LA RÉPUBLIQUE DU NIGER

58ème SESSION ORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

DISCOURS DE SON EXCELLENCE

MADAME AICHATOU MINDAOUDOU

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPERATION

DE LA REPUBLIQUE DU NIGER.

NEW YORK LE 2 OCTOBRE 2003.

Monsieur le Président,

Le Niger, par ma voix se réjouit de votre élection à la Présidence de cette session et vous assure de son appui total dans l'accomplissement de cette importante mission qui vient de vous être confiée et pour laquelle il vous formule ses voeux ardents de succès.

A votre prédécesseur, Son Excellence Monsieur Jean Kavan de la République Tchèque, je voudrais adresser mes sincères félicitations pour la compétence, la clairvoyance et le dévouement avec lesquels il a dirigé les travaux de la 57ème Session de l'Assemblée Générale.

Je tiens également à renouveler la haute appréciation du Niger, à Son Excellence Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, pour la sagesse et l'efficacité avec lesquels il dirige notre organisation dans un contexte international particulièrement difficile.

Monsieur le président,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etats et de Gouvernement,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire Général,

Le 19 Août dernier, le terrorisme international a hélas encore frappé un symbole, le siège des Nations Unies à Bagdad. Cette attaque a malheureusement fait de nombreuses victimes au nombre desquelles le représentant spécial du Secrétaire général, Sergio Vierra de Mélo.

Le Niger réitère sa condamnation sans équivoque de cet acte barbare de même qu'il condamne tous les actes terroristes perpétrés à travers le monde.

Le Gouvernement du Niger se félicite. de la détermination de notre organisation à apporter toute l'assistance nécessaire au peuple Iraquien en dépit des multiples tentatives d'intimidation dont elle fait l'objet.

Mais cette détermination ne peut porter ses fruits que si et seulement si l'ONU se voyait confier un rôle central dans la gestion du processus de reconstruction d'un Iraq libre, démocratique et maître de son destin.

Monsieur le président,

Le maintien de la paix et de la sécurité internationale doit demeurer un objectif prioritaire pour les Nations Unies. A cet égard, en plus de notre combat permanent contre le terrorisme international, il nous faut poursuivre nos efforts pour libérer le monde du spectre des armes de destruction massive et de la prolifération des armes légères et de petits calibres.

S'agissant de cette catégorie d'armes, la première réunion biennale des Etats chargée d'examiner l'application du programme d'action adopté en 2001 a relevé qu'en dépit des progrès enregistrés depuis l'adoption du programme d'action, le contrôle des armes à feu et de leur utilisation sont toujours limités. C'est pourquoi le Niger soutient . fermement l'élaboration d'instruments juridiques contraignants sur le marquage, le traçage et la vente de ce type d'armes.

Pour le Niger, l'approche régionale doit être privilégiée dans le règlement des conflits dans la mesure où il est de plus en plus admis que la plupart des conflits en Afrique ont une dimension sous-régionale. C'est le cas notamment en Afrique de l'ouest où la stabilité dans la région du fleuve MANO est liée à la situation au Libéria ; c'est également le cas en Afrique centrale où la stabilité dans la région des grands lacs est liée aux situations en République démocratique .du Congo et au Burundi. C'est pourquoi, pour le gouvernement du Niger, le renforcement des capacités régionales de maintien de la paix et de la sécurité clé de voûte du système de sécurité collective, doit reposer sur une coopération accrue entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous régionales.

Mr le Président,

S'agissant du conflit du Jammu et Cashmir, malgré les incidents survenus récemment, le Niger estime que le réchauffement des rapports entre l'Inde et le Pakistan qui ont noué des relations diplomatiques en Août dernier, constitue une opportunité sans précédent qu'il conviendra de saisir en vue d'aboutir à un règlement politique à travers l'organisation d'un référendum d'autodétermination du peuple Cashmiri, conformément aux résolutions pertinentes du conseil de sécurité.

Au Moyen Orient, la vision d'un Etat palestinien souverain et viable coexistant pacifiquement avec Israël doit devenir une réalité. A cet égard, il est plus que jamais urgent que les deux parties au conflit accèdent à un accord de cessez le feu dont le respect intégral contribuera à relancer la feuille de route qui montre en ce moment des signes d'essoufflement.

Au demeurant, l'histoire mouvementée du processus de paix, Israélopalestinien, marquée par des échecs répétitifs et des espoirs vite déçus, nous impose d'admettre que seule la présence d'une force internationale d'interposition pourrait garantir l'arrêt de la violence meurtrière et créer les conditions d'une application effective des accords conclus.

Aussi le Niger lance-t-il un vibrant appel aux Nations Unies notamment au Conseil de Sécurité pour que cette question soit réexaminée avec toute l'attention et toute la responsabilité requise dans l'intérêt de la paix mondiale.

Monsieur le Président,

Profondément attaché aux nobles idéaux de la Charte, le Niger milite pour la paix régionale et mondiale et participe activement aux efforts déployés pour parvenir a un désarmement général et complet.

Dans ce cadre mon pays a depuis toujours souscrit aux normes de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), en vue d'une. transparence totale dans la production, la vente et l'acheminement de l'uranium.

Cette position se reflète à travers une coopération de plus d'une décennie avec tous les intervenants de la filière uranium. Elle ne souffre d'aucune ambiguïté. Le Niger reste toujours disposé, comme à l'accoutumée, à recevoir l'autorité indiquée, à savoir l'AIEA, pour toute vérification relative à la production et à la vente de son uranium.

Je voudrais rappeler que dans ce domaine, mon pays conformément à l'article 3 du Traité de non-prolifération des Armes Nucléaires a accepté, en accord avec l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, le système de surveillance et de garantie qui, appliqué de bonne foi comme c'est le cas au Niger, n'offre absolument aucune possibilité de transactions occultes dont mon pays a été si injustement accusé.

Monsieur le Président,

Les objectifs de développement définis dans la Déclaration historique du Millénaire doivent demeurer une préoccupation constante de la communauté internationale et guider l'action mondiale pour l'avènement d'un ordre socio-économique stable, juste, fait de plus de partage et de solidarité.

La réalisation de ces objectifs passe nécessairement, on ne le dira jamais assez, par 1 a traduction e n a Ces concrets d e tous les engagements p ris a u cours des grandes conférences et sommets internationaux.

Or à quoi assiste-t-on ? La scène internationale continue encore d'offrir l'image paradoxale et peu honorable d'un monde disposant d'énormes richesses mais dans lequel l'écrasante majorité des habitants vit toujours dans le dénuement le plus total. En dépit des engagements pris et du consensus auquel les gouvernements du monde entier sont parvenus sur cette question, force est de constater que l'étau implacable de la pauvreté, de l'ignorance et de la maladie ne fait que se resserrer davantage sur les populations déshéritées du Tiers-monde en général et celles d'Afrique en particulier.

Lorsqu'on sait par exemple que six ans après le sommet mondial de l'alimentation, 815 millions de personnes souffrent encore de faim dans le monde et que 150 millions d'enfants présentent des carences dues à la malnutrition, l'on mesure aisément le faible degré d'appui des donateurs aux stratégies de lutte contre la pauvreté, et ce malgré les grands discours d'intention prononcés ça et là.

Cette situation doit plus que jamais interpeller la conscience de la communauté internationale, l'inciter à un devoir de solidarité et à plus de détermination dans l'exécution des engagements pris. Il est temps de comprendre une fois pour toutes que, plus qu'un impératif moral, la réduction de la pauvreté est un investissement sûr pour la promotion d'un monde de paix, de prospérité et de progrès social.

Monsieur le Président,

Il est réconfortant d'observer que, ces dernières années, l'Afrique figure au centre des grandes rencontres internationales. De la conférence de Bruxelles sur les PMA, au sommet de Johannesbourg, en passant par la Conférence de Monterrey sur le financement du développement, le Forum économique mondial, le Sommet d'Evian du G8 et la Conférence de l'OMC à Cancun, pour ne citer que celles-là, le continent africain a été au coeur des débats.

Ces rencontres, il convient de l'affirmer, pour avoir eu le mérite de se tenir, n'ont hélas pas répondu aux attentes pressantes et immenses du contient. Il est à cet égard indispensable d'instaurer une cohérence dans la gouvernance économique mondiale, à travers le renforcement de la coopération entre les organisations internationales e t d e la compatibilité des d écisions prises en leur sein.

Ce n'est que de cette façon que la trop grande marginalisation de l'Afrique sera atténuée, car alors, les promesses d'accroissement de l'APD trouveront un cadre propice à leur concrétisation.

De même, il s'avère important d'accroître les flux des investissements étrangers directs en Afrique.

Par ailleurs, face aux résultats limités qu'ont enregistré les programmes actuels d'allègement de la dette (PPTE notamment), il convient désormais de se rendre à l'évidence que l'ultime issue réside dans l'annulation. pure et simple de cette dette dont le service engloutit l'essentiel des budgets des pays africains, et alimente la fuite des capitaux. Il est également indispensable que les partenaires commerciaux de l'Afrique tiennent pleinement leurs engagements en améliorant notamment l'accès des produits africains à leurs marchés et en supprimant les subventions agricoles qui créent des effets de distorsion du commerce mondial.

Mr le Président,

L'échec de la Conférence de l'OMC à Cancun illustre bien la réticence obstinée des pays riches à prendre en compte les aspirations légitimes des pays pauvres en matière d'instauration de normes justes et équitables devant régir le commerce mondial. Pourtant, une solution au problème crucial des subventions agricoles et de l'accès aux marchés aurait permis à la fois de rehausser la crédibilité fortement entamée de l'OMC et de donner une certaine cohérence aux déclarations d'intention des pays du Nord. Elle aurait surtout et sans nul doute contribué à extraire de la pauvreté des millions de personnes.

Cette absence d'accord fait que les filières cotonnières d'Afrique de l'Ouest entre autres, ne peuvent pour l'instant plus vivre de leur labeur et risquent d'être exclues du commerce international au profit de producteurs plus compétitifs parce que fortement subventionnés.

Cancun a été un rendez-vous manqué pour le cycle de Doha. Il faudra assurément à l'OMC emprunter une nouvelle démarche et régler en priorité les problèmes agricoles qui de l'avis général, sont plus importants que les intérêts des multinationales.

Monsieur le Président,

Les pays d'Afrique ont pleine conscience de la nécessité d'inscrire leurs relations avec les partenaires au développement, dans un contexte d'interdépendance, de coopération et de responsabilité mutuelle.

A ce titre ils reconnaissent pour leur part, l'importance de politiques nationales judicieuses et d'une bonne gouvemance qu'ils considèrent d'ailleurs comme indispensables au développement accéléré et avant tout, à l'atteinte du taux de croissance de 7% requis pour réaliser les objectifs de développement du Millénaire.

Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) s'inspire de cette approche consensuelle fondée sur une nouvelle relation de coopération entre l'Afrique et le monde développé.

Signe de la détermination de l'Afrique à prendre en main son propre destin, le NEPAD constitue le pilier sur lequel s'appuiera l'Union Africaine pour promouvoir la croissance et le développement durable des pays africains pris individuellement et collectivement.

En même temps que nous appelons à un afflux massif des investissements et à l'accroissement de l'APD pour accompagner nos efforts de développement, nous devons également tenir nos engagements en vertu de la responsabilité mutuelle.

C'est pourquoi mon pays, le Niger, soutient fermement l'application du mécanisme africain d'examen par les pairs institué dans le cadre du NEPAD. Ce mécanisme est appelé à jouer un rôle clef dans les perspectives du continent en tant qu'instrument d'édification d'Etats forts, soucieux de bonne gouvernance et de développement durable.

Monsieur le Président,

En élaborant, selon une démarche participative, une stratégie nationale de Réduction de la Pauvreté (SRP) le Gouvernement du Niger entend s'investir résolument dans la dynamique d'instauration d'économies fortes, stables et compétitives, conformément aux objectifs du Programme d'action du NEPAD. Le document de stratégie sert à la fois de cadre de référence aux interventions en matière de politiques et programmes de réduction de la pauvreté et d'instrument de mobilisation de ressources financières.

La mise en oeuvre de la SRP contribuera, nous en sommes persuadés, à améliorer le dialogue de politiques, à renforcer davantage la coordination des interventions des bailleurs de fonds et à développer un partenariat stratégique multidimentionnel, afin de traduire dans les faits, les aspirations profondes du peuple nigérien.

C'est pour moi le lieu ici de réaffirmer solennellement devant cette auguste assemblée, la profonde gratitude du Gouvernement du Niger à l'endroit des partenaires internationaux qui lors du Forum sur la SRP tenu en juin dernier à Niamey ont manifesté leur totale adhésion à la stratégie et leur engagement a appuyer sa mise en oeuvre.

Monsieur le Président,

Le monde a subi ces dernières années de rapides et profondes mutations ; celles-ci nous imposent par conséquent une nécessaire adaptation du fonctionnement de notre organisation aux réalités contemporaines en vue de mieux prendre en compte les nouveaux défis et les aspirations légitimes des peuples de la planète et non les intérêts particuliers d'un groupuscule de pays, aussi puissants soient-ils.

C'est pourquoi le Niger soutient fermement les réformes courageuses proposées par le Secrétaire Général en vue de renforcer et d'améliorer le fonctionnement de l'Organisation et lui permettre de faire face efficacement
aux défis de l'heure. La démocratisation tant attendue du Conseil de Sécurité doit en effet s'accompagner d'un renforcement du rôle de l'Assemblée Générale, instance représentative par excellence, ainsi que de celui de l'ECOSOC garant de l'avènement du nouvel ordre économique et social.

L'ONU se trouve à un tournant décisif et devra regagner d'urgence la confiance des Etats et de l'opinion publique mondiale, confiance mise à rude épreuve par les récents évènements. Il nous appartient donc à tous d'y oeuvrer résolument car comme l'a si bien dit le Secrétaire Général : Nous sommes les Nations Unies !

Je vous remercie de votre attention.