de redonner confiance dans les autres aux
femmes désavantagées, partout soumises à la
violence, à l'oppression et à l'exploitation. Par
ailleurs, notre organisation milite pour que les
groupes de femmes participent à la prise de décisions
et au contrôle de gestion. Elle est fermement
convaincue en effet qu'il n'est pas acceptable de
priver les femmes de leurs droits sous prétexte
qu'elles ne sont pas en mesure de les exercer et qu'il
faut au contraire leur permettre de les affirmer. Tous
ces efforts, à quelques exceptions près, visent à
sensibiliser les esprits et à fournir des services aux
personnes qui sont déjà quelque peu conscientes de
leurs problèmes et ont accès à ces services. (Népal)
Exemple : L'OMS ayant averti que l'Inde avait
atteint un stade endémique en ce qui concerne le
VIH/sida, de nombreux programmes ont été élaborés
à l'intention des travailleurs sexuels. Pour diverses
raisons, la plupart de ces programmes n'ont pas été
très probants mais là où les travailleurs sexuels eux-mêmes ont été étroitement associés aux travaux, les
résultats ont été nettement meilleurs. Il est
intéressant de noter que le programme concernant
le VIH/sida s'intéresse maintenant de près à
l'autonomisation des femmes. Celles-ci ont leurs
propres organisations, qui recrutent des adhérentes
un peu partout dans le pays et dont les représentantes
ont participé à des conférences internationales. Elles
ont leurs propres coopératives, qui leur permettent
d'acheter moins cher que chez les commerçants, et
elles ont organisé par leurs propres moyens, à
l'échelle nationale, des conférences à l'occasion
desquelles elles ont exigé que leurs problèmes soient
pris en compte dans le Code du travail. (Inde)
L'intérêt manifesté par les gouvernements pour
la santé des femmes et l'importance du
financement des mesures arrêtées dans ce domaine
constituent un indicateur important - mais non
unique - de l'accès des femmes aux services de
santé et de la qualité de ces services.
Exemple : Au Cambodge, le plan stratégique
quinquennal fait de la santé en matière de
procréation une priorité. Mais le secteur de la santé
doit actuellement faire face à plusieurs problèmes.
Les crédits budgétaires alloués au Ministère de la
santé, au Ministère des affaires des femmes (0,095
% en 1999) et au Ministère du développement rural
sont très faibles comparés à ceux alloués au
Ministère de la défense nationale (22,07 % en 1999)
et ne constituent qu'une part infime de l'enveloppe
totale. Il y a davantage de travailleurs médicaux dans
les villes que dans les campagnes. La plupart des
services sanitaires fonctionnent au niveau des
provinces et des districts, mais les dispensaires des
communes et des villages manquent des moyens
matériels et financiers suffisants pour se développer.
Grâce à des services mobiles de formation à la santé
en matière de procréation, un certain nombre de
villageoises savent désormais qu'il faut qu'elles
consultent dans les centres sanitaires et se fassent
examiner par des travailleurs médicaux, mais les
soigner pose de gros problèmes dans la mesure où
les centres sanitaires manquent de fournitures
médicales. Enfin, il y a davantage de travailleurs
médicaux masculins que féminins dans le pays (dans
la société cambodgienne, les familles privilégient
l'éducation des garçons par rapport à celle des filles,
les femmes étant censées s'occuper de la maison et
les hommes des activités sociales). (Agence australienne de développement international, Cambodge)
Une approche fondée sur les droits peut être
efficace en ce qui concerne non seulement la santé
des femmes en matière de procréation et l'hygiène
sexuelle mais aussi leur santé en général.
Exemple : La plupart des gouvernements n'ont pas
de politiques spécifiques pour protéger les droits des
travailleurs migrants en matière de santé. La législation sur le travail n'est pas appliquée, les accords
internationaux pertinents sont violés et aucune
initiative, telle qu'une campagne de prévention des
maladies sexuellement transmissibles, par exemple,
n'est prise pour apprendre aux populations
migrantes à protéger leur santé. De plus, un grand
nombre de politiques gouvernementales nuisent à la
santé et au bien-être des migrants. En Malaisie, par
exemple dans les hôpitaux publics, les travailleurs
migrants versent des honoraires très élevés mais ne
bénéficient que d'un traitement de troisième classe
et ils ne sont couverts par aucune assurance maladie,
sauf en cas d'accident, notamment du travail.
CARAM (Coordination of Action Research on AIDS
and Mobility)-Asie est un réseau d'ONG présentes
dans sept pays d'Asie. Ces ONG utilisent la méthode
de la recherche par l'action pour réunir les
informations dont elles ont besoin afin de réduire la
vulnérabilité des migrants concernant le VIH/sida en
concevant des interventions appropriées et protéger
leurs droits fondamentaux et leurs droits en matière
de santé en élaborant des instruments de plaidoyer
en leur faveur. (CARAM, Malaisie)
4. Programme d'action permettant d'assurer
et de promouvoir la santé des femmes
Améliorer et développer l'éducation et la formation
des soignants de manière à accroître leurs connaissances et leurs compétences.
Lutter contre la pauvreté et favoriser l'indépendance
économique des femmes, condition indispensable à
l'amélioration de leur santé.
Demander aux gouvernements d'adopter des
politiques qui garantissent le droit à la maternité et
obligent les pères à prendre leurs responsabilités.
Faciliter l'accès aux soins de santé de ceux qu'il est
difficile d'atteindre en mettant en place des services,
des cours et des formations qui tiennent compte des
différences culturelles.
Dépasser le modèle médical en vue d'adopter des
approches globales en matière de soins de santé.
Les conseils et la formation entre pairs constituent un
élément indispensable de l'action sanitaire, en
particulier dans les zones reculées.
Regrouper les activités d'organisation, de mise en
réseau et de plaidoyer dans des programmes de santé
qui permettent aux femmes de prendre leur santé en
main et d'affirmer leurs droits.
Redoubler d'efforts pour que les gouvernements
s'engagent à prendre et à financer les mesures
nécessaires pour assurer la santé des femmes (volonté
politique).
Adopter une approche fondée sur les droits (en
s'appuyant sur la Convention sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination envers les
femmes, notamment) lorsqu'il s'agit de promouvoir
non seulement la santé des femmes en matière de
procréation et l'hygiène sexuelle mais aussi leur santé
en général.
Engager aussi bien les groupes d'hommes que les
groupes de femmes dans l'action entreprise; faire en
sorte que les messages de base soient clairs, simples
et concrets; travailler non seulement au niveau des
collectivités mais aussi des organes de décision, sans
laisser de côté les cadres moyens, qui devraient être
encouragés à prendre des responsabilités pour
appliquer les mesures arrêtées.
Évaluer les progrès réalisés concernant l'égalité entre
les sexes dans le domaine de la santé en se servant
d'indicateurs de base tels que les taux d'utilisation
des moyens de contraception, les taux d'utilisation
des différentes méthodes de contraception et les taux
de maladies sexuellement transmissibles, notamment.
Expliquer et faire reconnaître le rapport direct qui
existe entre les questions sociales et
environnementales et la santé des femmes.
D. La violence à l'égard des femmes
Il est précisé à la section D du Programme d'action
que la violence à l'égard des femmes et des petites filles fait
obstacle à la réalisation des objectifs de développement,
d'égalité et de paix, et qu'elle entrave la vie des femmes
dans toutes ses dimensions. À l'instar de la Déclaration de
1993 sur la violence à l'égard des femmes, le Programme
d'action donne à la notion de violence une acception très
large, qui recouvre tout acte ou menace d'acte causant un
préjudice physique, sexuel ou psychologique. Le droit de
ne pas subir de violence fait partie des droits fondamentaux.
Le débat qui s'est engagé a révélé l'ampleur du phénomène
dans toutes les sociétés et suscite une prise de conscience
croissante. Grâce en grande partie au dynamisme des
associations et aux victoires déjà remportées, on commence
à s'apercevoir que cette violence n'est pas une fatalité. De
nombreuses stratégies ont été proposées lors des
discussions du groupe de travail pour l'élimination de la
violence à l'égard des femmes(6). Elles concernent
notamment les changements législatifs, la formation,
l'amélioration des statistiques et la nouvelle orientation des
services.
1. Obstacles rencontrés
Absence de statistiques sur la prévalence, la nature
et le coût de la violence.
Caractère ouvertement discriminatoire des lois.
Non-application des lois en vigueur.
Absence de protection des femmes et des petites filles
victimes de violences.
Impunité des agresseurs.
Refus persistant de faire de la violence à l'égard des
femmes et des petites filles une priorité nationale,
même dans les pays où les lois sont très strictes dans
ce domaine.
Subordination économique, sociale et politique des
femmes, d'où une méconnaissance par ces dernières
de leurs droits et des aides auxquelles elles peuvent
prétendre.
2. Idée-force
Changer les lois ne suffit pas.
Le thème de la réforme législative, de l'action
militante devant les tribunaux et autres stratégies d'ordre
juridique a donné lieu à des débats passionnés. Les
membres du groupe de travail ont fait remarquer que, dans
beaucoup de pays, la violence à l'égard des femmes était
encore tolérée par la loi. À cet égard, l'introduction dans
le droit interne de dispositions réprimant le viol conjugal,
la violence familiale, le crime dit d'honneur et autres
sévices a été saluée comme un immense pas dans la bonne
direction.
Pourtant, le débat sur les voies de recours légales a
également révélé que la réforme législative était une
question complexe dont l'analyse devait s'inscrire dans une
démarche plus large et plus systématique. De nombreux
membres ont fait remarquer qu'en règle générale il ne
suffisait pas de changer la loi pour éliminer la violence à
l'égard des femmes, car la loi ne fait pas disparaître les
idées fausses qui entourent le phénomène et le fait que de
nombreuses femmes ne connaissent même pas leurs droits
fondamentaux au titre des lois en vigueur. En Inde, on a
légiféré à qui mieux mieux, mais on n'a pas réussi pour
autant à faire cesser les violences contre les femmes, a
écrit un membre indien. De plus, certains membres se sont
inquiétés des nombreux dysfonctionnements de la justice
(en raison le plus souvent d'un manque de ressources), qui
font que les affaires de viol et de mauvais traitements sont
traitées de manière très inégale par les tribunaux
(Campagne multimédias sur la violence à l'égard des
femmes et des enfants). D'autres ont noté que la corruption
qui sévissait dans de nombreux pays entravait la bonne
administration de la justice. Il a par ailleurs été signalé que
certaines réformes législatives avaient fait reculer la cause
des femmes, et qu'elles devaient donc être combattues.
L'un des exemples cités a été celui de l'Orégon, où la
plupart des actes de violence conjugale sont considérés
comme de simples délits, et ne deviennent des infractions
pénales que s'ils sont commis sous les yeux d'un enfant.
Le message n'est malheureusement que trop clair : frapper
une femme n'est pas une grande affaire, mais le faire devant
un enfant devient gravissime. (Coordonnateur de SOS
femmes battues, County de Multnomah, États-Unis)
De nombreux membres ont considéré que les
stratégies polydirectionnelles restaient les plus efficaces
: application des conventions internationales et des lois en
vigueur, réforme législative, action militante en faveur
d'une application plus stricte des lois, formation de la
police, campagnes de sensibilisation et d'information
destinées à montrer que la violence à l'égard des femmes,
sous quelque forme que ce soit, était une atteinte aux droits
fondamentaux de la personne.
3. Enseignements tirés
La lutte contre la violence passe par l'application
stricte de la loi, la répression systématique des
infractions, la formation, le suivi, et la mise à
disposition de moyens suffisants.
Exemple : L'Afrique du Sud a promulgué en 1998 une
loi très progressiste appelée Loi sur la violence
familiale. Malheureusement, les services de police
jurent leurs grands dieux qu'ils ne peuvent pas la
faire respecter. Absence de formation, manquent
d'infrastructures, etc. - tous les prétextes leur sont
bons. L'application de notre magnifique législation
va donc exiger un changement complet de mentalité!
(Women's Support Centre de Masimanyane et KZN
Network on Violence against Women, Afrique du Sud)
Exemple : Le Gouvernement tadjik a adopté un plan
d'action national d'amélioration de la condition de
la femme. Ce plan de sept ans (1998-2005) prévoit
l'interdiction de la violence dans tous les domaines,
l'établissement de statistiques précises sur la
question, une action de concertation avec les centres
d'aide aux femmes battues et la définition de
sanctions pénales réprimant la violence. Mais il n'y
a aucun budget pour ouvrir des centres d'aide et
d'hébergement pouvant recevoir les victimes de
violence, pour former des travailleurs sociaux et pour
équiper les hôpitaux publics. (Khujand Women's
Center, Tadjikistan)
La justice, les services sociaux et les organisations
non gouvernementales doivent collaborer pour
intensifier la lutte contre la violence.
Exemple : À Maurice, nous avons pris des mesures
judiciaires, administratives et sociales contre la
violence. La loi sur à la protection contre les
violences familiales a été adoptée en 1997 et nous
avons créé un service d'aide ouvert 24 heures sur 24,
des permanences téléphoniques et des antennes
décentralisées. La police, les hôpitaux et les services
de probation travaillent en coordination. Les centres
de consultation familiale s'efforcent de venir en aide
aux couples en difficulté. Des campagnes
d'information sur les droits de l'homme ont été
lancées, y compris sur les lieux de travail. Les médias
se sont largement mobilisés pour faire passer notre
message. Nous préparons une vaste enquête sur la
violence familiale, ce qui nous permettra de mieux
connaître le profil des conjoints violents et de lancer
des campagnes à leur intention. (Ministère de la
condition de la femme, Maurice)
Exemple : Nous collaborons actuellement avec les
pouvoirs publics, qui viennent de mettre en place un
comité national de prévention de la violence
familiale. C'est pour nous une grande victoire, car
cela signifie que le Gouvernement reconnaît et
soutient notre action, qu'il va nous aider à consolider
notre réseau et à travailler plus efficacement. Après
des années d'indifférence de la part des autorités
mexicaines, nous allons enfin pouvoir vraiment aller
de l'avant. (Alternativas Pacificas, ONG de Nuevo
Leone, Mexique)
Exemple : Les comités locaux de coordination qui se
sont créés en Colombie-Britannique s'avèrent
extrêmement utiles et efficaces : ils appuient l'effort
de sensibilisation, renforcent la confiance entre
prestataires de service, militants et les institutions,
se mobilisent pour faire tomber les barrières qui
entravent l'action contre la violence, et trouvent des
solutions et des initiatives novatrices qui se
traduisent par de véritables changements dans les
collectivités locales. (Victims Services Division,
Ministère de la justice de Colombie-Britannique,
Canada)
Il faut définir des indicateurs communs et faire les
études statistiques correspondantes pour
déterminer la prévalence réelle de la violence et les
montants que l'État consacre à la lutte contre ce
fléau.
Exemple : En Afrique du Sud, les plaintes des femmes
battues sont classées par la police dans la même
catégorie que toutes les autres affaires d'agression,
sauf s'il agit d'un acte à caractère sexuel. Il est donc
impossible d'obtenir des statistiques sur le nombre
total de violences commises contre des femmes. La
police prétend que les formulaires de déclaration et
d'enregistrement des plaintes sont standard et qu'il
est difficile de les modifier. (South African Medical
Research Council, Afrique du Sud)
Exemple : Le Canada a mis au point une grille
applicable à tous les actes de violence familiale, qu'il
s'agisse de violation de domicile, de harcèlement,
etc. Il a fallu plusieurs années de rodage du système
pour que les données statistiques puissent être
considérées comme fiables, mais avec l'habitude et
à force de persévérance, c'est aujourd'hui chose
faite. (Victim Services Division, Ministère de la
justice de Colombie-Britannique, Canada)
Les mesures et programmes doivent refléter le fait
que la violence pose toute une série d'autres
problèmes, notamment ceux qui ont trait à la santé
et au statut économique des femmes.
Exemple : Nous avons constaté que l'impossibilité de
trouver des garderies peu onéreuses constitue
souvent un obstacle majeur pour la plupart des ex-femmes battues qui essaient de trouver un emploi et
de le conserver. De plus, beaucoup de ces femmes
continuent à être poursuivies et harcelées sans
relâche par leur agresseur, ce qui les oblige parfois
à quitter leur emploi. La rigidité des horaires de
travail les empêche de trouver le temps nécessaire
pour témoigner devant les juges, de consulter les
services d'aide sociale ou de chercher un logement.
Et pourtant, ces facteurs ne sont pas pris en compte
dans les législations et les politiques nationales et
locales. (Center for Effective Public Policy, États-Unis)
Exemple : Si les victimes de violences conjugales
bénéficient en général de soins physiques adéquats,
les équipes soignantes n'ont pas toujours conscience
des nombreuses autres séquelles laissées par les
mauvais traitements - complications obstétriques,
désordres gastro-intestinaux, dépression, etc. En
1998, le département de la santé du Queensland a
reçu un budget de 1 million de dollars pour des
programmes d'aide psychosociale en faveur des
femmes victimes de violences familiales. Nous avons
laissé des questionnaires dans les centres de
consultation prénatale et les services d'urgence de
cinq hôpitaux pour déterminer la prévalence de la
violence. Les femmes ont répondu massivement à
notre appel. Douze mois après le début de notre
enquête, 97 pour cent des 1 174 femmes qui avaient
répondu au questionnaire (et dont 8 à 12 pour cent
avaient déclaré avoir subi des violences) nous ont dit
que le projet était une excellente initiative.
(Département de la santé du Queensland, Australie)
La violence coûte cher aux employeurs; la
formation peut être un facteur d'économie.
Exemple : L'État du Maryland (États-Unis) exige
maintenant que ses 60 000 fonctionnaires suivent des
séminaires consacrés aux effets de la violence
familiale sur la productivité. Le gouverneur a signé
le décret instituant ces cours de formation après
qu'une enquête du Bureau des affaires nationales eut
révélé que l'absentéisme, les soins médicaux
supplémentaires et la baisse de productivité liés à la
violence familiale représentaient une perte d'environ
5 milliards de dollars par an pour les employeurs. Le
cadre de la fonction publique qui découvre que tel ou
tel membre de son service subit des violences dans
son milieu familial peut désormais le référer à la
cellule gouvernementale d'aide aux fonctionnaires.
La victime elle-même peut appeler la police en cas
de menace immédiate, prendre un congé, ou faire
déposer son chèque de paie sur un autre compte
bancaire. L'État encourage par ailleurs les
employeurs du secteur privé à avoir des programmes
similaires. (Community Well, Research and
Evaluation Inc., États-Unis)
La démarginalisation et la promotion des femmes
exigent une meilleure diffusion de l'information
sur les droits des femmes et des modèles législatifs
les plus favorables.
Exemple : Les Nigérianes qui perdent leur mari
doivent se plier à toute une série de rites
déshumanisants et dangereux - boire l'eau qui a
servi à laver le cadavre du défunt, s'isoler du monde,
etc. De plus, elles n'ont droit à aucun héritage. Nous
avons organisé plusieurs ateliers et des débats à la
radio et à la télévision, édité des livres et des affiches
sur cette question. Cet effort n'a pas été inutile,
puisque les veuves sont maintenant plus nombreuses
à s'adresser aux centres d'assistance judiciaire et
qu'elles commencent à créer des associations.
(Fédération internationale des avocates, Nigéria)
Exemple : L'information juridique consultable sur
Internet intéresse essentiellement les pays développés
et les exposés (par exemple de lois types) sont
souvent trop peu détaillés pour être utiles au
législateur. Nous avons découvert que signaler des
précédents judiciaires précis en provenance d'autres
pays en développement était un excellent outil de
mobilisation. Il serait utile de faire l'inventaire de
toutes les lois promulguées dans les différents pays
pour réprimer le viol et la violence familiale, en
indiquant dans chaque cas leur degré d'application.
Ces données pourraient peut-être être centralisées
par l'ONU. (Windhoek Legal Assistance Center,
Namibie)
4. Programme d'action
Adopter la Déclaration de Beijing et la définition de
la violence à l'égard des femmes qui figure dans le
programme d'action; élaborer des politiques
nationales prohibant la violence sous toutes ses
formes et où qu'elle se produise - dans la famille, au
travail ou dans la collectivité.
Mieux sensibiliser l'ensemble du personnel judiciaire
au phénomène de la violence à l'égard des femmes
afin de favoriser une action plus concertée face à ce
phénomène.
Encourager les hommes à se mobiliser et à s'engager d | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||