TUNISIE

 

Monsieur le Président,

Il m'est agréable de vous adresser tout d'abord nos félicitations les plus sincères ainsi qu'à votre pays ami Sainte Lucie à l'occasion de votre élection à la présidence de la 58ème session de l'Assemblée Générale. Nous sommes persuadés que vous allez diriger les travaux de cette session avec talent et compétence.

Il m'est également agréable d'exprimer à votre prédécesseur Jan KAVAN notre haute considération pour son excellente conduite des travaux de la session précédente.

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier et exprimer notre considération à Monsieur Kofi ANNAN, le Secrétaire Général, pour l'action incessante qu'il entreprend en faveur de la préservation et de la consolidation du rôle de l'Organisation et de la réalisation de ses objectifs en vue d'instaurer la paix, la sécurité et le développement dans le monde.

Monsieur le Président,

Le monde connaît depuis la tenue de notre dernière session, une série d'événements successifs qui sont venus exacerber une situation déjà fortement détériorée, en raison de la déstabilisation de la paix et de la sécurité, la multiplication des foyers de tension et de conflits, et la propagation des pandémies, de la pauvreté et de l'exclusion dans nombreuses régions. Ceci appelle une détermination ferme de la communauté internationale à y faire face, en réaffirmant de nouveau l'attachement de tous à la charte des Nations Unies et des nobles objectifs qu'elle contient, et en oeuvrant en commun, dans le cadre d'un consensus international, à renforcer le rôle de notre organisation dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et le règlement des questions internationales en suspens.

Nous estimons que ceci constitue la meilleure voie en vue d'instaurer un monde fondé sur les principes du dialogue, de la coopération et du consensus.


Monsieur le Président,

Les nouveaux défis auxquels la communauté internationale fait face et l'instauration de relations basées sur la justice, l'équité et l'équilibre exigent que nous oeuvrions ensemble afin que l'Organisation des Nations Unies demeure le cadre où se conjuguent tous nos efforts en faveur de l'instauration de la sécurité et de la stabilité, et la source de la légalité internationale en faveur de laquelle tous les pays, sans exception aucune, doivent s'engager, et dont la mise en couvre ne doit pas ëtre empreinte de la pratique des deux poids deux mesures.

Ces défis requièrent également la promotion de l'action des Nations Unies et son fonctionnement dans le cadre des nobles principes sur lesquels elle est fondée, en oeuvrant à renforcer le rôle de ses principaux organes, et en particulier la consolidation du rôle et de la crédibilité du Conseil de Sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et la revitalisation et la consolidation du rôle de l'Assemblée Générale au service de la paix, de la sécurité et du développement.

Tout en partageant avec Monsieur le Secrétaire Général son appel urgent en vue d'accélérer la mise en oeuvre des réformes nécessaires, nous réaffirmons la disponibilité de la Tunisie, qui a participé activement durant les dernières années aux délibérations portant sur ces réformes, à prendre part activement aux efforts internationaux visant à atteindre cet objectif et dont la nécessite s'avère aujourd'hui de plus en plus urgente.

Monsieur le Président,

Nous sommes persuadés que la détérioration de la situation dans le monde appelle à l'adoption d'une approche globale aux dimensions multiples et intégrées fondée sur la perception que la paix et la sécurité d'une part et le développement de l'autre sont inextricablement liés, car il n'est point possible de garantir et de promouvoir la paix et la sécurité à travers le monde sans réunir les conditions du développement. La réalisation du développement ne saurait ëtre possible sans avoir réuni les conditions propres à l'établissement de la paix et de la sécurité en faveur de tous.

La concrétisation d'une telle approche appelle, sans aucun doute, la conjugaison des efforts et la solidarité entre tous les membres de la communauté internationale, afin d' oeuvrer ensemble en faveur de l'élimination des facteurs de tension, et l'éradication de la pauvreté et de la privation qui ne génèrent que troubles et instabilité. .

La Tunisie a, depuis le changement du 7 Novembre 1987, préconisé cette méthode. C'est dans cet esprit, qu'elle a avancé tant à l'échelle internationale que régionale nombreuses initiatives et propositions qui sont de nature à favoriser l'établissement d'un monde à mëme de réaliser les objectifs de la paix, de la sécurité et du développement et la diffusion des valeurs de dialogue, de tolérance et de solidarité entre les peuples.

C'est dans ce contexte que, s'inscrit l'appel du Président Zine El Abidine Ben ALI, lancé en 1989 du haut de la tribune de cette auguste assemblée, en faveur de la conclusion, dans le cadre des Nations Unies, d'un pacte de paix et de progrès entre les pays du Nord et du Sud, basé sur la paix, la justice et le renforcement de la coopération entre tous les pays.

Toutes les initiatives et propositions du Président de la République qui s'en sont suivies depuis, se caractérisent par leur parfaite cohérence avec cet appel et émanent de la détermination de la Tunisie et de son Président à contribuer activement au traitement des questions de la paix, de la sécutité et du développement, notamment en ce qui concerne le traitement du phénomène du terrorisme et des moyens d'y faire face ou la mise en place de mécanismes de règlement de conflits aux niveaux arabe et africain.

En cohérence avec le caractère global de l'approche tunisienne, le Président de la République n'a eu cesse d'appeler à aider les pays en développement à promouvoir leurs économies, à travers plusieurs initiatives lancées à l'échelle régionale et internationale.
Ces initiatives visaient le traitement du problème de la dette, notamment le recyclage de la dette des pays à revenu intermédiaire, la réalisation de conditions permettant l'accès des pays en développement au progrès scientifique et technologique consacré par l'appel à la tenue du Sommet sur la Société de l'information, outre la promotion des valeurs de solidarité et d'entraide afin d'éradiquer la pauvreté, la marginalisation et l'exclusion, couronnée par la création du Fonds Mondial de Solidarité.

Monsieur le Président,

La Tunisie qui a oeuvré avec succès à instaurer une société sure, stable et équilibrée qui adhère à la civilisation de ce siècle, épouse les valeurs de la modernité et fait de la promotion de l'homme son objectif supérieur, estime de par son expérience nationale, que la lutte contre les phénomènes de l'extrémisme et du terrorisme, dont la menace touche toute la planète, ne serait pas judicieuse si elle n'était pas globale et intégrée, et si elle se limitait à l'utilisation des moyens sécuritaires sans que ne soit pris en compte le traitement des causes inhérentes à ce phénomène.

Partant de ce constat, nous tenons à réaffirmer la nécessité d'oeuvrer ensemble, en se conformant aux documents internationaux pertinents, à cristalliser une vision internationale commune visant à lutter contre les phénomènes de l'extrémisme et du terrorisme.

Dans ce contexte, et dans l'attente de la réalisation du progrès souhaité sur la voie de l'adoption d'un mécanisme international global pour lutter contre le terrorisme, nous réitérons l'appel de la Tunisie en faveur de l'élaboration d'un code de conduite engageant tous les Etats et contenant les principes de nature à faire l'objet d'un consensus international et à constituer des dénominateurs communs dans la lutte collective contre ce phénomène, en mettant l'accent sur la nécessité de convoquer une conférence internationale en vue de l'élaboration d'un tel code.


Monsieur le président,

L'accueil largement favorable dont a bénéficié l'initiative portant sur la création d'un Fonds Mondial de Solidarité illustre le besoin de créer un tel mécanisme dont l'objectif est d'alléger le fardeau des souffrances, de la pauvreté, de l'exclusion et de la marginalisation auquel font face nombreux peuples du monde notamment dans notre continent africain.

Tout en renouvelant nos remerciements et notre gratitude aux pays membres pour le soutien qu'ils ont bien voulu apporter à cette initiative, nous sommes persuadés que maintenant que le Fonds a été créé en février 2003 et est devenu un des mécanismes du système des Nations Unies, ces pays n'épargneront aucun effort pour agir rapidement en
faveur de sa concrétisation afin qu'il puisse, dans les délais les plus courts, assumer sa mission et contribuer à la réalisation des objectifs du Sommet du Millénaire.


Nous exhortons à cet égard les membres de la communauté internationale et toutes les parties influentes, notamment organismes gouvernementaux et privés, à prendre l'initiative de mobiliser les ressources financières nécessaires en vue de contribuer à réaliser ses nobles objectifs humanitaires.

Dans ce contexte, la mise en place du Comité de haut niveau chargé de définir la stratégie de l'action du Fonds Mondial de Solidarité et la mobilisation de ses ressources s'avère des plus urgentes.

Monsieur le Président,

L'élargissement du fossé numérique entre les pays industrialisés et les pays en développement exige pour sa part de prendre les mesures susceptibles de permettre à tous les pays de tirer profit des immenses opportunités qu'offre la révolution technologique dans le domaine de la communication.

Consciente de l'importance que revët cette révolution, la Tunisie a pris l'initiative d'appeler à la tenue d'un sommet mondial sur la société de l'information, et s'attelle à mener à bien les préparatifs devant permettre d'abriter ce Sommet dans sa deuxième phase en novembre 2005 à Tunis.

Autant la Tunisie est déterminée à contribuer d'une manière efficace aux travaux de la première phase du Sommet qui se tiendra à Genève à la fin de cette année, autant elle est décidée à faire tout ce qui est en son pouvoir afin que le Sommet de Tunis constitue une occasion propice tendant à élaborer un plan international qui contribuerait au renforcement de la coopération entre les membres de la communauté internationale et à la consolidation de la fonction de la communication et de l'information dans les plans de développement. Nous sommes convaincus que les pays membres, qui ont choisi la Tunisie pour abriter ce Sommet, déploieront tous leurs efforts afin d'assurer sa réussite.


Monsieur le Président,

Partant de notre conviction de l'importance du rôle du sport dans l'affermissement des liens d'amitié, de coopération et de rapprochement entre les peuples et considérant l'importance de l'éducation physique comme moyen pour consolider les fondements de la paix et renforcer le développement dans le monde, la Tunisie a décidé de présenter un projet de résolution proclamant l'année 2004 année internationale du sport et de l'éducation physique au service de la paix et du développement.

A cet égard, nous formulons l'espoir de voir cette résolution, qui a été approuvée par l'Union Africaine et l'Organisation de la Conférence Islamique, bénéficier d'un large appui et soutien de la part de la communauté internationale et des institutions sportives internationales.

Monsieur le Président,

La région du Moyen Orient continue de souffrir du cycle de la violence et de la tension. La feuille de route, que la Tunisie a soutenue, est venue raviver l'espoir en la possibilité de reprendre le processus de paix. Cependant, cet espoir s'est rapidement heurté à la persistance d'Israël d'imposer le fait accompli de l'occupation et de poursuivre les campagnes militaires contre le peuple palestinien, y compris, l'annonce de sa décision d'expulser le Président Yasser Arafat et ce, en dépit de la détermination dont a fait montre l'Autorité palestinienne pour s'acquitter de ses obligations en vertu de ce plan.

Face à la dégradation de la situation, nous estimons que la communauté internationale et notamment les membres du Quartet ne devraient pas permettre que la volonté de paix soit vaincue. Elle est à cet égard appelée à déployer tous ses efforts en vue de faire avancer le processus de paix.

Tout en réaffirmant de nouveau son attachement à ce processus et sa détermination à y contribuer, la Tunisie insiste sur la nécessité de respecter la légitimité de l'Autorité nationale palestinienne et de sa direction que le peuple palestinien a choisies de sa propre volonté.

Compte tenu de cette situation tragique que vit le peuple palestinien, nous estimons que le temps est venu en vue d'adopter l'appel que le Président de la République Monsieur Zine El Abidine BEN ALI a lancé, lors du sommet arabe extraordinaire tenu au Caire en octobre 2000, de fournir au peuple palestinien une protection internationale, surtout que cet appel a bénéficié du soutien de nombreux pays.


Monsieur le Président,

Le drame que le peuple irakien continue de vivre constitue pour la communauté internationale une source de vive préoccupation et inquiétude.

Tout en réitérant notre attachement à l'indépendance et à l'unité de son territoire et de son peuple, nous réaffirmons la nécessité que la communauté internationale conjugue tous ses effots et que les Nations Unies assument leur rôle central en vue d'instaurer la paix et la stabilité dans ce pays frère, afin d'ouvrir la voie à sa reconstruction et de lui permettre de recouvrir les conditions d'une vie normale.

La Tunisie forme l'espoir que les premières mesures prises qui ont été approuvées par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1500, permettent au peuple irakien de consolider sa souveraineté dans les plus brefs délais.

Tout en renouvelant sa ferme condamnation de l'attaque terroriste dont a fait l'objet le centre des Nations Unies à Bagdad, nous souhaitons adresser nos salutations et notre considération à Monsieur le Secrétaire Général pour la détermination dont il fait preuve, malgré cet incident tragique, afin que les Nations Unies continuent d'aider le peuple irakien à sortir de ses souffrances.

Monsieur le Président,

La Tunisie attache une grande importance à soutenir les modèles d'intégration et de partenariat au sein des groupements régionaux auxquels elle appartient.

Dans ce contexte nous souhaitons saisir cette occasion pour exprimer notre profonde satisfaction suite à l'accord auquel sont parvenus les Etats Unis, la Grande Bretagne et la France en vue du règlement définitif de l'affaire LOCKERBIE et UTA après que la-Libye ait honoré ses engagements en vertu des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Suite à la levée de l'embargo, la Libye reprendra, sans nul doute, pleinement son rôle à l'échelle maghrébine et méditerranéenne, ce qui ne manquera pas de favoriser les conditions propices à la revitalisation de l'Union du Maghreb Arabe. Ceci permettra aux pays membres davantage de complémentarité et d'intégration et aidera à consolider les facteurs de sécurité, de stabilité et de progrès au sein des espaces maghrébin, arabe, africain et méditerranéen.

Il est de bon augure que ce règlement intervient à une étape où la Tunisie se prépare à abriter en décembre 2003 le premier Sommet du dialogue 5+5 entre les pays maghrébins et européens situés en méditerranée occidentale et dont on espère qu'il constitue une étape importante sur la voie de l'établissement d'un partenariat solidaire entre les pays de la région, et la consécration des valeurs du dialogue, de la tolérance et de la modération entre leurs peuples.

Partant de sa foi en la nécessité du renforcement de l'action arabe commune et de la consolidation du rôle de la Ligue des Etats Arabes en vue de la réalisation de ses nobles objectifs, la Tunisie oeuvrera durant sa présidence du Sommet arabe en 2004 à raffermir davantage les liens de coopération, de solidarité et de complémentarité entre les pays arabes.


Monsieur le Président,

Le dernier Sommet africain tenu en juillet 2003 à Maputo a étrenné le démarrage réel de l'Union Africaine, Union déterminée à mobiliser toutes ses potentialités afin de concrétiser ses objectifs tendant à développer le continent africain et à relever les énormes défis auxquels il fait face. L'Union Africaine espère pour sa part bénéficier du soutien international susceptible de lui venir en aide.

L'impulsion du nouveau plan de partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) qui consacre une nouvelle vision d'une contribution constructive avec les Nations Unies et ses institutions spécialisées et avec les pays développés et les autres organismes concernés, constituera sans nul doute un soutien inestimable à ses efforts en vue de réaliser les aspirations légitimes des peuples africains et de pallier aux manifestations de la marginalisation dont souffre le continent à divers niveaux.


Monsieur le Président,

Le difficile contexte économique international a eu un impact négatif sur les économies des pays en développement en général et celles des pays africains en particulier. En effet, l'âpre concurrence commerciale internationale, l'intensification des pratiques protectionnistes, les fluctuations des monnaies, l'alourdissement de la dette, allourdissent le fardeau dont souffrent ces pays et compromettent leur processus de développement.

Nous réaffirmons, dans ce contexte, la nécessité de l'existence auprès de tous les partenaires internationaux d'une volonté commune nécessaire à la concrétisation des objectifs de développement du Sommet du Millénaire et des conférences onusiennes qui se sont tenues durant les dernières années, dont en particulier la conférence de Monerrey sur le financement du développement et le Sommet du développement durable de Johannesburg en vue de sortir de ce contexte difficile et de donner une nouvelle impulsion aux efforts de développement.

Monsieur le Président,

Le difficile contexte international que nous vivons actuellement ne devrait en aucune manière entraver notre volonté et compromettre notre détermination à réaliser la paix, la sécurité et la stabilité auxquelles on aspire tous. Faisons preuve de patience et de persévérance et oeuvrons ensemble ain que notre Organisation soit comme nous le désirons. Aussi, Faisons de cette session un nouveau point de départ afin que notre Organisation puisse assumer pleinement son rôle et répondre à nos aspirations communes pour l'instauration d'un monde plus sur et plus stable.

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