NIGER

DISCOURS DE
S.E. MME AICHATOU MINDAOUDOU
MINISTRE DES AFFAIRES ET ÉTRANGÈRES , DE LA COOPÉRATION ET DE L'INTÉGRATION AFRICAINE
NEW YORK, LE 18 SEPTEMBRE 2002

Monsieur le Président,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d'états et de Gouvernement,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous dire Monsieur le Président, que la tenue des présentes assises sous votre conduite représente pour nous le gage du dynamisme avec lequel nos travaux seront conduits et la garantie d'une évolution positive du climat des relations internationales.

Le Niger s'en réjouit et vous adresse, ainsi qu'aux autres membres du bureau de la 57ème session de l'Assemblée Générale, ses chaleureuses félicitations.

Nous restons convaincus que vous poursuivrez avec les mêmes qualités humaines, le travail remarquable accompli par votre prédécesseur, Son Excellence Monsieur HAN SEUN S00 de la Corée, pour le bien de la Communauté Internationale dans son ensemble.

A notre frère Son Excellence Monsieur KOFI ANNAM, Secrétaire Général des Nations Unies, je me dois de réitérer toutes les félicitations du Niger pour le prestige et l'efficacité de son travail hautement apprécié, au service de l'humanité.

Monsieur le Président,

Voici un an que le peuple américain a été endeuillé par les tragiques évènements du 11 septembre 2001. Le monde entier a pris la réelle mesure de la menace que constitue le terrorisme pour la paix et la sécurité.

Au Niger nous ne cesserons jamais de répéter que, pour être efficace, le combat contre le terrorisme doit à la fois éviter l'amalgame, s'inscrire dans la durée et se conduire dans le cadre de la légalité internationale qu'incarne l'Organisation des Nations Unies.

Le Niger souscrit aux termes des résolutions 1368 et 1373 (2001) du Conseil de Sécurité et reste résolument engagé dans toutes les initiatives sous régionales, régionales et internationales tendant à combattre le terrorisme sous toutes ses formes.

De même, pour réussir la lutte contre le terrorisme, il est de notre devoir de prendre en compte la nécessité d'instaurer un ordre économique et politique plus juste, plus équitable, tant il est démontré que la pauvreté, l'ignorance, l'injustice et les frustrations de tous ordres sont des facteurs qui engendrent un terrorisme aveugle.

Parlant encore de paix et de sécurité internationales, le Niger est un pays pacifique qui participe activement aux efforts déployés pour parvenir au désarmement général et complet.

A cet égard, je voudrais signaler que dans ce domaine, mon pays conformément à l'article 3 du Traité de Non Prolifération des Armes Chimiques a accepté en accord avec l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, un système de surveillance et de garantie de ses installations nucléaires.

S'agissant des armes conventionnelles, le Niger se réjouit que la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères et de petits calibres sous tous ses aspects ait adopté un programme d'action pour combattre ce fléau.

Nos préoccupations ont été prises en compte dans la Déclaration de Bamako, mais des efforts restent encore à faire, notamment au niveau des mesures d'assistance technique et financière pour soutenir les programmes de désarmement et de réinsertion des ex-combattants.

S'il est vrai qu'aucune région du monde n'est épargnée, il est incontestable que ce sont les pays en développement et en particulier africains, qui paient le plus lourd tribut des effets dévastateurs de la prolifération des armes légères et de petits calibres au pion de leur sécurité, de leur stabilité et de leur développement.

Cest pourquoi, il nécessaire de renforcer les organes chargés des contrôles, de la détection et de la répression des infractions commises dans ce cadre.

Aussi, le Niger a mis en place depuis 1994, la Commission Nationale de Collecte et de Contrôle des Armes Illicites, dont la mission est d'assister les plus hautes autorités politiques à identifier, concevoir et mettre en oeuvre les stratégies de lutte contre la prolifération des armes légères.

Dans ce cadre, le Gouvernement du Niger et le Département du Désarmement de notre Organisation collaborent étroitement pour le succès d'un projet de collecte des armes illicites et de petit calibre, conçu pour être étendu à l'ensemble de la sous-région Ouest africaine.

Ce projet s'inscrit ainsi, dans le cadre des initiatives sous-régionales et régionales, destinées à endiguer la circulation illicite des armes légères et de petit calibre.

Monsieur le Président,

La paix que nous voulons pour le Niger, nous la voulons pour le monde tout entier. Cest pourquoi notre pays a toujours eu à coeur d'apporter sa modeste contribution au règlement des conflits qui menacent la paix et la sécurité en Afrique et dans le reste du monde. En dépit de ses ressources limitées, il a ainsi tenu à envoyer des contingents au Libéria, en Sierra Leone, en Guinée Bissau, en République Démocratique du Congo et des officiers de police civile en HO i, au Timor et au Kosovo en vue d'appuyer les efforts de la CEDEAO, et de la Communauté Internationale pour rétablir et consolider la paix.

Le Gouvernement du Niger réaffirme sa disponibilité permanente à envoyer des contingents dans toutes les opérations de Maintien de la Paix entreprises par l'Organisation des Nations Unies.

Mesdames et messieurs,

Depuis plusieurs mois, l'attention de la communauté internationale est focalisée sur le conflit israélo-palestinien dont le processus de paix est plus que jamais paralysé.

Le Niger tient encore une fois, d réaffirmer devant cette auguste Assemblée que le règlement durable du conflit israélo-palestinien passe nécessairement par la réalisation des droits du peuple palestinien, dont la création d'un Etat palestinien indépendant souverain et viable.

Fort de cette conviction et au vu des prévarications de toutes sortes qui ont caractérisé le processus de paix en Palestine et au Moyen Orient, le Niger a décidé de rompre souverainement ses relations diplomatiques avec Israël qui continue de nier au peuplé palestinien son droit inaliénable à l'autodétermination.

Monsieur le President,

Au Sahara Occidental, la République du Niger soutient les efforts de rONU, afin de faire appliquer d'une part, le plan de règlement et d'autre part, les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité en vue de parvenir à un règlement juste et global du conflit.

L'action méritoire du Secrétaire Général et de son envoyé spécial, M. JAMES BAKER doit être poursuivie et soutenue jusqu'à ce qu'une Issue heureuse soit trouvée conformément aux résolutions pertinentes des Nations Unies.

Dans la même logique, nous pensons que les résolutions des Nations Unies relatives au Jammu et Cachemire doivent être rapidement mises en oeuvre de façon à permettre au peuple cachemiri d'exercer son droit à rauto détermination, ce qui permettrait de désamorcer ce foyer de tension qui Implique deux Etats nucléaires, l'Inde et le Pakistan, et d'éviter une menace sérieuse à la paix et à la sécurité dans cette région de l'Asie du sud est.

C'est pourquoi, le Niger, Membre du groupe de contact mis en place par rOCI, réitère l'appel qu'Il avait déjà lancé aux deux parties afin qu'elles intensifient leurs négociations en vue de parvenir à un règlement pacifique de ce conflit.

Monsieur le Président,

Le Niger, comme la quasi-totalité des pays africains, fait face à de nombreux défis majeurs qui appellent de la part de la communauté internationale le soutien matériel nécessaire, pour les accompagner dans le processus de recherche de solutions et ainsi, consolider leur cadre de relance économique.

Dans cette optique, la stratégie de développement que nous avons mises en œuvre consacre une place de choix à la culture et à la promotion d'une bonne gouvernance, à travers un mécanisme de bonne conduite et de gestion des affaires publiques, qui met au centre de nos préoccupations, la transparence et l'implication de la société civile à toutes les décisions économiques et sociales.

C'est le lieu ici de remercier très sincèrement tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Niger, en particulier les institutions des Nations Unies, pour avoir bien voulu continuer de soutenir les efforts de mon pays, en vue de créer un environnement institutionnel propre à ramener la quiétude sociale.

Cette assistance tant appréciée est nécessaire dans cette phase décisive du processus de construction nationale.

Sur le plan économique, jamais, autant qu'à notre époque, l'humanité n'a disposé dans son ensemble, de tant de richesses et de potentialités à même de générer le bien-être commun. La bonne conjoncture économique mondiale pouvait en effet laisser espérer la mise en place d'un ordre économique plus juste et plus propice à la réduction de la pauvreté.

La pauvreté est un affront qui ne saurait être toléré plus longtemps dans un monde d'abondance qui dispose des moyens de la vaincre pour peu que la volonté politique nécessaire y soit.

Aujourd'hui, force est de constater que 52% des personnes vivant avec moins de un dollar par jour, se trouvent en Afrique qui est la région la plus endettée du monde.

Un regard lucide doit être porté sur cette mondialisation, qui dans les années 1990 suscitait des espoirs, mais aujourd'hui est source d'inquiétude, au nom des inégalités qu'elle est entrain de creuser.

En moins d'un an, Monsieur le Président, nous nous sommes penchés quatre fois sur les problèmes du monde, tout en connaissant les vrais remèdes. il faut une conception plus élevée de la coopération internationale, qui puise son essence dans le partenariat stratégique.

Cependant nous pouvons nous féliciter de la volonté unanime affirmée par la Communauté Internationale dans radoption du plan d'action de Johannesburg en septembre dernier.

Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs,

La Session Extraordinaire que l'Assemblée Générale consacrée au VIH/SIDA en juillet dernier, a démontré éloquemment le degré de prise de conscience du terrible danger que représente cette maladie pour l'espèce humaine.

La mise en place du Fonds Spécial pour la lutte contre le sida constitue en effet une importante étape dans la croisade mondiale contre le sida et les grandes endémies.

A ce titre des progrès doivent être réalisés dans le cadre des initiatives engagées lors des sommets mondiaux qui se sont tenus au Caire, à Copenhague et à Pékin.

Mesdames et messieurs,

II est indispensable et urgent de renverser la tendance à la baisse de l'aide publique au développement qui, faut-il le rappeler, est à son niveau le plus bas depuis cinquante ans:

En effet, diverses difficultés ont concouru d maintenir nos pays au bas du tableau de l'indice du développement humain. L'état de pauvreté touche 63% de nos compatriotes dont 34% vivent en dessous du seuil d'extrême pauvreté.

Ces populations sont victimes d'une détérioration continue de leur cadre de vie et privées du minimum des services sociaux de base.

La raréfaction des ressources financières a eu, entre autres conséquences, la réduction drastique des investissements publics, en particulier dans les secteurs sociaux, privant ainsi 80% des Nigériens qui vivent en milieu rural d'un bien être social.

Le Niger a décidé de prendre des mesures pour inverser cette tendance à travers sa stratégie de réduction de la pauvreté, pensée et exécutée selon un processus participatif. Elle ambitionne de réduire de manière substantielle la souffrance de plus de 80% de la population.

Cette stratégie est désormais l'unique cadre de référence des politiques économiques, financières et sociales du Niger.

Monsieur le Président,

Cette année, sous la supervision directe du Président de la République, un vaste programme dit programme spécial 2001 consistant à construire 1000 classes, 1000 dispensaires et 100 minibarrages a été lancé pour lutter contre la pauvreté. Une bonne partie de cette opération a déjà été achevée à hauteur de plus de 80%.

Je tiens également à réitérer, du haut de cette tribune, notre vive appréciation de l'appui que les partenaires au développement ne cessent d'apporter pour la mise en oeuvre du Programme Cadre National de lutte contre la pauvreté élaborée par le Niger et qui figure au rang de ses priorités.

En outre, le problème crucial de la dette des pays africains, qui annihile tout effort de développement, appelle de la part de la Communauté Internationale toute entière, la mise en oeuvre sans délais, ni conditionnalités autres que celles d'une bonne gestion des affaires publiques, de politiques et mécanismes de règlement satisfaisants.

Monsieur le Président,

En ce début du 21ème siècle, une attention particulière doit être consacrée aux efforts déployés par les pays les plus démunis. Cependant le constat reste amer surtout, au regard des conditionnalités imposées par les bailleurs de fonds pour l'accès au crédit et à leur consommation.

Aussi, il me plait de réaffirmer ma conviction qu'il faut une ONU forte pour atteindre les objectifs ambitieux contenus dans la déclaration du millénaire.

A cet égard, il est nécessaire de reformer l'Organisation, de renforcer son rôle et de la doter des moyens qui lui permettent de s'acquitter de sa tache.

L'ONU reste en effet l'instrument privilégié capable de réaliser ce nouvel ordre mondial que chacun appelle de tous ses voeux, à condition toutefois qu'elle mène à bien la «révolution tranquille » engagée par le Secrétaire Général il y a plus de quatre ans.

Pour conclure, mon propos, je voudrais Monsieur le Président exprimer toute la confiance que le Niger et son peuple placent en l'Organisation des Nations Unies, qui reste la seule institution porteuse d'espérances et fondée sur des principes de justice, d'équité, de paix, de liberté, et de progrès.

Je vous remercie.