LA REPUBLIQUE DU CONGO

 

INTERVENTION DE
S.E.M. RODOLPHE ADADA,
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
DE LA COOPERATION ET DE LA FRANCOPHONIE

DEVANT LA 58e SESSION ORDINAIRE
DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

NEW YORK, LE 2 OCTOBRE 2003

Monsieur le Président,
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  • Il y a trois ans, nous avons tenu le Sommet du Millénaire, Sommet au cours duquel nous avons dégagé une claire vision commune pour le2l ème siècle, une feuille de route pour affronter les défis de la mondialisation : paix et sécurité face à de nouvelles menaces, développement et coopération internationale, environnement, pandémies, etc.
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  • Un an plus tard, un premier défi a été lancé contre cet édifice rassurant et ambitieux : il s'agit des attentats terroristes du 11 septembre 2001 ; la communauté internationale a réagi de façon unanime, une stratégie de riposte collective a été immédiatement adoptée dans cette enceinte.
  • Quelques mois après, nous avons connu l'exacerbation des tensions avec la crise irakienne qui a mis à rude épreuve le principe même de la sécurité collective et l'autorité morale de l'ONU, au point de faire douter de la raison d'être et de la survie de ce qui doit pourtant demeurer notre «Maison commune».
  • Il y a eu, enfin, tout récemment, l'échec de la réunion ministérielle de l'OMC à Cancun (Mexique) ; cette impasse dans la définition d'un canevas de négociations pour la relance du cycle de Doha est de nature à compromettre les perspectives d'une croissance de l'économie mondiale qui bénéficierait à tous les peuples. Elle peut également être interprétée comme une nouvelle occasion de marginaliser les pays du Sud.

C'est dire, Monsieur le Président, que la présente session se tient dans un contexte particulièrement préoccupant. Une telle évolution est dangereuse pour la gestion des affaires internationales qui doit être empreinte d'un esprit de dialogue, de concertation et d'ouverture.

Il nous faut donc revenir à l'esprit du multilatéralisme qui a caractérisé le Sommet du Millénaire. Il nous faut réaffirmer, haut et fort, le rôle des Nations Unies en tant que pôle central de la sécurité collective et inspirateur des règles d'une coopération internationale visant la justice et l'égalité.

C'est pourquoi il importe de renforcer le rôle, de notre organisation, d'améliorer son efficacité. Le Secrétaire Général, Monsieur Kofi ANNAN, vient à cet égard de nous présenter un rapport très édifiant. Nous l'encourageons vivement à persévérer dans la voie de la réforme, de la rationalisation et aussi de l'ancrage du système multilatéral au coeur de la gestion des crises et du leadership dans le monde.

Je voudrais dire, Monsieur le Président, que votre élection à la présidence de la présente session constitue pour nous un atout important ; elle symbolise l'égalité souveraine de tous les États, grands et petits, et elle constitue un hommage à vos qualités humaines et à votre expérience diplomatique. Nous sommes convaincus que vous saurez conduire nos travaux avec dextérité pour que le débat sur le multilatéralisme aboutisse à des résultats satisfaisants, à la hauteur des attentes de la communauté des Nations.

LA PAIX AU MOYEN ORIENT

Monsieur le Président,

Cette année, une fois de plus, les défis liés à la paix et la sécurité internationales se trouvent au centre de nos préoccupations majeures. Chacun a en tête l'attaque perpétrée le 19 août 2003 contre le bureau des Nations Unies à Bagdad. La mort du Représentant Spécial du Secrétaire Général, Monsieur Sergio Viera de Mello, et de plusieurs serviteurs dévoués des Nations Unies, est en effet encore présente dans nos mémoires. En rendant hommage à leur courage et à leur dévouement, nous devons tout faire pour que ce sacrifice ne demeure pas vain et que triomphe la cause qu'ils ont su servir héroïquement, dans l'intérêt du peuple irakien et des nobles idéaux de l'ONU.

Voilà pourquoi nous devons encourager le Conseil de sécurité à retrouver son indispensable unité pour permettre à la communauté internationale, sous l'autorité morale des Nations Unies, d'aider le peuple irakien à retrouver la paix, la sécurité, la stabilité et à reconstruire son pays dévasté par la guerre et de longues années d'embargo.

Non loin de l'Irak, la communauté internationale est -j'allais dire toujoursconfrontée au conflit israélo-palestinien. C'est le lieu de dire que le cycle infernal de la violence ne peut aboutir qu'à une impasse. Les deux parties doivent s'en rendre compte immédiatement, et revenir à la vision tracée par la feuille de route qui prévoit la création d'un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable, vivant côte à côte avec Israël et ses autres voisins dans la paix et la sécurité. Le Conseil de sécurité a approuvé cette vision par sa résolution 1397 (2002). Les deux parties se sont engagées à respecter la feuille de route à l'issue du Sommet d'Aqaba (Jordanie) le 4 juin 2003: il faut à présent les ramener sans conditions à la table de négociations, et leur exiger de s'abstenir de toute mesure ou action unilatérale incompatible avec les objectifs de la feuille de route.

Toujours au chapitre de la paix et de la sécurité, il me paraît nécessaire et primordial de souligner que nous devons nous garder de tout amalgame entre terrorisme, religion, civilisation, appartenance à une aire géographique ou lutte de libération nationale. Autant nous devons rester fermes, exigeants et unis face à des actes aveugles que rien ne saurait justifier, autant nous devons demeurer vigilants pour ne pas céder à la tentation de la facilité.

Dans notre farouche combat contre le terrorisme, il est important de veiller à donner des réponses appropriées aux questions de souveraineté des peuples, de respect des droits de l'homme, de justice sociale, de lutte contre la pauvreté. Il nous faut nous pencher sérieusement sur les causes pouvant servir de terreau ou de prétexte au terrorisme. C'est cela aussi la prévention des conflits et, à certains égards, la prévention du terrorisme.

RELANCE DES INITIATIVES DE DESARMEMENT

Monsieur le Président,

Nous célébrons cette année le 25e anniversaire de la 1è' Session extraordinaire de l'Assemblée Générale consacrée au désarmement. A cet égard, il est regrettable de constater que depuis la fin de la guerre froide, peu de progrès ont été accomplis, et l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui la conférence du désarmement traduit tragiquement cette défaillance.

A l'heure où la communauté internationale se préoccupe à juste titre des armes de destruction massive qui pourraient tomber aux mains des terroristes, il importe de rappeler à tous les acteurs qu'ils doivent souscrire aux accords multilatéraux et les respecter scrupuleusement.

C'est dans ce cadre du désarmement que nous avons salué la tenue à New York, en juillet dernier, de la première réunion biennale des États pour l'examen du Programme d'action sur les armes légères.

Mon pays, qui a abrité à Brazzaville, du 12 au 14 mai 2003, le séminaire sous-régional sur la mise en oeuvre en Afrique centrale du Programme d'action des Nations Unies en vue de prévenir, combattre et éliminer le
commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, a présenté à cette occasion un rapport qui traduit la ferme détermination de l'Afrique centrale-.à éradiquer ce fléau. ,

En application de la Convention d'OTTAWA, le Congo vient de procéder, les 9 et 10 septembre derniers, à la destruction de son stock de mines antipersonnel. Ainsi, au cours de deux opérations publiques qui ont reçu le soutien du Canada et des Nations Unies, le Gouvernement congolais a détruit quelque 5220 mines. Nous entendons par ailleurs procéder à une opération de recherche des mines antipersonnel dans une zone au Sud du pays, frontalière de l'Angola et de la République Démocratique du Congo. Il s'agit là d'une illustration de la coopération qui existe entre les pays de l'Afrique centrale sur les questions de paix et de sécurité...

L'AFRIQUE A L'HEURE DU NEPAD

Monsieur le Président,

L'Afrique est aujourd'hui considérée comme le lieu où se concentrent les défis auxquels l'humanité se trouve confrontée, en particulier dans les domaines des conflits armés, du sous-développement et de la prolifération des pandémies.

Mais l'Afrique n'a pas que cela à offrir au reste du monde. Diverses initiatives courageuses attestent aujourd'hui de la volonté de l'Afrique de prendre son destin en mains : l'adoption du NEPAD, le Mécanisme d'Evaluation par les Pairs, le Conseil de Paix et de Sécurité.

Le Sommet de l'Union Africaine qui vient de se tenir à Maputo (Mozambique) témoigne éloquemment de cet état d'esprit. Ma délégation s'associe ici à la déclaration faite le 24 septembre dernier par SEM Joaquim Alberto Chissano, Président de la République du Mozambique, au nom de l'Union africaine. Le Président en exercice a pleinement édifié la communauté internationale sur la volonté du continent africain de surmonter les obstacles actuels pour bâtir la nouvelle Afrique, dans les domaines de la paix et de la sécurité, de la démocratie, des droits de l'homme, du développement économique, de l'intégration régionale.

C'est justement dans cet esprit que SEM Denis SASSOU-NGUESSO, Président de la République du Congo, a présenté sa réflexion « Pour un Pacte panafricain contre l'agression » au Sommet de Maputo : une contribution à la diplomatie préventive, qui aiderait à épargner les peuples africains des horreurs des luttes fratricides et leur permettrait de se consacrer exclusivement°, et utilement aux tâches de développement ; un code de bonne conduite entre États africains, qui vient opportunément en appui au cadre tracé par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine.

C'est en ayant à coeur ces préoccupations que mon pays, qui exerce à l'heure actuelle la présidence en exercice de la Communauté Economique des États de l'Afrique Centrale (CEEAC) et de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), accomplit ses mandats dans la gestion des différentes crises qui secouent notre sousrégion.

L'AFRIQUE CENTRALE SUR LE CHEMIN DE LA PAIX

Monsieur le Président,

Nous avons déjà eu l'occasion de le déplorer : l'Afrique Centrale souffre du paradoxe d'être à la fois l'une des sous-régions les plus riches du continent tout en étant l'une des zones les plus faibles en termes d'indices de développement humain.

Toutes les initiatives actuelles des dirigeants de la sous-région sont tournées vers la résolution de ce paradoxe. Ainsi, au cours des 12 mois écoulés, des progrès significatifs ont été enregistrés dans les différents pays qui ont connu ou connaissent des crises armées : Angola, Rwanda, RDC, Congo, RCA, Burundi, Tchad.

Dans la recherche des solutions à ces crises, nous avons compté sur la coopération de divers partenaires, notamment les Nations Unies et l'Union Africaine.

Vous me permettrez brièvement de passer en revue certaines de ces situations qui requièrent une attention particulière de la communauté internationale.

  • Ainsi, s'agissant de l'Angola, tout en nous félicitant du retour à la paix dans ce pays meurtri par près de trois décennies de guerre civile, nous voudrions inviter la communauté internationale à aider les autorités angolaises dans leurs efforts visant la reconstruction. D'ores et déjà, nous appuyons l'intention du Gouvernement angolais de soumettre à l'examen de la présente session un projet de résolution sur l'assistance internationale pour la reconstruction et le développement économique de l'Angola.
  • De même, nous nous félicitons des évolutions positives en cours en RDC caractérisées, notamment, par la mise en place des institutions de la transition et le déploiement de la MONUC dans l'Ituri. Nous invitons la communauté internationale à poursuivre son soutien au processus de pacification et de réunification en cours en RDC et à accompagner substantiellement les programmes de reconstruction engagés.

    C'est le lieu pour moi de réaffirmer notre désir constant de voir ce pays voisin et frère retrouver la paix, gage de stabilité pour la sousrégion.
  • Il' est également de mon devoir d'appeler l'attention de la communauté internationale sur la situation en République centrafricaine, confrontée depuis des années à de graves et persistants problèmes économiques, sociaux et sécuritaires.

    Je voudrais ici rappeler que, interpellée par cette situation qui s'aggravait de jour en jour, la CEMAC a mis en place un comité ad hoc sur la R.C.A. présidé par Son Excellence El Hadj Omar BONGO, Président de la République gabonaise. De même, elle a déployé une force de maintien de la paix.

    L'action de la CEMAC en RCA, qui a reçu beaucoup d'encouragements, notamment du Conseil de sécurité, vise principalement la réconciliation du peuple centrafricain, la pacification du pays et, dans des délais raisonnables, le rétablissement de l'ordre constitutionnel. La tenue du dialogue intercentrafricain entre justement dans le cadre des mesures préconisées.

    Ce pays qui a beaucoup souffert ces dernières années a effectivement besoin de l'aide de la communauté internationale pour renouer avec la paix, la stabilité, la croissance économique et la démocratie. C'est le sens de l'appel lancé à Brazzaville le 17 mai 2003 par les Ministres de la CEEAC à l'occasion de la réunion du Comité Consultatif Permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale.
  • Toujours dans notre sous-région, je voudrais enfin mettre un accent particulier sur la crise qui a sévi en République Démocratique de Sao Tomé et Principe en juillet 2003. A cette occasion, la CEEAC, l'Union Africaine, la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP) et le Nigeria ont oeuvré dans une parfaite communauté de vues pour rétablir l'ordre constitutionnel rompu dans ce pays le 16 juillet 2003.

    En nous félicitant de la contribution des Etats Unis d'Amérique et de l'Afrique du Sud à cette action, nous voulons en appeler à l'ensemble de la communauté internationale afin qu'une assistance conséquente soit accordée à la République Démocratique de Sao Tome et Principe, notamment au programme d'urgence qui vient d'être mis en place par le gouvernement de ce pays.
  • Nous devons également suivre avec beaucoup d'intérêt l'évolution de la situation au Burundi où chaque pas en avant doit être encouragé et accompagné, pour rendre le processus irréversible. A cet effet, la communauté internationale est instamment invitée à matérialiser les engagements financiers pris lors des Conférences de Paris et de Genève.

Monsieur le Président,

Les situations que je viens d'évoquer nous renvoient aux conclusions pertinentes de la séance publique du Conseil de sécurité en date du 22 octobre 2002 consacrée au «renforcement de la coopération entre l'Afrique centrale et le système des Nations Unies en matière de maintien de la paix et de la sécurité».

A cette occasion, nous avions apprécié la coopération entre notre sous région et les Nations Unies, en nous félicitant, entre autres, du fonctionnement du Comité Consultatif Permanent des Nations Unies sur les Questions de sécurité en Afrique centrale. Nous avions' salué le Programme multipays de démobilisation et de réinsertion proposé par la Banque Mondiale.

Depuis, nous avons accueilli, en juin 2003, la visite du Conseil de sécurité dans les Grands Lacs et la mission multidisciplinaire du système des Nations Unies dont nous attendons avec beaucoup d'intérêt les conclusions.

Ces conclusions nous permettront de participer de façon significative au prochain débat public du Conseil de sécurité sur notre sous-région, un an après celui qui a donné lieu à l'élaboration d'une « approche globale, intégrée, résolue et concertée des problèmes de paix, de sécurité et de développement » de l'Afrique centrale.

Et c'est forts de cette approche que nous nous préparons à participer à la Conférence Internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs. Nous entendons saisir cette chance historique pour conjurer les démons de la haine et de la violence et jeter les bases d'une coexistence pacifique entre nos peuples et nations qui ont un destin commun.

En réaffirmant la centralité de la République Démocratique du Congo dans cette conférence, je voudrais relever que la République du Congo, si proche de la RDC à maints égards, comprendrait mal qu'elle assiste en observateur à cette échéance capitale ; et il en serait de même, à tous points de vue, pour d'autres pays voisins de la RDC tels l'Angola et la République Centrafricaine.

CONSOLIDATION DES ACQUIS AU CONGO EN PERIODE POST CONFLIT

Monsieur le Président,

Les questions de paix, de sécurité et de consolidation de l'unité nationale ont été au centre des préoccupations des autorités congolaises au cours des 12 mois écoulés. C'est dans ce cadre qu'il faut situer l'accord du 17 mars 2003 grâce auquel la paix règne désormais sur l'ensemble du territoire national.

La paix retrouvée, nous veillons à la consolider chaque jour, notamment en poursuivant la mise en oeuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants. Nous nous attelons également à la réinstallation des personnes déplacées. Des missions qui nécessitent, chacun peut le deviner, des moyens considérables que le Congo seul ne peut fournir.

Nous remercions ici l'ensemble de nos partenaires pour leur solidarité agissante.

Il nous reste les grands défis de la reconstruction, de la relance de l'économie, de la réduction de la pauvreté, de la lutte contre le VIH/Sida autant de secteurs pour lesquels des stratégies nationales ont été adoptées. Pour la réalisation de ce vaste projet que nous appelons « La Nouvelle Espérance », nous mobilisons toutes les forces nationales susceptibles d'apporter leur concours aux côtés de l'Etat : collectivités locales, ONG, société civile, secteur privé...

Dans ce cadre, nous avons engagé des négociations avec nos partenaires extérieurs aux fins de bénéficier de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés.


Monsieur le Président,

Tout ceci ne peut être réalisé que dans un monde « libéré de la peur », ainsi que le pensaient les fondateurs de notre Organisation et ainsi que nous le croyons aujourd'hui.

C'est pourquoi nous tenons à renouveler notre foi et notre attachement à l'Organisation des Nations Unies, cadre irremplaçable, porteur de tous les espoirs de paix de l'humanité, et dont la nécessité n'a jamais paru aussi évidente qu'aujourd'hui.


Je vous remercie.