DJIBOUTI

DISCOURS DE
SON EXCELLENCE MONSIEUR ALI ABDI FARAH
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE
57è SESSION DE L'ASSEMBLÉE GENERALE DES NATIONS UNIES
NEW YORK, JEUDI 19 SEPTEMBRE 2002

Monsieur Jan Kavan, Président de l'Assemblée Générale,
Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Dans ce qui a été une année témoin d'une effroyable tragédie et pleine d'incertitudes, nous avons au moins été chanceux d'avoir le charisme et le leadership du Docteur Hang Seung Soo en tant que Président de l'Assemblée Générale. Nous saisissons également cette occasion pour vous présenter , Monsieur le Président, nos chaleureuses félicitations.

Nous nous félicitons de l'admission de la Confédération Suisse à la famille des Nations Unies et nous nous réjouissons de l'avènement du nouvel Etat du Timor Oriental.

Sous la conduite éclairée de Monsieur Kofi Annan, les Nations Unies ont retrouvé tant pertinence que crédibilité. Les réformes qu'il a instituées ces dernières années ont permis une meilleure coordination, un meilleur partage des informations, une consolidation de la cohésion et une plus grande direction stratégique.

Aujourd'hui, les Nations Unies travaillent de plus en plus étroitement avec la société civile afin de combattre les maladies, de relever les défis posés par la pauvreté et de répondre aux urgences humanitaires. L'Organisation a également établi un partenariat tangible avec les entreprises du secteur privé afin de pouvoir faire bénéficier de leur savoir-faire et de leurs resources les pays en voie de développement.

A cet égard, la Conférence de Monterrey sur le Financement du Développement et le Sommet Mondial pour le Développement Durable qui s'est tenue à Johannesburg ont permis de mettre en lumière cette collaboration sans précédent de différents décideurs tels que les Nations Unies, les Gouvernements, le secteur privé, les Institutions Financières Internationales et la société civile.

Monsieur le Président,

La semaine dernière, lors des multiples cérémonies commémoratives marquants les horribles évènements du 11 Septembre 2001, on a pu constater que le monde est resté manifestement traumatisé : Les retombées du 11 Septembre sont encore perceptibles tant à travers le système des Nations Unies que dans le monde. En effet, en moins de 24 heures le Conseil de sécurité a pris une décision déterminante en déclarant que les attaques du 11 Septembre représentent "une menace pour la paix et la sécurité international". L'importante résolution 1373 relative à la lutte contre le terrorisme a, à cet égard, établi un mécanisme général pour une question mondiale afin de veiller à ce que chaque pays mette en oeuvre les dispositions pertinentes afin d'éradiquer ce fléau. Notre engagement et notre détermination à combattre cette menace du terrorisme se sont trouvés indubitablement renforcés. Ceci a éveillé en nous la compréhension et la perception de certaines vérités élémentaires: "la vulnérabilité humaine et l'interdépendance". La mobilisation d'une réelle coalition internationale dans un délai très bref a prouvé, si besoin en était, notre détermination commune à éradiquer ces criminels qui ôtent d'innocentes vies sans distinction de nationalité, de religion, de sexe ou de couleur. En présidant les cérémonies solennelles marquant l'anniversaire dans l'enceinte des Nations Unies, le Secrétaire général Monsieur Kofi Annan a notamment déclaré: "Tout ce pour quoi nous travaillons: la paix, le développement, la santé, la liberté a été ébranléé par ces horreurs. Tout ce en quoi nous croyons : le respect de la vie humaine, la justice, la tolérance, le pluralisme et la démocratie sont menacés, et nous devons le vaincre en agissant à l'unisson". A cet égard, lutter contre le terrorisme requiert partout des lois et des réglementations plus sévères.

Monsieur le Président,

Afin d'éradiquer cette horreur, pratiquement tous les pays se sont lancés dans une extraordinaire panapolie d'actions qui ont convergées vers une réorientation complète de leurs politiques et plus particulièrement des politiques étrangères. Nous avons, à cet égard, été témoin des politiques de certains pays voulant se rapprocher les uns des autres, des raffermissements des liens, ou à partager des visions globales, ou à forger des nouvelles alliances stratégiques. Sans aucun doute les événements du 11 Septembre ont permis de forger des nouvelles alliances, raffermir et consolider ceux qui pré-existaient. Cependant, il ne faut pas s'étonner que ceci ait généré davantage de strictes contrôles sur les mouvements de populations et plus particulièrement de certaines religions, de certaines origines, selon leur teint ou selon des régions. Nous vivons, sans aucun doute, dans un monde dangereux où la vigilance est d'une importance primordiale. Cependant et en prenant en compte tout cela, soyons vigilant à ne pas diminuer les chagrins que nous portons en faveur des victimes et de leurs familles. Ainsi l'a fait observer dans son éditorial un journal très réputé en affirmant " Ce qui s'est passé l'année dernière fut horrible, cependant nos émotions et notre respect pour les souffrances endurées par les familles endeuillées, ne doit pas dissiper notre jugement sur les autres questions". C'est en ces mots que le Secrétaire général a émis son voeux lors de la commémoration du ter anniversaire de cette indiscriptible tragédie en disant "Aujourd'hui nous somme réunis en tant que communauté mondiale car nous avons été attaqués en tant que communauté mondiale. Puisse la mémoire de ceux qui ont péri nous aspire à un monde meilleur, plus juste et en paix pour tous".

Nous formons le voeu de faire prévaloir la raison sur la peur, les préjugés et la haine.

Monsieur le Président,

Nous saluons l'engagement pris par le Président Bush afin d'explorer pleinement par le biais du Conseil de sécurité les voies qui mèneraient l'Irak vers une résolution pacifique des questions en suspens. A cet égard, nous nous félicitons de l'accord inconditionnel de l'Irak pour le retour des inspecteurs des Nations Unies. Ceci démontre sa promptitude et sa pleine coopération envers la mise en ceuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. A n'en point douter, ceci est un pas très encourageant. Nous devons nous atteler à chercher une solution politique dans le cadre des travaux des Nations Unies. De ce fait, les Nations Unies doivent agir et agir très rapidement afin de faire avorter cette crise lancinante qui risque d'embraser toute une région et pourrait avoir des impacts sur le monde entier. Nous savons tous les conséquences de cette crise. Unissons nous et travaillons avec acharnement afin de sauver cette région qui est déjà en ébullition en lui épargnant davantage de conflagrations.

Monsieur le Président,

L'une des menaces les plus graves pour la paix du monde, mais qui est si souvent négligée, demeure le conflit israelo-palestinien. Mon pays, la République de Djibouti s'accorde avec le Secrétaire général en affirmant que la
paix au Moyen-Orient a été tracé il y a quelques décennies par les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité et récemment par la résolution 1397 qui stipulent la terre contre la paix, mettre fin à la terreur et à l'occupation, avec deux Etats, la Palestine et Israel vivants côte à côte dans des frontières sûres et reconnues. En réclamant un changement à la tête de l'Autorité Palestinienne et des réformes politiques et sécuritaires, l'attention a été, malheureusement et encore une fois, détournée tandis que simultanément on allège les obligations d'Israël à retourner à la table des négociations. Les soi-disant " approches séquentielles" ont Monsieur le Président toujours échoués. II y a urgence à aller de l'avant sur toutes les questions de façon globale et simultanée.

II faudrait également ajouter à l'impasse politique, les destructions économiques qui résultent des insurmontables points de passage, des barrières, des incursions répétées, de la destruction des bâtiments et des réseaux d'approvisionnement. Le peuple palestinien est en danger, une Nation toute entière vit virtuellement dans une prison. Une crise humanitaire sans précédent se profile comme l'a souligné un certain nombre de rapport qui décrivent en détail, les niveaux de malnutrition, la baisse des programmes de vaccinations infantiles, l'accroissement du risque des maladies contagieuses et une pauvreté endémique galopante. Nous demeurons, Monsieur le Président, tenace et résolus dans notre condamnation de la violence et des meurtres des civils innocents qu'ils soient israéliens ou palestiniens.

A cet égard, nous nous félicitons du dernier plan du Quartet qui défini la fiche de route en trois phases afin de parvenir à une solution globale et définitive durant une période de trois années allant jusqu'en 2005.

Afin de completer le processus qui mène vers la paix au Moyen-Orient, un accord doit être conclu entre la Syrie et Israel impliquant le retrait israélien des frontières de 1967.

Monsieur le Président,

II y. a d'aujourd'hui une décennie, que la Conférence de Rio de 1992 nous a fourni l'Agenda 21 qui englobe et contient des recommandations pertinentes à mettre en oeuvre afin de réduire nos comportements de consommateursgaspilleurs, de protéger l'atmosphère et les océans, de promouvoir une agriculture durable et combattre la pauvreté .

Les conférences thématiques qui se sont succédées ont davantage consolidé et élargi ces recommandations qui ont résulté aux promesses contenues dans le Déclaration du Millénaire adoptée en 2000, notamment en atténuant la pauvreté endémique et la misère. Les objectifs, les buts les engagements et les délais afin de réduire la pauvreté sont autant de nouvelles impulsions décisives.

Le récent Sommet de Johannesburg sur le Développement Durable a aussi franchi une étape importante et significative sur des questions cruciales auxquelles est confronté l'humanité d'aujourd'hui. Cependant toutes ces démonstrations de bonne volonté doivent être suivies d'actions concrètes. Lors de son discours au nom de l'Union Européenne pendant les débats de l'Assemblée générale le Premier Ministre danois a résumé ce propos en affirmant "A Doha, Monterrey et Johannesburg nous sommes parvenus à des consensus sur ce qui doit être accompli, cependant ce qui doit être fait n'est pas une fin en soi, et en tant que dirigeants du monde, nous devons nous assurer que ceci a été effectivement mis en oeuvre".

Monsieur le Président,

Dans un monde de plus en plus intransigeant, de plus en plus de références sont faites à la bonne gouvernance, en l'investissement sur le capital humain, et les libertés économiques comme conditions aux pays en développement afin de pouvoir bénéficier et être qualifié pour l'Aide au Développement. L'Afrique a, pour sa part, reconnu auprès de ses partenaires le besoin d'améliorer sa responsabilité continentale dans tous les domaines de préoccupations y compris la paix, la stabilité, la démocratie, les Droits de l'Homme et le Développement. A travers le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) l'Afrique démontre qu'elle est capable d'assumer plus de responsabilité collective en ce qui concerne la résolution de ses conflits mais aussi dans le cadre de son développement. En retour, l'Afrique espère vivement que les contraintes financières qui ont sérieusement entravé un développement ainsi que la dignité humaine soient adéquatement pris en compte par nos partenaires.

La question du VIH/SIDA est l'une des préoccupation majeures de notre continent. Plus de 30 millions de personnes sont infectées dans le monde et 75% sont des africains. L'impact sur le développement est désastreux. L'espérance de vie a régressé dans certains pays. Les remarques faites par le responsable du programme de l'ONUSIDA sont très claires en faisant remarquer: "si les gens ne sont pas en vie, si les gens ne sont pas en bonne santé ces gens la même qui sont supposés apporter le développement durable, alors, ceci n'arrivera jamais. Le SIDA représente une crise majeure des ressources humaines".

Monsieur le Président,

En s'appuyant sur les résultats de la Conférence de Paix et de Réconciliation d'Arta (Djibouti), notre organisation sous régionale l'IGAD s'attelle à préparer une Conférence afin de réunir le Gouvernement National de Transition et les autres parties de la Somalies à savoir les administrations régionales , les factions et les groupes qui avaient opté de rester en dehors de cette réunion historique. Les Etats de front que sont l'Ethiopie, le Kenya et Djibouti ont été mandaté par le Sommet de l'IGAD de Janvier de cette année afin de réunir tous ces composants ensemble en vue de compléter le processus d'Arta et dégager ainsi la voie pour l'émergence d'un Gouvernement avec une base élargie. Des efforts incommensurables ont déjà été accomplis mais il est aussi juste de dire qu'il reste énormément à faire.

La République de Djibouti estime qu'une fiche de route réaliste est d'une nécessité capitale qui consisterait avec les réflexions qui prévalent actuellement:

• La majorité des points de vue de la Communauté Internationale( Nations Unies, Union Africaine, Ligue des Etats Arabes, OCI, IGAD, l'Union Européenne etc ...) est que "le processus de paix d'Arta demeure la base la plus viable pour la paix et la réconciliation en Somalie"
• II y'a eu une reconnaissance à compléter sans préconditions le processus de paix et de réconciliation d'Arta.
• Sans aucune ambiguïté, la Communauté Internationale a constamment appelé en faveur du dialogue en impliquant le Gouvernement National de Transition et les autres parties "dans un esprit de respect et de tolérance mutuelle en vue d'établir un Gouvernement sans exclusive en Somalie basé sur le partage des pouvoirs à travers un processus démocratique

Voici les principes cardinaux qui devraient nous guider sur la bonhe voie. Nous ne pouvons nous permettre de nous éloigner de ces objectifs principaux.

Monsieur le Président,

Les décisions relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationale relèvent du Conseil de sécurité, qui malgré l'accroissement exponentiel des membres des Nations Unies ces trois dernières décennies, est demeuré singulièrement un organe non-représentatif.

S'il faut accorder une confiance à ses décisions, il faut également avoir un élargissement au sein tant de la catégorie des membres permanents que non permanents, en donnant l'opportunité aux pays développés et ceux en voie de développement à accéder à la catégorie des membres permanents.

Le Groupe de travail chargé d'étudier de cette question à jusqu'à présent échoué à parvenir à une conclusion satisfaisante et nous n'apercevons pas de perspective proche afin de surmonter cette impasse. II est nécessaire d'avoir plus d'objectivité et de vision afin de faire aboutir cette nécessité vitale.

Monsieur le Président,

Durant les décennies écoulées, les peuples de la Corne de l'Afrique ont eu leurs lots de difficultés et de souffrances, et nous sommes très impatients de voir se concrétiser l'atténuation des conflits, la paix et le développement. Pour sa part, mon pays, la République de Djibouti est fermement convaincue dans les relations de bon-voisinage, de coopération et de création d'opportunités au bénéfice de nos peuples. Nous sommes résolument engagés à travailler main dans la main avec nos partenaires internationaux en général et avec nos amis dans la region en particulier afin de résoudre toutes les questions en suspens qui compromettent la confiance et l'harmonie.

Merci, Monsieur le Président.