CAMEROON

DISCOURS DE
S.E.M. Martin BELINGA EBOUTOU,
Ambassadeur, Représentant Permanent de la République du Cameroun
auprès des Nations Unies
57eme SESSION DE l'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
New York, le 20 Septembre 2002

Monsieur le Président,

La délégation du Cameroun salue le vote unanime qui a porté la République Tchèque à la présidence de la 57ème Session ordinaire de l'Assemblée Générale, alors que, dans un contexte qui n'incite pas toujours à l'optimisme, les peuples des Nations Unies poursuivent leur marche ascensionnelle vers le futur. Ce futur, les Chefs d'Etat et de Gouvernement du monde entier en ont dessiné les contours lors du Sommet du Millénaire c'est celui d'un monde où l'homme vivra libéré de la peur, de toutes les peurs et du besoin. Je suis convaincu, Monsieur le Président, que dans le sillage de votre prédécesseur, vous saurez, avec les éminentes qualités qui sont les vôtres, contribuer au renforcement de la cohésion et de la paix entre les Etats et les peuples.

Le Cameroun se félicite par ailleurs de l'agrandissement du cercle familial avec la Suisse qui rejoint la bannière onusienne et pour bientôt, de l'arrivée de la jeune République Démocratique du Timor Est.

Enfin, permettez-moi de rendre hommage au Secrétaire Général, S.E.M. Kofi ANNAN dont l'œuvre, l'engagement et la dynamique constante consolident chaque jour davantage la crédibilité et la vitalité de l'ONU au sein des pays membres et plus largement dans l'opinion publique internationale.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Jamais, autant que de nos jours, les Nations Unies n'ont incarné leur rôle d'espace de concertation, de recherche, d'action et de vigilance en faveur de la paix et de la sécurité mondiales. Leur engagement résolu et déterminé contre le terrorisme au lendemain de la tragédie du 11 septembre 2001 qui a meurtri New York, Washington et la conscience humaine, en témoigne.

Le Cameroun a adhéré aux premières mesures conventionnelles prises par l'ONU immédiatement après ce drame. Il s'est également associé pleinement aux résolutions qui permettent aujourd'hui l'émergence progressive d'un Afghanistan nouveau, synonyme de liberté et de modernité pour son peuple.

Le combat contre le mal destructeur, aveugle et persistant qu'est le terrorisme doit s'inscrire dans la durée à l'intérieur de chacun de nos pays et à travers des décisions concertées à l'échelon international. Voilà pourquoi, le Cameroun appuie pleinement le projet de conférence de haut niveau sur une riposte commune de la communauté internationale au terrorisme.

Cette lutte ne doit pas se cantonner à la seule riposte mécanique. Elle suppose également une approche globale qui prenne en compte l'ensemble des facteurs de déséquilibre et d'injustice qui favorisent ces menées criminelles et dont peuvent se prévaloir. leurs auteurs.

D'où l'exhortation et l'appel du Président Paul Biya qui convie la communauté des nations « à apaiser le contexte international en l'expurgeant des situations d'injustice qui servent de terreaux où s'alimente l'intolérance. Cette démarche réaliste permettra d' éradiquer les ferments d'insatisfaction et de révolte qui, faute de solution, peuvent mener au désespoir et, dans le pire des cas, au terrorisme.».

Dans cet esprit, nous estimons que notre offensive commune contre le terrorisme relève autant des dispositifs sécuritaires et juridiques acceptés par tous les Etats, que de la mise en oeuvre effective des engagements pris dans la Déclaration du Millénaire, visant à instaurer davantage de solidarité et à réduire le fossé entre pays riches et pays pauvres. La fermeté sans justice ne peut que favoriser le sentiment de frustration et laisser le problème entier.

A la faveur de son entrée depuis le 1er janvier dernier au Conseil de Sécurité, le Cameroun déploie au sein de cet organe prééminent de notre organisation, tous les efforts nécessaires pour faire valoir cette doctrine de la convergence d'une double voie d'approche comme levier de la paix et de la sécurité. La lutte contre le terrorisme international impose la participation sincère et effective de tous les Etats membres des Nations Unies. Cette exigence nécessite à son tour un environnement de paix, de stabilité et de sécurité entre les Etats membres. Par conséquent, il nous faut, coûte que coûte trouver une solution aux conflits et aux tensions qui, en Afrique, au Moyen Orient et en Asie continuent à engendrer des lignes de fracture dans les relations internationales, entre les pays de la même région et au sein de certains Etats.

Mesdames et Messieurs,

Comme pour la lutte contre le terrorisme international, la mobilisation de la communauté internationale contre les crises et conflits armés doit conjuguer fermeté et ouverture.

Le Cameroun est particulièrement préoccupé par la question sensible des sanctions qui frappent un certain nombre de pays.

Les sanctions doivent avoir un caractère essentiellement ciblé. Elles doivent épargner les populations civiles innocentes et prendre en compte les préoccupations des Etats tiers indirectement victimes.

Le Conseil de Sécurité gagnerait à améliorer la perception des sanctions en leur conférant une légitimité supplémentaire, ce qui leur permettrait d'avoir la crédibilité indispensable à leur efficience.

S'agissant des réformes institutionnelles des Nations Unies que le Cameroun, aux côtés de nombreux pays, appelle de ses vœux, une mention particulière devrait être faite de l'inévitable élargissement des membres du Conseil de Sécurité. Ces réformes du principal pôle décisionnel de la communauté internationale permettraient une approche plus intégrée des graves questions régionales et des enjeux multilatéraux qui découlent de la mondialisation.

Le Cameroun est convaincu que les Etats membres de l'ONU ont, dans leur très grande majorité, la capacité et la volonté de réaliser ces réformes. Cette même capacité et cette même volonté, ils l'ont démontré en donnant naissance à la Cour Pénale Internationale, dont la première réunion des Etats parties s'est tenue icimême, il y a quelques jours.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Nous n'insisterons jamais assez sur la nécessaire solidarité qui doit unir nos nations. L'appui au développement des pays du Sud doit demeurer une priorité, tout comme la synergie entre nos Etats pour définir une politique vigoureuse de protection de notre environnement.

Jamais nous n'avons réuni autant de sommets sur ces enjeux majeurs. Pourtant, force est de reconnaître et de constater que nous avons rarement répondu aux attentes des millions de femmes, d'enfants et d'hommes dont la grande majorité continue à vivre dans la précarité, et de plus en plus dans la peur du devenir de notre planète terre. Nous devons méditer sur nos échecs, nous devons réagir par un sursaut volontariste. C'est ce sursaut volontariste qui nous permettra de nous attaquer avec détermination aux grandes pandémies dont le.VIHSIDA. C'est la voie que tracent les Premières Dames d'Afrique, qui, à l'invitation de Madame Chantal BIYA, se retrouveront à Yaoundé les 15 et 16 novembre 2002 pour porter sur les fonds baptismaux, avec le concours des chercheurs et des scientifiques de renom, une organisation non gouvernementale appelée : « Synergies africaines contre le Sida et les autres souffrances ». A l'occasion de ce lancement, les Professeurs Robert GALLO et Luc MONTAGNIER animeront un symposium scientifique sur le Sida.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Pour combattre le fanatisme, il nous faut cultiver la fidélité à l'homme. La fidélité doit être une permanence. Comme le rappelle la sagesse africaine « Le passé et le présent ne font qu'un, dans la même volonté de préserver l'homme ». Aujourd'hui plus qu'hier nous avons le devoir d'affirmer notre fidélité à nos peuples et ce, sans jamais oublier les vertus essentielles sur lesquelles le tissu universel des aspirations et des ,rêves de l'homme se tisse. Permettez-moi de le redire, Monsieur le Président, nous avons l'impérieux devoir de forger le futur dont nos chefs d'Etats ont tracé les contours au Sommet du Millénaire: un monde où l'homme sera enfin libéré de la peur, de toutes les peurs, un monde où l'homme sera à l'abri du besoin.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Faisons ensemble un rêve. Rêvons ensemble de ce futur plein d'espérance. A ceux qui nous en feront le reproche, nous rappellerons qu'au commencement... était le rêve... A ceux-là nous dirons également avec Bernard SHAW « Certains rêvent de choses qui sont et se demandent pourquoi, moi je rêve de choses qui ne sont pas et je dis pourquoi pas ».

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Au commencement était le rêve.

Je vous remercie.