RWANDA

INTERVENTION DE
S.E.M. ANDRÉ BUMAYA
Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Régionale
57ème Session Ordinaire de l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies
New York, le 19 septembre 2002

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Distingués délégués,

Monsieur le Président, permettez-moi tout d'abord, au nom de ma délégation et en mon propre, de vous présenter nos vives et chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence de la présente session de l'Assemblée Générale. C'est un témoignage de l'estime portée à votre pays et à votre personne. Soyez rassuré du soutien de la délégation rwandaise dans l'accomplissement de cette tâche.

Vous me permettrez également de prendre cette même occasion pour rendre un hommage mérité à votre prédécesseur pour l'efficacité avec laquelle il a dirigé les travaux de la 56ème session.

Je souhaiterais aussi, au nom de mon Gouvernement, adresser mes sentiments de gratitude et d'appréciation à l'endroit du Serétaire Général, Monsieur Kofi Annan, pour l'action qu'il n'a cessé de mener pour le fonctionnement efficace et transparent de l'Organisation des Nations Unies et pour ses efforts en faveur de la paix dans le monde.

Monsieur le Président,

Le Gouvernement rwandais salue chaleureusement l'admission de la République Démocratique du Timor oriental et de la Confédération Suisse à l'Organisation des Nations Unies. Nous sommes déjà rassurés de leur contribution au renforcement du rôle de notre grande famille qu'est l'ONU, notamment en ce qui concerne le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit de disposer d'eux-mêmes.

Sur ce sujet, et rappelant les buts et les principes de l'Organisation des Nations Unies, le Gouvernement rwandais demande que des mesures adéquates soient prises pour que le différend au sujet du Sahara Occidental soit réglé d'une manière juste et durable.

Par ailleurs, le Gouvernement rwandais réitère son souhait de voir la paix s'installer au Moyen-Orient, paix que garantirait la création d'un Etat palestinien assuré de son existence avec des frontières bien reconnues, coexistant pacifiquement avec l'Etat israélien rassuré également de sa sécurité.

Monsieur le Président,

Je me dois de rappeler qu'avec l'effrondrement du mur de Berlin et la fin de la guerre idéologique dite souvent froide, le monde vit une ère nouvelle avec un ordre économique mondial nouveau. Malgré l'existence des foyers de violences que l'on peut observer ici et là à travers tous les continents, il y a lieu de se réjouir et d'encourager des initiatives visant au règlement des tensions qui ont été créées dans le contexte de la guerre froide. A ce sujet, le Gouvernement rwandais encourage les pourparlers inter-coréens et souhaite que les deux parties aillent de l'avant pour la réunification pacifique de la Péninsule coréenne. Le Gouvernement rwandais est également favorable au principe d'une seule Chine, la question de Taiwan étant une affaire interne à la Chine pouvant être résolue sans heurts en sortant du contexte de la guerre idéologique qui l'a créée, suivant le principe déjà accepté par les Chinois eux-mêmes, à savoir "un pays, deux systèmes".

Monsieur le Président,

La présente session de l'Assemblée Générale des Nations Unies se tient une année après les terribles événements du 11 septembre 2001. L'attaque terroriste perpétrée contre les Etats-Unis reste profondément gravée dans la mémoire du peuple rwandais et de ce fait, je réitère sa solidarité au Peuple américain. Et pour cause. Peut-être faudrait-il le rappeler, le Rwanda vit depuis 1994 sous la menace perpétuelle des troupes terroristes ayant leurs bases en République Démocratique du Congo, dont le plus actif est ALIR, dit Armée de Libération du Rwanda.

ALIR est une organisation constituée d'éléments des anciennes Forces Armées Rwandaises (ex-FAR) et des miliciens INTERAHAMWE qui ont perpétré le génocide de 1994. Les leaders d'ALIR se trouvent être en même temps parmi les planificateurs et les reponsables du génocide rwandais. Depuis 1994, ces éléments ont attaqué le Rwanda à plusieurs reprises, en tuant de façon ciblée, les populations innocentes et en détruisant des infrastructures socioéconomiques d'intérêt national et international. Ce sont eux qui ont massacré sauvagement des touristes américains, britanniques et néoZélandais dans le parc de Bwindi en Uganda en mars 1999.

Aujourd'hui, pour tromper l'opinion internationale et échapper à toute poursuite judiciaire, les membres de ce groupe terroriste ALIR tentent de s'organiser en formations politiques sous diverses étiquettes. Le Gouvernement rwandais demande ainsi aux Nations Unies et à ses Etats membres de prendre des mesures qui s'imposent pour, aider à traquer et arrêter tous les responsables du génocide rwandais, qui se trouvent être aujourd'hui membre d'ALIR, et de les déférer devant la justice internationale. II demande également aux Nations Unies et à ses Etats membres de condamner formellement les pays qui financent, hébergent et apportent de l'appui moral, matériel et logistique à cette organisation terroriste ALIR.

Monsieur le Président,

S'agissant des poursuites des suspects du Génocide rwandais, je réitère l'appel du gouvernement du Rwanda à la Communauté Internationale afin qu'elle rende efficace et crédible le TPIR. A cette fin, une attention particulière doit être donnée aux recommandations relatives à ce sujet soumises par mon gouvernement au Conseil de Sécurité. En plus, le moment est venu pour la Communauté Internationale de se pencher à la mise en application des recommandations pertinentes du rapport fait sous les auspices des Nations Unies sur le Génocide rwandais communément connu sous le nom de Carlsson Report.

Monsieur le Président,

Tout en évoquant le facteur déstabilisateur lié aux activités terroristes du groupe ALIR, je voudrais préconiser comme remède, l'appui aux Accord de Lusaka et de Prétoria, destinés à rétablir la paix dans la région des Grands Lacs. Les deux Accords prévoient notamment le désarmement, la démobilisation, la réinstallation, et le rapatriement (DDRR) des forces dites négatives opérant en République Démocratique du Congo, dont les ex-FAR et Interahamwe. Le Gouvernement rwandais lance un appel pressant aux Nations Unies et à tous ses Etats membres pour mettre tout en oeuvre afin d'appuyer résolument la mise en application de ces Accords. En ce qui le concerne, le Rwanda s'est engagé à ne ménager aucun effort en faveur de l'application desdits Accords et à travailler au rétablissement d'une paix réelle et durable dans la région des Grands Lacs.

Pour preuve, comme l'a déclaré, ce 13 septembre 2002, Son Excellence Paul Kagame, Président de la République Rwandaise dans son adresse à la session du Conseil de Sécurité sur la République Démocratique du Congo, je saisis cette occasion pour vous annoncer que mon gouvernement vient de démarrer ce 17 septembre 2002 le retrait de ses troupes de la RDC conformément aux dispositions de l'Accord de Prétoria.

Mon gouvernement reste convaincu que la mise en oeuvre de ces Accords nous conduira non seulement à la restauration de la sécurité et de la stabilité au niveau de notre sous-région, mais aussi à l'instauration d'un climat de confiance et de bonnes relations de coopération qui nous faciliteront de mener des actions communes en matière de luttre contre le terrorisme, qu'il soit orchestré par ALIR ou par toute autre organisation terroriste.

Sur ce sujet, je voudrais réaffirmer l'engagement du Gouvernement rwandais à coopérer pleinement à l'aboutissement de toute initiative visant à prévenir et à réprimer le terrorisme sous toutes ses formes. C'est à ce titre et en application de la résolution 1373 (2001) du Conseil de sécurité que notre Gouvernement a, ratifié tous les différents instruments internationaux sur la lutte contre le terrorisme qu'il n'avait pas encore signés ou ratifiés, et ceci en plus de la Convention de l'OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme qu'il avait déjà ratifié. II vient par ailleurs de soumettre son premier rapport au Comité du Conseil de sécurité chargé du suivi de l'application de ladite résolution.

Monsieur le Président,

De la même manière qu'elle est résolument déterminée à combattre le terrorisme, source de désolation et d'instabilité sur le plan international, la communauté internationale devrait mobiliser ses moyens pour lutter contre, et juguler la pauvreté qui affecte sa composante majoritaire. En plus, elle devrait s'investir davantage dans l'éradication de l'injustice et des inégalités afin d'assurer un monde meilleur pour des générations futures.

Mon pays en appelle ainsi au renforcement du rôle des Nations Unies et de tout le système onusien dans la mise en oeuvre de tous les engagements internationaux pris en faveur des pays pauvres. Ces engagements, notamment ceux exprimés dans la Déclaration du Millénaire, dans le Consensus de Monterrey, ceux du Sommet de Johannesburg sur le développement durable dont les travaux se sont clôturés, il y a presque deux semaines, devraient être traduits en actions concrètes sans trop tarder.

Les pays du Tiers-Monde et plus particulièrement ceux d'Afrique attendent beaucoup cette concrétisation. En Afrique, nous voulons déraciner les causes de notre pauvreté dans toutes ses profondeurs. Nous avons déjà cerné tous les contours de la situation et arrêté un cadre qui devrait nous guider dans ce long processus de luttee contre la pauvreté, c'est le NEPAD. Dans le NEPAD, nous nous sommes engagés à arrêter les guerres fratricides qui ne font que dévaster nos économies déjà moribondes, à oeuvrer pour la démocratie et la bonne gouvernance, et à faire prévaloir l'Etat de droit. La Communauté Internationale est ici invitée à nous épauler dans ce processus et nous demandons aux pays riches de réexaminer chacun ses positions, quant aux conditionnalités souvent liées aux différentes interventions qu'ils sont appelés à mener en faveur de nos pays, notamment en matière de la dette et de l'aide publique au développement.

Pour permettre aux pays pauvres de faire efficacement face aux multiples fléaux qui les menacent dont les famines, les maladies pandémiques dont le VIH/Sida, la malaria etc; et éventuellement rattraper leur retard sur les pays riches et, de cette façon, rendre la mondialisation profitable à l'humanité toute entière.

Je vous remercie de votre attention.