Back to WomenWatch

E/CN.6/2000/PC/CRP.1




27 janvier 2000
Français
Original: anglais



Commission de la condition de la femme
agissant en tant que comité préparatoire
de la session extraordinaire de l'Assemblée générale
intitulée Les femmes en l'an 2000 : égalité entre les sexes,
développement et paix pour le XXIe siècle
Troisième session
3-17 mars 2000
Point 2 de l'ordre du jour provisoire*
Préparatifs de la session extraordinaire de l'Assemblée générale intitulée
Les femmes en l'an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix
pour le XXIe siècle

 

Résumé des travaux des groupes de travail en ligne
sur les douze domaines critiques

du Programme d'action de Beijing

Note du Secrétaire général


  1. En 1999, WomenWatch a organisé, à l'échelle mondiale, des groupes en ligne en vue de recueillir des informations sur la mise en application des 12 domaines critiques du Programme d'action de Beijing.
  2. Les membres des groupes de travail représentaient plus de 120 pays et comprenaient notamment des organisations non gouvernementales (ONG), des représentants de gouvernements, des organisations intergouvernementales et des chercheurs.
  3. Les groupes de travail se sont tout particulièrement employés à mettre en lumière :
    1. a) Les politiques, la législation, les stratégies et les partenariats qui ont favorisé l'accession des femmes à l'égalité ;

      b) Des études de cas, les meilleures pratiques optimales, des exemples d'efforts fructueux entrepris par les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile, ainsi que les enseignements tirés;

      c) Les obstacles qui subsistent et les moyens de les surmonter.


  4. WomenWatch est la passerelle qu'offre l'Organisation des Nations Unies pour accéder à des informations en provenance du monde entier sur les préoccupations des femmes, l'évolution de leur situation et l'état de leur accession à l'égalité. Le site a été créé par la Division de la promotion de la femme, du Secrétariat, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et l'Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme. WomenWatch est un projet interorganisations auquel participent de nombreux organismes des Nations Unies.

Mise en application du Programme d'action de Beijing au cours de la période 1995-2000 : la voix des défenseurs de la condition féminine, des chercheurs, des représentants des gouvernements et des organisations de la société civile

Résumé des travaux des groupes de travail en ligne

Table des matières

I. Récapitulatif

II. Introduction

III. Les domaines critiques

    A. Les femmes et la pauvreté

    B. Éducation et formation des femmes

    C. Les femmes et la santé

    D. La violence à l'égard des femmes

    E. Les femmes et les conflits armés

    F. Les femmes et l'économie

    G. La participation des femmes à la vie politique et à la prise de décisions

    H. Mécanismes institutionnels chargés de favoriser la promotion de la femme

    I. Les droits fondamentaux des femmes

    J. Les femmes et les médias

    K. Les femmes et l'environnement

    L. La fillette

Annexe

    Pays représentés dans les groupes de travail



I. Récapitulatif

Dans le cadre des préparatifs de l'évaluation des cinq années écoulées depuis la conférence de Beijing, quelque 10 000 personnes se sont associées aux groupes de travail en ligne de WomenWatch pour analyser les progrès accomplis dans la mise en application du Programme d'action de Beijing. On a ainsi pu réunir, de toutes les régions du monde, des enseignements et des stratégies qui devraient pouvoir guider les interventions futures. Plus de 120 pays ont été représentés dans les groupes de travail qui ont échangé des informations sur les progrès accomplis, les obstacles encore en place, les enseignements tirés et les pratiques optimales. Si les résultats de ces échanges ne sont ni exhaustifs ni définitifs, ils témoignent néanmoins de la richesse des expériences qu'ont vécues tous ceux qui uvrent à promouvoir l'égalité entre les sexes. Ils constituent aussi une excellente source d'idées et de stratégies susceptibles d'être empruntées et adaptées selon que de besoin. Comme l'a fait observer un participant, Dans certains processus de l'Organisation des Nations Unies, tels que l'Évaluation de la mise en application du Programme d'action de Beijing, il nous est parfois demandé de nous prononcer formellement sur les souhaits et les aspirations des femmes - ce qui nous conduit parfois à des généralisations, au risque de marginaliser davantage encore celles qui n'ont déjà pas voix au chapitre. Nous devons veiller à ne pas parler des femmes en termes universels. (Philippines)

Pour les 12 domaines critiques, les obstacles, les enseignements et les pratiques sont tantôt communs, tantôt spécifiques. Ils laissent cependant apparaître, dans l'ensemble, un certain nombre de tendances. Quels obstacles communs s'opposent à la réalisation de progrès dans les domaines critiques et quelles mesures faudrait-il prendre à cet égard? Quels enseignements communs peut-on tirer des expériences rapportées dans ces échanges?



Obstacles communs à la réalisation de progrès

Pour l'ensemble des domaines critiques, on a, à maintes reprises, relevé un certain nombre d'obstacles qui entravent sensiblement la réalisation des objectifs convenus lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. La majorité de ces obstacles ne sont pas nouveaux mais leur élimination s'avère laborieuse.

Un certain nombre de valeurs culturelles, de normes de société et de croyances religieuses accordent une valeur moindre à l'apport, aux idées et à la vie des femmes et des filles.

Les processus de prise de décisions et d'orientation font peu de place aux femmes et à la question de l'égalité entre les sexes.

Les avantages et les retombées préjudiciables de la libéralisation des échanges, de la mondialisation et de la privatisation sont contradictoires et inégaux, les femmes beaucoup plus touchées par les conséquences négatives.

On ne dispose souvent pas de données ventilées par sexe.

La violence qui, fondée ou non sur des croyances religieuses discriminatoires, s'exerce contre les femmes et les filles au foyer, à l'école ou dans les médias, continue de s'accentuer.

Il n'existe pas de volonté politique suffisante pour engager les actions susceptibles d'induire un changement durable.



Enseignements tirés

Les enseignements qu'ont tirés et partagés les membres des groupes de travail constituent d'importants axes de référence pour les futures actions de mise en application du Programme de travail. Si la plupart de ces enseignements revêtaient un caractère spécifique, ils ont également laissé apparaître plusieurs points communs:

Il faut associer étroitement la législation visant à créer un cadre propice à l'instauration de l'égalité entre les sexes à des stratégies d'éducation et de sensibilisation.

Pour modifier les attitudes et les pratiques qui entravent la réalisation de l'égalité entre les sexes, il apparaît essentiel de sensibiliser les enfants dès leur jeune âge et d'accorder une importance particulière à la question de l'égalité dans l'enseignement formel et non formel.

Il ne suffit pas, pour assurer le changement, d'accroître la représentation des femmes au sein de l'administration ou dans d'autres sphères de prise de décisions ou encore de décréter l'égalité entre les sexes par voie de législation. De telles mesures n'ont pas d'effets automatiques sur l'évolution de la situation.

L'examen du problème de la parité entre les sexes, dans le cadre d'une réflexion à long terme, peut souvent conduire à l'adoption de stratégies intégrées et efficaces. Par exemple, l'examen de la violence liée aux armes à feu, du point de vue de la santé et de la prévention des traumatismes plutôt que sous le seul angle de la sécurité, peut élargir le cadre du plaidoyer et des interventions.

Les démarches intégrées menées sur plusieurs fronts jouent un rôle déterminant dans la dynamique du changement, qu'elles interviennent dans les domaines des soins de santé, de l'éducation, de la sensibilisation ou des droits de l'homme.

Les interventions aux échelons mondial, national et local et les stratégies définies en fonction des contextes jouent un rôle décisif dans l'instauration d'un changement durable en faveur des femmes, que ce soit dans le règlement des conflits, l'élaboration d'outils appropriés pour l'analyse des questions de parité entre les sexes ou l'animation de débats.



Quelques points saillants des échanges

des groupes de travail

Les groupes de travail ont procédé à un échange des nombreuses expériences concrètes qu'ils ont vécues et des multiples enseignements qu'ils ont tirés au cours des cinq dernières années.

Les participants ont souligné combien il importait d'orienter les efforts vers l'éducation des jeunes enfants.

L'Equal Opportunities Commission a concentré ses efforts sur l'éducation des jeunes enfants dans le cadre d'une stratégie visant à promouvoir l'égalité des chances. Il s'agit d'incorporer ces notions à la vie de l'école plutôt que d'en faire l'objet d'une autre matière d'enseignement. On a ainsi élaboré, à l'intention des enfants d'âge préscolaire, un module de formation comportant des livres d'images, des matériaux didactiques, des jeux et des chansons. Des ateliers de formation ont été organisés à l'intention de plus de 700 enseignants des écoles maternelles et des jardins d'enfants. Plus de la moitié des jardins d'enfants de Hong Kong y ont participé. (Hong Kong)

Les participants ont décrit les services de soins de santé parallèles que les femmes mettaient en place.

Nous nous efforçons de concevoir un autre système de soins de santé, qui sera géré par la fédération des associations locales de femmes. Notre organisation veille à ce que ces associations prennent en mains les processus de prise de décisions et de gestion. À quelques exceptions près, toutes les interventions en cours consistent à sensibiliser et à desservir celles qui, déjà, sont sensibilisées et ont accès à des services qui ne parviennent jamais aux villageoises pauvres et analphabètes. En termes d'équité, une telle démarche se justifie-t-elle?(Népal)

Les participants ont favorablement accueilli la législation et les politiques nouvelles concernant les droits et la représentation des femmes.

La politique de l'action positive a considérablement contribué à renforcer la participation des femmes à la vie politique et publique en Ouganda. Ici, chaque district doit élire au parlement une femme qui représente les femmes au sein de cette institution, mais de surcroît, les femmes peuvent se faire élire en fonction du mérite. L'action positive a ainsi conduit au parlement plus de 40 femmes et a permis à de nombreuses femmes d'occuper des fonctions publiques dans un certain nombre d'institutions - l'Ouganda étant le seul pays africain où une femme occupe le poste de Vice-Présidente! (Ouganda)

Les participants découvrent de nouveaux modes de gestion des conflits.

Nous nous efforçons de déplacer la question de la violence liée aux armes à feu du seul cadre de la sécurité et des conflits pour la recentrer en rapport avec la santé et la prévention des traumatismes. Au regard du conflit ou du traumatisme, il s'agit désormais d'intervenir en amont plutôt qu'en aval. Cette démarche se fonde sur la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé, qui stipule que toute personne a droit au bien-être mental, physique et social. (Australie)

Les participants franchissent les divisions ethniques pour instaurer la paix.

Je voudrais partager avec vous quelques-unes des stratégies et méthodes utilisées par les associations de femmes à Chypre. S'agissant de la constitution du groupe, les participants conviennent, dès le départ, qu'elles ne représentent qu'elles-mêmes et non pas, par exemple, des organisations non gouvernementales (ONG). Elles conviennent en même temps que notre objectif est de nous exprimer et de comprendre des besoins plutôt que d'affirmer des positions politiques. Initialement, les femmes, qui appartiennent à deux groupes ethniques différents, ont des attitudes complètement différentes et sont choquées par ces différences. Nous leur donnons l'occasion de décrire les périodes les plus traumatisantes de leur histoire. À ce stade, les deux groupes commencent à fusionner. Le nouveau groupe qui se forme ainsi n'a ni structure, ni responsable, ni hiérarchie et chacun s'y sent l'égale des autres. Tout au long de ce processus, les femmes mènent une quête en elles-mêmes. Le changement vient de l'intérieur et non pas de l'extérieur. (Chypre)

Les participants créent et encouragent des partenariats en vue de promouvoir l'accession des femmes à l'égalité.

Organisées et créatives, les femmes des secteurs informels (vendeuses des rues) se sont regroupées et, en association avec les hommes, ont constitué des groupes chargés d'engager la concertation et d'assurer la défense de leurs intérêts. À Cebu, des organisations populaires et des organisations non gouvernementales ont constitué, avec les collectivités locales, des organismes tripartites chargés de suivre les questions qui concernent les vendeurs des rues et le code d'administration locale. Cette stratégie de partenariat démontre qu'il est possible de créer des sociétés civiles grâce à la mise en place de réseaux, à l'organisation et à l'éducation. (Philippines)



* * *




II. Introduction



L'Organisation des Nations Unies entame l'examen quinquennal de l'application du Programme d'action de Beijing avec, à sa disposition, une grande diversité de connaissances et d'expériences, d'expérimentations et de stratégies. Nombre d'organisations non gouvernementales, de chercheurs, de particuliers, d'organisations intergouvernementales, de gouvernements, d'organismes bilatéraux et multilatéraux et d'institutions spécialisées ont apporté d'importantes contributions. De quels succès peut-on se prévaloir depuis 1995? Quels obstacles continuent d'entraver l'exécution de la série ambitieuse de tâches qui restent à accomplir? Quels enseignements peut-on retirer des cinq années écoulées et quels nouveaux défis les femmes doivent-elles relever? Quelles mesures et initiatives concrètes peut-on prendre pour surmonter les obstacles qui empêchent la pleine application du Programme d'action?

En 1999, le projet WomenWatch a réuni des particuliers représentant différentes organisations, professions et régions du monde afin qu'ils partagent leur expérience touchant la mise en oeuvre du Programme d'action de Beijing. Ils ont été répartis en 12 groupes de travail en ligne recouvrant chacun un domaine critique. Ces groupes de travail qui fonctionnaient par messagerie électronique s'inscrivaient dans un cadre général commun et avaient principalement pour objectif d'identifier ce qui suit :

Les politiques, législations, stratégies et partenariats visant à promouvoir l'égalité entre les sexes qui avaient donné de bons résultats;

Les études de cas, meilleures pratiques et autres exemples d'expériences réussies menées par les pouvoirs publics, le secteur privé ou la société civile ainsi que les enseignements à en retirer;

Les obstacles qui continuent d'entraver les progrès et les moyens de les surmonter.



Qu'est-ce que WomenWatch?
WomenWatch constitue pour l'ONU la plaque tournante des échanges d'informations à l'échelle mondiale sur les préoccupations des femmes et les progrès que celles-ci accomplissent dans leur lutte pour l'égalité. Lancé par la Division de la promotion de la femme du Secrétariat, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme et l'Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme, WomenWatch est un projet interinstitutions qui fait appel à nombre d'organismes des Nations Unies.
On trouvera WomenWatch sur le Web à l'adresse suivante : http://www.un.org/womenwatch


De septembre à décembre 1999(1), une dizaine de milliers de personnes ont tenu un débat collectif, mis en commun ce que l'expérience leur avait appris et apporté leur contribution à Beijing+5 dans le cadre de groupes de travail. Le résultat a été un foisonnement d'idées concrètes appelées à orienter de façon décisive la poursuite de la réalisation des objectifs du Programme d'action : égalité, développement et paix.



Groupes de travail

1. Sortir les femmes de la pauvreté

2. Établir l'égalité dans l'enseignement

3 Assurer et promouvoir la santé des femmes

4. Mettre fin à la violence contre les femmes

5. Les femmes et les conflits armés

6. Mettre fin à l'inégalité économique des femmes

7. Favoriser l'accès des femmes à l'exercice du pouvoir et à la prise de décisions

8. Mécanismes nationaux pour l'égalité des hommes et des femmes

9. Réaliser les droits fondamentaux des femmes

10. Les femmes et les médias

11. Renforcer le rôle des femmes dans la protection de l'environnement

12. Autonomiser les petites filles



En bref

Qui a participé aux groupes de travail en ligne?

Les groupes de travail ont réuni une dizaine de milliers de personnes dans plus de 120 pays.
Environ 10 % d'entre elles, soit un millier de personnes, ont apporté une contribution de fond qui a été examinée par l'ensemble du groupe. Beaucoup d'autres ont eu des échanges individuels qui n'ont pas été diffusés à tous les participants mais ont néanmoins contribué à enrichir le dialogue général.
La répartition géographique moyenne des participants était la suivante :
Amérique du Nord : 35 %
Europe (pays en transition d'Europe centrale et orientale compris) : 17 %
Asie : 17 %
Afrique : 13 %
Amérique latine : 6 %
Pacifique : 4 %
Asie occidentale : 2,5 %
Caraïbes : 2 %
Bien que seuls 19 % de tous les internautes résident en dehors de l'Europe et de l'Amérique du Nord, près de la moitié des participants aux groupes de travail étaient du Sud. Le rapport Nord-Sud s'établissait à 58 % pour le Nord et 42 % pour le Sud**. Ces pourcentages variaient énormément de groupe à groupe, deux d'entre eux - celui sur l'environnement et celui sur la prise de décisions - attirant davantage de participants du Sud que du Nord.
En moyenne, la moitié des participants représentaient des organisations non gouvernementales.
Les pouvoirs publics étaient particulièrement bien représentés dans les groupes suivants : mécanismes nationaux (30 %), environnement (15 %), pouvoir et prise de décisions (13 %) et santé (13 %).
Les universitaires et les chercheurs qui formaient en moyenne 24 % des participants étaient particulièrement bien représentés dans les groupes suivants : éducation (40 %) et économie (30 %).
Les organisations intergouvernementales (à savoir l'Organisation des Nations Unies et la Banque mondiale) comptaient le moins de représentants (7 %).
** La participation du Sud a probablement été plus forte que ce chiffre ne l'indique car certains messages portaient une adresse électronique globale qui permettait difficilement de déceler le pays d'origine de l'expéditeur. L'Europe orientale a en outre été rangée dans le Nord.




Méthodes

Chaque groupe de travail en ligne a fonctionné pendant six semaines; il était encadré par un groupe consultatif d'experts de la question à l'examen(2), comprenant notamment un animateur habitué à diriger des forums électroniques.

Pour chaque groupe de discussion, ce groupe consultatif comprenait, outre l'animateur, des conseillers thématiques et un coordonnateur WomenWatch (la composition du groupe consultatif est donnée dans une note de bas de page au début de chaque chapitre). WomenWatch a contacté un grand nombre d'organismes des Nations Unies, d'organisations non gouvernementales et de particuliers ayant une connaissance approfondie et une grande expérience du domaine critique considéré et choisi les membres du groupe sur la base de leurs compétences parmi les spécialistes disposés à consacrer une partie de leur temps au groupe de travail sur une durée de six semaines.

Pour chacun des forums de discussion, il appartenait au groupe consultatif d'orienter les débats. L'animateur dirigeait les travaux du groupe par le biais de messages hebdomadaires et s'assurait qu'ils restaient bien axés sur les obstacles rencontrés, les enseignements tirés de l'expérience et l'élaboration de recommandations. Chaque animateur a établi un rapport sur les conclusions du groupe de travail, en consultation avec les autres membres du groupe consultatif.

Le centre de recherche pédagogique EDC-USA a apporté un appui de fond en aidant à approfondir les sujets à examiner; il a également contribué à la coordination et à la campagne d'information. Il a aussi assuré l'animation des groupes de travail au jour le jour, sauf en ce qui concerne celui consacré aux femmes et les médias (WomenAction 2000) et celui axé sur les mécanismes nationaux (Christina Janssen).

Les groupes de travail étaient ouverts à tous. Quelque 17 000 particuliers et organisations avaient été invités, soit directement soit par l'intermédiaire de gestionnaires Listserv. Les campagnes d'information avaient surtout visé des organisations non gouvernementales féminines, des centres d'études sur les rôles des hommes et des femmes, des responsables d'administrations publiques et des organisations multilatérales et bilatérales. Elles ont été particulièrement intenses dans le Sud et environ 40 % des invitations sont allées à des particuliers et des organisations dans les pays en développement. L'invitation a en outre été diffusée par l'intermédiaire de réseaux privés et affichée sur les sites Web de WomenWatch et d'UNIFEM.

On peut consulter les archives des groupes de travail sur le Web à l'adresse suivante : http://www.un.org/ womenwatch/forum. Le stockage des archives a été assuré par le Programme de constitution de réseaux pour le développement durable du Programme des Nations Unies pour le développement.



Le présent rapport : renseignements de caractère général

Le présent rapport a pour objet de regrouper et diffuser les diverses idées qui ont jailli de chacun des groupes de travail de WomenWatch. Établi par Alice Mastrangelo, avec le concours du comité WomenWatch, des groupes consultatifs et des animateurs de l'EDC, il s'inspire des rapports finals présentés par les animateurs des groupes de travail, ainsi que des résumés hebdomadaires des travaux de chacun de ces groupes et des messages individuels qui ont été reçus. Sans prétendre aborder tous les sujets ou problèmes abordés, ce qui serait impossible, il tente de mettre en lumière les questions que les participants se sont généralement accordés à juger fondamentales et d'en tirer des enseignements spécifiques susceptibles d'être applicables ailleurs. Un rapport d'activité complet sera disponible sur le site Web de WomenWatch pour chacun des groupes de travail à l'adresse suivante : http://www.un.org/womenwatch/forum.

Chaque chapitre comporte une rubrique Enseignements retirés, illustrée par un cas précis ou une citation directement empruntée à un message d'un des participants. Comme il est impossible de citer tous les messages reçus, les extraits ont été choisis de manière à représenter au mieux la diversité des questions abordées et les différentes régions du monde. On a corrigé les fautes de grammaire et abrégé certaines citations, mais on s'est efforcé de rester le plus fidèle possible au sens original. Pour des raisons de confidentialité, les noms des participants ont été omis mais le pays et l'affiliation sont indiqués chaque fois qu'il a été possible de les déterminer.

Les groupes de travail ont été financés par la Fondation pour les Nations Unies et le Ministère britannique du développement international.



* * *




III. Les domaines critiques



A. Les femmes et la pauvreté



Groupe de travail en ligne

Sortir les femmes de la pauvreté
12 octobre-23 novembre 1999
Nombre total de membres: 971
Des messages ont été reçus de 63 membres représentant 21 pays (61 % du Nord et 39 % du Sud) (voir annexe)**.
ONG : 54 %
Organismes publics : 1 %
Organisations intergouvernementales : 5 %
Chercheurs ou universitaires : 16 %
Autres : 24 %

Les archives de ces échanges peuvent être consultées à l'adresse suivante : http://sdnhq.undp.org/ww/women-poverty/
** Voir la note de l'encadré de la page 6.




Depuis l'adoption de la Déclaration et du Programme d'action de Beijing en 1995, freiner la progression de la pauvreté dans un environnement économique en évolution rapide s'impose de plus en plus comme une nécessité impérieuse. Les participants au groupe de travail Sortir les femmes de la pauvreté(3) ont pris note avec préoccupation des discriminations systématiques fondées sur le sexe qui exacerbent la pauvreté parmi les femmes, des effets négatifs que risquait d'avoir la libéralisation des échanges et du fait que l'absence de volonté politique continuait à faire obstacle à l'introduction de changements durables. De manière générale, les débats ont porté sur les causes de la pauvreté parmi les femmes et sur les situations que celles-ci connaissaient, sur les politiques macroéconomiques et sociales, sur les plans de développement de nature à faire reculer la pauvreté, sur l'accès des femmes au crédit et à l'épargne et sur les recherches concernant la situation des deux sexes. Promouvoir les partenariats entre les gouvernements et les organisations non gouvernementales, encourager l'introduction de nouveaux services propres à améliorer l'existence des femmes pauvres et mieux cerner les effets de l'instabilité économique et de la libéralisation des échanges sur les femmes ont compté au nombre des nouvelles questions examinées par les participants.



1. Obstacles rencontrés

Effets négatifs de la libéralisation des échanges et des privatisations sur les femmes pauvres.

Persistance de discriminations fondées sur le sexe dans les sphères culturelles, juridiques, politiques et économiques qui restreignent les perspectives d'avenir des femmes pauvres.

Fossé existant entre les politiques visant à instaurer la parité entre les sexes et l'adaptation des pratiques administratives de nature à faire reculer la pauvreté parmi les femmes.

Mauvaise connaissance des aspects sexospécifiques de la pauvreté et absence de volonté politique de remédier à la situation.

Insuffisance de la représentation des femmes dans les emplois publics.

Application de plans de microcrédit ou d'autres programmes économiques sans aucune coordination avec d'autres plans visant à promouvoir l'égalité des femmes, comme les programmes d'enseignement ou les campagnes législatives.

Manque de données ventilées par sexe et d'analyses concernant la situation des hommes et des femmes qui faciliteraient l'adoption de mesures efficaces dans la lutte contre la pauvreté.



2. Idée-force

Les effets contradictoires des politiques macroéconomiques et des politiques sociales.

Les participants se sont tout particulièrement intéressés aux effets et à l'efficacité des macropolitiques en matière de lutte contre la pauvreté féminine, qu'il s'agisse de réformes économiques ou d'éducation. Un intervenant asiatique a fait valoir que si certaines politiques macroéconomiques avaient provoqué une hausse de la pauvreté féminine, ces mêmes politiques - une fois reformulées pour tenir compte des sexospécificités - permettraient aux femmes de mieux tirer parti des perspectives de développement et d'emploi. De même, il est possible d'anticiper nombre de problèmes qui se posent aux femmes en matière de développement social en mettant en place des programmes sociaux adaptés. Un participant a fait observer que le Gouvernement sud-africain avait mis au point une politique d'éducation très complète afin d'effacer les séquelles de la discrimination raciale et, partant, d'améliorer les perspectives d'avenir des femmes pauvres. L'Inde a, quant à elle, adopté des politiques sociales imposant d'enregistrer au nom des femmes les parcelles de terre octroyées aux familles pauvres et faisant obligation aux programmes d'assistance financière alimentés par le gouvernement - y compris les régimes nationaux d'assurance vieillesse en faveur des femmes et les régimes d'assurance en faveur des travailleuses - de réserver aux femmes la moitié des fonds. Plusieurs intervenants ont cependant fait observer que ces politiques n'étaient pas nécessairement appliquées. Des participants d'Europe de l'Est et de la Communauté d'États indépendants ont souligné que, dans les pays en transition, les femmes pauvres étaient contraintes d'assumer des tâches supplémentaires pour faire face à la restructuration économique. Les femmes sont les premières à être licenciées et les dernières à être embauchées (PNUD, Ukraine). Les participants ont également estimé que les politiques d'ajustement structurel qui privilégiaient les privatisations et les coupes dans les budgets sociaux avaient des effets particulièrement négatifs sur les femmes pauvres.



3. Enseignements tirés

Les politiques et les programmes de lutte contre la pauvreté qui sont fondés sur des analyses tenant compte des sexospécificités de l'environnement social, économique, juridique et politique dans lequel ils sont appliqués et qui visent à faire évoluer les lois, les pratiques et les croyances discriminatoires peuvent considérablement atténuer la pauvreté féminine.

Exemple : Il y a plus de femmes touchées à des degrés divers par la pauvreté pour les raisons suivantes : les femmes ont plus difficilement accès à l'éducation et aux moyens de production, sont parfois privées du droit à la propriété et ne jouissent pas dans certains cas de droits égaux au sein même de la famille et de la société. Pour être efficaces, les politiques de lutte contre la pauvreté doivent reposer sur la reconnaissance des droits de la femme et tenir compte du fait que les femmes exercent des rôles multiples et sont très présentes dans le secteur social et économique non structuré, sans pour autant être rémunérées. (États-Unis)

Exemple : On peut imputer le recul de la pauvreté aux politiques sociales plus qu'à la mondialisation et à la libéralisation de l'économie. Cela est dû à : i) l'accroissement des investissements dans l'éducation primaire, l'attention étant accordée à la réduction des inégalités entre les sexes; ii) la décentralisation au moyen du système Panchayati Raj, avec un quota de 33 % pour les femmes; iii) l'augmentation des investissements d'infrastructure; iv) la meilleure prise en compte de la situation des femmes dans le gouvernement. (Inde)

Les microcrédits peuvent réellement contribuer à réduire la pauvreté si l'on fait abstraction du seul critère de rentabilité économique pour donner aux femmes les moyens d'accéder aux ressources et de contrôler celles-ci.

Exemple : Au Nigéria, les microcrédits, aussi modestes fussent-ils, ont non seulement renforcé la capacité économique des femmes qui ont été expulsées de leur foyer, mais les a aussi incitées à se battre pour obtenir un juste dédommagement pour leurs maisons détruites. Grâce à des campagnes d'éducation et de sensibilisation lancées au moyen de projets tels que des microcrédits, les femmes s'impliqueront davantage dans la défense de leurs propres droits. (Social and Economic Rights Action Centre, Nigéria)

Exemple : Il importe de s'assurer que les femmes disposent de ressources financières dont elles assurent elles-même la gestion. À cet effet, il faut prévoir des programmes de formation professionnelle et de formation à la gestion des entreprises. Faire en sorte que les femmes puissent trouver des débouchés commerciaux et bénéficient de services de commercialisation est un facteur important dont il faut tenir compte. Les projets menés doivent prévoir des activités de sensibilisation aux comportements sexistes destinées à l'ensemble des membres de la famille, dans la mesure où une femme exerçant une activité économique ne se défausse pas pour autant des responsabilités qui lui incombent en sa qualité d'épouse et de mère. (CARE, Bangladesh)

Il importe d'intégrer une démarche soucieuse d'équité entre les sexes dans les politiques et les programmes de lutte contre la pauvreté.

Exemple : Au Népal, au Bangladesh et en Sri Lanka, nos projets de lutte contre la pauvreté qui incorporaient une démarche soucieuse d'équité entre les sexes nous ont appris qu'il fallait : tenir compte des besoins et des préoccupations des hommes et des femmes dans la formulation des objectifs; identifier, au stade de l'élaboration du projet, les principaux éléments qui font obstacle à la participation des femmes, quel que soit le composant considéré; définir des stratégies permettant de surmonter les obstacles, tous composants confondus; allouer des ressources de sorte que les stratégies puissent être appliquées; ne pas manquer de collecter des données ventilées par sexe pendant l'exécution du projet; évaluer la capacité des partenaires à exécuter des projets tenant compte des sexospécificités et, lorsque cela était possible, tenter de renforcer cette capacité. (Agence australienne pour le développement international, Australie)



De véritables partenariats entre les gouvernements, le secteur privé et les organisations non gouvernementales peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté féminine.

Exemple : Dans les années 80, des organisations non gouvernementales et le Gouvernement du Tamil Nadu ont joué un rôle moteur dans la création de groupes d'entraide. Ce projet s'est imposé comme un modèle digne d'être reproduit à plus large échelle dans d'autres parties de l'État et dans le reste du pays. Le Fonds international de développement agricole a appuyé ce projet d'avant-garde en apportant une aide au projet de développement des femmes du Tamil Nadu. Il s'agissait essentiellement d'améliorer le statut économique et social des femmes vivant au-dessous du seuil de pauvreté grâce à la création de groupes d'entraide ouverts aux femmes pauvres de la région, les ONG étant invitées à participer activement au projet et à le superviser. Les activités de formation à l'animation de groupes d'entraide et de perfectionnement professionnel ont également grandement facilité l'émancipation des femmes pauvres. Le statut des membres des groupes d'entraide au sein de leur famille et de leur communauté a connu une amélioration notable. Il convient de saluer l'Indian Bank qui a appuyé cette entreprise colossale et octroyé des prêts aux groupes jugés solvables au fur et à mesure des besoins. (Tamil Nadu Women's Development Corporation, Inde)



4. Programme d'action pour lutter contre la pauvreté féminine

Faire campagne pour le lancement de plans de microcrédit liés à d'autres stratégies d'émancipation, telles que l'éducation.

Mieux cerner l'influence des facteurs internationaux, tels que l'instabilité économique et la libéralisation des échanges, sur l'aggravation de la pauvreté féminine.

Encourager l'établissement de véritables partenariats entre les gouvernements, les organisations multilatérales, le secteur privé et les ONG en vue d'appuyer les initiatives de lutte contre la pauvreté axées sur les femmes.

Faciliter le recours aux nouveaux services issus des progrès réalisés dans le domaine des technologies de l'information et de la communication, tels que la télémédecine, afin d'améliorer les conditions de vie des femmes pauvres.

Encourager la participation des femmes aux différentes phases des plans de lutte contre la pauvreté et de la formulation des politiques.

Formuler et appliquer des politiques de lutte contre la pauvreté qui tiennent compte de la situation particulière des hommes et des femmes.

Promouvoir l'application de plans comportant plusieurs volets en vue d'éliminer les obstacles sociaux, économiques, juridiques et politiques et de réduire les inégalités existant entre les deux sexes en matière de pauvreté.

Au vu des liens existant entre endettement et pauvreté, appuyer les initiatives visant à généraliser l'allégement de la dette et à accélérer les activités en ce sens.

Encourager les activités visant à expliquer au public les liens entre pauvreté et inégalités entre les sexes.

Aider les ONG féminines à lutter contre la pauvreté.

Appuyer les processus démocratiques qui facilitent la création d'emplois, créent une situation favorable à l'investissement et réduisent l'écart entre riches et pauvres.

Faciliter la compilation, l'analyse et l'exploitation de données sur la pauvreté ventilées par sexe, groupes d'âge, couches sociales et races, et d'indicateurs sexospécifiques en vue d'évaluer les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté.



B. Éducation et formation des femmes



Groupe de travail en ligne

Établir l'égalité dans l'enseignement
11 octobre-19 novembre 1999
Nombre total de membres : 874
Des messages ont été reçus de 70 membres représentant 25 pays (62 % du Nord et 38 % du Sud) (voir annexe)**.
ONG : 28 %
Organismes publics : 1 %
Organisations intergouvernementales : 1 %
Chercheurs ou universitaires : 40 %
Autres : 30 %

Les archives de ces échanges peuvent être consultées à l'adresse suivante : http://sdnhq.undp.org/ww/women-edu/
** Voir la note de l'encadré de la page 6.




Les membres du groupe de travail en ligne sur l'établissement de l'égalité dans l'enseignement(4), dont les travaux ont duré six semaines, ont examiné les grandes questions relatives aux mesures et aux politiques en matière d'éducation concernant tous les niveaux de l'enseignement, de la maternelle au supérieur. Les avantages retirés de l'éducation de base des filles, les résultats universitaires des filles par rapport à ceux des garçons, l'éducation dans les situations de conflit armé, le harcèlement sexuel généralisé dont les filles sont victimes, les possibilités d'éducation, le matériel pédagogique et la formation des enseignants - tels étaient les principaux thèmes des travaux et des débats. Les obstacles à l'égalité dans l'enseignement tenaient surtout aux normes culturelles et aux pratiques sociales bien ancrées, ainsi qu'à l'environnement éducatif défavorable ou hostile aux filles. Bien que l'on ait généralement convenu de la modestie des progrès réalisés depuis 1995 dans les domaines centraux que sont la formation des enseignants ou les changements d'attitude, il a également été reconnu que les ONG dirigées par des femmes avaient mis en uvre avec succès de nombreuses pratiques éducatives innovantes. Se tournant vers l'avenir, les participants ont lancé un appel à l'action quant aux nouvelles questions qui se posaient, par exemple l'éducation des enfants des rues et la nécessité d'une démarche soucieuse de l'équité entre les sexes s'agissant de l'éducation en situation de conflit armé.



1. Obstacles rencontrés

La persistance des attitudes culturelles et des pratiques sociales empêchant les filles d'aller à l'école, par exemple la faible priorité qui est donnée à l'éducation des filles, les mariages précoces et l'importance des tâches domestiques incombant aux femmes et aux filles.

Le fait que les systèmes éducatifs formels et les gouvernements nationaux n'ont pas suffisamment réformé les programmes, formé les enseignants ou cherché à modifier les perceptions sociales qui perpétuent les inégalités en matière d'éducation.

L'hostilité aux filles des environnements d'apprentissage, caractérisée par le harcèlement sexuel et l'utilisation de matériels pédagogiques à caractère discriminatoire, entre autres.

La sensibilisation insuffisante des enseignants aux sexospécificités.

Les conséquences de la pauvreté et les problèmes qui l'accompagnent : chômage, criminalité et réduction de l'accès à l'éducation et du niveau d'instruction, en particulier dans les zones rurales et dans les zones isolées.

La diminution des ressources allouées à l'éducation durant les périodes de crise financière ou de pénurie nationales.

Les contraintes imposées aux femmes et aux filles, qui rendent difficile l'assiduité de leur présence à l'école ou de leur participation aux programmes d'alphabétisation.



2. Idée-force

Le harcèlement et la violence à caractère sexuel dans les écoles sont un sérieux obstacle à l'égalité dans l'enseignement.

L'un des principaux problèmes communs à tous les pays est celui du harcèlement sexuel dont sont victimes les filles. De la Suède au Zaïre en passant par la Belgique et l'Afrique du Sud, le harcèlement est un motif majeur d'abandon scolaire. Dans certains cas, ce sont les enseignants qui harcèlent sexuellement les élèves; celles-ci se retrouvent même parfois enceintes et sont forcées de quitter l'école, généralement sans que cela ait de conséquences pour les responsables. Les organisations de femmes ont élaboré différents programmes d'éducation sexuelle et de prévention des MST, mais la plupart sont axés sur les besoins des femmes adultes plutôt que sur ceux des filles d'âge scolaire. En Afrique du Sud, un programme visant à promouvoir la culture et les services pédagogiques [Culture of Learning and Teaching Services (COLTS)] fait appel à des moyens créatifs d'explorer les stratégies qui permettraient de mettre fin à la violence et au harcèlement sexuels dans les écoles.



3. Enseignements tirés

Les approches pluridimensionnelles sont essentielles à la réalisation de l'égalité dans l'enseignement - de la révision des manuels à l'ouverture de garderies pour les frères et les surs des enfants scolarisés.

Exemple : Je m'occupe de l'éducation en Inde depuis près de 20 ans. Le Programme relatif à l'enseignement primaire à l'échelon du district a été lancé en 1994, concrétisant les engagements pris dans la Constitution indienne en faveur de l'enseignement primaire universel, dans la politique nationale de l'éducation adoptée en 1986 et à l'occasion de la Conférence de Jomtien. L'objectif de ce programme est essentiellement de renforcer les capacités des écoles publiques rurales gratuites, et son cadre conceptuel met l'accent sur le fait que l'enseignement primaire universel s'inscrit dans un contexte qui varie d'un état à l'autre à l'intérieur même du pays. Alors que certains états qui ont déjà atteint le niveau de scolarisation quasi totale devront privilégier la qualité de l'enseignement dispensé et les résultats obtenus, d'autres devront mettre l'accent sur la participation et la scolarisation minimales. Il est évident que chaque district définit ses priorités particulières et énonce ses propres plans annuels. Une place très importante est accordée aux femmes et l'on a observé que les plans énoncés par les districts avaient certaines caractéristiques communes, notamment :

La constitution de comités de mères ou d'associations de parents d'élèves, qui permettent d'établir un dialogue avec les parents sur la nécessité d'envoyer leurs filles à l'école.

La distribution gratuite de matériels d'apprentissage de l'écriture et de la lecture destinés aux filles et aux enfants appartenant à des groupes marginalisés.

La fourniture d'un déjeuner quotidien à tous les enfants afin que les petites filles reçoivent leur part à l'école.

L'assurance que les femmes et les mères sont représentées dans les comités villageois sur l'éducation qui supervisent le fonctionnement des écoles.

La nomination de nouvelles enseignantes et les efforts déployés pour qu'il y ait au moins une enseignante dans chaque école.

La création de centres de soins et d'éducation pour la petite enfance, qui accueillent les frères et les surs des enfants scolarisés.

Le démarrage du programme d'autonomisation des femmes (Mahila Samakhya) dans les habitations et les villages où vivent essentiellement des femmes appartenant aux castes pauvres inférieures, l'objectif étant de créer des conditions propices au changement. Après la mise en train du programme d'autonomisation, ces femmes ont demandé qu'une instruction élémentaire leur soit dispensée ainsi qu'à leurs enfants, en particulier à leurs filles.

La mise en place de systèmes d'enseignement informels adaptés à la situation particulière des filles (emploi du temps, lieu où l'enseignement est dispensé, etc.).

Le contrôle des taux de scolarisation et d'abandon scolaire des filles.

L'organisation régulière d'examens destinés à contrôler les résultats scolaires des filles.

La suppression des stéréotypes sexistes contenus dans les manuels scolaires et les mesures prises pour éviter que les manuels présentent de tels clichés (en veillant par exemple à ce que les filles soient aussi bien représentées que les garçons dans les illustrations, les discussions et les exemples, à ce que les filles et les femmes ne soient pas systématiquement présentées comme occupant des positions subordonnées et à intégrer ces sujets dans les manuels pour en discuter avec les élèves).

Les efforts faits pour assurer aux femmes une représentation égale à tous les niveaux dans les équipes de projets et le corps enseignant. (Inde)

Étant donné le rôle crucial des enseignants, il est impératif d'institutionnaliser l'éducation sexospécifique dans la formation et la spécialisation des enseignants et des fonctionnaires.

Exemple : La Commission de l'égalité des chances a fait de l'éducation dès le plus jeune âge un instrument de sa stratégie de promotion de l'égalité des chances. Elle entend intégrer ce concept dans les écoles plutôt que créer une nouvelle discipline à enseigner. Un module de formation a notamment été élaboré avec l'aide d'une organisation spécialiste de l'éducation des enfants d'âge préscolaire, qui propose des livres d'images, des supports pédagogiques, des jeux et des chansons que les enseignants peuvent utiliser pour leurs cours. Des stages de formation ont été organisés à l'intention de 700 jardiniers d'enfants et maîtres d'écoles maternelles. À Hong Kong, plus de 50% des jardins d'enfants ont bénéficié de ce programme et ont reçu chacun, à titre gracieux, un exemplaire du module de formation. En ce qui concerne les élèves des écoles primaires, la Commission de l'égalité des chances et le Ministère de l'éducation ont parrainé en collaboration un spectacle de marionnettes venu des États-Unis d'Amérique qui avait pour thème Les enfants du quartier (Kids on the Block) et visait à sensibiliser les enfants à la notion d'égalité des chances. La Commission a également diffusé auprès des écoles et des enseignants, à titre d'information, des publications gratuites traitant des concepts d'égalité des chances, de discrimination, de harcèlement sexuel, etc. Les élèves des établissements secondaires et les étudiants ont été nombreux à contacter la Commission ou à s'y rendre pour y obtenir les informations dont ils avaient besoin dans le cadre de projets scolaires sur la parité entre les sexes ou d'autres questions touchant à l'égalité des chances. (Hong Kong)

Il est indispensable de combattre l'illétrisme pour donner davantage de chances aux femmes.

Exemple : L'Organisation pour l'alphabétisation des adultes du Zimbabwe n'a jamais considéré l'alphabétisation comme une fin en soi, mais la conçoit comme un moyen de lutter contre la pauvreté et de démarginaliser les femmes en leur donnant accès au savoir et en leur permettant d'acquérir des compétences rémunératrices. À l'issue du troisième niveau d'enseignement, les élèves sont capables de lire n'importe quel texte écrit dans leur langue maternelle, d'effectuer des calculs (additions, soustractions à quatre chiffres, multiplications et divisions) et d'écrire des lettres, de remplir des formulaires et de lire et d'écrire dans un anglais élémentaire, et ont le niveau requis pour réussir l'examen d'admission en septième année du système scolaire traditionnel. (Zimbabwe)

Ce sont les parents qui influencent le plus les choix que peuvent faire et que font les filles en matière d'éducation.

Exemple : Il convient de noter qu'en dépit des efforts faits pour encourager l'éducation des filles, les milieux culturels dont viennent ces dernières devraient être pris en considération. Dans de nombreuses sociétés africaines (en particulier au Soudan), les garçons sont de loin préférés aux filles, qui sont considérées comme des membres temporaires de la famille dans laquelle elles sont nées, du fait qu'une fois mariées elles seront plus utiles à la famille de leur mari qu'à celle de leur père. Cette mentalité et d'autres comportements comptent parmi les facteurs préjudiciables à l'éducation des filles. Modifier ces attitudes exige une démarche révolutionnaire axée sur les parents, auxquels il faut faire prendre conscience, par l'intermédiaire de l'enseignement et de l'alphabétisation, que l'éducation des filles peut être dans leur intérêt autant que celle des garçons. Les parents devraient savoir qu'il est plus honorable de marier une fille bien éduquée qu'une fille ignorante. (Soudan/Finlande)

Dispenser une formation aux femmes ayant de faibles revenus afin qu'elles puissent assurer les premiers apprentissages peut augmenter leurs chances en matière d'éducation et leur permettre de trouver une source de revenus.

Exemple : Le Gouvernement a mis en train un projet national consacré aux jeunes enfants (Impilo). Il finance des organisations non gouvernementales qui s'occupent de former des femmes, dans des communautés pauvres, à assurer les premiers apprentissages. Un grand nombre de ces femmes étaient analphabètes ou illettrées et ont pu être alphabétisées grâce à ce programme de formation (leur niveau d'éducation atteint celui de la neuvième année d'enseignement). Je viens d'achever l'évaluation de l'un des centres pilotes et les résultats positifs du programme sont déjà visibles. Beaucoup de femmes ont commencé à ouvrir des centres dont elles tirent un modeste revenu en faisant payer une somme modique aux parents des élèves. (Afrique du Sud)



Les enseignants, les parents et les étudiants doivent promouvoir, afin qu'elles prennent effet, les mesures juridiques visant à éliminer des manuels les images et les messages à caractère sexiste qu'ils contiennent.

Exemple : Pour modifier le contenu des manuels scolaires, l'Argentine a adopté deux mesures juridiques, l'une en 1984 et l'autre, de portée municipale, en 1997. Dans l'un et l'autre cas, le parlement local (établit à Buenos Aires) a voté une loi recommandant la suppression des images et des messages sexistes contenus dans les manuels. Ces lois n'ont eu aucun effet réel en ce qui concerne les maisons d'éditions et n'ont pas non plus suscité l'adhésion du corps enseignant. Il faut lancer une campagne plus déterminée et durable, avec l'aide des enseignants, des parents, des étudiants et même des médias, afin de pouvoir identifier les expressions du sexisme dans les manuels avant et pendant l'élaboration des nouveaux matériels pédagogiques. (Argentine)

Mettre en parallèle les possibilités en matière d'enseignement et de formation et les perspectives économiques est un élément majeur dans la définition d'approches globales de l'éducation.

Exemple : En tant que représentant d'ACTEW - Advocates for Community-based Training and Education for Women - je m'intéresse tout particulièrement au débat. Notre organisme s'emploie à assurer et à promouvoir une formation communautaire accessible aux femmes de l'Ontario (Canada). Les femmes avec lesquelles nous travaillons, dont beaucoup sont âgées, viennent d'immigrer, sont handicapées, mères célibataires ou femmes de couleur, ou les deux, se heurtent à une discrimination systématique et continuent de subir les conséquences de longues années de récession économique et de migrations économiques massives. Nous sommes convaincus que l'éducation et la formation peuvent conduire de la pauvreté à l'indépendance économique. Nos membres ont une perception unique des problèmes rencontrés par les femmes en terme d'accès, qui leur permet d'offrir des services intégrés et complets dans les domaines de l'emploi et de la formation et de donner ainsi aux femmes les moyens de trouver et de conserver des emplois de qualité. Il est je pense plus important que jamais que ceux d'entre nous qui sont déterminés à offrir une formation globale, communautaire et conçue pour les femmes, mettent en commun leurs programmes, leurs pratiques les plus performantes et leurs ressources. (Canada)

Le sport peut être un instrument de développement essentiel dans l'éducation des femmes et des filles.

Exemple : Il ressort d'études menées aux États-Unis d'Amérique que les femmes occupant des postes élevés au gouvernement, dans les entreprises et l'enseignement pratiquaient durant leur enfance et leur adolescence un sport ou une forme d'activité physique de loisir auquel elles étaient attachées. Ces femmes attribuent en outre à ces moment importants de leur jeunesse une partie de leur succès à l'âge adulte. Women Sport International, organisation que je représente, s'emploie à faire considérer le sport et les activités physiques de loisir comme un droit fondamental qui doit être reconnu aux filles et aux femmes. Ces activités sont non seulement étroitement liées à la santé des femmes mais encore essentielles à leur éducation et à celle des filles. Le terme sport est souvent associé uniquement aux hommes ou à l'entraînement olympique des élites. Le mouvement mondial des femmes en faveur du sport rassemble des femmes, et quelques hommes partageant leurs idéaux, qui veulent promouvoir auprès des organisations communautaires l'idée du sport comme moyen de développement. (États-Unis d'Amérique)

Les arts plastiques et le théâtre peuvent être des moyens efficaces de modifier les comportements discriminatoires et de lutter contre la violence ou d'autres problèmes rencontrés dans les milieux scolaires.

Exemple : Le projet de promotion de la culture et des services pédagogiques [Culture of Learning and Teaching Services (COLTS)] vise à encourager les enseignants du niveau primaire et du niveau secondaire à se demander pourquoi la culture de l'apprentissage et de l'enseignement n'existe pas dans leur établissement, et fait souvent appel à des moyens créatifs comme le théâtre et les arts plastiques. Ce projet rencontre un tel succès qu'il est devenu une initiative nationale et est en cours de mise en uvre dans cinq des sept provinces. Je demande à des étudiants des universités d'aider les élèves à monter leurs pièces de théâtre, je donne des conseils, je conçois des matériels d'information, j'organise des ateliers de formation à l'intention des enseignants et je supervise mes étudiants. Les élèves participent aux festivals à l'échelle des districts, des régions et des provinces, puis à un festival national final à l'occasion duquel des livres et d'autres matériels d'information sont remis à l'école gagnante pour la récompenser. Le festival de théâtre est dirigé par un jury de professionnels. Cette année, plus de 500 écoles du pays ont participé au projet, auquel le gouvernement et le secteur privé commencent à s'intéresser vivement. En ce qui concerne les pièces de théâtre elles-mêmes, un certain nombre d'entre elles traitent des problèmes de la violence et du harcèlement sexuel à la maison et à l'école; elles abordent également les questions des viols collectifs, de la grossesse et des maladies sexuellement transmissibles. Le projet vise notamment à la mise en place de mécanismes d'aide dans les écoles et à encourager le recours aux associations d'étudiants et leur promotion. (Afrique du Sud)

Les taux élevés de scolarisation des filles sont souvent le résultat de politiques favorables à l'enseignement universel.

Exemple : À Hong Kong, depuis les années 70, l'enseignement de base est gratuit et obligatoire pour tous les enfants âgés de 9 à 14 ans. Il en est résulté des changements considérables en termes de scolarisation et l'on observe désormais une parité entre les sexes dans les écoles primaires et les écoles secondaires. Concrètement, les femmes représentaient ces trois dernières années plus de 50 % de l'ensemble des étudiants des universités et leur taux d'analphabétisme était tombé à environ 9 % au début des années 90. (Hong Kong)

Exemple : Au début de l'année 1974, le Gouvernement indonésien a mis en uvre une mesure présidentielle spéciale (SD Inpres) concernant les écoles élémentaires, qui visait à assurer l'enseignement universel de la population scolarisée. Depuis lors, la scolarisation des filles dans les écoles élémentaires (7-12 ans) est passée de 58 % en 1971 à 83 % en 1980 pour atteindre 92 % en 1990 (les années correspondent aux recensements démographiques) et 95 % en 1995 (Intercensal Population Survey). La taux de scolarisation des garçons de la même tranche d'âge était de 62 %, 84 %, 91 % et 95 % respectivement aux mêmes dates. L'un des éléments fondamentaux du processus de développement en Indonésie est l'expansion économique rapide, tout au moins jusqu'à l'arrivée de la crise. Des emplois ont été créés pour les hommes et, de plus en plus, pour les femmes, dans le secteur public formel et dans le secteur privé. Les parents ont pris conscience qu'il était important d'investir dans l'éducation non seulement de leurs fils mais aussi de leurs filles. (Indonésie)





4. Programme d'action pour la réalisation de l'égalité dans l'enseignement

Établir un lien entre l'éducation et l'emploi en incitant les entreprises (par des mesures financières ou autres) à recruter des femmes et des filles à des postes ou dans des secteurs qui ne leur sont traditionnellement pas réservés.

Créer des liens concrets entre l'éducation et les débouchés économiques, qu'il s'agisse de former les femmes pour qu'elles se spécialisent dans l'enseignement ou d'informer les filles sur les professions qu'elles peuvent exercer.

Établir un lien entre la formation professionnelle et l'information sur les possibilités d'emploi dans les secteurs non traditionnels.

Créer des cadres d'examen des questions liées aux différences entre les sexes et d'autres facteurs qui contribuent aux inégalités entre les filles et les garçons et les femmes et les hommes en ce qui concerne le niveau d'éducation atteint.

Énoncer et faire appliquer des mesures gouvernementales aux fins de l'éducation obligatoire des filles, et instaurer un système de quota pour garantir que les filles puissent poursuivre leur scolarité au-delà du niveau élémentaire.

Mener des campagnes de sensibilisation préconisant un degré zéro de tolérance pour les violences à caractère sexuel et intellectuel dans le cadre de l'école.

Institutionnaliser la sensibilisation aux disparités entre les sexes dans les programmes de formation et de spécialisation des enseignants et des fonctionnaires.

Familiariser les enseignants avec les méthodes d'enseignement non sexistes et antisexistes.

Mettre en relation l'enseignement théorique et les compétences pratiques nécessaires pour trouver un emploi et s'assurer un revenu.

Promouvoir la formation continue afin que les femmes ne se laissent pas dépasser par les avancées technologiques et les autres progrès.

Offrir une aide financière aux familles pauvres qui envoient leurs filles à l'école.

Utiliser les technologies nouvelles et faire appel à l'enseignement à distance pour pouvoir contacter les femmes chez elles.

S'efforcer de changer l'attitude des parents et des collectivités envers l'éducation des filles.

C. Les femmes et la santé



Groupe de travail en ligne

Assurer et promouvoir la santé des femmes
6 septembre-15 octobre 1999
Nombre de membres : 844
Des messages ont été reçus de 64 membres représentant 20 pays (57 % du Nord et 43 % du Sud) (voir annexe)**.
ONG : 50 %
Organismes publics : 13 %
Organisations intergouvernementales : 2 %
Chercheurs ou universitaires : 26 %
Autres : 9 %

Les archives de ces échanges peuvent être consultées à l'adresse suivante : http://sdnhq.undp.org/ww/women-health1/
** Voir la note de l'encadré de la page 6.




Les participants aux travaux du groupe de travail en ligne Assurer et promouvoir la santé des femmes(5) ont considéré que la pauvreté et la mondialisation, les traditions culturelles et religieuses et l'absence de volonté politique étaient les principaux obstacles à la réalisation des objectifs stratégiques énoncés au chapitre C du Programme d'action. Le dialogue a été axé essentiellement sur les principaux obstacles à la promotion de la santé des femmes, les moyens d'améliorer les conditions de vie et de travail des femmes, la santé mentale des femmes et la prise en compte des problèmes de santé des femmes dans les services de santé. Les participants se sont déclarés particulièrement préoccupés par les incidences de la multiplication des conflits et du passage de certains pays à une économie de marché sur la santé des femmes et le fait que certaines croyances et certains comportements culturels freinaient les progrès dans ce domaine. Mettre au point des programmes types globaux en faveur de la santé des femmes, donner aux femmes les moyens d'avoir davantage de prise sur leur vie et leur santé, et défendre la santé des femmes en s'appuyant sur une approche fondée sur leurs droits ont été considérés comme les trois éléments essentiels d'une stratégie de changement.



1. Obstacles rencontrés

Effets désastreux de la mondialisation et de l'accroissement de la pauvreté sur les femmes, et notamment du manque d'indépendance de ces dernières sur le plan économique.

Effets directs et indirects de pratiques culturelles et religieuses persistantes (infections dues aux mutilations génitales féminines et aux maladies sexuellement transmissibles, accès des femmes à la nourriture et aux soins de santé au niveau des ménages, etc.).

Manque de volonté politique, qui fait que les gouvernements ne prennent pas les mesures voulues au niveau national, et priorité insuffisante accordée aux problèmes de santé des femmes.

Effets de la multiplication des conflits armés et de l'accroissement de la violence.

Non-participation des femmes à la prise de décisions concernant les politiques de santé.

Adaptation insuffisante des services de santé aux différentes catégories de patients.

Non-reconnaissance du rapport direct qui existe entre les questions sociales et environnementales et la santé des femmes.

Absence de choix concernant la santé en matière de procréation, qui fait obstacle à la promotion de la santé des femmes.

Augmentation chez les femmes des problèmes de santé mentale, en particulier dans les pays en proie à des conflits armés et dans les pays en transition.

Influence croissante de certaines coalitions politico-religieuses, qui ont réussi à empêcher l'adoption de lois visant à permettre aux femmes de contrôler leurs fonctions procréatrices.



2. Idée-force

La santé des femmes est négligée parce qu'on ne lui accorde pas un rang élevé de priorité au niveau national.

La domination des hommes aux postes de décision a été considérée comme un obstacle majeur à l'adoption de lois de nature à permettre une véritable amélioration de la santé des femmes. La faible priorité accordée à celle-ci est manifeste en Inde, au Tadjikistan, au Bangladesh, au Ghana, au Kenya, en Ouganda et aux Philippines, où le nombre des services de santé et des soignants s'occupant des problèmes de santé des femmes est des plus insuffisants. Les participants ont fait valoir que l'insuffisance des ressources nationales n'expliquait pas tout et que si la santé des femmes continuait à être négligée par rapport à celle des hommes, c'était parce qu'on ne s'en préoccupait pas suffisamment.



3. Enseignements tirés

Les participants au groupe de travail ont échangé de nombreuses informations sur l'expérience acquise dans la poursuite des objectifs du Programme d'action concernant la santé des femmes et sur les stratégies à adopter pour réussir à les atteindre (élaboration d'approches globales, utilisation d'une approche qui mette l'accent sur les droits des femmes, etc.).

Il est urgent de dépasser le modèle médical pour mettre au point des approches globales en matière de santé.

Exemple : Le groupe de femmes de Ntyang se compose de 170 femmes rurales. Son bureau comprend neuf membres, en poste depuis plus de trois ans. Les membres du bureau ont été élus à l'issue d'une formation à la direction de groupe. Cette formation a porté sur la manière de diriger un groupe démocratiquement et de prendre des décisions collectives, de régler les conflits, etc. Le groupe se réunit une fois par mois pour suivre des cours sur la santé en matière de procréation, aborder certains problèmes de santé et participer à diverses activités (tissage, tricotage, confection de pommades et de pots de terre, etc.). La vente des produits de ces activités permet au groupe de se procurer des recettes. Le groupe a élaboré un programme de santé en matière de procréation qui est exécuté par des volontaires et il fournit des médicaments essentiels pour le traitement de problèmes de santé en matière de procréation et des problèmes de santé mineurs ainsi que du matériel de planification familiale non clinique qui est utilisé dans le cadre de soins de santé primaires. Il dispense ses services aux membres de la communauté par l'intermédiaire de la pharmacie locale, qui est particulièrement bien située puisqu'elle se trouve dans un quartier aisément accessible. (WHON, Nigéria)

Exemple : De nationalité américaine, artiste et thérapeute utilisant l'expression artistique, agréée, j'exerce depuis huit ans dans un service local de santé mentale. En travaillant en groupe ou avec des clients individuels, je me suis rendu compte qu'un grand nombre des clientes du service avaient souffert de mauvais traitements qui n'avaient pas été pris en charge. Souvent, il n'était pas fait mention de ces mauvais traitements dans leurs dossiers médicaux et, lorsque c'était le cas, ils n'avaient que rarement donné lieu à un traitement thérapeutique. Il y a beaucoup de raisons à cela. Je suis d'accord pour penser que la meilleure façon d'appréhender le traitement thérapeutique et la formation est de le faire de manière globale. Je crois aussi que le meilleur moyen d'y parvenir consiste à s'occuper à la fois du corps et de l'esprit et à dispenser la formation nécessaire à l'échelle des collectivités pour que les femmes travaillent ensemble, c'est-à-dire s'entraident et aident d'autres femmes à s'entraider. Après huit ans de travail en groupe avec des femmes en qualité de participante et d'animatrice, je considère que plus la formation et l'éducation dispensées sont globales et concrètes, plus la guérison est complète. Apprendre aux femmes à s'occuper d'elles-mêmes et à faire face à leurs problèmes en s'appuyant à la fois sur l'art, le mouvement, la musique et l'écriture donne beaucoup de confiance en soi. Apprendre concrètement à des femmes à s'occuper de leur santé et de leur alimentation en leur enseignant des techniques de relaxation et d'examen de leur corps, le jardinage, la cuisine et les traditions médicinales locales a des effets plus durables que des cours traditionnels donnés dans des salles de classe. (États-Unis)

L'organisation, les conseils entre pairs et les activités de plaidoyer sont indispensables pour améliorer la santé des femmes; aider les femmes à avoir davantage confiance en elles également.

Exemple : La santé des femmes pose de gros problèmes au Venezuela à cause de la pauvreté, qui est endémique. De nombreuses femmes n'ont pas les moyens de se faire soigner et d'acheter des médicaments et n'ont pas accès aux hôpitaux ni aux dispensaires. Notre organisation a organisé des séminaires sur la prévention parce qu'elle considère que la prévention, c'est-à-dire l'éducation, est indispensable pour résoudre de nombreux problèmes. Dans le cadre de ces séminaires, nous enseignons dans les écoles, les universités et les collectivités locales les moyens d'éviter les grossesses précoces, de se protéger contre le VIH/sida et d'éviter de commencer à fumer. Nous dispensons également une aide psychiatrique et apprenons aux femmes à avoir davantage confiance en elles. (Venezuela)

Permettre aux femmes de prendre leur santé en main et d'affirmer leur droit de participer à la conception des services de santé est un facteur de réussite important.

Exemple : Nous essayons de mettre au point un système de soins de santé alternatif dont la gestion sera confiée à une fédération de groupes de femmes locaux. Il s'agit d'une entreprise difficile et de longue haleine car il n'est guère aisé de donner confiance en soi et de redonner confiance dans les autres aux femmes désavantagées, partout soumises à la violence, à l'oppression et à l'exploitation. Par ailleurs, notre organisation milite pour que les groupes de femmes participent à la prise de décisions et au contrôle de gestion. Elle est fermement convaincue en effet qu'il n'est pas acceptable de priver les femmes de leurs droits sous prétexte qu'elles ne sont pas en mesure de les exercer et qu'il faut au contraire leur permettre de les affirmer. Tous ces efforts, à quelques exceptions près, visent à sensibiliser les esprits et à fournir des services aux personnes qui sont déjà quelque peu conscientes de leurs problèmes et ont accès à ces services. (Népal)

Exemple : L'OMS ayant averti que l'Inde avait atteint un stade endémique en ce qui concerne le VIH/sida, de nombreux programmes ont été élaborés à l'intention des travailleurs sexuels. Pour diverses raisons, la plupart de ces programmes n'ont pas été très probants mais là où les travailleurs sexuels eux-mêmes ont été étroitement associés aux travaux, les résultats ont été nettement meilleurs. Il est intéressant de noter que le programme concernant le VIH/sida s'intéresse maintenant de près à l'autonomisation des femmes. Celles-ci ont leurs propres organisations, qui recrutent des adhérentes un peu partout dans le pays et dont les représentantes ont participé à des conférences internationales. Elles ont leurs propres coopératives, qui leur permettent d'acheter moins cher que chez les commerçants, et elles ont organisé par leurs propres moyens, à l'échelle nationale, des conférences à l'occasion desquelles elles ont exigé que leurs problèmes soient pris en compte dans le Code du travail. (Inde)

L'intérêt manifesté par les gouvernements pour la santé des femmes et l'importance du financement des mesures arrêtées dans ce domaine constituent un indicateur important - mais non unique - de l'accès des femmes aux services de santé et de la qualité de ces services.

Exemple : Au Cambodge, le plan stratégique quinquennal fait de la santé en matière de procréation une priorité. Mais le secteur de la santé doit actuellement faire face à plusieurs problèmes. Les crédits budgétaires alloués au Ministère de la santé, au Ministère des affaires des femmes (0,095 % en 1999) et au Ministère du développement rural sont très faibles comparés à ceux alloués au Ministère de la défense nationale (22,07 % en 1999) et ne constituent qu'une part infime de l'enveloppe totale. Il y a davantage de travailleurs médicaux dans les villes que dans les campagnes. La plupart des services sanitaires fonctionnent au niveau des provinces et des districts, mais les dispensaires des communes et des villages manquent des moyens matériels et financiers suffisants pour se développer. Grâce à des services mobiles de formation à la santé en matière de procréation, un certain nombre de villageoises savent désormais qu'il faut qu'elles consultent dans les centres sanitaires et se fassent examiner par des travailleurs médicaux, mais les soigner pose de gros problèmes dans la mesure où les centres sanitaires manquent de fournitures médicales. Enfin, il y a davantage de travailleurs médicaux masculins que féminins dans le pays (dans la société cambodgienne, les familles privilégient l'éducation des garçons par rapport à celle des filles, les femmes étant censées s'occuper de la maison et les hommes des activités sociales). (Agence australienne de développement international, Cambodge)

Une approche fondée sur les droits peut être efficace en ce qui concerne non seulement la santé des femmes en matière de procréation et l'hygiène sexuelle mais aussi leur santé en général.

Exemple : La plupart des gouvernements n'ont pas de politiques spécifiques pour protéger les droits des travailleurs migrants en matière de santé. La législation sur le travail n'est pas appliquée, les accords internationaux pertinents sont violés et aucune initiative, telle qu'une campagne de prévention des maladies sexuellement transmissibles, par exemple, n'est prise pour apprendre aux populations migrantes à protéger leur santé. De plus, un grand nombre de politiques gouvernementales nuisent à la santé et au bien-être des migrants. En Malaisie, par exemple dans les hôpitaux publics, les travailleurs migrants versent des honoraires très élevés mais ne bénéficient que d'un traitement de troisième classe et ils ne sont couverts par aucune assurance maladie, sauf en cas d'accident, notamment du travail. CARAM (Coordination of Action Research on AIDS and Mobility)-Asie est un réseau d'ONG présentes dans sept pays d'Asie. Ces ONG utilisent la méthode de la recherche par l'action pour réunir les informations dont elles ont besoin afin de réduire la vulnérabilité des migrants concernant le VIH/sida en concevant des interventions appropriées et protéger leurs droits fondamentaux et leurs droits en matière de santé en élaborant des instruments de plaidoyer en leur faveur. (CARAM, Malaisie)



4. Programme d'action permettant d'assurer et de promouvoir la santé des femmes

Améliorer et développer l'éducation et la formation des soignants de manière à accroître leurs connaissances et leurs compétences.

Lutter contre la pauvreté et favoriser l'indépendance économique des femmes, condition indispensable à l'amélioration de leur santé.

Demander aux gouvernements d'adopter des politiques qui garantissent le droit à la maternité et obligent les pères à prendre leurs responsabilités.

Faciliter l'accès aux soins de santé de ceux qu'il est difficile d'atteindre en mettant en place des services, des cours et des formations qui tiennent compte des différences culturelles.

Dépasser le modèle médical en vue d'adopter des approches globales en matière de soins de santé.

Les conseils et la formation entre pairs constituent un élément indispensable de l'action sanitaire, en particulier dans les zones reculées.

Regrouper les activités d'organisation, de mise en réseau et de plaidoyer dans des programmes de santé qui permettent aux femmes de prendre leur santé en main et d'affirmer leurs droits.

Redoubler d'efforts pour que les gouvernements s'engagent à prendre et à financer les mesures nécessaires pour assurer la santé des femmes (volonté politique).

Adopter une approche fondée sur les droits (en s'appuyant sur la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, notamment) lorsqu'il s'agit de promouvoir non seulement la santé des femmes en matière de procréation et l'hygiène sexuelle mais aussi leur santé en général.

Engager aussi bien les groupes d'hommes que les groupes de femmes dans l'action entreprise; faire en sorte que les messages de base soient clairs, simples et concrets; travailler non seulement au niveau des collectivités mais aussi des organes de décision, sans laisser de côté les cadres moyens, qui devraient être encouragés à prendre des responsabilités pour appliquer les mesures arrêtées.

Évaluer les progrès réalisés concernant l'égalité entre les sexes dans le domaine de la santé en se servant d'indicateurs de base tels que les taux d'utilisation des moyens de contraception, les taux d'utilisation des différentes méthodes de contraception et les taux de maladies sexuellement transmissibles, notamment.

Expliquer et faire reconnaître le rapport direct qui existe entre les questions sociales et environnementales et la santé des femmes.





D. La violence à l'égard des femmes



Groupe de travail en ligne pour l'élimination

de la violence à l'égard des femmes
Novembre 1999-janvier 2000
Nombre total de membres : 2 304
Des messages ont été reçus de 190 membres représentant 49 pays (64 % du Nord et 36 % du Sud) (voir annexe)**.
ONG : 51 %
Organismes publics : 5 %
Organisations intergouvernementales : 3 %
Chercheurs et universitaires : 26 %
Autres : 15 %

Les archives de ces échanges peuvent être consultées à l'adresse suivante : http://www.globalknowledge.org/english/archives/ mailarchives/endviolence/home.html
** Voir la note de l'encadré de la page 6.




Il est précisé à la section D du Programme d'action que la violence à l'égard des femmes et des petites filles fait obstacle à la réalisation des objectifs de développement, d'égalité et de paix, et qu'elle entrave la vie des femmes dans toutes ses dimensions. À l'instar de la Déclaration de 1993 sur la violence à l'égard des femmes, le Programme d'action donne à la notion de violence une acception très large, qui recouvre tout acte ou menace d'acte causant un préjudice physique, sexuel ou psychologique. Le droit de ne pas subir de violence fait partie des droits fondamentaux. Le débat qui s'est engagé a révélé l'ampleur du phénomène dans toutes les sociétés et suscite une prise de conscience croissante. Grâce en grande partie au dynamisme des associations et aux victoires déjà remportées, on commence à s'apercevoir que cette violence n'est pas une fatalité. De nombreuses stratégies ont été proposées lors des discussions du groupe de travail pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes(6). Elles concernent notamment les changements législatifs, la formation, l'amélioration des statistiques et la nouvelle orientation des services.



1. Obstacles rencontrés

Absence de statistiques sur la prévalence, la nature et le coût de la violence.

Caractère ouvertement discriminatoire des lois.

Non-application des lois en vigueur.

Absence de protection des femmes et des petites filles victimes de violences.

Impunité des agresseurs.

Refus persistant de faire de la violence à l'égard des femmes et des petites filles une priorité nationale, même dans les pays où les lois sont très strictes dans ce domaine.

Subordination économique, sociale et politique des femmes, d'où une méconnaissance par ces dernières de leurs droits et des aides auxquelles elles peuvent prétendre.



2. Idée-force

Changer les lois ne suffit pas.

Le thème de la réforme législative, de l'action militante devant les tribunaux et autres stratégies d'ordre juridique a donné lieu à des débats passionnés. Les membres du groupe de travail ont fait remarquer que, dans beaucoup de pays, la violence à l'égard des femmes était encore tolérée par la loi. À cet égard, l'introduction dans le droit interne de dispositions réprimant le viol conjugal, la violence familiale, le crime dit d'honneur et autres sévices a été saluée comme un immense pas dans la bonne direction.

Pourtant, le débat sur les voies de recours légales a également révélé que la réforme législative était une question complexe dont l'analyse devait s'inscrire dans une démarche plus large et plus systématique. De nombreux membres ont fait remarquer qu'en règle générale il ne suffisait pas de changer la loi pour éliminer la violence à l'égard des femmes, car la loi ne fait pas disparaître les idées fausses qui entourent le phénomène et le fait que de nombreuses femmes ne connaissent même pas leurs droits fondamentaux au titre des lois en vigueur. En Inde, on a légiféré à qui mieux mieux, mais on n'a pas réussi pour autant à faire cesser les violences contre les femmes, a écrit un membre indien. De plus, certains membres se sont inquiétés des nombreux dysfonctionnements de la justice (en raison le plus souvent d'un manque de ressources), qui font que les affaires de viol et de mauvais traitements sont traitées de manière très inégale par les tribunaux (Campagne multimédias sur la violence à l'égard des femmes et des enfants). D'autres ont noté que la corruption qui sévissait dans de nombreux pays entravait la bonne administration de la justice. Il a par ailleurs été signalé que certaines réformes législatives avaient fait reculer la cause des femmes, et qu'elles devaient donc être combattues. L'un des exemples cités a été celui de l'Orégon, où la plupart des actes de violence conjugale sont considérés comme de simples délits, et ne deviennent des infractions pénales que s'ils sont commis sous les yeux d'un enfant. Le message n'est malheureusement que trop clair : frapper une femme n'est pas une grande affaire, mais le faire devant un enfant devient gravissime. (Coordonnateur de SOS femmes battues, County de Multnomah, États-Unis)

De nombreux membres ont considéré que les stratégies polydirectionnelles restaient les plus efficaces : application des conventions internationales et des lois en vigueur, réforme législative, action militante en faveur d'une application plus stricte des lois, formation de la police, campagnes de sensibilisation et d'information destinées à montrer que la violence à l'égard des femmes, sous quelque forme que ce soit, était une atteinte aux droits fondamentaux de la personne.



3. Enseignements tirés

La lutte contre la violence passe par l'application stricte de la loi, la répression systématique des infractions, la formation, le suivi, et la mise à disposition de moyens suffisants.

Exemple : L'Afrique du Sud a promulgué en 1998 une loi très progressiste appelée Loi sur la violence familiale. Malheureusement, les services de police jurent leurs grands dieux qu'ils ne peuvent pas la faire respecter. Absence de formation, manquent d'infrastructures, etc. - tous les prétextes leur sont bons. L'application de notre magnifique législation va donc exiger un changement complet de mentalité! (Women's Support Centre de Masimanyane et KZN Network on Violence against Women, Afrique du Sud)

Exemple : Le Gouvernement tadjik a adopté un plan d'action national d'amélioration de la condition de la femme. Ce plan de sept ans (1998-2005) prévoit l'interdiction de la violence dans tous les domaines, l'établissement de statistiques précises sur la question, une action de concertation avec les centres d'aide aux femmes battues et la définition de sanctions pénales réprimant la violence. Mais il n'y a aucun budget pour ouvrir des centres d'aide et d'hébergement pouvant recevoir les victimes de violence, pour former des travailleurs sociaux et pour équiper les hôpitaux publics. (Khujand Women's Center, Tadjikistan)

La justice, les services sociaux et les organisations non gouvernementales doivent collaborer pour intensifier la lutte contre la violence.

Exemple : À Maurice, nous avons pris des mesures judiciaires, administratives et sociales contre la violence. La loi sur à la protection contre les violences familiales a été adoptée en 1997 et nous avons créé un service d'aide ouvert 24 heures sur 24, des permanences téléphoniques et des antennes décentralisées. La police, les hôpitaux et les services de probation travaillent en coordination. Les centres de consultation familiale s'efforcent de venir en aide aux couples en difficulté. Des campagnes d'information sur les droits de l'homme ont été lancées, y compris sur les lieux de travail. Les médias se sont largement mobilisés pour faire passer notre message. Nous préparons une vaste enquête sur la violence familiale, ce qui nous permettra de mieux connaître le profil des conjoints violents et de lancer des campagnes à leur intention. (Ministère de la condition de la femme, Maurice)

Exemple : Nous collaborons actuellement avec les pouvoirs publics, qui viennent de mettre en place un comité national de prévention de la violence familiale. C'est pour nous une grande victoire, car cela signifie que le Gouvernement reconnaît et soutient notre action, qu'il va nous aider à consolider notre réseau et à travailler plus efficacement. Après des années d'indifférence de la part des autorités mexicaines, nous allons enfin pouvoir vraiment aller de l'avant. (Alternativas Pacificas, ONG de Nuevo Leone, Mexique)

Exemple : Les comités locaux de coordination qui se sont créés en Colombie-Britannique s'avèrent extrêmement utiles et efficaces : ils appuient l'effort de sensibilisation, renforcent la confiance entre prestataires de service, militants et les institutions, se mobilisent pour faire tomber les barrières qui entravent l'action contre la violence, et trouvent des solutions et des initiatives novatrices qui se traduisent par de véritables changements dans les collectivités locales. (Victims Services Division, Ministère de la justice de Colombie-Britannique, Canada)

Il faut définir des indicateurs communs et faire les études statistiques correspondantes pour déterminer la prévalence réelle de la violence et les montants que l'État consacre à la lutte contre ce fléau.

Exemple : En Afrique du Sud, les plaintes des femmes battues sont classées par la police dans la même catégorie que toutes les autres affaires d'agression, sauf s'il agit d'un acte à caractère sexuel. Il est donc impossible d'obtenir des statistiques sur le nombre total de violences commises contre des femmes. La police prétend que les formulaires de déclaration et d'enregistrement des plaintes sont standard et qu'il est difficile de les modifier. (South African Medical Research Council, Afrique du Sud)

Exemple : Le Canada a mis au point une grille applicable à tous les actes de violence familiale, qu'il s'agisse de violation de domicile, de harcèlement, etc. Il a fallu plusieurs années de rodage du système pour que les données statistiques puissent être considérées comme fiables, mais avec l'habitude et à force de persévérance, c'est aujourd'hui chose faite. (Victim Services Division, Ministère de la justice de Colombie-Britannique, Canada)

Les mesures et programmes doivent refléter le fait que la violence pose toute une série d'autres problèmes, notamment ceux qui ont trait à la santé et au statut économique des femmes.

Exemple : Nous avons constaté que l'impossibilité de trouver des garderies peu onéreuses constitue souvent un obstacle majeur pour la plupart des ex-femmes battues qui essaient de trouver un emploi et de le conserver. De plus, beaucoup de ces femmes continuent à être poursuivies et harcelées sans relâche par leur agresseur, ce qui les oblige parfois à quitter leur emploi. La rigidité des horaires de travail les empêche de trouver le temps nécessaire pour témoigner devant les juges, de consulter les services d'aide sociale ou de chercher un logement. Et pourtant, ces facteurs ne sont pas pris en compte dans les législations et les politiques nationales et locales. (Center for Effective Public Policy, États-Unis)

Exemple : Si les victimes de violences conjugales bénéficient en général de soins physiques adéquats, les équipes soignantes n'ont pas toujours conscience des nombreuses autres séquelles laissées par les mauvais traitements - complications obstétriques, désordres gastro-intestinaux, dépression, etc. En 1998, le département de la santé du Queensland a reçu un budget de 1 million de dollars pour des programmes d'aide psychosociale en faveur des femmes victimes de violences familiales. Nous avons laissé des questionnaires dans les centres de consultation prénatale et les services d'urgence de cinq hôpitaux pour déterminer la prévalence de la violence. Les femmes ont répondu massivement à notre appel. Douze mois après le début de notre enquête, 97 pour cent des 1 174 femmes qui avaient répondu au questionnaire (et dont 8 à 12 pour cent avaient déclaré avoir subi des violences) nous ont dit que le projet était une excellente initiative. (Département de la santé du Queensland, Australie)

La violence coûte cher aux employeurs; la formation peut être un facteur d'économie.

Exemple : L'État du Maryland (États-Unis) exige maintenant que ses 60 000 fonctionnaires suivent des séminaires consacrés aux effets de la violence familiale sur la productivité. Le gouverneur a signé le décret instituant ces cours de formation après qu'une enquête du Bureau des affaires nationales eut révélé que l'absentéisme, les soins médicaux supplémentaires et la baisse de productivité liés à la violence familiale représentaient une perte d'environ 5 milliards de dollars par an pour les employeurs. Le cadre de la fonction publique qui découvre que tel ou tel membre de son service subit des violences dans son milieu familial peut désormais le référer à la cellule gouvernementale d'aide aux fonctionnaires. La victime elle-même peut appeler la police en cas de menace immédiate, prendre un congé, ou faire déposer son chèque de paie sur un autre compte bancaire. L'État encourage par ailleurs les employeurs du secteur privé à avoir des programmes similaires. (Community Well, Research and Evaluation Inc., États-Unis)



La démarginalisation et la promotion des femmes exigent une meilleure diffusion de l'information sur les droits des femmes et des modèles législatifs les plus favorables.

Exemple : Les Nigérianes qui perdent leur mari doivent se plier à toute une série de rites déshumanisants et dangereux - boire l'eau qui a servi à laver le cadavre du défunt, s'isoler du monde, etc. De plus, elles n'ont droit à aucun héritage. Nous avons organisé plusieurs ateliers et des débats à la radio et à la télévision, édité des livres et des affiches sur cette question. Cet effort n'a pas été inutile, puisque les veuves sont maintenant plus nombreuses à s'adresser aux centres d'assistance judiciaire et qu'elles commencent à créer des associations. (Fédération internationale des avocates, Nigéria)

Exemple : L'information juridique consultable sur Internet intéresse essentiellement les pays développés et les exposés (par exemple de lois types) sont souvent trop peu détaillés pour être utiles au législateur. Nous avons découvert que signaler des précédents judiciaires précis en provenance d'autres pays en développement était un excellent outil de mobilisation. Il serait utile de faire l'inventaire de toutes les lois promulguées dans les différents pays pour réprimer le viol et la violence familiale, en indiquant dans chaque cas leur degré d'application. Ces données pourraient peut-être être centralisées par l'ONU. (Windhoek Legal Assistance Center, Namibie)



4. Programme d'action

Adopter la Déclaration de Beijing et la définition de la violence à l'égard des femmes qui figure dans le programme d'action; élaborer des politiques nationales prohibant la violence sous toutes ses formes et où qu'elle se produise - dans la famille, au travail ou dans la collectivité.

Mieux sensibiliser l'ensemble du personnel judiciaire au phénomène de la violence à l'égard des femmes afin de favoriser une action plus concertée face à ce phénomène.

Encourager les hommes à se mobiliser et à s'engager d