CONGO

INTERVENTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

A LA 58eme SESSION DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

New York, le 24 septembre 2003

(A vérifier à l'audition)


Monsieur le Président,

Permettez moi une nouvelle fois de m'acquitter de l'agréable devoir de vous féliciter de votre brillante élection à la Présidence de la 58ème Session ordinaire de l'Assemblée Générale.

Je voudrais également saluer votre prédécesseur Son Excellence, Monsieur Jan KAVAN, qui a rempli son mandat à la satisfaction de tous.

Je relève les efforts et la particulière implication du Secrétaire Général, Monsieur KOFI ANNAN, dans la résolution pacifique de la crise complexe de la Région des Grands Lacs et d'Afrique centrale.

Le peuple congolais demeure reconnaissant au Système des Nations Unies pour l'assistance qu'il lui a apportée à travers la Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (Monuc) et la Force multilatérale d'urgence Artémis déployée à Bunia, et surtout pour le renforcement du mandat de la Monuc dans le cadre du maintien de la paix dans mon pays.

La délégation congolaise s'associe à l'élan de compassion et de solidarité suscité dans le monde par l'attentat terroriste perpétré en Irak contre la grande famille des Nations Unies.

En effet, c'est avec une vive émotion que le peuple congolais a aussi appris la disparition brutale et tragique d'un ardent défenseur de la liberté et des droits de l'homme, J'ai cité Monsieur SERGIO VIERRA de Mello, à qui Je rends hommage.

A l'heure où le monde entier a en mémoire les évènements tragiques du 11 septembre 2001 dans cette même ville de New York, que les Nations Unies portent encore le deuil de ses fonctionnaires et qu'elles viennent une fois de plus d'être victimes d'un attentat terroriste en Irak, le peuple congolais renouvelle sa condamnation sans appel du terrorisme international. L'Afrique, n'est pas à l'abri du fléau du terrorisme ; il suffit de rappeler les tristes événements de Nairobi, Dar-esSalaam et Casablanca.

Monsieur le Président

La tenue de la présente session coïncide avec la phase finale du processus de mise en place des institutions de la transition en République Démocratique du Congo.

C'est ici, pour moi, le lieu d'exprimer ma reconnaissance à la communauté internationale dont les efforts, l'appui et l'accompagnement dans ce processus de paix ont abouti à la signature et à l'application de l'Accord Global.

Le voeu du Peuple congolais et du Gouvernement de Transition est de voir les Nations Unies redoubler d'efforts et poursuivre son soutien au processus de pacification et de réunification en cours.

Au moment où se termine cette longue guerre, il convient de noter que le District de I'Ituri demeure encore une plaie béante qu'une moindre négligence pourrait aggraver.

Si le déploiement de la Force Multinationale Intérimaire d'Urgence à Bunia, a permis une nette réduction des actes de violence et a contribué à la stabilisation de la situation sécuritaire et humanitaire, la situation dans les provinces du Nord et SudKivu reste également préoccupante.

Il importe que les pays voisins respectent la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance politique de la République Démocratique du Congo de manière à recréer un climat propice au retour à la normalisation des relations dans la région.

Outre les nombreuses vies humaines affectées par cette guerre, la faune et la flore ont subi des dégâts incommensurables. Notre détermination à restaurer tout ce qui a été détruit n'a d'égal que le désir de faire de notre pays un oasis de paix pour tous. Nous pensons qu'un fonds des Nations Unies tendant à soutenir cet effort serait une équitable réparation,

Tous les efforts actuels du Gouvernement de transition pour la réunification du territoire national, la pacification du pays, la reconstruction des infrastructures et la restauration de l'autorité de l'Etat concourent à l'accomplissement de l'objectif ultime de la Transition, à savoir la tenue des élections libres, transparentes et démocratiques.

C'est dans cet ordre d'idées que mon pays exprime le voeu de voir la Communauté Internationale lui apporter l'assistance nécessaire à tous les stades du processus électoral.

Dans ce processus de paix en cours, il est un domaine qui revêt une importance capitale et qui constitue un impératif, c'est celui de la justice indépendante dont la distribution équitable consacrera la fin de l'impunité.

Sur le plan interne, le Gouvernement de Transition s'emploiera à mener à bonne fin les reformes préconisées en la matière ; car la justice équitable est le véritable gage de réconciliation nationale.

Sur le plan international, nous pensons que le principal objectif en cette' matière est, à titre de rappel, l'établissement, avec l'assistance des Nations Unies, d'un Tribunal Pénal International pour la République Démocratique du Congo, pour connaître des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité, y compris les viols utilisés comme armes de guerre, et de violations massives des Droits de l'Homme.

Par ailleurs, en vue d'assurer une couverture optimale en matière de protection des droits de l'homme ainsi que des droits humanitaires, la République Démocratique du Congo a ratifié plusieurs conventions internationales dont le Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale.

Compte tenu de l'important dispositif de protection des droits de l'homme que comporte ce Statut, le Congo, par respect des principes de base qui régissent les relations internationales, entend veiller au strict respect de l'application de cet instrument.

Monsieur le Président,

Comme on peut le constater, une nouvelle ère voit le jour en République Démocratique du Congo ; une ère de paix et de réconciliation, «unité nationale et de rétablissement de l'Autorité de l'Etat ; une ère de reconstruction, de relance économique et de développement pour consolider et capitaliser les acquis des laborieuses négociations politiques.

Conscient des défis et en prévision de la période post-conflit, le Gouvernement de transition a placé le bien-être du peuple congolais au centre de ses préoccupations et entend imprimer à son programme la bonne gouvernance nécessaires ainsi qu'une gestion macroéconomique sécurisant l'investissement, respectueuse des droits sociaux et garantissant la protection et la sécurité juridique et judicaire de l'emploi, des affaires et de l'investissement extérieur.

Nous demeurons conscients de l'importance de la mise en commun des ressources susceptibles de contribuer à l'intégration économique, et comptons mener une politique de dialogue, d'ouverture et de bon voisinage.

La priorité accordée à l'intégration régionale est indicatrice de notre adhésion à l'initiative de la Conférence Internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la Région des Grands Lacs et d'Afrique centrale.

Le peuple congolais considère la tenue de ce forum comme une opportunité historique à saisir pour que ses travaux aboutissent à l'application des principes fondamentaux du droit international.

Déterminés à entretenir des relations de bon voisinage et de respect mutuel avec les pays frontaliers, refusant ainsi de servir de base arrière aux mouvements subversifs contre les pays qui nous entourent, nous n'accepterons, à notre tour, ni ingérence, ni déstabilisation des pays voisins.

Il s'agit, pour nous, de tout mettre en oeuvre en vue de consolider la paix dans la région et d'assurer efficacement:

- l'esprit de solidarité, de partage et de la coexistence pacifique au niveau régional et mondial ;

- la lutte contre la pauvreté et la pandémie du VIH/SIDA ;

- le contrôle de la circulation et de la prolifération des armes légères et de petit calibre qui occasionnent des victimes chaque jour ;

- et la lutte contre la prolifération des mines antipersonnels.

Monsieur le Président,

Tout au long de mon propos, j'ai condamné le terrorisme sous tous ses aspects ; j'ai aussi parlé des conséquences de la guerre meurtrière, injuste et inacceptable qui vient de ravager les infrastructures de base en République Démocratique du Congo.

J'ai également évoqué les notables avancées du processus de pacification en cours, tout en soulignant l'importance de l'appui de la Communauté internationale pour la réussite de ce processus dont l'aboutissement sera l'organisation des élections

Nous restons persuadés et conscients que c'est de notre capacité à jouer un rôle stabilisateur en Afrique Centrale et Australe que dépendent la stabilité et le décollage économique de la région.

Je voudrais terminer cette intervention en réitérant la volonté du peuple congolais de coopérer avec la Communauté internationale pour la construction d'un monde meilleur, tourné vers la consolidation de la paix et une plus grande solidarité des peuples et des nations.

Je vous remercie.