GUINEA-BISSAU

NOTES

Pour Une Intervention de

S. E. Mr. Alfredo Cabral Chef de la Délégation de Guinée-Bissao

Devant la 58éme Session de l'Assemblée Générale Des Nations Unies

New York, le 2 Octobre 2003

M. le Président,

Vous avez accédé à la présidence de l'Assemblée générale à un moment particulièrement critique, où la pertinence des règles, la fiabilité des mécanismes, et même l'autorité des institutions sont remises en question.

Nous traversons une période d'incertitudes et de questionnement : Incertitudes quant à l'intangibilité de certains principes fondamentaux avérés comme tels, questionnement quant à l'orientation à suivre et la démarche à entreprendre.

Dans un contexte aussi difficile, et une conjoncture pour le moins imprévisible, il est réconfortant de savoir que nous pouvons compter sur votre expérience et vos nombreux talents pour diriger nos travaux. La Guinée-Bissau qui se réjouit de votre élection, et vous présente ses chaleureuses félicitations Notre programme est chargé parce que, une fois de plus, nous n'avons pas réussi à établir un ordre du jour plus rationnel, je veux dire moins répétitif. Nous serons confrontés à des revendications toutes aussi légitimes les unes que les autres. Mais il y aura quelques quérulences de temps à autre.

C'est dire, M. le Président, combien vous aurez besoin de la contribution de chacun d'entre nous pour l'accomplissement réussi de votre mission. J'observe à cet égard, avec satisfaction, que l'ensemble des délégations qui nous ont précédé à cette tribune vous ont assuré de leur précieux concours. La coopération de la nôtre vous est totalement acquise. Il en sera d'autant plus ainsi que vous avez souhaité, M. le Président, placer votre mandat sous le signe de l'action ; car à l'évidence c'est bien d'actions vigoureuses dont nous avons besoin pour convaincre ceux qui aujourd'hui doutent de la capacité de l'ONU à répondre à leur attente.

- action résolue pour le respect des principes et la réalisation des objectifs contenus dans la charte ;

- action collective en vue du renforcement des capacités de l'ONU à résoudre des questions aussi urgentes que la pauvreté et la faim dans le monde, la pandémie du VIH/Sida, le droit à la pleine jouissance des droits de la personne humaine, le contrôle des armes de destruction massive, la dégradation de l'environnement - notre plus précieux patrimoine - pour n'en citer que quelques unes ,

- action concertée, multilatérale et déterminée contre le terrorisme et tous ceux qui le pratiquent, le financent, l'instiguent ou s'y associent, pour commettre des crimes lâches et ignobles tel que l'attentat contre le siège de l'ONU à Bagdad, et en faveur de l'adoption de mesures urgentes capables de garantir la sécurité du personnel de l'organisation.

- action urgente et cohérente tendant à éteindre les foyers de tension, résoudre les conflits et restaurer la paix partout où celle-ci est menacée ;

- action pondérée, participative et réaliste visant à améliorer le fonctionnement du système des Nations Unies, en introduisant les réformes structurelles nécessaires, et des pratiques plus démocratiques, plus transparentes et rationnelles au sein du Conseil de Sécurité ; et ici même à l'Assemblée générale ;

- action équitable et solidaire pour réparer les inégalités dans les échanges commerciaux récemment encore dénoncées lors de la conférence de l'OMC à Cancun, et promouvoir le développement socio-économique dans les pays les plus démunis.

M. le Président,
Mesdames, Messieurs,

Chacun de nous est conscient de l'énormité et de la complexité de la tâche devant nous. Tous ces objectifs, et d'autres, requièrent de notre part une volonté sans faille à harmoniser nos points de vue en gardant à l'esprit l'essentiel, je veux dire notre commune responsabilité à oeuvrer ensemble dans l'intérêt de tous les états membres.

Cette entreprise collective peut et doit réussir, sans que, pour autant, nous ayons à renoncer aux principes ni à ignorer les règles dont on connaît la pertinence et l'utilité. Nous avons pour y parvenir un cadre unique et irremplaçable : l'ONU, le seul véritable forum mondial.

Notre organisation n'est certes pas parfaite, mais comment pourrait-il en être autrement dans un monde aussi complexe et inégalitaire que celui dans lequel nous vivons ?

Au demeurant, l'ONU c'est nous, comme l'a si bien rappelé le Secrétaire général devant cette auguste assemblée. Dès lors, il n'est pas déraisonnable de penser que si nous en convenions et décidions ainsi notre organisation serait autrement structurée, mieux adaptée aux mutations rapides auxquelles nous assistons, et, répondant aux voeux de tous, plus capable de relever les défis de plus en plus nombreux. Les réformes nécessaires sont possibles, pourvu qu'il existe de la part des états membres une volonté politique réelle et constante de les appliquer.


M. le Président,

Il est incontestable que nous avons vécu une année astreignante et éprouvante. Les évènements tragiques du 19 août dernier sont encore vivaces dans nos mémoires de même que le souvenir, oh combien douloureux, des collègues et amis disparus, lâchement assassinés et cruellement arrachés à leur famille.

Nous ne dirons jamais assez fort combien nous sommes redevables à Sergio et à tous les autres qui ont péri au service de l'ONU et des nobles idéaux qu'ensemble nous défendons et que nous continuerons de défendre. Nous devons sortir
plus résolus et plus unis de cette tragédie. Les circonstances l'exigent. L'éthique nous y obligent. Je voudrais ici et maintenant féliciter le Secrétaire Général pour son leadership et son dévouement à la cause de la paix dans le monde et saluer la dignité, la compassion et l'humanisme dont il a fait montre devant une épreuve aussi tragique que la disparition brutale injustifiée et inattendue de collègues et amis personnels.

L'ONU, pour la première fois depuis longtemps, a été victime d'une mise à l'écart, sinon d'un effacement troublant dans la gestion d'une crise dont la nature et la gravité commandait qu'elle pût jouer le rôle qui lui est dévolu. Audelà des divergences apparues au sein de la communauté Internationale, et en particulier parmi les membres du Conseil de Sécurité quant au traitement à infliger à un régime hors-laloi, récidiviste et de surcroît dangereux, la question iraquienne a mis en évidence les limites d'une organisation qui, quoique universelle, n'en demeure pas moins tributaire d'un nombre réduit de ces membres. C'est là, M. le Président l'une des raisons qui expliquent les nombreuses frustrations exprimées à cette tribune année après année.


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

L'Afrique demeure confrontée à des difficultés, de tous ordres. À la pauvreté et à la malnutrition endémiques sont venus s'ajouter les affres du VIH/SIDA qui continuent de tuer des millions de personnes. Il y a aussi la multiplication des conflits et une prolifération d'armes de petits calibres- qui constituent une menace permanente à la paix et à la stabilité des pays de notre continent. Ce constat vaut notamment pour l'Afrique de l'Ouest où plusieurs conflits armés ont éclaté ces dernières années avec le Libéria pour épicentre.

Tout le monde reconnaît aujourd'hui, ce que d'aucuns dont la République de Guinée en particulier n'ont eu de cesse de dire pendant des années: La guerre civile au Libéria est par un effet de contagion, le détonateur d'une série de crises et dé conflits armés dans la sous région au point d'atteindre des pays jadis cités en exemple de stabilité politique et de croissance économique et que l'on croyait «immunisés» contre de telles calamités.

La Guinée - Bissao vient d'enregistrer des changements dont la nature et la méthode utilisée pour y parvenir ont pu faire l'objet de critiques allant de simples regrets à une condamnation formelle. Il s'agit là de positions de principe que nous comprenons et acceptons car nous n'avons, jamais cessé de proclamer notre attachement à la démocratie et à l'état de droit.

Cependant la réalité, la triste réalité, surtout lorsque celle-ci est caractérisée par une instabilité constitutionnelle chronique dangereuse, peut malheureusement conduire à un renversement du régime en place pour empêcher qu'une exacerbation des tensions politiques et sociales dans le pays ne conduisent à des affrontements voire à une guerre civile.


En Guinée - Bissao un comité militaire a décidé de traduire en acte les aspirations au changement de la majorité de la population pas seul coup de feu n'a été tiré, personne n'est en détention et les militaires ont renoncé à toute velléité d'exercer le pouvoir. Comment dans ces conditions s'étonner que la population est adhéré à ce mouvement qui lui a apporté le changement qu'elle attendait son adhésion a en effet été totale.

Les membres du comite Militaire pour la restitution de l'ordre constitutionnel et démocratique ont été acclamés en veritables libérateurs.